le Ribombu a rencontré un porte-parole de Askatasuna, le comité qui défend les prisonniers
politiques basques. L’occasion de faire le point sur la situation chez nos frères
basques, victimes eux-aussi d’une violence d’Etat, une double violence en l’occurence
puisque le Pays Basque subit la domination de deux Etats, l’Espagne et la France.
U Rib. : Peux-tu expliquer ce
qu’est exactement
ASKATASUNA ?
Saroia Galallaja : ASKATASUNA
c’est une organisation qui
défend les droits des prisonniers
politiques basques. C’est un soutien
juridique, sanitaire, financier et
moral.
U Rib. : Quel est le type d’action
que mène ASKATASUNA ?
Saroia Galallaja : Il y a tout
d’abord un soutien financier à près
de 700 prisonniers. Cela demande
beaucoup d’investissement militant
pour pouvoir financer tous les mandats
chaque mois.
Il y a des festivals, des concerts.
Pour cela, on organise en partenariat
avec le comité.
On effectue aussi un travail politique
en informant l’opinion publique
de la situation des prisonniers. On
organise des réunions publiques, on
distribue des tracts...
U Rib. : Donc combien y a t’il de
prisonniers politiques basques
actuellement dans les prisons françaises
et espagnoles ?
Saroia Galallaja : Il y a 660 prisonniers
politiques, dont 160 incarcérés
en France et le reste en Espagne.
Les prisonniers politiques basques
sont organisés en collectif. Il y a 4
représentants. Le collectif revendique
les droits qui sont le statut politique,
la dignité, le droit à la langue basque,
le droit à la communication, le droit à
la santé, le droit à vivre digne.
U Rib. : Quels sont les moyens
de communiquer entre eux pour
les prisonniers de ce collectif ?
Saroia Galallaja : Entre eux, par
courrier. C’est le seul moyen direct.
Après, bien sûr qu’il y a des
moyens indirects.
U Rib. : Il y a actuellement au
Pays Basque un processus de dialogue
qui a été ouvert entre le gouvernement
de Zapatero et ETA.
Quelle est la place des prisonniers
politiques dans ce processus, et
quel est le soutien qu’ils ont
apporté à ce processus et de quelle
manière ?
Saroia Galallaja : Pour l’instant,
le collectif n’est pas reconnu en
temps que politique. Ses représentants
ne sont pas reconnus non plus,
et ce que revendique le collectif
c’est justement que ces 4 personnes
qui sont ses représentants (une
femme et un homme en Espagne, et
une femme et un homme en France)
soient reconnues et participent dans
ce processus, pour que ses revendications
soient prises en compte.
U Rib. : Demandez-vous à l’Etat
espagnol de reconnaître ce collectif
?
Saroia Galallaja : On demande à
ce que tous les citoyens puissent participer à ce processus. Donc ces
700 prisonniers font partie des
citoyens basques et prennent une
place importante de nos jours
puisqu’ils sont la conséquence de ce
conflit.
U Rib. : Les mouvement politiques
interdits comme Batasuna
mais qui continuent d’exister et
qui portent aussi j’imagine leur
participation à ce processus reconnaissent
le collectif évidemment, et
est-ce que par la voix des gens qui
vont discuter ce que pense le collectif,
la voix du collectif est quand
même portée par les gens qui participent
aux discussions puisqu’ils
sont en accord avec eux ?
Saroia Galallaja : Bien sûr
eux, ce qu’ils revendiquent c’est
que la personne soit reconnue qui
participe à ce processus. C’est que
la gauche nationaliste la gauche
ERTZALE demande. C’est l’équivalent
des nationalistes même si
c’est pas la même.
U Rib. : Donc la gauche ERTZALE
lorsqu’elle discute elle porte
la voix de ce collectif. Est-ce que le
processus de dialogue aurait été
possible sans l’accord de ce collectif,
sans le soutien ?
Saroia Galallaja : Justement,
pour reparler de ce processus, il ne
peut aboutir si ces 700 prisonniers
plus les réfugiés qu’il ne faut pas
oublier, ne participent pas à ce processus,
c’est indispensable.
U Rib. : Après, lorsque le processus
sera mis en place est-ce que la
question des prisonniers est un
préalable ?
Saroia Galallaja : C’est un peu
plus compliqué que ça, parce qu’il y
a déjà eu un accord, on l’a su il n’y
a pas longtemps entre BATASUNA
et l’Etat. Il y a certains points qui
ont été décidés, comme le fait qu’il
n’y aurait plus d’arrestations, ce qui
n’a pas été respecté d’ailleurs. Il y a
eu 53 arrestations après la trève.
Les prisonniers continuent à être
éloignés, dispersés, alors que l’Etat
espagnol avait promis que cela cesserait,
mais pour l’instant rien n’est
respecté. Mais, celà n’empêche pas
le processus de se poursuivre.
U Rib. : Au-delà donc de cette
trève théorique des arrestations,
quel est le sort que le gouvernement
espagnol réserve aux prisonniers
politiques basques si le processus
devait aboutir ?
Saroia Galallaja : Pour que leur
participation soit assurée, nous
demandons qu’ils soient rapprochés
au Pays Basque, sinon la participation
ne peut pas se faire. Il faut
qu’ils soient d’abord au Pays
Basque et bien sûr nous demandons
une amnistie totale, c’est la finalité.
