Depuis l'année dernière, Ghjuvan
Filippu Antolini et son équipe
fouillent dans le Niolu un site de la
fin du Néolithique et de l'Age du
Bronze. Sur la commune de
Calacuccia, dans le village de Sidossi, un éperon
appelé E Mizane, au bord du lac artificiel.
La prospection inventaire
Le préalable à toute fouille archéologique est la prospection
inventaire. C'est-à-dire qu'il faut dans un premier
temps rechercher en surface, les traces laissées
par les hommes préhistoriques pour savoir les endroits
qui peuvent être des sites préhistoriques. Cette étape se
fait après autorisation de la Direction Régionale des
Affaires Culturelles. Le chercheur doit faire le tour d'une
micro région déterminée et rendre un rapport en désignant
les sites qui ont pu être occupés. Pour les déceler,
le chercheur doit étudier la toponymie, qui souvent "
parle " beaucoup, puis le relief du terrain et enfin le terrain
lui-même, sans bien sûr avoir le droit de creuser.
Mais sur les sites occupés aux époques préhistoriques, on
trouve toujours en surface des éléments qui permettent
d'attester l'occupation.
La prospection inventaire concernant les communes de
Calacuccia et d'Albertacce a été rendue en 2005 par
Ghjuvan Filippu Antolini, docteur en archéologie préhistorique.
Celui lui a permis d'attester de nombreux sites
qui n'étaient pas connus jusque là.
Le sondage
Le deuxième niveau est l'obtention d'une autorisation de
sondage de la part des mêmes autorités, sous l'égide du
ministère français de la Culture et par le biais d'une
autorisation préfectorale. En effet, les lois interdisent
au public de creuser n'importe où pour chercher des
sites car une fouille, même dans son premier niveau, le
sondage, doit être précise et entreprise par des spécialistes
qui connaissent toutes les techniques pour recueillir
un maximum d'information. Il ne faut pas oublier
qu'un vestige privé de contexte archéologique perd 80%
de son intérêt.
En 2006, l'équipe de recherche du Niolu s'est donc mise
en place, après avoir obtenu les autorisations officielles
nécessaires pour procéder à une fouille d'évaluation de
trois fois un mètre carré. Ce sondage permet de savoir
s'il s'agit vraiment d'un site préhistorique et souvent on
peut aussi en apprendre plus sur les époques d'occupation
du site. La campagne 2006 s'est avérée très fructueuse
car le sondage numéro 3 a livré près de 250 tessons
de céramique (pour al plupart caractéristiques de
l'Age du Bronze) plus deux lames en obsidienne. Ce sont
des éléments qui ne trompent pas, le site a bien été
occupé à l'Age du Bronze (1800 à 700 b.c.), mais également
à la fin du Néolithique, une époque appelée
Néolithique terminal-chalcolithique (2500 à 1800 b.c.),
c'est-à-dire il y a plus de 4000 ans.
Le sondage numéro 2 a également été très intéressant,
puisqu'il a laissé apparaître un grosse pierre qui ne pouvait
pas se trouver naturellement à ce niveau car elle
avait des traces qui prouvait qu'elle avait été au contact
de l'Homme. Il s'agissait selon toute vraisemblance d'une
partie d'une " structure ".
La fouille d'évaluation
Pour l'année 2007, Ghjuvan Filippu Antolini a obtenu un
sondage élargi, c'est-à-dire 8 mètres carrés qui devaient
être fouillés, notamment autour du sondage numéro 2,
afin d'en apprendre plus sur la structure. La campagne
de fouille qui s'est terminé en août a une nouvelle fois
été fructueuse puisque une partie de la structure a été
mise au jour. Même si on ne pourra en savoir plus que
l'année prochaine, on peut déjà dire que nous sommes
sur une structure importante, peut-être un fond de
cabane. Beaucoup de matériel a été mise au jour, tessons
de céramique, éléments lithiques comme des
éclats, un grattoir, et des pointes de flèche qui attestent
bien que le site a été occupé à la fin du Néolithique,
mais également des éléments en bronze !
Fort des découvertes de cette année, l'équipe archéologique
du Niolu demandera pour l'année prochaine une
fouille complète de la surface qui devrait permettre de
savoir de quelle structure il s'agit exactement.
Le bilan
Le bilan de ces deux campagnes de fouille est excellent.
Elles ont permis d'attester un site de toute première
importance pour la connaissance de la préhistoire de la
montagne corse. Ces fouilles ont constitué un événement
pour le Niolu car il ne s'était plus rien passé depuis
un quart de siècle au niveau archéologique ! Outre les
données scientifiques accumulées, la meilleure connaissance
du site et de son occupation, la plus grande réussite
de ses campagnes de fouille aura été sans conteste
l'adhésion populaire. Non seulement au Niolu, et en particulier
à Sidossi, sur la commune de Calacuccia mais
également au niveau national corse. De très nombreuses
personnes ont participé à ces chantiers de fouilles, des
habitants du Niolu, mais également de nombreux étudiants
de l'Université de Corse, preuve s'il en était
besoin qu'il y a en Corse des gens intéressés par l'archéologie.
Mais la plus belle surprise aura été l'attention
toute particulière portée par les anciens du village, qui
chaque jour venaient aux nouvelles et s'intéressaient à
l'avancé des recherches. Les jeunes du village également
se sont intéressés à ce qui se passait, et certains
ont même intégré l'équipe archéologique !
Henri Joseph ALFONSI