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Articulu di u numaru 21, ghjennaghju di u 2007


Askatasuna, défense des prisonniers basques



le Ribombu a rencontré un porte-parole de Askatasuna, le comité qui défend les prisonniers politiques basques. L’occasion de faire le point sur la situation chez nos frères basques, victimes eux-aussi d’une violence d’Etat, une double violence en l’occurence puisque le Pays Basque subit la domination de deux Etats, l’Espagne et la France.

U Rib. : Peux-tu expliquer ce qu’est exactement ASKATASUNA ?

Saroia Galallaja :
ASKATASUNA c’est une organisation qui défend les droits des prisonniers politiques basques. C’est un soutien juridique, sanitaire, financier et moral.


U Rib. : Quel est le type d’action que mène ASKATASUNA ?

Saroia Galallaja :
Il y a tout d’abord un soutien financier à près de 700 prisonniers. Cela demande beaucoup d’investissement militant pour pouvoir financer tous les mandats chaque mois.

Il y a des festivals, des concerts. Pour cela, on organise en partenariat avec le comité.

On effectue aussi un travail politique en informant l’opinion publique de la situation des prisonniers. On organise des réunions publiques, on distribue des tracts...


U Rib. : Donc combien y a t’il de prisonniers politiques basques actuellement dans les prisons françaises et espagnoles ?

Saroia Galallaja :
Il y a 660 prisonniers politiques, dont 160 incarcérés en France et le reste en Espagne. Les prisonniers politiques basques sont organisés en collectif. Il y a 4 représentants. Le collectif revendique les droits qui sont le statut politique, la dignité, le droit à la langue basque, le droit à la communication, le droit à la santé, le droit à vivre digne.


U Rib. : Quels sont les moyens de communiquer entre eux pour les prisonniers de ce collectif ?

Saroia Galallaja :
Entre eux, par courrier. C’est le seul moyen direct. Après, bien sûr qu’il y a des moyens indirects.


U Rib. : Il y a actuellement au Pays Basque un processus de dialogue qui a été ouvert entre le gouvernement de Zapatero et ETA. Quelle est la place des prisonniers politiques dans ce processus, et quel est le soutien qu’ils ont apporté à ce processus et de quelle manière ?

Saroia Galallaja :
Pour l’instant, le collectif n’est pas reconnu en temps que politique. Ses représentants ne sont pas reconnus non plus, et ce que revendique le collectif c’est justement que ces 4 personnes qui sont ses représentants (une femme et un homme en Espagne, et une femme et un homme en France) soient reconnues et participent dans ce processus, pour que ses revendications soient prises en compte.


U Rib. : Demandez-vous à l’Etat espagnol de reconnaître ce collectif ?

Saroia Galallaja :
On demande à ce que tous les citoyens puissent participer à ce processus. Donc ces 700 prisonniers font partie des citoyens basques et prennent une place importante de nos jours puisqu’ils sont la conséquence de ce conflit.


U Rib. : Les mouvement politiques interdits comme Batasuna mais qui continuent d’exister et qui portent aussi j’imagine leur participation à ce processus reconnaissent le collectif évidemment, et est-ce que par la voix des gens qui vont discuter ce que pense le collectif, la voix du collectif est quand même portée par les gens qui participent aux discussions puisqu’ils sont en accord avec eux ?

Saroia Galallaja :
Bien sûr eux, ce qu’ils revendiquent c’est que la personne soit reconnue qui participe à ce processus. C’est que la gauche nationaliste la gauche ERTZALE demande. C’est l’équivalent des nationalistes même si c’est pas la même.


U Rib. : Donc la gauche ERTZALE lorsqu’elle discute elle porte la voix de ce collectif. Est-ce que le processus de dialogue aurait été possible sans l’accord de ce collectif, sans le soutien ?

Saroia Galallaja :
Justement, pour reparler de ce processus, il ne peut aboutir si ces 700 prisonniers plus les réfugiés qu’il ne faut pas oublier, ne participent pas à ce processus, c’est indispensable.


U Rib. : Après, lorsque le processus sera mis en place est-ce que la question des prisonniers est un préalable ?

Saroia Galallaja :
C’est un peu plus compliqué que ça, parce qu’il y a déjà eu un accord, on l’a su il n’y a pas longtemps entre BATASUNA et l’Etat. Il y a certains points qui ont été décidés, comme le fait qu’il n’y aurait plus d’arrestations, ce qui n’a pas été respecté d’ailleurs. Il y a eu 53 arrestations après la trève. Les prisonniers continuent à être éloignés, dispersés, alors que l’Etat espagnol avait promis que cela cesserait, mais pour l’instant rien n’est respecté. Mais, celà n’empêche pas le processus de se poursuivre.


U Rib. : Au-delà donc de cette trève théorique des arrestations, quel est le sort que le gouvernement espagnol réserve aux prisonniers politiques basques si le processus devait aboutir ?

