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Articulu di u numaru 31, Nuvembre di u 2007


La question kurde toujours d’actualité



La Turquie a toujours réfuté la dimension nationale du peuple kurde. Confrontée – entre autres aux activités du « Partiya Karkerên Kurdistan » (PKK), formation de résistance armée de libération nationale et socialiste, elle tente aujourd’hui et consécutivement aux récentes attaques menées contre l’armée turque, à détruire l’organisation kurde, en menaçant d’intervenir – là où il est censé abriter des bases de repli – en territoire irakien limitrophe à la frontière turque. Ce territoire étant, depuis l’invasion américaine en Irak, sous administration autonome kurde.

Cette volonté d’intervention vise non seulement à annihiler les capacités organisationnelles du PKK – ses récentes capacités de frappe contre des unités de l’armée turque ont été démontré – mais surtout traduisent la pensée politique et stratégique prédominante en Turquie : Empêcher sinon détruire toute possibilité d’affirmation nationale kurde, à l’intérieur voir à l’extérieur de ses frontières actuellement constituées. Le Kurdistan est fragmenté entre quatre états qui s’arrogent le droit de dépossession territoriale : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Ce n’est donc point un hasard si deux de ces pays – ennemi considéré des Etats-Unis – soutiennent la volonté d’intervention armée en territoire irakien de la Turquie – pays habituellement allié des Etats-Unis.


L’aide américaine

Le gouvernement turc d’Abdullah Gül – même si il autorise son armée à intervenir en Irak – tente de mesurer ses marges de manoeuvres. Frappant aux portes de l’Union Européenne, proche des Etats-Unis et membre de l’OTAN, il doit tout autant compter à l’interne sur l’importante influence des généraux de l’armée. Aussi le soutien recherché auprès du président Georges W. Bush vise à obliger ce dernier à intervenir concrètement contre le PKK. En effet, présents militairement en Irak, les américains comptent bel et bien sur le gouvernement autonome irakien pour asseoir leur occupation et n’hésitent pas à soutenir – pour déstabiliser l’Iran, pays avec lequel ils sont en conflit – le PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan), une organisation kurde basée en territoire sous domination iranienne et qui entretient des relations avec le PKK. Les Etats-Unis sont donc dans l’obligation de rassurer sur ce sujet leur allié tout en garantissant à travers leurs manoeuvres la défense de leurs intérêts particulièrement en Irak. Il y a peu, un article de « Foreign Affair » traduisait l’importance qu’accordent les américains à la Turquie : « Après des décennies de passivité, la Turquie commence à apparaître comme un joueur important de la diplomatie au Moyen-Orient » et donc : « il y a une chance que Washington et ses alliés occidentaux puissent utiliser la Turquie comme tête de pont au Moyen-Orient. »


Le soutien de Georges W. Bush

Les Etats-Unis ont inscrit le PKK sur la liste internationale des organisations dites terroristes. Plus récemment le président Georges W. Bush a promis à Recep Tayyip Erdogan, premier ministre turc, un renforcement de la coopération militaire entre les deux pays. Il l’assure également de la mise à disposition de la technologie adéquate en matière de renseignements « en temps réels ». Il n’en demeure pas moins que ce soutien affiché comprend des limites, et oblige à un dangereux exercice d’équilibre avec d’une part certaines formations nationales kurdes au rôle stabilisateur en Irak et d’autre part avec la Turquie et surtout son armée fermement opposées à toute concession aux nationalistes kurdes en Irak.


L’implacable logique turque

Ce soutien américain ne rassure pas forcément l’état turc. Si ce dernier est par exemple d’accord avec ses homologues outre-atlantique sur le dossier du nucléaire iranien, ils recherchent tout autant la collaboration avec l’Iran et la Syrie pour contenir et combattre toute tentative d’émancipation nationale kurde. D’ailleurs les échanges économiques notamment sur le plan énergétique (le gazoduc Nabucco) semblent s’intensifier entre les pays turcs et iraniens.


La position du gouvernement autonome kurde en Irak

Dans ce contexte, mais également conditionné par son soutien à la présence militaire américaine en Irak, le gouvernement autonome tente d’infléchir la position du PKK en faisant valoir la situation actuelle de la région qu’il administre. Le premier ministre Nechirvan Barzani appelle les résistants de l’organisation concernée à « un cessez le feu illimité et inconditionnel », afin de privilégier « une solution pacifique ». Le PKK lui-même a déjà lancé un appel à la paix. Son commandant militaire Murat Karayilan n’a-t-il pas déjà prévenu le gouvernement turc en ces termes « N’assombrissez pas le siècle nouveau en affrontant les kurdes ».


Les bruits de botte frontaliers

Le gouvernement turc reste inflexible. Il n’a d’ailleurs même pas pris en compte la récente libération par le PKK de huit soldats capturés dans une embuscade. Il y a quelques jours le chef d’état major turc n’hésitait pas à déclarer : « Ceux qui nous ont fait souffrir vont souffrir à un point qu’ils ne peuvent même pas imaginer ». Actuellement à la frontière de l’Irak, face à la région autonome kurde, plus de 100 000 soldats sont massés en attente. De l’autre coté 3500 résistants sont supposés s’abriter dans des montagnes très difficiles d’accès. Ils bénéficieraient d’un large soutien populaire. Le conflit avec la Turquie aurait déjà fait 37 000 morts. Plus généralement cette nation niée par quatre états constitués – et pourtant reconnue en 1920 par le traité de Sèvres – demeure l’enjeu de schémas géopolitiques. L’intervention turque pose à son tour avec acuité le risque d’une grave déstabilisation régionale. Mais elle rappelle la permanence d’une aspiration nationale de près de 40 millions de personnes sur laquelle les instances internationales ne pourront indéfiniment faire l’impasse.

Ulivieru SAULI

 

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