U Ribombu Internaziunale : Jean-Philipe
Antolini, le Comité Anti Répression a
fêté ses 10 ans d'existence, présentez-
nous la réalité actuelle de la
question des prisonniers politiques
corses…
La réalité actuelle est très difficile,
parce que nous avons aujourd'hui 67
prisonniers politiques ; 7 sont incarcérés
en Corse et 60 incarcérés dans
les prisons françaises, donc nous
avons un véritable problème à ce
niveau-là et une répression terrible
que subit la Corse. Le Comité Anti
Répression s'occupe bien sûr de la
question des prisonniers politiques,
mais pas uniquement puisque nous
avons eu l'occasion ces derniers mois
de dénoncer les scandales liés
notamment aux libertés individuelles,
aux droits humains également. Nous
avons connu cette année des choses
qui dans d'autres pays auraient fait
hurler tous les humanistes au scandale.
Nous avons des jeunes de 13
ans à qui l'on a pris de force l'ADN !
Nous avons des procureurs qui font
des appels systématiques sur tout à
partir du moment où c'est nationaliste
: que ce soit quelqu'un qui est relaxé
alors qu'on lui a reproché d'avoir
refusé de donner son ADN à un
moment où il n'avait pas à le donner
; on fait passer en jugement des gens
parce qu'on les a auto déclarés organisateurs
de manifestations, et puis il
y a ces interpellations qui se multiplient
pour rien, sans raison, sans fondement
: on a un militant récemment
qui a fait 3 jour de garde à vue parce
qu'on le soupçonnait d'avoir fait un
bombage ! Pour ça on déploie des
forces considérables. On est donc
dans une phase extrêmement répressive
de la lutte de libération nationale
du peuple corse.
U.R.I : Alors effectivement, le
Ministère de l'Intérieur, la
Chancellerie, l'Etat français en général
réaffirme régulièrement la nécessité
du rapprochement des prisonniers
politiques. Nous en sommes en
2008 et le CAR est toujours obligé de
demander l'application de la loi,
alors que la Garde des Sceaux et le
procureur général de Bastia semblent
être satisfaits de la politique
menée jusqu'à présent…
Nous avons de la part du procureur
de Bastia et de l'Etat français une tentative
de manipulation de l'opinion
publique sur le problème du rapprochement
des prisonniers politiques.
C'est très intéressant, parce que si l'on
tente de manipuler l'opinion publique,
c'est que l'on a très bien compris
qu'elle est totalement favorable au
retour des prisonniers. Et donc les
Ministres de l'Intérieur, de la Justice,
les Premiers Ministres, les Présidents
de la République française qui se sont
succédés depuis 2002 en Corse,
n'ont eu de cesse de dire « oui, oui,
c'est tout à fait normal », même le
Président de l'Assemblée Nationale
de l'époque, Jean-Louis Debré avait
dit « c'est tout à fait normal, il faut
qu'ils soient incarcérés près de leur
famille ». Ce sont les déclarations de
bonnes intentions. Ils ne peuvent pas
faire autrement, puisque c'est l'application
de leurs propres lois, ils ne
peuvent pas aller contre. Mais cela ne
concerne que les condamnés, le problème
c'est aussi pour ceux qui sont
en détention préventive.
Malheureusement nous avons des
détentions préventives à rallonge qui
atteignent parfois les 4 à 5 ans. Sur le
problème des condamnés, tout le
monde s'accorde à dire que c'est tout
à fait normal qu'ils rentrent, mais il ne se passe rien ! Les premiers qui ont
été rapprochés, j'en faisais partie,
c'était à l'été 2004 et nous étions
deux, et depuis 2004 on peut remarquer
qu'il y a quelques prisonniers
qui ont été rapprochés, de quoi donner
des chiffres ronflants au procureur
général de Bastia, mais on choisi systématiquement
le prisonnier qui est le
plus proche de la liberté. C'est-à-dire
celui a qui il reste le moins de prison
à faire. C'est pratique parce qu'on sait
qu'à un moment donné il va sortir,
que ce soit en fin de peine, ou en
liberté conditionnelle, et donc ça va
permettre d'envoyer d'autres prisonniers
et d'augmenter le chiffre de prisonniers
rapprochés. Mais on ne rapproche
jamais les longues peines : les
Charles Santoni, les Alain Ferrandi,
les Pierre Alessandri… parce qu'il y a
une volonté de leur faire deux fois
plus mal. C'est une volonté politique
de leur faire subir en plus de l'incarcération,
l'exil.
