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Articulu di u numaru 38, Nuvembre di u 2008


Ghjuvan Filippu Antolini
Purtavoce di u Cumitatu Contru a Ripressione



U Ribombu Internaziunale : Jean-Philipe Antolini, le Comité Anti Répression a fêté ses 10 ans d'existence, présentez- nous la réalité actuelle de la question des prisonniers politiques corses…

La réalité actuelle est très difficile, parce que nous avons aujourd'hui 67 prisonniers politiques ; 7 sont incarcérés en Corse et 60 incarcérés dans les prisons françaises, donc nous avons un véritable problème à ce niveau-là et une répression terrible que subit la Corse. Le Comité Anti Répression s'occupe bien sûr de la question des prisonniers politiques, mais pas uniquement puisque nous avons eu l'occasion ces derniers mois de dénoncer les scandales liés notamment aux libertés individuelles, aux droits humains également. Nous avons connu cette année des choses qui dans d'autres pays auraient fait hurler tous les humanistes au scandale. Nous avons des jeunes de 13 ans à qui l'on a pris de force l'ADN !

Nous avons des procureurs qui font des appels systématiques sur tout à partir du moment où c'est nationaliste : que ce soit quelqu'un qui est relaxé alors qu'on lui a reproché d'avoir refusé de donner son ADN à un moment où il n'avait pas à le donner ; on fait passer en jugement des gens parce qu'on les a auto déclarés organisateurs de manifestations, et puis il y a ces interpellations qui se multiplient pour rien, sans raison, sans fondement : on a un militant récemment qui a fait 3 jour de garde à vue parce qu'on le soupçonnait d'avoir fait un bombage ! Pour ça on déploie des forces considérables. On est donc dans une phase extrêmement répressive de la lutte de libération nationale du peuple corse.


U.R.I : Alors effectivement, le Ministère de l'Intérieur, la Chancellerie, l'Etat français en général réaffirme régulièrement la nécessité du rapprochement des prisonniers politiques. Nous en sommes en 2008 et le CAR est toujours obligé de demander l'application de la loi, alors que la Garde des Sceaux et le procureur général de Bastia semblent être satisfaits de la politique menée jusqu'à présent…

Nous avons de la part du procureur de Bastia et de l'Etat français une tentative de manipulation de l'opinion publique sur le problème du rapprochement des prisonniers politiques. C'est très intéressant, parce que si l'on tente de manipuler l'opinion publique, c'est que l'on a très bien compris qu'elle est totalement favorable au retour des prisonniers. Et donc les Ministres de l'Intérieur, de la Justice, les Premiers Ministres, les Présidents de la République française qui se sont succédés depuis 2002 en Corse, n'ont eu de cesse de dire « oui, oui, c'est tout à fait normal », même le Président de l'Assemblée Nationale de l'époque, Jean-Louis Debré avait dit « c'est tout à fait normal, il faut qu'ils soient incarcérés près de leur famille ». Ce sont les déclarations de bonnes intentions. Ils ne peuvent pas faire autrement, puisque c'est l'application de leurs propres lois, ils ne peuvent pas aller contre. Mais cela ne concerne que les condamnés, le problème c'est aussi pour ceux qui sont en détention préventive.

Malheureusement nous avons des détentions préventives à rallonge qui atteignent parfois les 4 à 5 ans. Sur le problème des condamnés, tout le monde s'accorde à dire que c'est tout à fait normal qu'ils rentrent, mais il ne se passe rien ! Les premiers qui ont été rapprochés, j'en faisais partie, c'était à l'été 2004 et nous étions deux, et depuis 2004 on peut remarquer qu'il y a quelques prisonniers qui ont été rapprochés, de quoi donner des chiffres ronflants au procureur général de Bastia, mais on choisi systématiquement le prisonnier qui est le plus proche de la liberté. C'est-à-dire celui a qui il reste le moins de prison à faire. C'est pratique parce qu'on sait qu'à un moment donné il va sortir, que ce soit en fin de peine, ou en liberté conditionnelle, et donc ça va permettre d'envoyer d'autres prisonniers et d'augmenter le chiffre de prisonniers rapprochés. Mais on ne rapproche jamais les longues peines : les Charles Santoni, les Alain Ferrandi, les Pierre Alessandri… parce qu'il y a une volonté de leur faire deux fois plus mal. C'est une volonté politique de leur faire subir en plus de l'incarcération, l'exil.


