La Corse est à la France ce que Bolivar et Chavez sont aux Yankees. L'Amérique du
Sud a toujours été l'arrière-cour de l'impérialisme. Après l'opération Condor et ses
coups d'état, l'assassinat de responsables politiques et syndicaux, le sud de l'Amérique,
aujourd'hui, donne ses latinos aux Marines pour la survie de l'empire US.
La Corse, au XXè siècle a
donné 20% des cadres de
l'administration coloniale,
22% des soldats, 6% des officiers
coloniaux et près de 300 000
morts pendant la Grande Guerre.
Elle a payé très cher le prix du
sang des hommes et le sang de sa
terre. Après l'exode et le sacrifice
de ses fils au service de l'empire
français, entre 1850 et 1930 les
surfaces cultivées diminuèrent de
plus de 50%. Même après le martyre
de Fred Scamaroni et l'insurrection
en 1958 de l'île en faveur
de Charles De Gaulle, il y avait, à
la fin des années 1950 plus de
corses hors de l'île qu'à l'intérieur.
Qu'on le veuille ou non, ce territoire
et ses habitants ont subi un sort comparable
aux latinos : une masse destinée
au carnage militaire ou économique,
et quelques « idiots utiles »
bachagas corrompus, jouant l'exotisme
sous les ors d'une république,
au fond méprisante. Ce constat,
perçu comme une « des heures les
plus sombres de notre Histoire » ne
porte-t-il pas le levier même de la
résurrection de la nation corse : le
Corsisme. Le Corsisme comme le
bolivarisme trouve sa justification
dans l'injustice persistante. Les corses
sont un peuple avec une langue
et un territoire mais un peuple sans
état alors que la France est un état
sans peuple ! Les comparaisons avec
la Bretagne et le Pays Basque, qui
ont beaucoup donné pour une patrie
ingrate, sont pertinentes, cependant
la position éminemment stratégique
de la Corse place celle-ci dans une
situation particulière. Elle est un
enjeu au coeur d'un ouragan car,
petite plateforme de l'Italie, porte
des Balkans (vieille frontière entre
Islam et Chrétienté), elle demeure le
point de contrôle des relations Nord-
Sud, osons le mot, des tensions entre
l'Occident et l'Orient… En Corse,
environ 10% de la population est
d'origine maghrébine. L'histoire du
travail est indissociable de l'histoire
des migrations. Le capitalisme, c'est
l'enrôlement de l'homme comme
force de travail. C'est une réquisition
avec son corollaire, la mobilisation :
rendre mobile. Rendre mobile de
façon inéluctable, interprétation
économiste et utilitariste des comportements
humains, alibi pour
entériner les misères du tiers-monde
et abandonner toute politique de
coopération d'envergure, indifférence
pour tous les hommes dont les
destins ont été broyés par le déracinement
et dont les corses gardent les
cicatrices encore à vif. Certains
musulmans veulent rester euxmêmes
luttant avec ténacité contre
les séductions superficielles d'un
Occident déculturé et atomisant. On
ne peut que leur rendre hommage.
Mais à qui veut-on faire croire que si
les corses sont dans la même démarche,
ils ont pour visée un même
objectif ? Veut-on transformer, tôt ou
tard, le Monte Cinto en Massada où
les derniers corses s'immoleront plutôt
que de capituler devant les exigences
de flux migratoires immaîtrisables
par les fonctionnaires mondialistes
irresponsables de
Bruxelles ? La Corse est chaleureuse
et accueillante. Plus elle
sera forte, moins elle sera violente.
Le Corsisme c'est la volonté de doubler
les 281000 habitants de l'île en
instituant « une loi du retour » pour
les corses de la diaspora. Oui de
doubler ! La Sicile a plus de 5 millions
d'habitants et Malte près de
400 000 !
Le Corsisme c'est la prise en compte
que la patrie réelle est nécessairement
complétée de la Corse rêvée
par tous ceux qui, un jour, ont dû la
quitter. « Demain à Sartène ou à
Aullène, à Rogliano ou Bonifacio »
est, au moins, autant légitime que le
« demain à Jérusalem » des juifs en
diaspora… Le Corsisme est un projet
politique historique et humaniste qui
propose aux insulaires et aux corses
de la diaspora, réunis dans une
même nationalité, de reconquérir
l'île, de se réapproprier chaque village
et chaque terrain, au-delà de
l'image d'une économie touristique
et agro-pastorale. Le Corsisme, c'est
la Nation en armes, dans une Force
de Défense capillaire implantée et
disséminée dans le moindre recoin
de « Machja ». Le Corsisme c'est la
prise de conscience que la Corse,
montagne dans la mer, est une forteresse
qui ne sera défendue que par
des patriotes corses. Le corsisme
c'est de ne plus tuer par l'oubli les
paroles de Jean-Jacques Rousseau
dans Le Contrat Social : « Il est
encore un pays, en Europe, capable
de législation ; c'est l'île de Corse.
La valeur et la constance avec
laquelle ce brave peuple a su
recouvrer et défendre sa liberté
méritent bien que quelque homme
sage lui apprit à la conserver ! »
Le Corsisme c'est l'établissement
d'un axe Moscou-Caracas-Ajaccio
contre cet Occident qui n'est plus
qu'une immense machine à mettre
en mouvement les hommes, les
techniques et les capitaux en arasant
différences et identités…. Et
l'on verra si la Corse est incapable
de se défendre militairement ! Les
chants polyphoniques ne sont pas
des gémissements de folklore. Ce
sont les voix des enfants de Sparte
qui se mêlent avant l'assaut. Les
corses sont différents, ils sont
autres et veulent le rester car
comme l'écrivait le normand Jean
Mabire : « Jamais un Bouriate ne
sera un Kalmouk ni un Blanc un
Jaune. Et pourtant ils peuvent se battre
côte à côte, justement pour faire
régner dans le monde la différence
nécessaire entre les peuples et entre
les hommes. C'est cela le sens de
mon combat : la revanche de l'individu.
Je hais l'égalité. C'est le mensonge
des prophètes. Pas un peuple
ne ressemble à un autre peuple. Pas
un homme à un autre homme.
J'aime les étrangers justement parce
que ce sont des étrangers ».
La seule bonne politique est la
politique de sa géographie.
Aujourd'hui, la base de la coexistence
est le positionnement économique
et éthique, le rapport
entre économie globale et économie
régionale, c'est-à-dire l'intérêt
des peuples corse, italien, maghrébin,
israélien, palestinien et
libanais à un développement «
écologique » harmonieux par une
coopération économique mutuellement
équitable. Pour cela il est
indispensable d'admettre une fois
pour toute que l'Occident n'est
pas la seule boussole. La Corse est
la clé d’un dialogue de civilisation,
de part et d'autre de la
Méditerranée. La Corse c'est
l'Europe en Orient. Laissons les
américains se perdre, plaignons
leurs soldats latinos qui meurent
pour rien, ou plutôt pour le capitalisme
sauvage, les pétroliers cyniques,
les roitelets corrompus. La
culture corse est un espoir de civilisation
qui lève le voile sur ce que
Péguy prévoyait : « la lutte mortelle
entre le monde de l'argent
d'une totale et absolue matérialité
et tous les autres mondes
ensembles ( le monde des philosophies
et le monde des religions)
qui sont de quelque spiritualité et
dont les sorts sont liés, les fortunes
conjointes »
Jean-Marc Desanti