U.R.I : Le procureur général déclarait
récemment à l'antenne de Cuntrastu,
sur FR3 Corse, qu'il n'était pas question
de rapprocher en Corse les prisonniers
politiques incarcérés en préventive
dans les prisons françaises.
Qu'en pensez-vous ?
Rien dans les lois françaises ne l'interdit.
Nous avons des exemples de
détenus de droit commun qui ont des
affaires en Corse et que l'on incarcère
dans les Maisons d'arrêt parisiennes
par exemple pour des raisons de
sécurité X ou Y. Nous avons eu le cas
de M. Bonnet qui a été incarcéré à
Paris et pas à Ajaccio, alors que les
faits qui lui étaient reprochés étaient à
Ajaccio, les juges étaient à Ajaccio :
on l'a incarcéré à Paris parce qu'il fallait
le rapprocher de sa famille, tant
mieux pour lui ! Mais cela veut dire
qu'il y a possibilité dans la loi de mettre
tous les prisonniers politiques qui
sont en détention préventive en
Corse. On ne le fait pas parce qu'il
n'y a pas la volonté politique de le
faire, parce que l'on veut à tout prix
faire payer une double peine à ces
prisonniers alors qu'ils ne sont même
pas condamnés.
U.R.I : Face aux communications du
Parquet, le Comité Anti Répression,
Cuscenza Viva et Aiutu Patriottu ont
fait état d'un certain nombre de propositions
visant à faciliter le rapprochement
des prisonniers politiques
corses, quelles sont elles ?
On nous donne l'argument d'un
manque de places à Borgu pour nous
dire que l'on ne peut pas rapprocher
nos prisonniers. Or, nous avons fait
des propositions concrètes qui permettent,
sans aucune construction
nouvelle, sans aucun changement de
lois, simplement en utilisant ce qui est
à notre disposition, de gagner de la
place au Centre de Détention de
Borgu qui ne compte, il faut le dire,
que 28 places. Comment gagner de
la place ? Nous avons un autre centre
d'incarcération en Corse qui est à
Casabianda, ce centre que l'on
appelle communément le Pénitencier
de Casabianda, est considéré comme
beaucoup de monde comme un centre
pour délinquants sexuels. Or, de
l'aveu même du procureur général de
Bastia, il n'y a « que » 80% de délinquants
sexuels. Ca veut dire qu'il y a
un détenu de droit commun sur cinq.
Nous ne demandons à envoyer les
prisonniers politiques qui ont perpétuité
à Casabianda, tout le monde sait
que ce n'est pas une prison sécuritaire,
qu'il n'y a même pas de murs et
qu'on peut s'en évader facilement.
Mais nous disons simplement, que
nous avons au CD de Borgu de très
nombreux détenus et prisonniers
politiques qui ont des permissions de
sortir. Ces gens-là on leur ouvre la
porte de la prison pour qu'ils sortent
et ils reviennent quatre ou cinq jours
après sans s'évader, alors qu'ils sont
en liberté. On peut donc estimer qu'il
n'y a plus de risque d'évasion les
concernant. Qu'est-ce qui nous
empêche aujourd'hui de les transférer
à Casabianda et de faire ainsi gagner
de la place dans le CD ? Absolument
rien. D'autant plus que dans certains
cas c'est déjà arrivé. Ces détenus ne
se sont pas évadés, et nous demandons
simplement que ce qui a été un
hasard de l'histoire de l'administration
pénitentiaire devienne demain
un fonctionnement systématique, car
Casabianda a des cellules vides pour
y acquérir des détenus, or, le CD de
Borgu est plein. La deuxième proposition
consiste à utiliser un autre bâtiment qui est au sein de la Maison
d'arrêt de Borgu, c'est le quartier de
semi-liberté. Il est juste à côté du CD,
dans l'endroit le plus sécurisé de la
prison et il comporte 10 cellules, ce
qui fait un tiers du Centre de
Détention. Or, dans ce quartier, les
détenus passent uniquement la nuit.
