L’amiante, cette fibre minérale qui a la capacité de développer diverses maladies pulmonaires
y compris la perspective réjouissante du cancer du poumon ou de la plèvre
jusqu’à trente années après l’exposition, est aussi douée de sentiments nationalistes :
car pour la Corse seule, et même plus, pour le seul département de la Haute-Corse où
elle affleure abondamment sur 133 communes, ses capacités agressives sur l’organisme
humain s’arrêteraient net : comme le nuage de Tchernobyl qui n’avait pas ses papiers
à la frontière… mais les milliers de becquerels, eux, avaient bien été détectés par les
services de l’Etat français !
Des travaux
inconcevables en
Corse
Comment expliquer que des travaux
pulvérisant des sols contenant
de l’amiante, on pourrait écrire sols
cancérigènes, puissent se dérouler
sous nos fenêtres, près de nos écoles
?
Et sans que le représentant de
l’Etat français n’envoie immédiatement
son armée d’élite les arrêter ?
Pourtant, ses hommes possèdent
déjà l’équipement complet avec
casque et combinaison intégrale.
Peut-être le préfet possède-t-il les
preuves irréfutables de l’absence de
tout risque pour la population ?
Un danger avéré !
(Des expositions largement supérieures
au taux autorisé)
En réalité, depuis les années 2000,
la DDASS rassemble des données
montrant non seulement une pollution
dite environnementale, donc
teintée de fatalisme (c’est la nature,
on n’y peut rien), mais en réalité la
résultante de chantiers soit passés
soit en cours.
Ces résultats donnés dans le cadre
d’un comité amiante à la préfecture
seulement début 2004 sont complétés
depuis par différentes mesures
dont il résulte irrémédiablement que
la population située à proximité
d’un chantier ou de déblais qui
n’ont pas été recouverts est exposée.
Campagnes de mesures 2001 :
jusqu’à plus de 11 fibres par litre à
Bastia, au quatrième étage de la DDASS.
Campagnes de mesures 2002 :
jusqu’à plus de 18 fibres par litre à
Bastia, à proximité de travaux de
terrassement dans la ZAC du
Fangu.
Campagnes 2005 : jusqu’à 10 et
17 fibres par litre, toujours dans la
ZAC du Fangu.
Faut-il rappeler qu’en France, la
valeur maximale de la norme santé
pour la population est de 5 fibres
par litre ! Valeur tirée du taux
limite enregistré dans l’air de Paris
fin des années quatre-vingt-dix.
Aucune certitude
Aucune certitude sur l’efficacité
des mesures de protection sur la faisabilité
sans risque de travaux en
terrains amiantifères.
L’arme absolue serait, nous
assure-t-on, l’HUMIDIFICATION
qui rabattrait les petites fibres
d’amiante, mille fois plus fines
qu’un cheveu - à l’échelle du
micron - et qui ensuite se tiendraient
bien sagement au sol : ce
qui implique que celui-ci devrait
rester mouillé en permanence ou
bien être immédiatement recouvert,
ce qui n’est pas respecté comme
chacun peut le constater dans la vallée
du Fangu, fief de la SEMAB, la
zone d’aménagement présidée par
le maire de Bastia.
Un Etat au service
de qui ?
La DDE, direction départementale
de l’équipement, persiste à donner
un avis favorable à tous les permis
de construire pour les zones cancérigènes
; la mairie de Bastia mentionne
parfois, et non systématiquement,
la référence à des articles du
code du travail incompréhensibles
pour le non initié.
Jamais jusqu’à présent n’ont été
utilisées les possibilités d’imposer,
dès ce stade, des prescriptions particulières
pour tenter de prévenir le
risque environnemental et de santé
publique.
Pourquoi le représentant de l’Etat
en Corse ne demande-t-il pas l’application
des textes à ses services ?
Etat de droit ? L’article R 111-2
du code de l’urbanisme ne serait-il
pas applicable pour la Corse ?
Ou faut-il en déduire une spécificité
corse qui va même jusqu’à
anéantir d’elle-même le pouvoir
cancérigène de l’amiante ?
Faîtes-nous profiter de ce brevet !
L’inspection du travail semble
croire à l’efficacité des mesures de
protection qu’elle s’escrime à faire
prendre au sérieux par les entreprises
mais manifestement aussi par
les services de l’Etat en général :
on saluera la première condamnation
pour travaux sur terrains
amiantifères à l’encontre du sénateur
et constructeur François
Vendasi qui visiblement s’est empêtré
dans ses milliers de mètres
cubes entassés pendant des mois sur
le futur parking de la gare.
