« Continuons tous ensemble
à travailler à la sauvegarde de
notre Nation ».
Ghjuvan Filippu Antolini (U Ribombu n° 24)
Nicolas Sarkozy a donc été élu président de la
république française. Avec une campagne
affinée et intelligente, préparée depuis très
longtemps, il a su s’imposer, au-delà de la
seule audience UMP, décomplexant une droite
frileuse, affichant méthodiquement et quelquefois de
manière presque provocatrice ses valeurs au point de
récupérer là ou elle les avait laissées, certaines thématiques
et surtout les votes en faveur du Front National.
Il est donc élu avec un pourcentage de 53 %. En Corse,
par le biais de la complexité et surtout les limites du
corps électoral en vigueur, ce pourcentage voisine
60,12% …
Pendant ce temps là un procès…
Dans ce contexte intervient un procès politique. Le procès
dit des « anonymes ». On est bien loin du procès
historique de 1978 où en un cri, l’un des co – accusés
traduisait à la face de ses juges, après la forte déclaration
politique de lutte et d’indépendance lue par Matteu
Filidori, le slogan « I Francesi Fora »… Actuellement,
entre la repentance politique de l’un – du moins sur
l’usage et la portée de l’action armée – et surtout la collaboration
nominative de beaucoup d’autres, la démonstration
est faite des limites temporelles des logiques
groupusculaires…
Le réquisitoire montre une fois de plus l’acharnement
judiciaire d’un appareil exclusivement répressif.
« Un patriote corse n’a pas de compte à rendre à la
justice française ! »
Je m’étonne toujours de cette faculté qu’ont quelques –
uns à s’expliquer et se rabaisser devant des policiers et
des juges,… La collaboration est le contraire de l’éthique
de l‘engagement Elle est plutôt la traduction d’une
lâcheté, et infirme les dires de ce prétendu silence qui
comme un code s’affirme comme l’une des valeurs de
notre société agro - pastorale…
Je garde comme support ce que m’expliquait à l’époque
un ancien prisonnier politique incarcéré sous le septennat
de Valéry Giscard d’Estaing – la garde à vue était
alors de six jours – qui avait en une phrase traduit tout
le sens de sa défense politique qu’il entendait prononcer
devant ses juges – il a été entre temps amnistié - :
« Un patriote corse n’a pas de compte à rendre à la justice
française ! ». Je me souviens tout autant – quoi
que ai été son parcours – de l’attitude hautement politique
de Pantaléon Alessandri qui dans ses propos précisait,
en refusant de comparaître :
« Parce que je suis
nationaliste corse, parce que je suis partisan de l’indépendance
pour mon pays et parce que ma conscience de
militant me l’interdit, je refuse de comparaître devant
vous, messieurs les juges de la Cours de Sûreté de l’Etat.
Ce refus n’est pas motivé par le fait que votre juridiction
est, à tort ou à raison considérée comme une juridiction
d’exception. Il l’est seulement parce que vous
êtes un tribunal français ».
Deux positions similaires et qui restent entièrement
d’actualité…
Le sens des responsabilités
Un patriote corse n’a aucun compte à rendre par respect
et en conformité avec son engagement militant et politique.
Ni à des policiers, ni à des juges de la présence
dominatrice française qu’il doit récuser par essence. Il
n’est comptable que devant sa lutte, son peuple, et l’organisation
à laquelle il appartient.
C’est aussi le sens d’une lutte organisée qui donne toute
sa responsabilité à la philosophie politique d’émancipation
et de libération. Ce concept de l’organisation ne
doit souffrir d’aucun atermoiement groupusculaire à
moins d’en pénaliser la portée, la lisibilité et surtout
d’en obscurcir les revendications fondamentales et leur
aboutissement.
Les exemples ne manquent pas dans l’histoire moderne
du renouveau national corse, ou l’apparition éphémère
de sigles – publics et clandestins – se perd en conjonctures…
C’est aussi pour cela que des organisations comme
Corsica Nazioni Indipendenti réaffirment continuellement
leur proposition d’une véritable unité stratégique.
