Mauriziu Acquaviva à son fils (entre 1985 et 87), à l'époque où il était au maquis : " L'Histoire prouve à l'évidence que l'Etat français n'a jamais hésité à supprimer physiquement toute personne voulant résister à son emprise politique… " Réponse de Ghjuvan Battista : " Si cela devait arriver, je ne serai ni le premier, ni le dernier à mourir pour son pays… "
Le 15 novembre 1987, Ghjuvan Battì Acquaviva était
assassiné devant la ferme du colon Roussel à Sorbu
Occagnanu. La Corse perdait l'un de ses meilleurs fils
dont l'engagement au service exclusif de l'intérêt collectif
était connu de tous. Dans l'Histoire contemporaine insulaire
Ghjuvan Battì est devenu un symbole, sinon un véritable
mythe. Préserver sa mémoire est un devoir sacré. Ghjuvan
Battì était particulièrement soucieux du devenir de
l'Université de Corse : il
voulait participer à la
construction d'une Corse
du développement, débarrassée
de la gangue coloniale
et des gangs des
clans. L'hommage récent
qui lui a été rendu par la
communauté universitaire,
en dépit des pressions
inadmissibles de l'Etat
français, témoigne du
respect et de l'affection
qu'il suscitait. Ghjuvan
Battì a été tué deux fois :
une première ce soir
funeste du 15 novembre
1987 dans des circonstances
demeurées purement controversées.
Une seconde fois lorsque l'on allait refuser à sa famille le droit au Droit. En
effet, fait unique dans les anales de la justice française, une
juridiction d'un même degré, la cour d'appel de Versailles,
allait refuser ce qu'avait ordonné une autre cour d'appel,
celle de Bastia. A savoir, la reconstitution judiciaire des faits.
Créon triomphait face à Antigone. Nous recommandons à
nos lecteurs de lire l'ouvrage collectif de qualité exceptionnelle
qui a été consacré à cette affaire : " L'Eternu sguardu
", édition A Sumente, novembre 1997.
Tout y est expliqué avec gravité et précision : " La justice
et la vérité ont été refusées à l'époque à la famille Acquaviva
et à la Corse tout entière, au nom de la seule raison coloniale
d'Etat. "
Ce qui devait faire dire au syndicaliste agricole Roger
Simoni : " Comme pour les événements du métro
Charonne, on ne connaîtra la réalité et les circonstances de
la mort de Ghjuvan Battista Acquaviva que lorsque les archives
seront ouvertes… " Chacun se souvient que durant l'information
judiciaire, des éléments clefs du dossier et des
scellés devaient disparaître à l'instar du principal protagoniste
des faits, Louis Ferdinand Roussel, qui quittait immédiatement
la Corse pour une destination demeurée
inconnue et dont l'Etat avait racheté la ferme agricole au
prix fort.
Il y avait donc quelque
chose de plus important à
cacher, et le non-lieu qui
mettait fin à la procédure
judiciaire à Versailles (lieu
du fameux traité inégal
entre la France et la
République de Gênes à
une autre époque),
débouchait sur un crime
sans châtiment.
18 ans après, nul n'a
oublié, et U Ribombu
Internaziunale tient à
associer à l'hommage de
Ghjuvan Battì, son père
Mauriziu, prématurément
disparu à l'Isula Rossa, en
2003. Il faut se mobiliser d'ores et déjà, pour qu'à l'occasion
des 20 ans de commémoration de la mort de notre frère
Battì, une immense manifestation populaire et unitaire soit
organisée afin que le sillon tracé par ce patriote exemplaire
continue à recevoir des semences nouvelles, dans la lente et
longue marche du peuple corse pour son émancipation
nationale inscrite dans la marche inexorable de tous les peuples
vers la liberté, malgré les puissances d'argent et de feu.
Comme l'a écrit Rinatu Coti, " Ghjuvan Battì era libaru
cum'è l'acula chì arieghja à mezu celi, beddu cum'è una parsica
prumaticcia, tamantu cum'è un brionu eternu. Era sta
passioni chì t'insignava, in u to cori, chì eri prontu, ad ogni
ora di u movitu di u to sangui, à sdrughja a to vita, accurdendu
u to pinsamentu è a to azzioni. "
Ghjuvan Battì sì sempre à fiancu à noi, è simu sempre à
fiancu à tè.
Moro Giafferi