L’aménagement du territoire est un vaste sujet au carrefour de nombreuses problématiques. Il implique
des politiques transversales entre l’économie, les transports, le foncier et l’écologie.
L’aménagement du territoire est éminemment politique et doit intégrer subsidiarité décisionnelle et
développement durable, identitaire et environnemental.
L’organisation
administrative
La carte administrative doit être complètement
revue. A la base sont les
communes et leur regroupement en
piève ou ensembles de pièves. Ces
intercommunalités, territorialement
cohérentes détiendront l’autorité administrative
locale et seront chef de file
en matière d’eau et assainissement,
écoles, action sociale, zonage agricole,
prévention des incendies et proposition
des zones à bâtir.
Au-dessus de l’intercommunalité,
huit provinces, Nord-Est, Castagniccia,
Centru-Corsica, Fiumorbu, Rocca,
Aiacciu e i tre valli, Ouest, Balagna.
La capitale administrative est Corti.
Aiacciu, Bastia, Porti Vechju sont dotés
d’antennes administratives. Le travail
administratif est décentralisé. Chaque
province après consultation des communes
et inter-communalités adopte un
plan d’aménagement cohérent. Ces
plans sont ensuite harmonisés et mis en
conformité avec les objectifs politiques
nationaux.
Le plan d’aménagement de la Corse
s’élabore par la base qui propose, il
applique donc le principe de subsidiarité
et n’est en aucun cas l’imposition
d’un plan technocratique par un pouvoir
centralisé, comme c’est le cas du
PADDUC.
Les transports
Les communications dans et à l’extérieur
de la Corse doivent faciliter les
échanges, les rendre plus rapides et
plus surs de façon à rationaliser les
besoins en équipements lourds (sanitaires,
scolaires, sportifs). A l’extérieur il
s’agit de rompre le lien exclusif avec la
France, ouvrir de nouvelles voies
d’échange avec l’arc latin mais aussi le
magrheb et enfin renforcer le lien avec
la Sardaigne pour créer un ensemble
corso-sarde de deux millions d’habitants
susceptible d’avoir un véritable poids économique.
· Les communications internes
auraient dû bénéficier du PEI, 2 milliards
d’euro en 15 ans. Seulement
pour mobiliser ces sommes il faut que
la CTC injecte 50 millions d’euro/an
dont elle ne dispose pas. Ceci aura plusieurs
effets, les entreprises corses ne
peuvent s’adapter n’étant pas sures de
la quantité de travail annuel à effectuer,
les autres collectivités peuvent accéder
au PEI, ce qui détournera ces sommes
de leur affectation initiale, la transformation
des infrastructures de transport.
Le chantier est en effet vaste pour une
mise à niveau de la Corse. Il faut envisager
la rénovation et l’extension du
réseau ferré par la réouverture de la
ligne Bastia-Porti Vechju. La mise à
quatre voies de l’axe Bastia-Porti
Vechju-Bunifaziu. Sur les axes Bastia-
Aiacciu, Aiacciu-Porti Vechju et Calvi-
Corti-Aleria, il est nécessaire de dévier
les agglomérations et créer des créneaux
de dépassement en nombre suffisant
pour fluidifier le trafic. De chaque
point de l’île on doit pouvoir accéder
aux deux grandes villes en moins de
deux heures, ce qui est un délai raisonnable
y compris en matière sanitaire.
· Pour les communications extérieures
il faut privilégier deux grands ports et
aéroports. Il n’est pas économiquement
viable de maintenir des moyens
humains et financiers toujours plus
lourds en raison de normes de sécurité
de plus en plus sévères. Les moyens
doivent aller en priorité à Bastia, pour
un nouveau port avec connexion railroute
porte d’entrée de la Toscane
(Livourne à quatre heures de bateau) et
débouché de l’Europe du nord, tête de
pont de l’axe européen Livourne-
Bastia-Olbia-Cagliari et son prolongement
sur l’Afrique du Nord.
