L’instabilité dans le Caucase
ne date pas d’hier et pourtant
beaucoup semblaient
découvrir cette réalité à la
vue des chars russes pénétrant
dans Gori en ce début août. Y
compris les observateurs dits « avisés
» des médias français. Cette
confrontation était pour eux tout au
plus la confirmation d’une volonté
impérialiste de la Russie de Poutine,
d’un retour en force menaçant face
à un occident en crise. La problématique
du conflit était vite trouvée,
ces mêmes journalistes ayant sous la
main tous les éléments d’une information
à sensation : la présence du
méchant suréquipé incarné par la
Fédération de Russie et du bon sans
défense, iniquement attaqué : la
Géorgie de Saakachvilli. En définitive
les déclencheurs du conflit
étaient relégués au rang des seconds
rôles. Car derrière cette guerre
éclaire surmédiatisée se déroulait
également une guerre du droit.
Celle de l’opposition entre deux
grands principes : celui du droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes et
de l’intégrité territoriale des Etats.
Laissons de côté les velléités géorgiennes
d’adhésion à l’OTAN ou les
visées russes d’une redistribution
des cartes au niveau international
prenant en compte cette ex-superpuissance
pour en revenir à la
source du conflit. En effet, nier la
question du droit à la souveraineté
des Nations sécessionnistes de la
région, c’est nier l’éclatement prochain
d’autres conflits. La communauté
internationale a reconnu au
très controversé Kosovo son droit à
l’autodétermination et à l’indépendance
politique. Les peuples
d’Abkhazie et d’Ossétie ont largement
et constamment exprimé ce
même désir d’indépendance depuis
des décennies, avant-même la chute
de l’ex-URSS. Ils sont objectivement
recevables à réclamer l’application
de ce même droit.
Il y a cependant un paramètre à
prendre en compte qui dépasse le
droit au sens strict et qui demeure
indissociable des rapports interétatiques
au plan international : le
poids des grandes puissances qui
véritablement distribuent les rôles et
les certificats d’aptitude à l’indépendance
nationale. Les intérêts des
Etats amènent nécessairement des
positions à géométrie variable.
Ainsi, le 17 février 2008 le Kosovo
déclare unilatéralement son indépendance
et s’empresse de demander
une reconnaissance à son allié
américain ainsi qu’aux Etats de
l’Union Européenne qui dans leur
grande majorité leur emboîteront
le pas. La Russie quant à elle s’y
refuse et soutien, bien que mollement,
la Serbie qui dénonce avec
vigueur l’avènement d’une forme
de « droit des peuples à être
dépossédés d’eux-mêmes ».
Lorsque le 25 août le Parlement
russe reconnaît officiellement les
Républiques sécessionnistes
d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, la
Communauté internationale à une
quasi-unanimité s’indigne d’une
violation au principe d’ « intégrité
territoriale des Etats ».
Quelle différence fondamentale
convient-il alors de prendre en
considération entre Kosovars,
Abkhazes, Ossètes si ce n’est une
stratégie d’alliance ? Gardant
également à l’esprit que dans cette
« logique » cette-même Fédération
de Russie qui annonçait avec l’indépendance
du Kosovo l’ouverture de
la boîte de Pandore, est également
susceptible de voir le droit international
se retourner contre elle
concernant les Républiques de
Tchétchénie et d’Ingouchie. Cela ne
saurait tarder… Dans ce nouveau
désordre mondial les Etats-Unis
d’Amérique avec l’appui de leurs
fidèles alliés occidentaux demeurent
incontestablement les « gendarmes
du monde » et l’atlantisme le
meilleur allié de l’indépendantisme.
Quand le droit international ressemble
de plus en plus à un petit arrangement
entre amis, le droit des peuples
à la souveraineté se voit reléguer
aux oubliettes de l’Histoire…
P.A Tomasi