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Articulu di u numaru 38, Nuvembre di u 2008


Annie, mère de Cédric Piccini, prisonnier politique



U Ribombu Internaziunale : Annie, Cédric est incarcéré à la Santé depuis mai 2006. Première question, comment va-t-il ?

Annie :
Merci de commencer par cette question, car, dans sa situation, c'est primordial pour moi de le savoir en bonne santé et doté d'une force morale. Cédric va bien, du moins il ne laisse rien paraître en apparence. Pourtant nous savons que sa famille et surtout son fils, Ghjuvan'Andria, et son épouse, Alexandra, lui manquent énormément.

Sa détermination à ne pas baisser les bras, à ne pas faiblir, dans ce monde à part qu'est l'univers carcéral, nous procure à nous aussi beaucoup de courage et je l'en remercie.


U.R.I : Peux-tu nous renseigner sur la réalité carcérale au quotidien, telle qu'elle est vécue par Cédric et telle qu'elle doit être pour tous les autres prisonniers ?

Annie :
Il suffit d'une attente au parloir pour observer les conditions déplorables. De mon point de vue, c'est la jungle : surpopulation, insalubrité, vétusté ; une maîtrise constante de soi est de mise. Il faut savoir qu'en prison tout s'achète : produits alimentaires nécessaires (protéines sont rares sont inexistants), les rations ne sont pas équilibrées et pour que des carences trop graves n'apparaissent, la cantine est inévitable. Quelqu'un qui n'a pas d'argent ne peut s'acheter ni papier hygiénique ni dentifrice.

Les prix en milieu carcéral sont prohibitifs. De plus, mise à part les vêtements et un colis de 5 kilos pour Noël rien n'est autorisé à leur être transmis. Nos proches sont des Détenus Particulièrement Surveillés, donc leur changement de cellule est trimestrielle, c'est-à-dire beaucoup plus fréquemment que l'ensemble des autres détenus. Cela implique une désinfection des lieux et un achat de produits d'entretiens, surtout de javelles en grande quantité.

Les douches ne sont pas quotidiennes, ils s'inscrivent au sport pour se laver car ils souhaitent rester propres. Pour leur dignité cela est important. Au-delà de tout cela, l'enfermement est le plus difficile car les promenades sont très courtes. Nos prisonniers sont enfermés 22h sur 24.


U.R.I : Que représente pour une famille, au plan matériel, financier, moral, la question de l'éloignement et de l'emprisonnement à Paris ?

Annie :
L'éloignement est une déchirure, d'ailleurs c'est une volonté, une pression supplémentaire pour nous affaiblir. Les visites sont rares car trop onéreuses. Ce sentiment d'impuissance est insupportable. Profitons de cet espace pour remercier Radio Paese qui permet chaque mercredi que notre voix soit entendue par les nôtres. En effet, pour le reste tout est difficile : des réservations de parloirs, de vols, aux craintes de grèves, de retards. Ces choses anodines deviennent des obstacles. Par exemple si l'on arrive cinq minutes en retard au parloir, celui-ci est annulé. Le côté financier ? Avocats, voyage, logement, transport, restauration, que dire de plus ? Tout cela a un coût, et nombre de familles se sont d'ailleurs endettées pour pouvoir apporter une aide et un réconfort à leurs proches.

Moralement ? Les visites de la famille sont très important. Nous essayons pour nos enfants de faire au mieux, mais culpabilisons de ne pouvoir faire plus. Inquiétudes et insomnies deviennent nos compagnes. Alors bien entendu, nous demandons le rapprochement chez nous et leur libération.


U.R.I : Tu es par ailleurs militante du CAR, le Comité Anti Répression. Que représente pour toi cet engagement ?

Annie :
Dans notre culture nous ne subissons pas, nous nous battons. Au sein de l'Associu Sulidarità et du CAR nous avons le sentiment d'être utiles. Nous associons l'aide financière bien que modeste à la démarche politique. Le CAR, c'est une association humanitaire mais avant tout un contre-pouvoir politique. Il a un rôle essentiel dans la communication, la médiatisation, de la situation des prisonniers politiques. Nous posons les problèmes et avons une réflexion qui a pour conséquence des réactions positives non négligeables : la forte mobilisation de la population à l'occasion des différentes manifestations de soutien aux prisonniers, où, dernièrement, le fait que plusieurs dizaines de conseils municipaux ont délibéré en faveur du rapprochement. In fine, cet engagement me rapproche de mon fils et de tous. Chaque action politique ou chaque organisation de soirées nous les vivons pour et avec eux, et j'ai la conviction que cela les réconforte. La solidarité n'est pas un vain mot.


U.R.I : Dans quelques semaines le procès de Cédric va s'ouvrir. Sans rentrer dans le fond du dossier, comment l'appréhendes tu en tant que mère ?

Annie :
C'est un état très étrange. Les préventives sont tellement longues que nous sommes satisfaits d'avoir enfin une date, mais, d'autre part, l'angoisse se fait sentir à chaque jour qui passe. Mais je suis trop pudique pour m'exprimer longuement sur cette mélancolie. Je dirais simplement que quelque soit le verdict, j'entends son pas, je connais ses pensées et cette liberté personne ne pourra me l'ôter.

 

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