De même à Aiacciu le port doit être
relié directement au réseau ferré. Pour
autant les autres ports et aéroports ne
seront pas abandonnés. Porti-Vechju
doit devenir le point de liaison avec
Olbia, Calvi, L’Isula, Prupià doivent
s’orienter vers le nautisme, la plaisance,
l’activité croisières et les transports
maritimes ou aériens en haute
saison. Il y a donc une masse de travail
colossale à réaliser, des emplois à créer
et pérenniser pendant au moins vingt
ans. Quant aux moyens, la seule TIPP
perçue en Corse représente 150 millions
d’euro/an ce qui permettrait largement
de financer la part corse du PEI
qui rappelons-le est la compensation du
retard historique de la Corse. Une politique
des transports recentrée, des
infrastructures de communication enfin
mises à niveau nous permettrons, outre
les emplois liés à leur réalisation,
d’augmenter nos échanges commerciaux
tout en tenant compte du coût
écologique des transports en particulier
en terme d’émission de co2.
L’aménagement de
l’espace
Le foncier et la possession de la terre
sont au centre de nos préoccupations.
Tout corse doit pouvoir se loger dignement.
La loi sur la terre permettant la
seule accession à la propriété des corses
d’origine ou des personnes résidant
en Corse à titre principal depuis plus de
dix ans est de nature à briser une spirale
inflationniste et spéculative.
Cependant nous devons prendre en
compte les besoins du tourisme et des
entreprises du BTP. Pour cela dans chaque
province pourront être définies des
zones d’activité touristique où seront
permises les constructions et opérations
immobilières en dérogation à la
loi sur la terre.
Bien sûr, cela doit se faire en totale
transparence de prise de décision et
grâce à un code des investissements
garantissant pour toute transaction
immobilière la provenance des fonds,
les identités des investisseurs et membres
des SCI. Tout cela sous contrôle
des services de l’état. Ces opérations
immobilières permettront d’abonder
un fonds d’aide au logement par une
surtaxation des résidences. Ce fonds
sera également alimenté par l’instauration
sur toute promotion immobilière
d’un quota de dix pour cent de logements
sociaux ou leur contre valeur
financière. Le FAL permettra la
construction de logements à loyers
modérés ou aidera l’accession à la propriété
de jeunes ménages corses. Seule
la construction de logements financièrement
accessibles au plus grand nombre
pourra faire baisser durablement le
coût du foncier.
· Le zonage territorial.
Chaque province avec le concours des
élus locaux et des associations de
citoyens, à l’aide de larges consultations
démocratiques, délimite les zones
agricoles, les zones vertes à préserver
et les zones constructibles. Parmi ces
dernières sont délimitées les zones
d’activité touristique. L’état et la représentation
nationale valident, en les
modifiant si nécessaire, ces choix.
Aucune construction ne sera ensuite
admise sur les terres agricoles, sauf
pour les besoins des agriculteurs, ni
aucune acquisition par des non corses
en dehors des zones prévues. Deux grands parcs naturels, sur le modèle
des parcs américains, permettant une
activité commerciale et hôtelière légère
auront vocation à préserver et entretenir
la faune la flore et le patrimoine
matériel et immatériel. Les parcs de
l’Alta strada « da Bonifatu a Bavella »
et « Mare et monti » de Piana à
Galeria. Dans ces cadres préservés un
code architectural permettra la réalisation
de constructions limitées parfaitement
intégrées aux sites.
· Urbanisme-logement et équipements
collectifs.
Les objectifs fondamentaux des lois
d’urbanisme sont la préservation des
sites naturels remarquables, la protection
du linéaire côtier dans la bande des
cent mètres, la lutte contre la spéculation
foncière et la favorisation de l’accession
à la propriété des citoyens corses.
Il s’agit de permettre un
développement économique en respectant
les équilibres sociaux et environnementaux.
Le logement et plus généralement
la propriété immobilière est
un problème majeur aujourd’hui. Pour
lutter contre la spéculation, il est indispensable
de mettre en oeuvre la loi sur
la terre. D’autre par les intercommunalités
doivent préempter les biens à vendre
à un prix estimé non pas par le
marché, mais par les pouvoirs publics.
Il s’agit de constituer des réserves foncières
servant soit à la location, soit à
la vente à prix coûtant et permettant
aux jeunes ménages de s’installer.
L’autre problème est l’indivision, elle
doit se résoudre sous l’effet de l’obligation
de mutation des biens hérités en
contre partie de l’exonération des
droits de succession et par une politique
volontariste des communes
(préemption, règlement des indivisions
à la majorité, acquisition des biens en
état d’abandon manifeste.) Le rôle des
communes rurales dans le règlement de
l’indivision, en raison de la connaissance
des indivisaires et de la relation
de proximité est primordial.