U Rib. : Le gouvernement espagnol
est-il prêt à aller jusqu’au
rapprochement ?
Saroia Galallaja : Pour l’instant
il ne s’est pas engagé la dessus,
même s’il y a quelques indices qui
nous disent que peut-être il y aura
des mouvements, mais il n’y a rien
de sûr. Il ne s’est pas prononcé à ce
sujet pour l’instant même si on
espère qu’il y aura un pas. Ça doit
être, on l’espère le premier pas des
l’Etats espagnol et français même si
l’Etat français ne reconnaît pas qu’il
y a un conflit en France. Nous espèrons
que cela sera le premier pas
qui va faire avancer le processus.
Le rapprochement doit être le premier
pas vers la participation et la
reconnaissance politique.
U Rib. : Quels sont les principaux
problèmes que vos prisonniers
rencontrent dans les prisons
françaises ?
Saroia Galallaja : Aujourd’hui,
les prisonniers en France sont de
plus en plus dispersés. Il y en a qui
sont isolés, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années, il y avait très
peu de prisonniers isolés. Isolés,
cela ne veut pas dire en cellule
d’isolement, mais seul dans une prison,
seul dans une division. Il y a
quelques années, l’Etat frnaçais a
franchi le pas et commencé la dispersion.
Ces prisonniers sont encore
plus éloignés, et donc isolés des
autres prisonniers. C’est le principal
problème aujourd’hui en France.
U Rib. : Les militants qui sont
jugés et condamnés en France,
sont-ils rejugés en Espagne ?
Saroia Galallaja : Ceux qui ont
la nationalité espagnole si ils ont un
dossier en Espagne, l’Espagne
demande à la France l’extradition,
c’est-à-dire que le prisonnier, quand
il a fini sa peine en France, au lieu
d’être remis en liberté et transféré
en Espagne, pour qu’il soit rejugé
pour l’autre dossier. En fait, les prisonniers
sont jugés deux fois pour
le même dossier, et donc condamnés
deux fois pour la même chose !
U Rib. : Les peines sont bien
plus lourdes en Espagne qu’en
France...
Saroia Galallaja : Oui, et en plus
de nos jours, ils ont rallongé la
limite de la durée d’incarcération à
40 ans.
U Rib. : Est ce que les gens qui
n’ont pas de dossier sont toujours
expulsés, c’est à dire remis à la
police ?
Saroia Galallaja : C’est toujours
le cas. C’est une « tradition » ça
continue... Il y a deux semaines il y
a eu une expulsion.
U Rib. : Il y avait eu une pression
médiatique il y a deux ans
avec des journalistes qui assistaient
à ces expulsions pour ne pas
que les militants soient arrêtés et
ça avait à l’époque porté ses
fruits...
Saroia Galallaja : Oui, on continue
à le faire. Dès qu’il y a ce risque
d’expulsion, on mobilise des
gens, souvent c’est les gens de la
frontière et on essaye de mobiliser
les élus.
U Rib. : Est ce que vous pouvez
nous parler un peu des tortures
que subissent vos prisonniers
lorsqu’ils sont arrêtés, les conditions
dans lesquelles ils les subissent
?
Saroia Galallaja : C’est à dire,
dès qu’ils sont arrêtés en Espagne,
ils ont une garde à vue de 5 jours.
Dans ces 5 jours, ils n’ont pas le
droit de voir d’avocat. Ils ont seulement
le droit de voir un médecin
assermenté par la police. Quand il y
a des cas de torture, ces médecins
ne dénoncent pas les tortures,
même s’ils les constatent, ils ne
disent rien. Donc c’est pour dire le
fonctionnement de ces 5 jours. De
surcroît, ils sont la plupart du temps
torturés. De nos jours plus ou
moins, mais çà continue encore
puisqu’il y a eu deux cas après la
trève.
U Rib. : Et quelle formes peut
prendre cette torture ? Torture
physique telle qu’on peut se l’imaginer
par la gestapo pendant la
seconde guerre mondiale, et sous
d’autres régimes ?
Saroia Galallaja : Ce sont des
pratiques barbares. Il y a les électrodes,
la baignoire, la poche, les
tabassages. C’est très large. Ils se
font violer. Une fois on avait fait
pénétrer une arme dans le sexe
d’une militante... Il y a eu des viols,
il y a eu des morts aussi après les
tortures. Il y a des gens qui sont
morts au commissariat. Il y a des
gens qui ont sauté par la fenêtre.
Certains essayent de se suicider tellement
c’est insupportable...
U Rib. : Ça représente quoi pour
vous de venir en Corse porter la
parole d’ASKATASUNA ?
Saroia Galallaja : Je trouve que
c’est très intéressant parce qu’en
même temps on voit aussi d’autres
peuples. Moi, je ne connaissais pas
la situation de la Corse. C’est enrichissant
parce qu’on échange aussi
des expériences, et en même temps
aussi on fait connaître notre situation
au Pays Basque. C’est notre
travail aussi d’informer les gens de
la situation de notre pays, et donc
des prisonniers. Donc c’est très
enrichissant.
Propos recueillis par Marzulinu