Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 28/29, Aostu/Sittembre di u 2007


Patrimoniu, Olmeta di Capi Corsu, Nonza :

les premières grandes batailles de la guerre
d'annexion de la Corse



Bien avant l'annexion, la France considère le Capi Corsu comme une zone stratégique de première importance au point qu'elle en réclame à maintes reprises la souveraineté. Dès le traité d'annexion conclu, les premiers régiments débarquent à San Fiurenzu avec pour objectif de s'emparer de la zone.

Le 24 juin 1768, les régiments, Royal-Roussillon et Eptingue, établissent leur camp à hauteur des Strette de Santa Maria de Patrimoniu où les Corses ont établi leur système de défense.

Les 29 et 30 juillet 1768, de violents combats, ponctués de scènes d'atrocités, sont engagés. Le 1er août 1768 à l'aube, le général de Grandmaison lance l'ensemble de ses forces. Sitôt les Strette conquises aux prix de sévères pertes de part et d'autre, les troupes progressent en direction du "château de Patrimonio"1 . Après toute une journée de combats et une très vive résistance des Corses, l'assaut final est donné avec l'appui de l'artillerie qui expérimente de nouveaux canons.

Dans la soirée, submergés par le nombre d'assaillants, les Corses défendant la maison " se rendirent au nombre de 80 et furent conduits en prison à Saint-Florent ". Un courrier de l'un des officiers indique qu'au moment du pillage de la maison Calvelli"2 Les femmes se jetèrent au milieu des soldats, sans jeter un cri, pour empêcher le pillage, et défendaient, chambre après chambre et porte après porte".

Ce jour-là, le major du régiment d'Eptingue avoue avoir perdu " 35 hommes et un officier ". Il affirme avoir " forcé des postes impossibles " révélant ainsi la virulence des combats.

La résistance courageuse des patriotes corses dans la maison Calvelli permet au groupe principal de 300 à 400 hommes, sous les ordres de Ghjaseppu Barbaggi, d'entamer un repli vers le nord, seule issue possible. Les Corses s'engagent dans les chemins montagneux en direction du couvent de Faringule, Sparagaghju et Bracolaccia. Leur objectif vise à rallier Olmeta et Nonza où d'autres résistants combattent l'ennemi.

Pendant trois semaines, Grandmaison les pourchasse. Le 20 août 1768, trois colonnes composées de sept mille deux cents soldats des troupes françaises et alliées cantonnées dans le secteur Bastia-Nebbiu amorcent la curée finale. "On a attaqué Nonza, ville située dans le Cap Corse encore pucelle, n'ayant jamais été prise par les Gênois, notre vaisseau3 de Ligne et chébec4 ont attaqué par mer en tirant plus de Deux Cent Cinquante Coups de Canon chacun ". L'abbé Pommereul présent sur le terrain reconnaît la vaillance des combattants : " on combattit les Corses, on les chassa de Monte-Negro5 , ils se retirèrent sur une montagne plus élevée ; on les en chassa encore après une très-vive résistance ". La scène se reproduisit quinze fois !

A Nonza, Ghjaseppu Barbaggi et ses compagnons occupent la tour et le maquis, mais la configuration des lieux, le nombre d'ennemis et sa puissance de feu ne leur laisse aucune chance de salut. Ils tombent dans l'étau le mercredi 24 août 1768.

Deux-cent trente-deux patriotes corses rescapés des combats sont déportés à la Tour-Royale de Toulon où ils vivent des conditions d'incarcération effroyables. La libération des survivants intervient neuf mois plus tard en échange de tous les prisonniers français de la bataille de Borgu détenus à Corti. Pour ce qui est des Corses, le tiers d'entre eux est décédé des suites des mauvais traitements subis pendant leur détention. Un quart des rescapés meurt pendant le voyage de retour et la majeure partie des survivants est dans un état tel qu'ils doivent être hospitalisés. Au final, moins de quatre-vingt dix des déportés en réchapperont6. Luigi Calvelli survivra aux évènements. Dès l'année 1770, il réclamera la restitution des biens de sa famille confisqués par les Génois puis par les Français. L'un de ses trois fils, Ange-Louis, obtiendra gain de cause en 1811.

A l'issue de ce mois d'intenses batailles auxquelles il a participé, le comte de Guibert7 , théoricien de la tactique des armées, porte un jugement sans nuances à l'égard des Corses. Il l'écrit à Voltaire : Barbaggi et Paoli sont " à la tête de lâches assassins (qui) nous insultent "… Les Corses " n'aiment l'indépendance que par vice "…, ils sont " paresseux, vindicatifs et fourbes " et, emboitant le pas du philosophe des Lumières, il propose d'" offrir une domination douce " afin " de n'être pas assassinés par des gens qui ont le chapelet à la main " !

Décidément, les options prétendument éclairées du militaire français sont aux antipodes des valeurs pour lesquelles les patriotes corses se sont engagés et ont payé de leur vie tout au long de ce mois de combats quotidiens ! Dans les rangs ennemis, seul l'abbé de Pommereul en discerna le sens : "le cri de guerre des Corses étoit dans ce tems le plus noble qu'ait eu aucun peuple : Patria e Liberta".

Jacques DENIS


1 - Le " château de Patrimonio " est la maison de Luigi Calvelli, l'un des six officiers principaux attachés à Ghjaseppu Barbaggi, commandant les troupes du Nebbiu. Une plaque commémorative est apposée audessus du linteau de la porte d'entrée avec la mention suivante :" Cette maison fut défendue par des fusils corses et forcée par les canons français en temps de trêve, le 1er août 1768 ".
2 - Lettre de Constant d'Hermanches, officier du régiment d'Eptingue, adressée à Belle de Zuylen, future Mme de Charrière, le 03 août 1768.
3 - Le Sagittaire est arrivé à San Fiurenzu le 17 août 1768, en compagnie de deux autres chébecs, il " reste sous voile et croise souvent à l'embouchure ".
4 - Il s'agit du chébec Le Caméléon.
5 - Le descriptif du chemin fait état du " passage effrayant au pied du Monte Negro, passage resserré entre des rochers à pic et un précipice de 30 mètres de profondeur ", Mémoire sur les communications de l'arrondissement de Bastia, Capitaine Ythier, publié par Janine Serafini, BSSHNC N° 674-675, 1er et 2ème trimestre 1996.
6 - La Gazzetta Toscana, Livourne, le 7 juin 1769.
7 - Lettre " à Sanfiorenso ", le 29 août 1768. Le comportement de Guibert lui vaudra d'être promu colonel à Ponte Novu et d'obtenir la plus haute distinction militaire de l'époque, la croix de Saint-Louis.

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2007