Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 26, ghjugnu di u 2007


De l'accessoire à l'essentiel...





« Continuons tous ensemble à travailler à la sauvegarde de notre Nation ».
Ghjuvan Filippu Antolini (U Ribombu n° 24)


Nicolas Sarkozy a donc été élu président de la république française. Avec une campagne affinée et intelligente, préparée depuis très longtemps, il a su s’imposer, au-delà de la seule audience UMP, décomplexant une droite frileuse, affichant méthodiquement et quelquefois de manière presque provocatrice ses valeurs au point de récupérer là ou elle les avait laissées, certaines thématiques et surtout les votes en faveur du Front National. Il est donc élu avec un pourcentage de 53 %. En Corse, par le biais de la complexité et surtout les limites du corps électoral en vigueur, ce pourcentage voisine 60,12% …


Pendant ce temps là un procès…

Dans ce contexte intervient un procès politique. Le procès dit des « anonymes ». On est bien loin du procès historique de 1978 où en un cri, l’un des co – accusés traduisait à la face de ses juges, après la forte déclaration politique de lutte et d’indépendance lue par Matteu Filidori, le slogan « I Francesi Fora »… Actuellement, entre la repentance politique de l’un – du moins sur l’usage et la portée de l’action armée – et surtout la collaboration nominative de beaucoup d’autres, la démonstration est faite des limites temporelles des logiques groupusculaires…

Le réquisitoire montre une fois de plus l’acharnement judiciaire d’un appareil exclusivement répressif.


« Un patriote corse n’a pas de compte à rendre à la justice française ! »

Je m’étonne toujours de cette faculté qu’ont quelques – uns à s’expliquer et se rabaisser devant des policiers et des juges,… La collaboration est le contraire de l’éthique de l‘engagement Elle est plutôt la traduction d’une lâcheté, et infirme les dires de ce prétendu silence qui comme un code s’affirme comme l’une des valeurs de notre société agro - pastorale…

Je garde comme support ce que m’expliquait à l’époque un ancien prisonnier politique incarcéré sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing – la garde à vue était alors de six jours – qui avait en une phrase traduit tout le sens de sa défense politique qu’il entendait prononcer devant ses juges – il a été entre temps amnistié - : « Un patriote corse n’a pas de compte à rendre à la justice française ! ». Je me souviens tout autant – quoi que ai été son parcours – de l’attitude hautement politique de Pantaléon Alessandri qui dans ses propos précisait, en refusant de comparaître :

« Parce que je suis nationaliste corse, parce que je suis partisan de l’indépendance pour mon pays et parce que ma conscience de militant me l’interdit, je refuse de comparaître devant vous, messieurs les juges de la Cours de Sûreté de l’Etat. Ce refus n’est pas motivé par le fait que votre juridiction est, à tort ou à raison considérée comme une juridiction d’exception. Il l’est seulement parce que vous êtes un tribunal français ».

Deux positions similaires et qui restent entièrement d’actualité…


Le sens des responsabilités

Un patriote corse n’a aucun compte à rendre par respect et en conformité avec son engagement militant et politique. Ni à des policiers, ni à des juges de la présence dominatrice française qu’il doit récuser par essence. Il n’est comptable que devant sa lutte, son peuple, et l’organisation à laquelle il appartient.

C’est aussi le sens d’une lutte organisée qui donne toute sa responsabilité à la philosophie politique d’émancipation et de libération. Ce concept de l’organisation ne doit souffrir d’aucun atermoiement groupusculaire à moins d’en pénaliser la portée, la lisibilité et surtout d’en obscurcir les revendications fondamentales et leur aboutissement.

Les exemples ne manquent pas dans l’histoire moderne du renouveau national corse, ou l’apparition éphémère de sigles – publics et clandestins – se perd en conjonctures… C’est aussi pour cela que des organisations comme Corsica Nazioni Indipendenti réaffirment continuellement leur proposition d’une véritable unité stratégique.


