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Articulu di u numaru 20, dicembre di u 2006


Une première : l’amiante corse ne tue pas !



L’amiante, cette fibre minérale qui a la capacité de développer diverses maladies pulmonaires y compris la perspective réjouissante du cancer du poumon ou de la plèvre jusqu’à trente années après l’exposition, est aussi douée de sentiments nationalistes : car pour la Corse seule, et même plus, pour le seul département de la Haute-Corse où elle affleure abondamment sur 133 communes, ses capacités agressives sur l’organisme humain s’arrêteraient net : comme le nuage de Tchernobyl qui n’avait pas ses papiers à la frontière… mais les milliers de becquerels, eux, avaient bien été détectés par les services de l’Etat français !

Des travaux inconcevables en Corse


Comment expliquer que des travaux pulvérisant des sols contenant de l’amiante, on pourrait écrire sols cancérigènes, puissent se dérouler sous nos fenêtres, près de nos écoles ?

Et sans que le représentant de l’Etat français n’envoie immédiatement son armée d’élite les arrêter ? Pourtant, ses hommes possèdent déjà l’équipement complet avec casque et combinaison intégrale. Peut-être le préfet possède-t-il les preuves irréfutables de l’absence de tout risque pour la population ?


Un danger avéré !

(Des expositions largement supérieures au taux autorisé) En réalité, depuis les années 2000, la DDASS rassemble des données montrant non seulement une pollution dite environnementale, donc teintée de fatalisme (c’est la nature, on n’y peut rien), mais en réalité la résultante de chantiers soit passés soit en cours.

Ces résultats donnés dans le cadre d’un comité amiante à la préfecture seulement début 2004 sont complétés depuis par différentes mesures dont il résulte irrémédiablement que la population située à proximité d’un chantier ou de déblais qui n’ont pas été recouverts est exposée.

Campagnes de mesures 2001 : jusqu’à plus de 11 fibres par litre à Bastia, au quatrième étage de la DDASS.

Campagnes de mesures 2002 : jusqu’à plus de 18 fibres par litre à Bastia, à proximité de travaux de terrassement dans la ZAC du Fangu.

Campagnes 2005 : jusqu’à 10 et 17 fibres par litre, toujours dans la ZAC du Fangu.

Faut-il rappeler qu’en France, la valeur maximale de la norme santé pour la population est de 5 fibres par litre ! Valeur tirée du taux limite enregistré dans l’air de Paris fin des années quatre-vingt-dix.


Aucune certitude

Aucune certitude sur l’efficacité des mesures de protection sur la faisabilité sans risque de travaux en terrains amiantifères.

L’arme absolue serait, nous assure-t-on, l’HUMIDIFICATION qui rabattrait les petites fibres d’amiante, mille fois plus fines qu’un cheveu - à l’échelle du micron - et qui ensuite se tiendraient bien sagement au sol : ce qui implique que celui-ci devrait rester mouillé en permanence ou bien être immédiatement recouvert, ce qui n’est pas respecté comme chacun peut le constater dans la vallée du Fangu, fief de la SEMAB, la zone d’aménagement présidée par le maire de Bastia.


Un Etat au service de qui ?

La DDE, direction départementale de l’équipement, persiste à donner un avis favorable à tous les permis de construire pour les zones cancérigènes ; la mairie de Bastia mentionne parfois, et non systématiquement, la référence à des articles du code du travail incompréhensibles pour le non initié.

Jamais jusqu’à présent n’ont été utilisées les possibilités d’imposer, dès ce stade, des prescriptions particulières pour tenter de prévenir le risque environnemental et de santé publique.

Pourquoi le représentant de l’Etat en Corse ne demande-t-il pas l’application des textes à ses services ? Etat de droit ? L’article R 111-2 du code de l’urbanisme ne serait-il pas applicable pour la Corse ? Ou faut-il en déduire une spécificité corse qui va même jusqu’à anéantir d’elle-même le pouvoir cancérigène de l’amiante ?

Faîtes-nous profiter de ce brevet ! L’inspection du travail semble croire à l’efficacité des mesures de protection qu’elle s’escrime à faire prendre au sérieux par les entreprises mais manifestement aussi par les services de l’Etat en général : on saluera la première condamnation pour travaux sur terrains amiantifères à l’encontre du sénateur et constructeur François Vendasi qui visiblement s’est empêtré dans ses milliers de mètres cubes entassés pendant des mois sur le futur parking de la gare.