Heureusement, celui-ci et la mairie
de Bastia ont bénéficié d’un site sur
mesure mitonné par le préfet pour
accueillir ces déblais sur le plateau
de Teghime : arrêté préfectoral du
24 mars 2006 ! Les autres peuvent
attendre la solution de stockage
pour tous et continuer à aller polluer
d’autres chantiers, d’autres
aires jusque là saines.
Evidemment, si l’amiante corse
n’est pas miraculeusement sain, ce
seraient donc les Corses qui, génétiquement
modifiés repousseraient
spontanément ces méchantes fibres :
« pensez, ils vivent dedans ! »
Cela a été dit et même soutenu par
certains fonctionnaires français qui
ne voyaient donc pas péril en la
demeure…
La seule spécificité
corse : le droit de
mourir !
Il faut affirmer qu’en fait de spécificité
amiantifère, la Corse, les
Corses et n’oublions pas les travailleurs
qu’on appelle immigrés, continuent
à payer le prix fort d’une
politique colonialiste d’exploitation
de Canari : ce sont des millions
d’euros qui sont déboursés
aujourd’hui après reconnaissance de
faute inexcusable par le TASS, tribunal
des affaires de sécurité
sociale.
Les dirigeants d’ETERNIT réfugiés
derrière la société écran de la
société minière de l’amiante, SMA,
ne sont pas, quant à eux, inquiétés.
Ce sont donc nos impôts et taxes
qui payent.
Depuis une vingtaine d’années, les
travaux se démultiplient : vallée du
Fangu à Bastia défigurée, travaux
routiers, élargissements de voies.
Et de plus en plus au milieu de
zones fortement habitées.
Le double discours sur le caractère
naturel, normal de la présence d’amiante ou, à l’inverse, qu’avant,
il n’y avait que des petits travaux ne
tient pas : la tuberculose, la grippe
aussi ont une origine naturelle et
pourtant, on les soigne…
Dans les temps, les anciens, les
ouvriers ont eux aussi creusé des
routes, des carrières et ont pu être
fortement exposés au risque d’intoxication
aux fibres d’amiante.
Corse, objet de convoitise et de
profits : des prospections minières
ont eu lieu en Corse tout au long du
dix-neuvième siècle : irréfutablement,
les services de l’Etat français
savaient dès cette époque que de
l’amiante était présent un peu partout
sur la Haute-Corse.
Dès que l’amiante a été reconnue
comme cancérigène, au début du
vingtième et au plus tard dans les
années 1950, l’Etat français en
Corse aurait dû informer la population
et faire prendre des mesures de
prévention : accessibilité de la cartographie
des terres comportant de
l’amiante, précautions à prendre,
humidifier, se protéger, se changer,
recouvrir les affleurements.
Mais rien de tout cela, même après
le rapport INSERM sur l’amiante
de 1996, alors que cette situation
concerne notre population dans son
quotidien, dans son environnement
immédiat, en ville ou au village.
Il ne faut pas gêner les intérêts
économiques sur lesquels repose le
pouvoir français en Corse.
Quand le bâtiment va, tout va !
Une information
tronquée
Nous avons une obligation de vigilance,
un devoir de refuser.
La future voie de contournement
de Bastia, les travaux de voiries,
d’élargissement, les promotions
immobilières ne doivent plus pouvoir
être autorisées sans que ne soit
garantie notre santé et celle de nos
enfants.
A Bastia, Corti, Bustanicu,
Muratu, Rutali, le Capicorsu : près
de la moitié des communes de
Haute-Corse sont concernées.
A Bustanicu, où des travaux
d’élargissement de la départementale
avaient eu lieu, des mesures
renouvelées montrent la permanence
de plus trois fois la norme
santé et plus dans certaines habitations.
Preuve de plus de la nécessité de
ne pas appréhender les autorisations
de ces travaux avec la légèreté dont
les services de l’Etat témoignent.
Nécessité également de repérage
de toutes les zones mises à nu et de
les recouvrir.
Les maires ont été informés très
officiellement par le préfet fin 2000,
début 2001 du fait que leur commune
pouvait se trouver dans une
zone avec des affleurements
d’amiante : ont-ils à leur tour
informé leur population ? Si les
services de l’Etat ne leur en avaient
pas donné les moyens, leur ont-ils
demandé ?
