« Je suis prêt à aller très loin ». Tel est en substance le message asséné de Nicolas Sarkozy ce
mardi 31 octobre à l’endroit d’un grand nombre d’élus venus ou appelés pour la circonstance à
l’entendre dans les enceintes de la Collectivité Territoriale transformée en bunker…

Seuls ceux de Corsica Nazioni Indipendenti – et pour
cause – ont refusé de se prêter cette manifestation. Car
il n’y avait rien – absolument rien de bien transcendant
– dans les propos du président français. Son message à
l’égard de la Corse est on ne peut plus clair : les milliers
de policiers présents dans toutes les rues et les ruelles
de la cité impériale en donnent la signification : oui
effectivement Nicolas Sarkozy est « prêt à aller très loin »
dés lors qu’il s’agit de museler…
Verbotten !
Antoine Mandrichi du syndicat CGT s’offusque de
l’imposant déploiement armé dans les rues d’Aiacciu et
aux alentours de la préfecture. Il s’en offusque d’autant
plus que une interdiction a bien été édictée pour empêcher
tout rassemblement dont celui des salarié(e)s annoncé par
l’intersyndicale CFDT, CGC, CFDT, FO, FSU, STC, UNSA.
Et elle n’émane pas d’une solitaire initiative préfectorale.
Antoine Mandrichi se souvient que « jamais depuis 1958,
lorsque les parachutistes avaient investi la préfecture
d’Ajaccio, on n’a interdit une manifestation syndicale en
Corse. C’est une remise en cause des libertés individuelles
et collectives ». Il découvre ainsi les intentions bien
limitées du prétendu dialogue social. La grande partie des
salarié(e)s manifestante sera contenue à la gare, loin du
salon préfectoral ou se tient le faste conseil des ministres
français décentralisé. Beaucoup plus loin, au devant de
la place Diamant, ce sont les nationaux qui affrontent par
leur présence les centaines de CRS et autres gardesmobiles.
Une présence qui dérange et qui inquiète : c’est
à coups de matraques et de gaz lacrymogènes que ces
nationaux seront repoussés, encerclés un peu plus loin
que la mairie d’Aiacciu là ou monsieur Renucci, grand
défenseur de l’incendiaire Bernard Bonnet, attendait pour
une réception « petits fours » le président français… Ce
fut comme l’écrit si bien A Manca Naziunale dans son
communiqué « deux journées qui resteront tout autant
marquées par une pierre noire ».
L’axe du tout libéral...
Le discours n’était paradoxalement pas vide. Il soulage
avant tout ces élus de la dite majorité territoriale lorsqu’il
leur annonce que « le coeur de la république est en
Corse ». Il les réconforte encore plus lorsqu’il affirme
que « avant tout le développement économique » est la
réponse aux problèmes posés. Et bien évidemment c’est
sous l’angle de la libéralisation, et plus particulièrement
la libéralisation des moyens de transports, qu’il axe sa
vision. Ainsi n’en déplaise à un Antoine Sindali bien mal
à l’aise dans son exercice de rattrapage, le président
français n’as pas été « mal conseillé ». Il ouvre la boite
de Pandore avec les « low cost », argumentant à deux
reprises sur le coût des billets. En filligramme c’est bel et
bien la CCM qui semble visée.
...et du tout repressif
Et de nouveau il éructe sa haine selon une argutie
d’amalgame à la fois grotesque mais dangereuse. Il
se complait à décrier « ces bandits, ces maffieux »,
« cette violence que les corse ne veulent plus » et
promettant aucun laxisme ni mansuétude « à l’égard
de ceux qui érigent l’attentat en forme d’expression ».
La criminalisation du mouvement patriotique reste une
constante de l’histoire de l’Etat français en Corse. Ces
dernières années de 1982 à nos jours, les traductions
sanglantes de cette constante démontrent que derrière les
mots se cachent toujours des intentions visant à salir puis
neutraliser le mouvement national, et plus spécifiquement
le mouvement de libération nationale.
Aucune avancée significative
Il n’a donc pratiquement pas dit un mot sur cette
commission ad hoc censée rétablir un dialogue. Il
l’ignore superbement, répondant de la sorte à l’initiative
de fait condamnée d’Edmond Siméoni. A Chjama et le
PNC parleront plus tard de « régression », là ou jusqu’à
maintenant il n’y a pas eu évolution. La question du
rapprochement des prisonniers est totalement vidée de
sa dimension politique, et conditionnée « au cas par cas »
selon le principe du « bon comportement ». Quant à la
langue corse, elle se voit – encore – imposée des limites
là ou un comité de scientifiques sous la responsabilité de
la collectivité territoriale suppose à son égard une initiative
politique et institutionnelle conséquente pour sa survie…
Comme l’affirme U Fronte Populari « ce déplacement
onéreux et provocateur n’avait sûrement pas l’ambition
de s’attaquer aux véritables questions intéressant les
Corses et encore moins au problème politique posé
depuis plusieurs décennies dans cette île à l’Etat français.
Il aura finalement concrétisé une nouvelle fois la vision
méprisante et irresponsable des gouvernants envers la
Corse et son peuple ». « En résumé, tous ceux qui ont
cru que cette visite serait l’occasion d’avancées pour la
Corse ou qu’elle constituerait le début d’un dialogue en
ont été pour leurs frais, et ceux qui ont assisté au discours
tenu à l’Assemblée de Corse ont bu le calice jusqu’à la
lie » dit avec raison Corsica Nazioni Indipendenti dans
son communiqué consécutif à ce conseil des ministres
français. Et de finir : « Par conséquent, la seule voie à
emprunter pour tous ceux qui refusent l’humiliation et la
soumission de la Corse est celle de la résistance et du
soutien à l’égard de tous ceux qui luttent ».
Ulivieru SAULI