Heureusement, celui-ci et la mairie de Bastia ont bénéficié d’un site sur mesure mitonné par le préfet pour accueillir ces déblais sur le plateau de Teghime : arrêté préfectoral du 24 mars 2006 ! Les autres peuvent attendre la solution de stockage pour tous et continuer à aller polluer d’autres chantiers, d’autres aires jusque là saines.

Evidemment, si l’amiante corse n’est pas miraculeusement sain, ce seraient donc les Corses qui, génétiquement modifiés repousseraient spontanément ces méchantes fibres : « pensez, ils vivent dedans ! » Cela a été dit et même soutenu par certains fonctionnaires français qui ne voyaient donc pas péril en la demeure…


La seule spécificité corse : le droit de mourir !

Il faut affirmer qu’en fait de spécificité amiantifère, la Corse, les Corses et n’oublions pas les travailleurs qu’on appelle immigrés, continuent à payer le prix fort d’une politique colonialiste d’exploitation de Canari : ce sont des millions d’euros qui sont déboursés aujourd’hui après reconnaissance de faute inexcusable par le TASS, tribunal des affaires de sécurité sociale.

Les dirigeants d’ETERNIT réfugiés derrière la société écran de la société minière de l’amiante, SMA, ne sont pas, quant à eux, inquiétés. Ce sont donc nos impôts et taxes qui payent.

Depuis une vingtaine d’années, les travaux se démultiplient : vallée du Fangu à Bastia défigurée, travaux routiers, élargissements de voies. Et de plus en plus au milieu de zones fortement habitées.

Le double discours sur le caractère naturel, normal de la présence d’amiante ou, à l’inverse, qu’avant, il n’y avait que des petits travaux ne tient pas : la tuberculose, la grippe aussi ont une origine naturelle et pourtant, on les soigne…

Dans les temps, les anciens, les ouvriers ont eux aussi creusé des routes, des carrières et ont pu être fortement exposés au risque d’intoxication aux fibres d’amiante.

Corse, objet de convoitise et de profits : des prospections minières ont eu lieu en Corse tout au long du dix-neuvième siècle : irréfutablement, les services de l’Etat français savaient dès cette époque que de l’amiante était présent un peu partout sur la Haute-Corse.

Dès que l’amiante a été reconnue comme cancérigène, au début du vingtième et au plus tard dans les années 1950, l’Etat français en Corse aurait dû informer la population et faire prendre des mesures de prévention : accessibilité de la cartographie des terres comportant de l’amiante, précautions à prendre, humidifier, se protéger, se changer, recouvrir les affleurements.

Mais rien de tout cela, même après le rapport INSERM sur l’amiante de 1996, alors que cette situation concerne notre population dans son quotidien, dans son environnement immédiat, en ville ou au village. Il ne faut pas gêner les intérêts économiques sur lesquels repose le pouvoir français en Corse.

Quand le bâtiment va, tout va !


Une information tronquée

Nous avons une obligation de vigilance, un devoir de refuser. La future voie de contournement de Bastia, les travaux de voiries, d’élargissement, les promotions immobilières ne doivent plus pouvoir être autorisées sans que ne soit garantie notre santé et celle de nos enfants.

A Bastia, Corti, Bustanicu, Muratu, Rutali, le Capicorsu : près de la moitié des communes de Haute-Corse sont concernées.

A Bustanicu, où des travaux d’élargissement de la départementale avaient eu lieu, des mesures renouvelées montrent la permanence de plus trois fois la norme santé et plus dans certaines habitations.

Preuve de plus de la nécessité de ne pas appréhender les autorisations de ces travaux avec la légèreté dont les services de l’Etat témoignent. Nécessité également de repérage de toutes les zones mises à nu et de les recouvrir.

Les maires ont été informés très officiellement par le préfet fin 2000, début 2001 du fait que leur commune pouvait se trouver dans une zone avec des affleurements d’amiante : ont-ils à leur tour informé leur population ? Si les services de l’Etat ne leur en avaient pas donné les moyens, leur ont-ils demandé ?

