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Articulu di u numaru 20, dicembre di u 2006


Fichage ADN : NON !



Les procès de militants nationalistes corses ayant refusé des prélèvements d’ADN se multiplient. Après François Sargentini, Olivier Sauli, Henri Palazzo, c’était au tour de Paul Medurio et de Petru Paoli de passer en correctionnelle. Même résultat que les autres, la relaxe. Une grande victoire pour les libertés individuelles.

Prélèvement ADN : vers une jurisprudence corse


Depuis quelques années, les demandes de prélèvements génétiques sur des militants en garde à vue se multiplient. Cette démarche visant à établir des fichages ADN sur la base d’une appartenance politique constitue à l’évidence une atteinte aux droits de la personne humaine. C’est la raison pour laquelle plusieurs adhérents et responsables de Corsica Nazione Indipendente ont refusé catégoriquement le prélèvement. La loi française faisant de ce refus une infraction pénale, un certain nombre de procès ont récemment eu lieu devant les juridictions répressives insulaires. A chaque fois, les avocats ont plaidé la violation des textes relatifs aux droits de l’homme et, en particulier, de l’article 8 de la Convention européenne ayant pour objet de les protéger, article concernant le respect de la vie privée et familiale.

La contestation des fichages ADN n’est pas une spécialité corse, tant s’en faut. La polémique se développe sur toute la surface de la planète, et donne parfois lieu, comme chez nous, à d’importantes décisions judiciaires. Aux Etats-Unis, le parlement du Massachusetts a voté en 1997 une loi permettant le fichage ADN de tous les détenus de l’Etat. Certains d’entre eux ont refusé. Sur les conseils de leurs avocats, ils ont fondé leur position sur le 4e amendement de la Constitution américaine, qui protège les citoyens - comme l’article 8 de la Convention européenne des Droits de l’Homme - de toute intrusion dans leur vie privée. En 1998, un tribunal de Boston leur a donné satisfaction, confirmant le caractère attentatoire aux droits humains du prélèvement ADN sans autorisation.

S’agissant des procès ayant eu lieu en Corse, la défense a également soulevé la violation de la loi interne française elle-même. En effet, les militants concernés avaient tous été placés en garde à vue sur la base de commissions rogatoires larges et imprécises, ne les visant pas nommément.

De plus, ils avaient été remis en liberté quelques heures plus tard, sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre eux dans l’affaire ayant motivé leur interpellation.

Dans de telles circonstances, comment l’accusation pouvait-elle prétendre qu’existaient, au moment du refus de prélèvement, des « indices graves et concordants » ou des « raisons plausibles » de les soupçonner, conditions exigées par le Code de procédure pénale ? A plusieurs reprises depuis quelques mois, les tribunaux de Bastia et d’Aiacciu, ainsi que la Cour d’appel, ont suivi le raisonnement de la défense en prononçant la relaxe des prévenus.

Cette nouvelle jurisprudence n’est pas passée inaperçue de l’autre côté de la mer, car elle ne concerne pas uniquement les Corses. Tous ceux qui refusent l’hystérie sécuritaire ambiante et les atteintes aux droits de l’homme seront attentifs à l’évolution de ce dossier.

Jean-Guy Talamoni



Procès Paoli-Medurio : Victoire de la justice


La petite salle du tribunal correctionnel d’Aiacciu n’était pas assez grande pour accueillir les militants et sympathisants venus soutenir Paul Medurio et Petru Paoli.

Nullement impressionnés, les juges interrogeaient les prévenus sur les raisons qui les avaient amenés à refuser de se soumettre à un test ADN lors d’une garde-à-vue.

Devant l’attitude hautement politique de Paul Medurio et de Petru Paoli qui expliquaient qu’ils ont refusé ce test parce qu’ils sont militants politiques et que la seule chose qui pouvait motiver cette prise d’ADN était une volonté de l’Etat de ficher tous les militants nationalistes en Corse, un magistrat leur a expliqué qu’ils auraient eu la possibilité de demander à ce que leur prélèvement soit détruit après coup. Les responsables politiques ont répondu qu’ils appliquaient les consignes de leur parti.

La présidente du tribunal semblait ne pas accepter cette réponse, et on pouvait craindre le pire quand le procureur a demandé des peines de prison avec sursis et de fortes amendes contre les deux nationalites.

Finalement, les avocats, maîtres Jean-Guy Talamoni et Dumé Ferrari ont brillemment démontré que ce prélèvement d’ADN était illégal et que donc, Paul Medurio et Petru Paoli n’avaient pas à s’y soumettre et, bien entendu, ne devaient pas être condamnés.

Pour démontrer cela, maître Talamoni s’est notamment appuyé sur l’article 706-54 du code de procédure pénal explique clairement qu’on peut prendre “les empreintes gnétiques des personnes à l’encontre desquelles il existe des indices graves ou concordant rendant vraisemblable qu’elles aient commis une infractions” ou s’il existe, à l’encontre de la personne “une ou plusieurs raisons plausibles de souopçonner qu’elle a commis un crime ou un délit”. Or, les interpellations de Paul Medurio et de Petru Paoli sont intervenues dans le cadre d’une commission rogatoire diligenté par un juge antiterroriste qui ne les ciblait pas, pour une vieille affaire de 1999, et ils n’ont été placé en garde-à-vue qu’à cause de leur connaissance. Et vue qu’en Corse tout le monde se connait... Il n’y avait aucun indice, grave ou pas contre eux, et rien ne laisser penser qu’il puisse y avoir des raisons plausibles de les soupçonner. Dans ce cas, c’est bien le prélèvement ADN et non pas le refus qui était hors la loi. Les magistrats ont écouté avec attention les plaidoiries des avocats de la défense et les ont entendu en prononçant à l’encontre des prévenus la relaxe.

Le parquet, mauvais joueur, a décidé de faire appel pour ne pas rester sur un échec, mais on ne voit pas comment la cour d’appel pourrait prononcer un verdict différent !

Marzulinu

 

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