U.R.I : Le procureur général déclarait récemment à l'antenne de Cuntrastu, sur FR3 Corse, qu'il n'était pas question de rapprocher en Corse les prisonniers politiques incarcérés en préventive dans les prisons françaises. Qu'en pensez-vous ?

Rien dans les lois françaises ne l'interdit. Nous avons des exemples de détenus de droit commun qui ont des affaires en Corse et que l'on incarcère dans les Maisons d'arrêt parisiennes par exemple pour des raisons de sécurité X ou Y. Nous avons eu le cas de M. Bonnet qui a été incarcéré à Paris et pas à Ajaccio, alors que les faits qui lui étaient reprochés étaient à Ajaccio, les juges étaient à Ajaccio : on l'a incarcéré à Paris parce qu'il fallait le rapprocher de sa famille, tant mieux pour lui ! Mais cela veut dire qu'il y a possibilité dans la loi de mettre tous les prisonniers politiques qui sont en détention préventive en Corse. On ne le fait pas parce qu'il n'y a pas la volonté politique de le faire, parce que l'on veut à tout prix faire payer une double peine à ces prisonniers alors qu'ils ne sont même pas condamnés.


U.R.I : Face aux communications du Parquet, le Comité Anti Répression, Cuscenza Viva et Aiutu Patriottu ont fait état d'un certain nombre de propositions visant à faciliter le rapprochement des prisonniers politiques corses, quelles sont elles ?

On nous donne l'argument d'un manque de places à Borgu pour nous dire que l'on ne peut pas rapprocher nos prisonniers. Or, nous avons fait des propositions concrètes qui permettent, sans aucune construction nouvelle, sans aucun changement de lois, simplement en utilisant ce qui est à notre disposition, de gagner de la place au Centre de Détention de Borgu qui ne compte, il faut le dire, que 28 places. Comment gagner de la place ? Nous avons un autre centre d'incarcération en Corse qui est à Casabianda, ce centre que l'on appelle communément le Pénitencier de Casabianda, est considéré comme beaucoup de monde comme un centre pour délinquants sexuels. Or, de l'aveu même du procureur général de Bastia, il n'y a « que » 80% de délinquants sexuels. Ca veut dire qu'il y a un détenu de droit commun sur cinq.

Nous ne demandons à envoyer les prisonniers politiques qui ont perpétuité à Casabianda, tout le monde sait que ce n'est pas une prison sécuritaire, qu'il n'y a même pas de murs et qu'on peut s'en évader facilement. Mais nous disons simplement, que nous avons au CD de Borgu de très nombreux détenus et prisonniers politiques qui ont des permissions de sortir. Ces gens-là on leur ouvre la porte de la prison pour qu'ils sortent et ils reviennent quatre ou cinq jours après sans s'évader, alors qu'ils sont en liberté. On peut donc estimer qu'il n'y a plus de risque d'évasion les concernant. Qu'est-ce qui nous empêche aujourd'hui de les transférer à Casabianda et de faire ainsi gagner de la place dans le CD ? Absolument rien. D'autant plus que dans certains cas c'est déjà arrivé. Ces détenus ne se sont pas évadés, et nous demandons simplement que ce qui a été un hasard de l'histoire de l'administration pénitentiaire devienne demain un fonctionnement systématique, car Casabianda a des cellules vides pour y acquérir des détenus, or, le CD de Borgu est plein. La deuxième proposition consiste à utiliser un autre bâtiment qui est au sein de la Maison d'arrêt de Borgu, c'est le quartier de semi-liberté. Il est juste à côté du CD, dans l'endroit le plus sécurisé de la prison et il comporte 10 cellules, ce qui fait un tiers du Centre de Détention. Or, dans ce quartier, les détenus passent uniquement la nuit.