La DDASS a édité une plaquette et mis des informations en ligne sur Internet seulement à partir de 2005. Mais elles sont incompréhensibles aux profanes que nous sommes tous : on ne comprend pas si la présence d’amiante dans les sols est dangereux et aucune démarche de prévention n’est proposée !

En charge de la santé publique, la DDASS continue à s’interroger pour savoir si oui ou non, ou peutêtre oui, ou non…

Où est l’application du principe de précaution, Monsieur le préfet ?


Des dépôts d’amiante sauvages non recherchés

Monsieur le préfet, quand allez-vous imposer à vos services dits compétents la recherche systématique des décharges illégales et des dépôts sauvages de déblais cancérigènes apparents du Capicorsu jusqu’au début de la plaine orientale ?

Que font la DRIRE, direction régionale de l’industrie et… de l’environnement, l’office de l’environnement ? Apparemment les dépôts de déblais composés d’amiante ne leur soulèvent pas de problèmes particulier ; pas plus lorsque des enfants s’y amusent… pas les leurs.

Quant aux enfants de l’école maternelle de Muratu : déconsidérés au rang de cobayes depuis que la DDASS y mesure avec constance des taux trois fois supérieurs à la valeur plafond tolérée de 5 fibres. A-t-on fermé l’école, prévu d’autres locaux ? Non, les enfants, nos enfants se sont vus proposés de s’essuyer les pieds sur une serpillière… mouillée, ou de tester un appareil de ventilation.

Argument de choc : de toute façon, c’est pareil chez eux, dans leurs maisons puisque les résultats montrent une pollution en fibres d’amiante dans certaines maisons du village.

En attendant, la pollution vient de quoi : de déblais non recouverts ou disséminés sur les chemins. Donc, on les recouvre ?

Ah ! Mais non, cela n’est pas aussi simple : d’abord il faut être tout à fait sûr que c’est bien de l’amiante, donc cela nécessite des repérages par des spécialistes : tout cela a un coût, prend du temps : le temps, ici, c’est la vie des autres.

C’est une lourde responsabilité que de prendre des responsabilités ! La carrière de nos fonctionnaires français ne se gère qu’à l’aune de l’inefficacité durable. Dans ces conditions, autant s’en passer !

Les mêmes viendront nous dire, avec une larmichette à l’oeil, dans 20, 30 ans, qu’ils n’avaient pas eu les moyens de bien se rendre compte du danger, qu’ils ne savaient pas.

Mais qu’avaient-ils fait eux, concrètement ? Quelles directives aura donné un préfet de la République française à ses services ?


Un excès de risque évident pour la population corse

Statistiquement, puisque tout est une question de statistiques et de coûts sociaux, la Haute-Corse ne pèse que 130 000 habitants.

Selon les estimations données par la DDASS pour le seul risque dit « environnemental », donc sans exposition directement liée à sa profession, nous risquons de peser, au niveau Corse entière, six cas de mésothéliomes, cancers de la plèvre à l’issue fatale en quelques mois, par an, dont la majeure partie représente en fait le seul département de Haute-Corse et, d’après les ratios de l’INSERM au moins sept cas de cancers du poumon.

Le professeur Boutin, dès les années 80 avait publié un excès de risque cent fois supérieur pour la Corse que pour le territoire français. Nous risquons de peser de beaucoup de larmes, de souffrance, de colère.

Ces maladies graves, insoutenables vont toucher des jeunes puisque la population est désormais massivement exposée du fait des chantiers en zone urbaine : parions qu’un docte représentant de l’Etat le déclinera en spécificité insulaire, en oubliant qu’elle aura été l’oeuvre de ses prédécesseurs.

Déjà, les statistiques de la CRAM, caisse régionale d’assurance maladie, donnent des taux dix fois supérieurs en Haute-Corse qu’en Corse du Sud avec 109 déclarations de maladies professionnelles liées à l’amiante entre 2003 et 2005.

Mais tout n’est pas perdu : le premier centre de soin anticancéreux d’une clinique bastiaise vient d’être bâti en pleine zone d’amiante ! Nous serons extrêmement vigilants face à ces potentats locaux, politiques ou industriels, et face au péril bleu.

Rinatu Berrettini

 

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