On ne présente plus Antoine de Peretti. Ses sculptures entre autre sont désormais connues et
appréciées du grand public. Il y a certes Antoine l’artiste, mais aussi Antoine le militant politique
et sa vision passionnée de la Corse d’aujourd’hui et de demain. C’est donc cette interaction pas
souvent comprise entre l’art et l’engagement que j’ai tenté de déceler et de saisir. Les questions
qui suivent ont pour but de suivre et apprécier l’alchimie de la création en osmose avec les aspirations
identitaires d’une île qui n’en finit pas de crier historiquement son droit à être Nation.
U Ribombu Internaziunale : Présentez
vous…
Antò de Peretti : Je suis Sculpteur autodidacte
installé à Livia en Alta Rocca.
Mon Atelier se trouve à San Gavinu di
Carbini. J’ai passé 10 ans au Sahara
comme instituteur (important pour
moi) !), puis j’ai effectué deux ans
de stage à l’Ecole Normale du Mans
(5Sarthe) pour me qualifier en
métaux, en feuille, Bois, Tissage,
Terre. De Retour en Corse j’ai choisi
de vivre au Village et ce en tant que
nationaliste convaincu !
U.R.I : Comment définiriez-vous
votre art ?
A.d.P : Les dix années passées au
Sahara ont été déterminantes ; là j’ai
vu travailler les forgerons du désert
avec le matériel le plus rudimentaire…
une découverte (en 1962). Dès
lors, j’ai été touché part l’art des peuples
sans écriture (l’Art Africain). Je
suis aussi influencé par le Surréalisme
et j’ai réalisé plusieurs séries de toile
à l’huile avant de me vouer à la sculpture.
Je me reconnais surtout dans le
mouvement du «nouveau réalisme»,
dans le travail et la démarche des
maîtres de la sculpture de «l’école de
Nice» (Armand, César, Tinguely,…)
des années 60. Les matériaux triviaux
que j’utilise sont récupérés dans les
décharges…matériaux voués à au
rebut à l’oubli à la disparition, ils sont
les produits encombrant de la société
consumériste. J’ai du plaisir à les
dévier de leur fonction initial au gré
de mon imagination. Le choix du fer
comme matière pour l’expression de
mon art invite à mettre en cause la
mécanique de notre existence : un
matériau lourd, fort, rassurant … qui
rouille et disparaît…
U.R.I : l’art expo à Livia. Pourquoi ?
A.d.P : J’ai choisi d’exposer quelques
unes de mes réalisations ainsi que
bon nombre d’oeuvres de mes amis –
tous Corse – dans le pressoir à Olives
propriété du Maire de Livia Vincent
Gallucci que je remercie pour différentes
raisons : Réussir dans ce lieu
de mémoire du Village le mariage du
travail de nos pères avec le travail
artistique des enfants de la Région.
Prouver que dans les micro-régions
de l’intérieur de l’île des réalisations
pouvaient naître et se pérenniser, que
des évènements pouvaient avoir lieu
et favoriser la réflexion. Dans ce lieu
pourront ainsi s’exposer à la critique
tous les acteurs d’un renouveau :
peintres, sculpteurs, musiciens, écrivains,
comédiens, artistes de tous les
genres qui à travers leur création et
leur travaux feront la preuve de notre
détermination et de notre vitalité.
U.R.I : Faut-il voir aussi dans votre production,
une certaine vision de la
Corse ? Justement quelle est votre
vision de la Corse ?
A.d.P : Je suis militant nationaliste. Je
considère mes efforts et mon travail
comme acte militant. J’oeuvre de la
façon la plus modeste à la lutte de
libération nationale Les efforts
consentis aussi bien dans la création
que dans l’occupation, sur le terrain,
de l’espace artistique sont la vision
de la corse que je propose : Celle
d’une Corse ouverte… capable de
réflexion…en Action… qui va de
l’avant ! En ce qui concerne l’action
culturel dans l’île, malgré quelques
efforts consentis par la région à travers
le Fond d’Art Contemporain et quelques
manifestations ici et là, il faut
reconnaître la pauvreté de l’action
politique pour la promotion de l’art
contemporain en Corse. Les artistes
de talent sont pourtant nombreux …
et souvent très seuls !
U.R.I : Un artiste peut-il être un militant
dans ses conceptions ?
A.d.P : je suis un artiste, je suis militant
nationaliste … je milite à travers
le travail et aussi à travers l’occupation
du terrain …mais je pense qu’en
aucun cas un artiste ne doit perdre
son indépendance, sa liberté de
création pour quelque raison idéologique
que ce soit. Et Créer c’est anticiper.
« L’’Art fait naître les idées ; il
ne les représente pas » disait le
sculpteur Constantin Brancusi.
Ulivieru SAULI