Saroia Galallaja :
Pour que leur participation soit assurée, nous demandons qu’ils soient rapprochés au Pays Basque, sinon la participation ne peut pas se faire. Il faut qu’ils soient d’abord au Pays Basque et bien sûr nous demandons une amnistie totale, c’est la finalité.


U Rib. : Le gouvernement espagnol est-il prêt à aller jusqu’au rapprochement ?

Saroia Galallaja :
Pour l’instant il ne s’est pas engagé la dessus, même s’il y a quelques indices qui nous disent que peut-être il y aura des mouvements, mais il n’y a rien de sûr. Il ne s’est pas prononcé à ce sujet pour l’instant même si on espère qu’il y aura un pas. Ça doit être, on l’espère le premier pas des l’Etats espagnol et français même si l’Etat français ne reconnaît pas qu’il y a un conflit en France. Nous espèrons que cela sera le premier pas qui va faire avancer le processus. Le rapprochement doit être le premier pas vers la participation et la reconnaissance politique.


U Rib. : Quels sont les principaux problèmes que vos prisonniers rencontrent dans les prisons françaises ?

Saroia Galallaja :
Aujourd’hui, les prisonniers en France sont de plus en plus dispersés. Il y en a qui sont isolés, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années, il y avait très peu de prisonniers isolés. Isolés, cela ne veut pas dire en cellule d’isolement, mais seul dans une prison, seul dans une division. Il y a quelques années, l’Etat frnaçais a franchi le pas et commencé la dispersion. Ces prisonniers sont encore plus éloignés, et donc isolés des autres prisonniers. C’est le principal problème aujourd’hui en France.


U Rib. : Les militants qui sont jugés et condamnés en France, sont-ils rejugés en Espagne ?

Saroia Galallaja :
Ceux qui ont la nationalité espagnole si ils ont un dossier en Espagne, l’Espagne demande à la France l’extradition, c’est-à-dire que le prisonnier, quand il a fini sa peine en France, au lieu d’être remis en liberté et transféré en Espagne, pour qu’il soit rejugé pour l’autre dossier. En fait, les prisonniers sont jugés deux fois pour le même dossier, et donc condamnés deux fois pour la même chose !


U Rib. : Les peines sont bien plus lourdes en Espagne qu’en France...

Saroia Galallaja :
Oui, et en plus de nos jours, ils ont rallongé la limite de la durée d’incarcération à 40 ans.


U Rib. : Est ce que les gens qui n’ont pas de dossier sont toujours expulsés, c’est à dire remis à la police ?

Saroia Galallaja :
C’est toujours le cas. C’est une « tradition » ça continue... Il y a deux semaines il y a eu une expulsion.


U Rib. : Il y avait eu une pression médiatique il y a deux ans avec des journalistes qui assistaient à ces expulsions pour ne pas que les militants soient arrêtés et ça avait à l’époque porté ses fruits...

Saroia Galallaja :
Oui, on continue à le faire. Dès qu’il y a ce risque d’expulsion, on mobilise des gens, souvent c’est les gens de la frontière et on essaye de mobiliser les élus.


U Rib. : Est ce que vous pouvez nous parler un peu des tortures que subissent vos prisonniers lorsqu’ils sont arrêtés, les conditions dans lesquelles ils les subissent ?

Saroia Galallaja :
C’est à dire, dès qu’ils sont arrêtés en Espagne, ils ont une garde à vue de 5 jours. Dans ces 5 jours, ils n’ont pas le droit de voir d’avocat. Ils ont seulement le droit de voir un médecin assermenté par la police. Quand il y a des cas de torture, ces médecins ne dénoncent pas les tortures, même s’ils les constatent, ils ne disent rien. Donc c’est pour dire le fonctionnement de ces 5 jours. De surcroît, ils sont la plupart du temps torturés. De nos jours plus ou moins, mais çà continue encore puisqu’il y a eu deux cas après la trève.


U Rib. : Et quelle formes peut prendre cette torture ? Torture physique telle qu’on peut se l’imaginer par la gestapo pendant la seconde guerre mondiale, et sous d’autres régimes ?

Saroia Galallaja :
Ce sont des pratiques barbares. Il y a les électrodes, la baignoire, la poche, les tabassages. C’est très large. Ils se font violer. Une fois on avait fait pénétrer une arme dans le sexe d’une militante... Il y a eu des viols, il y a eu des morts aussi après les tortures. Il y a des gens qui sont morts au commissariat. Il y a des gens qui ont sauté par la fenêtre. Certains essayent de se suicider tellement c’est insupportable...


U Rib. : Ça représente quoi pour vous de venir en Corse porter la parole d’ASKATASUNA ?

Saroia Galallaja :
Je trouve que c’est très intéressant parce qu’en même temps on voit aussi d’autres peuples. Moi, je ne connaissais pas la situation de la Corse. C’est enrichissant parce qu’on échange aussi des expériences, et en même temps aussi on fait connaître notre situation au Pays Basque. C’est notre travail aussi d’informer les gens de la situation de notre pays, et donc des prisonniers. Donc c’est très enrichissant.


Propos recueillis par Marzulinu

 

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