Ce sont des gens qui sont libres toute la journée et qui doivent rentrer en semaine, en général, pour dormir à l'intérieur du Centre Pénitencier. Ce quartier de semi-liberté on pourrait très bien le transférer à Casabianda en se mettant d'accord avec le Juge d'Application des Peines pour qu'il donne des horaires aux détenus un peu plus larges. Par exemple, s'il y a une heure de route à faire pour aller à l'endroit où le détenu travaille, au lieu de rentrer à 18h, qu'on l'autorise à rentrer à 19h. Cela permettrait de gagner un tiers des places, c'est énorme. Sans aucun aménagement, sans aucune construction, les cellules y sont. On a déjà changé un quartier de fonctions dans le passé, puisque le quartier du Centre de Détention était lui-même un quartier pour les mineurs, un CJD. Il s'agit simplement d'une transformation technique, de dénomination pour augmenter la capacité du Centre de Détention de Borgu. Au-delà de ces propositions, il y a à la Maison d'arrêt de Borgu de nombreuses cellules de vides, pourquoi ne pas imaginer que nos prisonniers politiques, qu'ils soient en détention préventive, ou même à la limite condamnés y soient transférés en attendant qu'une cellule se libère si le CD est réellement plein, ce qui n'est pas le cas. Depuis deux ans on nous annonce, et le Président de la République française lui-même, que le CD de Borgu sera toujours plein, 6 mois après lorsque nous avons rencontré le Préfet et le procureur général on nous a dit « à partir de maintenant on va s'arranger pour que le CD soit plein ». Le CD n'est jamais plein, encore aujourd'hui il y a de la place.

C'est un faux problème, s'il y avait une volonté, on pourrait très bien transférer en attente ces prisonniers dans la Maison d'arrêt de Borgu, il ne faut pas imaginer que c'est interdit.

Nous avons aujourd'hui des prisonniers politiques qui sont condamnés et qui sont en Maison d'arrêt en attente de leur transfert, mais ils sont dans des Maisons d'arrêt parisiennes, à Fresnes, à Fleury. Pourquoi n'attendraient- ils pas à Borgu qu'une place se libère ? Je crois que nous avons démontré que s'il y avait vraiment une volonté de la part de l'Etat français de rapprocher nos prisonniers politiques conformément aux voeux unanimes de l'opinion publique corse, nous pourrions avancer dans ce domaine et rapprocher tout le monde, y compris les prisonniers qui sont en détention préventive, sans changer aucune loi, sans construire rien de nouveau, simplement par la volonté politique.


U.R.I : Concernant l'utilisation du Centre Pénitencier de Casabianda, le Comité Anti Répression occupait au mois de juillet dernier cet endroit, avez-vous eu depuis des contacts avec l'administration pénitentiaire à ce sujet ?

Lorsque nous avons occupé le centre détention de Casabianda, nous avons rencontré la directrice-adjointe qui nous a affirmé qu'il restait des places de libre et qui nous a même appris que cela avait été déjà le cas que des détenus de droit commun soient transférés depuis Borgu jusqu'à Casabianda. Elle nous a donc avoué que c'était quelque chose de totalement faisable. Depuis que nous avons fait ces propositions, nous n'avons eu aucun contact avec personne, et nous n'avons aucune réponse. Je crois que quand les questions sont bien posées. L'Etat français préfère ne pas y répondre.


U.R.I : Toujours concernant le rapprochement des prisonniers, vous demandiez il y a quelques mois de cela à l'ensemble des conseils municipaux de l'île de délibérer en faveur du rapprochement des prisonniers politiques corse. Pouvez-vous en dresser un premier bilan ?

C'est difficile d'en dresser un premier bilan. Nous avons reçus de nombreuses réponses, mais il nous en manque car de nombreux conseils municipaux ont délibéré mais ne nous ont pas envoyé la délibération.

Actuellement, nous n'avons pas eu écho d'un conseil municipal qui aurait refusé. A travers les réponses que nous ont envoyées ces mairies qu'il y avait de la part du peuple corse dans son ensemble, une très grande solidarité sur cette question-là avec les prisonniers à qui l'on affligeait une double peine. On peut se rendre compte que toute tendance politique confondue, la question du rapprochement des prisonniers est une question qui touche l'ensemble du peuple corse qui y est extrêmement favorable. Le contact avec les mairies a été une sorte de sondage grandeur nature qui a permis de le confirmer.

 

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