U Ribombu Internaziunale : Annie,
Cédric est incarcéré à la Santé
depuis mai 2006. Première question,
comment va-t-il ?
Annie : Merci de commencer par cette
question, car, dans sa situation, c'est
primordial pour moi de le savoir en
bonne santé et doté d'une force
morale. Cédric va bien, du moins il ne
laisse rien paraître en apparence.
Pourtant nous savons que sa famille et
surtout son fils, Ghjuvan'Andria, et son
épouse, Alexandra, lui manquent énormément.
Sa détermination à ne pas
baisser les bras, à ne pas faiblir, dans ce
monde à part qu'est l'univers carcéral,
nous procure à nous aussi beaucoup
de courage et je l'en remercie.
U.R.I : Peux-tu nous renseigner sur la
réalité carcérale au quotidien, telle
qu'elle est vécue par Cédric et
telle qu'elle doit être pour tous les
autres prisonniers ?
Annie : Il suffit d'une attente au parloir
pour observer les conditions déplorables.
De mon point de vue, c'est la
jungle : surpopulation, insalubrité,
vétusté ; une maîtrise constante de
soi est de mise. Il faut savoir qu'en
prison tout s'achète : produits alimentaires
nécessaires (protéines sont
rares sont inexistants), les rations ne
sont pas équilibrées et pour que des
carences trop graves n'apparaissent,
la cantine est inévitable. Quelqu'un
qui n'a pas d'argent ne peut s'acheter
ni papier hygiénique ni dentifrice.
Les prix en milieu carcéral sont prohibitifs.
De plus, mise à part les vêtements
et un colis de 5 kilos pour
Noël rien n'est autorisé à leur être
transmis. Nos proches sont des
Détenus Particulièrement Surveillés,
donc leur changement de cellule est
trimestrielle, c'est-à-dire beaucoup
plus fréquemment que l'ensemble
des autres détenus. Cela implique
une désinfection des lieux et un
achat de produits d'entretiens, surtout
de javelles en grande quantité.
Les douches ne sont pas quotidiennes,
ils s'inscrivent au sport pour se
laver car ils souhaitent rester propres.
Pour leur dignité cela est important.
Au-delà de tout cela, l'enfermement
est le plus difficile car les promenades
sont très courtes. Nos prisonniers
sont enfermés 22h sur 24.
U.R.I : Que représente pour une
famille, au plan matériel, financier,
moral, la question de l'éloignement
et de l'emprisonnement à Paris ?
Annie : L'éloignement est une déchirure,
d'ailleurs c'est une volonté, une
pression supplémentaire pour nous
affaiblir. Les visites sont rares car trop
onéreuses. Ce sentiment d'impuissance
est insupportable. Profitons de
cet espace pour remercier Radio
Paese qui permet chaque mercredi
que notre voix soit entendue par les
nôtres. En effet, pour le reste tout est
difficile : des réservations de parloirs,
de vols, aux craintes de grèves, de
retards. Ces choses anodines deviennent
des obstacles. Par exemple si
l'on arrive cinq minutes en retard au
parloir, celui-ci est annulé. Le côté
financier ? Avocats, voyage, logement,
transport, restauration, que
dire de plus ? Tout cela a un coût, et
nombre de familles se sont d'ailleurs
endettées pour pouvoir apporter une
aide et un réconfort à leurs proches.
Moralement ? Les visites de la famille
sont très important. Nous essayons
pour nos enfants de faire au
mieux, mais culpabilisons de ne
pouvoir faire plus. Inquiétudes et
insomnies deviennent nos compagnes.
Alors bien entendu, nous
demandons le rapprochement
chez nous et leur libération.
U.R.I : Tu es par ailleurs militante du
CAR, le Comité Anti Répression. Que
représente pour toi cet engagement ?
Annie : Dans notre culture nous ne subissons
pas, nous nous battons. Au sein de
l'Associu Sulidarità et du CAR nous
avons le sentiment d'être utiles. Nous
associons l'aide financière bien que
modeste à la démarche politique. Le
CAR, c'est une association humanitaire
mais avant tout un contre-pouvoir
politique. Il a un rôle essentiel
dans la communication, la médiatisation,
de la situation des prisonniers
politiques. Nous posons les problèmes
et avons une réflexion qui a pour
conséquence des réactions positives
non négligeables : la forte mobilisation
de la population à l'occasion des
différentes manifestations de soutien
aux prisonniers, où, dernièrement, le
fait que plusieurs dizaines de conseils
municipaux ont délibéré en faveur du
rapprochement. In fine, cet engagement
me rapproche de mon fils et de
tous. Chaque action politique ou chaque
organisation de soirées nous les
vivons pour et avec eux, et j'ai la
conviction que cela les réconforte. La
solidarité n'est pas un vain mot.
U.R.I : Dans quelques semaines le procès
de Cédric va s'ouvrir. Sans rentrer
dans le fond du dossier, comment
l'appréhendes tu en tant que mère ?
Annie : C'est un état très étrange. Les
préventives sont tellement longues
que nous sommes satisfaits d'avoir
enfin une date, mais, d'autre part,
l'angoisse se fait sentir à chaque jour
qui passe. Mais je suis trop pudique
pour m'exprimer longuement sur
cette mélancolie. Je dirais simplement
que quelque soit le verdict,
j'entends son pas, je connais ses pensées
et cette liberté personne ne
pourra me l'ôter.