Rassemblement au Fium’Orbu

Il n’en demeure pas moins que la question des prisonniers politiques – leur rapprochement dans l’immédiat – demeure un sujet revendicatif d’actualité. Dans ce sens l’initiative prise par la coordination du Fium’Orbu avec un rassemblement à Casabianda prend toute sa dimension, d’autant plus que le sujet de ce site agricole où se trouve un pénitencier démontre qu’entre la répression politique et la dépossession foncière une singulière articulation est plus que palpable…

Ce rassemblement a le mérite de mettre en évidence dans sa globalité un sujet qui avec acuité, démontre une énième fois, la dureté du centralisme français en Corse, de ses exactions et de son autoritarisme.


Des absents et des législatives

Il y avait toutefois – ponctuellement et le temps d’une élection semble t’il – des absents à ce rassemblement. Bien regrettable d’autant plus car l’importance stratégique de la revendication avancée – même si elle a souffert dans sa préparation d’un peu de précipitation – suppose une complémentarité participative de toutes les formations patriotiques.

Il parait donc que la démarche commune de Corsica Nazioni indipendenti, de a Chjama, du Partitu di a Nazioni Corsa et de i Verdi aux législatives françaises induit une remise en cause – momentanée ou conjoncturelle – de la démarche « Resistenza »… Décidément, malgré bien des leçons, le mouvement patriotique ne semble pas renoncer à certains de ses démons de l’infantile division…


Une participation stratégique

Cette participation à ces législatives n’est pas – il va de soi – partagée par toutes les organisations qui font le pluralisme du mouvement national. Pour autant faut il opposer, et traduire ces oppositions, des uns et des autres au point de rendre confuses les volontés exprimées à travers cette nouvelle démarche qu’est « Resistenza » ?

Ainsi entre le refus public à l’égard de Corsica Nazioni Indipendenti par le Rinnovu d’un front d’organisations, le retrait tout autant public de Riscossa Paisana de « la plate forme de Resistenza » pour un autre espace baptisé Unita Populari, la rivalité criante et manifeste entre des syndicats étudiants nationaux malgré des appels à l’union, ou la présentation d’un candidat auto – proclamé de rupture, Paul Quastana dans la 2me circonscription mettent en relief les difficultés actuelles qu’il faudra pourtant surmonter…

Car la participation à ces législatives – Corsica Nazioni Indipendenti s’est clairement exprimée sur ce sujet (*) – relève d’un choix stratégique qui s’inscrit dans la double volonté de transcender la démarche d’Unione Naziunale avec une présence ici organisationnelle de i Verdi Corsi, et d’affronter sur le terrain même du système en place les représentants claniques du Parti Français, responsables de la situation conflictuelle que connaît la Corse.

Une présence qui doit démentir dans le résultat – malgré la cadre vicié des listes électorales françaises en Corse – la dite approbation de la Corse à Nicolas Sarkozy, et démontrer que les nationalistes ensembles constituent bel et bien l’alternative pour ce pays.

L’axe Rocca-Serra – Zuccarelli qui régente la Corse sous une approche de rapports de force est à combattre. Et ce n’est certainement pas la candidature de Paul Quastana dans la 2eme circonscription - lui qui nous avait habitué à de biens meilleurs moments - et dont le suppléant, un homme d’affaire de l’Alta – Rocca, trouble un peu plus la démarche qui affaiblira cette approche.

Une page là aussi se tourne mais d’autres bien plus belles – elles sont nombreuses – restent à écrire !!! Je comprend beaucoup mieux – même si je n’en partage pas toute l’analyse – la position de a Manca Naziunale qui, malgré le score honorable d’Olivier Besancenot en Corse, n’a pas jugé bon de présenter à des législatives françaises – des candidats sur l’ensemble du territoire.

Au-delà de cette élection – une péripétie dans notre combat – l’unité stratégique reste à construire. Une unité qui, tant dans le programme de fond politique que dans l’occupation des terrains de lutte, de résistance et de construction requiert une toute autre approche et culture politiques, ou l’essentiel prend constamment le pas sur l’accessoire.

Des ébauches existent déjà. A nous de les renforcer.

Ulivieru SAULI

(*) – Voir communiqué national du 20 05 07

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2007