Ce sont des gens qui sont libres toute
la journée et qui doivent rentrer en
semaine, en général, pour dormir à
l'intérieur du Centre Pénitencier. Ce
quartier de semi-liberté on pourrait
très bien le transférer à Casabianda en
se mettant d'accord avec le Juge
d'Application des Peines pour qu'il
donne des horaires aux détenus un
peu plus larges. Par exemple, s'il y a
une heure de route à faire pour aller à
l'endroit où le détenu travaille, au lieu
de rentrer à 18h, qu'on l'autorise à
rentrer à 19h. Cela permettrait de
gagner un tiers des places, c'est
énorme. Sans aucun aménagement,
sans aucune construction, les cellules
y sont. On a déjà changé un quartier
de fonctions dans le passé, puisque le
quartier du Centre de Détention était
lui-même un quartier pour les
mineurs, un CJD. Il s'agit simplement
d'une transformation technique, de
dénomination pour augmenter la
capacité du Centre de Détention de
Borgu. Au-delà de ces propositions, il
y a à la Maison d'arrêt de Borgu de
nombreuses cellules de vides, pourquoi
ne pas imaginer que nos prisonniers
politiques, qu'ils soient en
détention préventive, ou même à la
limite condamnés y soient transférés
en attendant qu'une cellule se libère
si le CD est réellement plein, ce qui
n'est pas le cas. Depuis deux ans on
nous annonce, et le Président de la
République française lui-même, que
le CD de Borgu sera toujours plein, 6
mois après lorsque nous avons rencontré
le Préfet et le procureur général
on nous a dit « à partir de maintenant
on va s'arranger pour que le CD
soit plein ». Le CD n'est jamais plein,
encore aujourd'hui il y a de la place.
C'est un faux problème, s'il y avait
une volonté, on pourrait très bien
transférer en attente ces prisonniers
dans la Maison d'arrêt de Borgu, il ne
faut pas imaginer que c'est interdit.
Nous avons aujourd'hui des prisonniers
politiques qui sont condamnés
et qui sont en Maison d'arrêt en
attente de leur transfert, mais ils sont
dans des Maisons d'arrêt parisiennes,
à Fresnes, à Fleury. Pourquoi n'attendraient-
ils pas à Borgu qu'une place
se libère ? Je crois que nous avons
démontré que s'il y avait vraiment
une volonté de la part de l'Etat français
de rapprocher nos prisonniers
politiques conformément aux voeux
unanimes de l'opinion publique
corse, nous pourrions avancer dans
ce domaine et rapprocher tout le
monde, y compris les prisonniers qui
sont en détention préventive, sans
changer aucune loi, sans construire
rien de nouveau, simplement par la
volonté politique.
U.R.I : Concernant l'utilisation du Centre
Pénitencier de Casabianda, le Comité
Anti Répression occupait au mois de
juillet dernier cet endroit, avez-vous eu
depuis des contacts avec l'administration
pénitentiaire à ce sujet ?
Lorsque nous avons occupé le centre
détention de Casabianda, nous avons
rencontré la directrice-adjointe qui
nous a affirmé qu'il restait des places
de libre et qui nous a même appris que
cela avait été déjà le cas que des détenus
de droit commun soient transférés
depuis Borgu jusqu'à Casabianda. Elle
nous a donc avoué que c'était quelque
chose de totalement faisable. Depuis
que nous avons fait ces propositions,
nous n'avons eu aucun contact avec
personne, et nous n'avons aucune
réponse. Je crois que quand les questions
sont bien posées. L'Etat français
préfère ne pas y répondre.
U.R.I : Toujours concernant le rapprochement
des prisonniers, vous
demandiez il y a quelques mois de
cela à l'ensemble des conseils municipaux
de l'île de délibérer en faveur
du rapprochement des prisonniers
politiques corse. Pouvez-vous en
dresser un premier bilan ?
C'est difficile d'en dresser un premier
bilan. Nous avons reçus de nombreuses
réponses, mais il nous en manque
car de nombreux conseils municipaux
ont délibéré mais ne nous ont
pas envoyé la délibération.
Actuellement, nous n'avons pas eu
écho d'un conseil municipal qui
aurait refusé. A travers les réponses
que nous ont envoyées ces mairies
qu'il y avait de la part du peuple corse
dans son ensemble, une très grande
solidarité sur cette question-là avec les
prisonniers à qui l'on affligeait une
double peine. On peut se rendre
compte que toute tendance politique
confondue, la question du rapprochement
des prisonniers est une question
qui touche l'ensemble du peuple
corse qui y est extrêmement favorable.
Le contact avec les mairies a été une
sorte de sondage grandeur nature qui
a permis de le confirmer.