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Articulu di u numaru 37, Ottobre di u 2008


Faut-il abandonner la Corse ?
d’Antoine Albertini



Res, non verba
Sous ce titre à l'apparence provocatrice le journaliste Antoine Albertini nous convie dans son essai à considérer que la situation de la Corse exige des actes et non encore et toujours des paroles (1).


De l'épaisseur d'un "que sais-je" l'opuscule est un véritable contre poison des idées reçues sur notre île. Le premier chapitre stigmatise les pseudos responsables politiques de Ségolène Royal à Raymond Barre qui parlent avec l'insoutenable légèreté des êtres qui savent tout parce qu'ils ne comprennent rien. Battant en brèche l'idée du coût exorbitant de l'île pour la France, Antoine Albertini nous rappelle quelques chiffres simples qui peuvent servir au travail qu'il faudra un jour accomplir : une véritable comptabilité nationale de ce que coûte et de ce que rapporte la Corse en situation de dépendance et des coûts-avantages en situation de souveraineté. Si la Corse a peiné à trouver sa voie le principal responsable en est l'Etat français nous explique cet auteur de par le maintien d'un sous développement durable, la politique d'état de droit a minima et les compromissions diverses ! Reste que la partie la plus originale et certainement la plus discutable de l'ouvrage se niche dans les trois derniers chapitres.

Campant la décolonisation comme l'une des raisons de la révolte corse "privés des horizons lointains de l'Algérie ou de l'Indochine les Corses opèrent timidement leur "rigiru"…". Albertini prononce ses sentences : "l'immense majorité des Corses, c'est un fait acquis, ne souhaite pas l'indépendance. De là à en déduire que les nationalistes en général et les indépendantistes en particulier n'exercent aucune influence sur la vie locale c'est aller un peu vite en besogne…".

Créditant ce courant de la préservation de l'identité, du respect du littoral et de l'amélioration des pratiques démocratiques locales il le positionne comme "un éveilleur de conscience" tout en lui reprochant de trop sacrifier à l'idéologie nourrie de mystique historique : "pour certains indépendantistes corses la revendication n'emprunte qu'une seule voie, celle du souvenir. Et plus encore du souvenir de la courte parenthèse qui s'étira de 1754 à 1769 avec l'avènement du régime de la Corse indépendante…Hors de ces quinze années qui prirent fin avec la défaite des milices paolistes à la bataille de Ponte Novu, point de salut!". L'analyste s'inquiète donc d'une histoire transformée en "gadget militant" oubliant à ce sujet la lumineuse leçon du grand historien François Furet pour lequel "l'Histoire permet l'inventaire des idées, des volontés et des circonstances" (2). Dès lors cantonner le mouvement national corse à bégayer un vague discours identitaire ancré sur l'historicité participe chez notre ami journaliste de ce nouveau courant qui se veut moderne parce qu'il prétend relativiser les leçons du passé.

Nous ne le suivrons guère sur ce terrain même si nous partageons son idée que l'histoire ne peut se circonscrire à l'idéologie. En revanche Antoine Albertini termine son essai par une analyse fulgurante sur l'absence fondamentale de réflexion du courant corse quant à penser son avenir en dehors du cadre "stato national" sans s'intéresser au mouvement général du monde, à la vision globale des échanges, en particulier économiques. A l'heure où le socialisme bureaucratique s'est effondré, où le capitalisme financier ne va pas tarder à suivre la même pente, il est peut être temps que des pays comme la Corse choisissent une voie qui les situent dans une démocratie de proximité et dans une politique d'immense ouverture. Vaste programme dont l'auteur lève un coin de voile. A chacun de regarder derrière pour aller de l'avant.

Vincent Stagnara

(1) Antoine ALBERTINI : "Faut-il abandonner la Corse ?" collection "à dire vrai" Editions LAROUSSE mars 2008.
(2) François FURET : "Penser le XXème siècle" Collection Bouquins Robert LAFFOND janvier 2007.

 

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