- les règlements d’urbanisme doivent
obéir à des règles simples. Pas de
construction sur la bande littorale, préservation
des sites remarquables, des
zones agricoles. Préservation de la loi
littoral et abandon de la loi montagne
inadaptée. En milieu urbain la consultation
de la population doit être le préalable
à tout aménagement. Les logements
vétustes doivent être rachetés
par les communes si les propriétaires
ne peuvent réaliser les travaux de
remise en état.
Les transports urbains doivent être
aménagés pour réduire les véhicules en
centre ville.
Les équipements collectifs doivent
être également répartis sur le territoire,
dans chaque province en obéisssant à
deux impératifs : permettre l’accès de
tous aux terrains de sport, piscines et
salles de spectacle, collèges et lycées
sans pour autant multiplier des structures
gourmandes en frais d’entretien et
de fonctionnement en sachant que c’est
bien la non-utilisation qui dégrade et
non l’inverse.
La ressource
hydraulique
Pour assouvir les besoins croissants
(agriculture, tourisme) et tenir compte
de l’irrégularité des pluies et des périodes
plus longues de sécheresse, il faut
des stockes pluriannuels. Les réserves
existantes devront nécessairement augmenter
de 50 % en 10 ans, les modifications
climatiques en cours montrant
bien que la ressource est gérée à flux
tendu. De nouveaux sites doivent donc
être étudiés dans toutes les provinces.
L’aménagement des
zones rurales
Actuellement une grande partie du territoire
est pratiquement désertifié. Ce
n’est pas le maintien des sacro-saints
services publics qui fera revenir la
population, mais bien la valorisation de
vastes espaces incultes qui nourrissaient
jadis de nombreuses familles.
Les énormes moyens financiers dévolus
à la lutte anti feux, plus de 23 millions
d’euro en 2005, seraient bien plus utiles
s’ils permettaient de contribuer à l’économie
productive. Actuellement ces
budgets servent à une véritable industrie
du feu et permettent de salarier des
pompiers volontaires en grand nombre.
L’intérêt pour le clan maître des SDIS
est incontestable mais pour la Corse ?
Il y a mieux à faire. Dans un premier
temps, les communes et les propriétaires
privés doivent créer de grands parcours
de pacage. Ensuite les éleveurs et
autres travailleurs de la terre doivent se
réunir en coopératives ou groupements
d’intérêt permettant l’achat en commun
de matériel et surtout une entente sur
les pacages et parcours ne lésant ni les
propriétaires fonciers ni les éleveurs.
Les aides doivent être revues et orientées
vers des aides à l’entretien de la
surface. Il faut également un statut spécifique
fiscal et social pour le poly actif
rural qui doit multiplier ses sources de
revenus (animaux, châtaigneraie, oliviers,
exploitation du bois, tourisme
vert….) Ces aides seraient subordonnées
au respect de l’environnement
(absence de pesticides, AOC, utilisation
de matériaux locaux, code architectural,
respect des lois sociales….).
L’encouragement de ces pratiques
doit avoir plusieurs effets bénéfiques :
la diminution de la pression incendiaire
et le repeuplement de vastes zones
désertifiées ainsi que la remise en production
de terres devenues incultes au
profit de jeunes corses.
L’aménagement du territoire doit
nécessairement se recentrer sur les
grands chantiers d’infrastructures routières,
portuaires, aéroportuaires et
hydrauliques.
L’argent du PEI pour pouvoir véritablement
être utilisé nécessite des ressources
nouvelles pour la CTC. Pour
plus d’efficacité et de visibilité le traditionnel
saupoudrage doit céder enfin la
place à une politique territoriale cohérente.
La Corse a besoin d’une politique de
grands travaux pendant 15 ou 20 ans
pour changer la vie de ses citoyens,
améliorer leur quotidien et sortir de son
isolement européen en participant aux
échanges nord-sud qui feront sa prospérité.
L’élaboration d’un plan d’aménagement
de la Corse, fédérateur, dans
lequel chaque citoyen pourra exprimer
ses souhaits doit libérer les énergies et
initiatives au service de l’essor économique,
du bien commun.
Clément Filippi