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Articulu di u numaru 31, Nuvembre di u 2007


Aiacciu cità uccupata



« Je suis prêt à aller très loin ». Tel est en substance le message asséné de Nicolas Sarkozy ce mardi 31 octobre à l’endroit d’un grand nombre d’élus venus ou appelés pour la circonstance à l’entendre dans les enceintes de la Collectivité Territoriale transformée en bunker…



Seuls ceux de Corsica Nazioni Indipendenti – et pour cause – ont refusé de se prêter cette manifestation. Car il n’y avait rien – absolument rien de bien transcendant – dans les propos du président français. Son message à l’égard de la Corse est on ne peut plus clair : les milliers de policiers présents dans toutes les rues et les ruelles de la cité impériale en donnent la signification : oui effectivement Nicolas Sarkozy est « prêt à aller très loin » dés lors qu’il s’agit de museler…


Verbotten !

Antoine Mandrichi du syndicat CGT s’offusque de l’imposant déploiement armé dans les rues d’Aiacciu et aux alentours de la préfecture. Il s’en offusque d’autant plus que une interdiction a bien été édictée pour empêcher tout rassemblement dont celui des salarié(e)s annoncé par l’intersyndicale CFDT, CGC, CFDT, FO, FSU, STC, UNSA. Et elle n’émane pas d’une solitaire initiative préfectorale.

Antoine Mandrichi se souvient que « jamais depuis 1958, lorsque les parachutistes avaient investi la préfecture d’Ajaccio, on n’a interdit une manifestation syndicale en Corse. C’est une remise en cause des libertés individuelles et collectives ». Il découvre ainsi les intentions bien limitées du prétendu dialogue social. La grande partie des salarié(e)s manifestante sera contenue à la gare, loin du salon préfectoral ou se tient le faste conseil des ministres français décentralisé. Beaucoup plus loin, au devant de la place Diamant, ce sont les nationaux qui affrontent par leur présence les centaines de CRS et autres gardesmobiles.

Une présence qui dérange et qui inquiète : c’est à coups de matraques et de gaz lacrymogènes que ces nationaux seront repoussés, encerclés un peu plus loin que la mairie d’Aiacciu là ou monsieur Renucci, grand défenseur de l’incendiaire Bernard Bonnet, attendait pour une réception « petits fours » le président français… Ce fut comme l’écrit si bien A Manca Naziunale dans son communiqué « deux journées qui resteront tout autant marquées par une pierre noire ».


L’axe du tout libéral...

Le discours n’était paradoxalement pas vide. Il soulage avant tout ces élus de la dite majorité territoriale lorsqu’il leur annonce que « le coeur de la république est en Corse ». Il les réconforte encore plus lorsqu’il affirme que « avant tout le développement économique » est la réponse aux problèmes posés. Et bien évidemment c’est sous l’angle de la libéralisation, et plus particulièrement la libéralisation des moyens de transports, qu’il axe sa vision. Ainsi n’en déplaise à un Antoine Sindali bien mal à l’aise dans son exercice de rattrapage, le président français n’as pas été « mal conseillé ». Il ouvre la boite de Pandore avec les « low cost », argumentant à deux reprises sur le coût des billets. En filligramme c’est bel et bien la CCM qui semble visée.


...et du tout repressif

Et de nouveau il éructe sa haine selon une argutie d’amalgame à la fois grotesque mais dangereuse. Il se complait à décrier « ces bandits, ces maffieux », « cette violence que les corse ne veulent plus » et promettant aucun laxisme ni mansuétude « à l’égard de ceux qui érigent l’attentat en forme d’expression ». La criminalisation du mouvement patriotique reste une constante de l’histoire de l’Etat français en Corse. Ces dernières années de 1982 à nos jours, les traductions sanglantes de cette constante démontrent que derrière les mots se cachent toujours des intentions visant à salir puis neutraliser le mouvement national, et plus spécifiquement le mouvement de libération nationale.


Aucune avancée significative

Il n’a donc pratiquement pas dit un mot sur cette commission ad hoc censée rétablir un dialogue. Il l’ignore superbement, répondant de la sorte à l’initiative de fait condamnée d’Edmond Siméoni. A Chjama et le PNC parleront plus tard de « régression », là ou jusqu’à maintenant il n’y a pas eu évolution. La question du rapprochement des prisonniers est totalement vidée de sa dimension politique, et conditionnée « au cas par cas » selon le principe du « bon comportement ». Quant à la langue corse, elle se voit – encore – imposée des limites là ou un comité de scientifiques sous la responsabilité de la collectivité territoriale suppose à son égard une initiative politique et institutionnelle conséquente pour sa survie… Comme l’affirme U Fronte Populari « ce déplacement onéreux et provocateur n’avait sûrement pas l’ambition de s’attaquer aux véritables questions intéressant les Corses et encore moins au problème politique posé depuis plusieurs décennies dans cette île à l’Etat français.

Il aura finalement concrétisé une nouvelle fois la vision méprisante et irresponsable des gouvernants envers la Corse et son peuple ». « En résumé, tous ceux qui ont cru que cette visite serait l’occasion d’avancées pour la Corse ou qu’elle constituerait le début d’un dialogue en ont été pour leurs frais, et ceux qui ont assisté au discours tenu à l’Assemblée de Corse ont bu le calice jusqu’à la lie » dit avec raison Corsica Nazioni Indipendenti dans son communiqué consécutif à ce conseil des ministres français. Et de finir : « Par conséquent, la seule voie à emprunter pour tous ceux qui refusent l’humiliation et la soumission de la Corse est celle de la résistance et du soutien à l’égard de tous ceux qui luttent ».

Ulivieru SAULI

 

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