Rassemblement au Fium’Orbu
Il n’en demeure pas moins que la question des prisonniers
politiques – leur rapprochement dans l’immédiat –
demeure un sujet revendicatif d’actualité. Dans ce sens
l’initiative prise par la coordination du Fium’Orbu avec
un rassemblement à Casabianda prend toute sa dimension,
d’autant plus que le sujet de ce site agricole où se
trouve un pénitencier démontre qu’entre la répression
politique et la dépossession foncière une singulière articulation
est plus que palpable…
Ce rassemblement a le mérite de mettre en évidence
dans sa globalité un sujet qui avec acuité, démontre une
énième fois, la dureté du centralisme français en Corse,
de ses exactions et de son autoritarisme.
Des absents et des législatives
Il y avait toutefois – ponctuellement et le temps d’une
élection semble t’il – des absents à ce rassemblement.
Bien regrettable d’autant plus car l’importance stratégique
de la revendication avancée – même si elle a souffert
dans sa préparation d’un peu de précipitation – suppose
une complémentarité participative de toutes les
formations patriotiques.
Il parait donc que la démarche commune de Corsica
Nazioni indipendenti, de a Chjama, du Partitu di a
Nazioni Corsa et de i Verdi aux législatives françaises induit une remise en cause – momentanée ou conjoncturelle
– de la démarche « Resistenza »… Décidément,
malgré bien des leçons, le mouvement patriotique ne
semble pas renoncer à certains de ses démons de
l’infantile division…
Une participation stratégique
Cette participation à ces législatives n’est pas – il va de
soi – partagée par toutes les organisations qui font le
pluralisme du mouvement national. Pour autant faut il
opposer, et traduire ces oppositions, des uns et des
autres au point de rendre confuses les volontés exprimées
à travers cette nouvelle démarche qu’est «
Resistenza » ?
Ainsi entre le refus public à l’égard de Corsica Nazioni
Indipendenti par le Rinnovu d’un front d’organisations,
le retrait tout autant public de Riscossa Paisana de « la
plate forme de Resistenza » pour un autre espace baptisé
Unita Populari, la rivalité criante et manifeste entre
des syndicats étudiants nationaux malgré des appels à
l’union, ou la présentation d’un candidat auto – proclamé
de rupture, Paul Quastana dans la 2me circonscription
mettent en relief les difficultés actuelles qu’il
faudra pourtant surmonter…
Car la participation à ces législatives – Corsica Nazioni
Indipendenti s’est clairement exprimée sur ce sujet (*) –
relève d’un choix stratégique qui s’inscrit dans la double
volonté de transcender la démarche d’Unione Naziunale
avec une présence ici organisationnelle de i Verdi Corsi,
et d’affronter sur le terrain même du système en place
les représentants claniques du Parti Français, responsables
de la situation conflictuelle que connaît la Corse.
Une présence qui doit démentir dans le résultat – malgré
la cadre vicié des listes électorales françaises en Corse –
la dite approbation de la Corse à Nicolas Sarkozy, et
démontrer que les nationalistes ensembles constituent
bel et bien l’alternative pour ce pays.
L’axe Rocca-Serra – Zuccarelli qui régente la Corse sous
une approche de rapports de force est à combattre. Et
ce n’est certainement pas la candidature de Paul
Quastana dans la 2eme circonscription - lui qui nous
avait habitué à de biens meilleurs moments - et dont le
suppléant, un homme d’affaire de l’Alta – Rocca, trouble
un peu plus la démarche qui affaiblira cette approche.
Une page là aussi se tourne mais d’autres bien plus
belles – elles sont nombreuses – restent à écrire !!!
Je comprend beaucoup mieux – même si je n’en partage
pas toute l’analyse – la position de a Manca Naziunale
qui, malgré le score honorable d’Olivier Besancenot en
Corse, n’a pas jugé bon de présenter à des législatives
françaises – des candidats sur l’ensemble du territoire.
Au-delà de cette élection – une péripétie dans notre
combat – l’unité stratégique reste à construire. Une
unité qui, tant dans le programme de fond politique que
dans l’occupation des terrains de lutte, de résistance et
de construction requiert une toute autre approche et
culture politiques, ou l’essentiel prend constamment le
pas sur l’accessoire.
Des ébauches existent déjà. A nous de les renforcer.
Ulivieru SAULI
(*) – Voir communiqué national du 20 05 07