La DDASS a édité une plaquette
et mis des informations en ligne sur
Internet seulement à partir de 2005.
Mais elles sont incompréhensibles
aux profanes que nous sommes
tous : on ne comprend pas si la
présence d’amiante dans les sols est
dangereux et aucune démarche de
prévention n’est proposée !
En charge de la santé publique, la
DDASS continue à s’interroger
pour savoir si oui ou non, ou peutêtre
oui, ou non…
Où est l’application du principe de
précaution, Monsieur le préfet ?
Des dépôts
d’amiante sauvages
non recherchés
Monsieur le préfet, quand allez-vous
imposer à vos services dits
compétents la recherche systématique
des décharges illégales et
des dépôts sauvages de déblais
cancérigènes apparents du
Capicorsu jusqu’au début de la
plaine orientale ?
Que font la DRIRE, direction
régionale de l’industrie et… de
l’environnement, l’office de l’environnement
? Apparemment les
dépôts de déblais composés
d’amiante ne leur soulèvent pas
de problèmes particulier ; pas
plus lorsque des enfants s’y amusent…
pas les leurs.
Quant aux enfants de l’école
maternelle de Muratu : déconsidérés
au rang de cobayes depuis
que la DDASS y mesure avec
constance des taux trois fois supérieurs
à la valeur plafond tolérée
de 5 fibres.
A-t-on fermé l’école, prévu d’autres
locaux ?
Non, les enfants, nos enfants se
sont vus proposés de s’essuyer les pieds sur une serpillière… mouillée,
ou de tester un appareil de
ventilation.
Argument de choc : de toute
façon, c’est pareil chez eux, dans
leurs maisons puisque les résultats
montrent une pollution en fibres
d’amiante dans certaines maisons
du village.
En attendant, la pollution vient de
quoi : de déblais non recouverts ou
disséminés sur les chemins.
Donc, on les recouvre ?
Ah ! Mais non, cela n’est pas aussi
simple : d’abord il faut être tout à
fait sûr que c’est bien de l’amiante,
donc cela nécessite des repérages
par des spécialistes : tout cela a un
coût, prend du temps : le temps, ici,
c’est la vie des autres.
C’est une lourde responsabilité que
de prendre des responsabilités !
La carrière de nos fonctionnaires
français ne se gère qu’à l’aune de
l’inefficacité durable.
Dans ces conditions, autant s’en
passer !
Les mêmes viendront nous dire,
avec une larmichette à l’oeil, dans
20, 30 ans, qu’ils n’avaient pas eu
les moyens de bien se rendre
compte du danger, qu’ils ne
savaient pas.
Mais qu’avaient-ils fait eux,
concrètement ?
Quelles directives aura donné un
préfet de la République française à
ses services ?
Un excès de risque
évident pour la
population corse
Statistiquement, puisque tout est
une question de statistiques et de
coûts sociaux, la Haute-Corse ne
pèse que 130 000 habitants.
Selon les estimations données par
la DDASS pour le seul risque dit
« environnemental », donc sans
exposition directement liée à sa profession,
nous risquons de peser, au
niveau Corse entière, six cas de
mésothéliomes, cancers de la plèvre
à l’issue fatale en quelques mois,
par an, dont la majeure partie représente
en fait le seul département de
Haute-Corse et, d’après les ratios de
l’INSERM au moins sept cas de
cancers du poumon.
Le professeur Boutin, dès les
années 80 avait publié un excès de
risque cent fois supérieur pour la
Corse que pour le territoire français.
Nous risquons de peser de beaucoup
de larmes, de souffrance, de
colère.
Ces maladies graves, insoutenables
vont toucher des jeunes puisque
la population est désormais
massivement exposée du fait des
chantiers en zone urbaine : parions
qu’un docte représentant de l’Etat le
déclinera en spécificité insulaire, en
oubliant qu’elle aura été l’oeuvre de
ses prédécesseurs.
Déjà, les statistiques de la CRAM,
caisse régionale d’assurance maladie,
donnent des taux dix fois supérieurs
en Haute-Corse qu’en Corse
du Sud avec 109 déclarations de
maladies professionnelles liées à
l’amiante entre 2003 et 2005.
Mais tout n’est pas perdu : le premier
centre de soin anticancéreux
d’une clinique bastiaise vient d’être
bâti en pleine zone d’amiante !
Nous serons extrêmement vigilants
face à ces potentats locaux,
politiques ou industriels, et face au
péril bleu.
Rinatu Berrettini