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Articulu di u numaru 6, ottobre di u 2005


La Bataille de Borgu (1768) :
une éclatante victoire des Corses


Ce mois d'octobre 1768 est resté à jamais gravé dans toutes les mémoires des Corses. L'armée régulière de la Corse indépendante et démocratique a mis en déroute l'une des meilleurs armées du monde de l'époque, l'armée du Roi de France, un roi de droit divin qui ne connaissait pas le sens des mots suffrage universel, séparation des pouvoirs ou encore démocratie.

Suite à l'odieux traité de Versailles, qui n'est pas, rappelons- le un traité de vente, mais plutôt une sorte d'achat par le Roi de France d'un droit d'ingérence internationale dans les affaires de Corses, les troupes françaises entreprennent la conquête militaire de l'île. Le 29 août 1768, Claude François (mais oui), marquis de Chauvelin, débarque à Saint-Florent avec la ferme intention de s'emparer rapidement de l'ensemble de la Corse.

Pour profiter de la situation, Chauvelin décide de pousser en deux directions. D'une part, Grandmaison qui vient du Nebbiu établit son camp sur le haut plateau de San Niculau. D'autre part, Marbeuf s'avance dans la plaine orientale et s'empare sans difficulté de Furiani, de Biguglia, Lucciana, Vignale et Borgu. Et à l'appel des partisans du traître Buttafoco rallié aux Français, il entre en Casinca. En fait, Pasquale Paoli, en fin stratège, les laisse avancer et occuper, une à une, ces places fortes car pour les tenir, les Français sont obligés de morceler leurs forces, pensant sans doute que les Nationaux corses n'auront pas le courage de les attaquer.

Les troupes corses sont stationnées à Muratu sous le commandement de Pasquale Paoli. De cette position stratégique, Paoli peut contrôler les routes qui mènent en Balagna, en Casinca et vers le Cortenais.

Puis, sur le plateau de San Niculau, Paoli, avec plusieurs milliers d'hommes, attaque violemment les troupes françaises de Grandmaison qui reculent dans le désordre le plus total et se replient sur Oletta, harcelées dans leur retraite par les nationaux corses. Le marquis de Chauvelin constate que les ralliements des troupes françaises est impossible, abandonne la Casinca où une garnison de 75 hommes capitule.

Le Nebbiu est évacué, de même que la Marana et une garnison d'un millier d'homme (500 suivant certaines sources) et de plusieurs canons est rassemblée à Borgu sous le commandement du colonel français De Ludre. Chauvelin qui ne devait pas porter en très haute estime les Corses va jusqu'à demander un armistice à Paoli pour attendre ses renforts, pensant sans doute avoir à faire à des indigents intellectuels ! Bien évidemment Paoli refuse.

Le 5 octobre 1768, les Nationaux corses encerclent Borgu. Le village de Borgu est situé au versant d'une montagne sur une arête dont il occupe toute la largeur, dominant la plaine. A la partie inférieure du village, par où se fait naturellement l'accès, une tour et quelques maisons commandent le seul point d'eau du village. De Ludre a transformé le village en camp retranché. Mais, il n'a fortifié que les maisons du centre et il a oublié d'inclure dans ces fortifications le point d'eau.

Dans la nuit du 6 au 7 octobre, les Nationaux s'emparent des maisons non fortifiées attenantes à la tour et obligent le lieutenant à capituler : la garnison française se trouve ainsi coupé de l'accès à la plaine et privée d'eau. De Ludre est pris au piège. Pasquale Paoli est à Lucciana avec un important corps de réserve, sans doute près de 4000 hommes. Chauvelin décide de porter secours au colonel à De Ludre. Il a 1400 hommes à sa disposition.

Le 8 octobre, deux colonnes françaises partent de Bastia. La première colonne commandée par Grandmaison attaque en vain les Corses qui assiègent Borgu par le Nord Ouest. C'était sans doute une diversion de la part du marquis de Chauvelin. La deuxième colonne composée de 10 compagnies de grenadiers et commandée par d'Arcambal marche directement sur Borgu. Elle encercle les assiégeants mais ne peut percer leur ligne. Les Nationaux corses se retrouvent alors dans la position de Jules César à Alesia, entourés de contrevallations et de circonvallations qui sont les ultimes remparts entre les troupes de De Ludre assiégées et les renforts d'Arcambal qui n'arrivent pas à faire la jonction.

Le 9 octobre, le marquis de Chauvelin arrive en personne avec de nouveaux renforts pour emporter la bataille. Pasquale Paoli, à cheval à la tête de ses hommes entre alors dans la bataille. Pour motiver les nationaux corses il prononce le discours suivant : " Patriotes ! Rappelez-vous les Vêpres corses, lorsqu'en ce même lieu vous détruisîtes les Français. L'honneur de la patrie et la liberté publique ont besoin aujourd'hui de toute votre valeur. L'Europe nous regarde. "

Face à l'une des meilleures armées du monde, bénéficiant d'un armement de pointe, les Nationaux corses qui pour la plupart ne sont pas des soldats de métier n'ont à opposer que leurs vieux fusils personnels.

Mais, la motivation est du côté des Corses qui défendent leur terre et qui sont galvanisés par le père de leur patrie, le général Paoli. Comme le dit Gregori " et peut-être pour montrer au monde qu'aucun peuple n'est à vendre, le peuple corse moins que les autres ".

La bataille dure 10 heures. Pommereul raconte : " On se détermina à marcher sous le feu terrible et continuel qui en sortait [des maisons] pour en enfoncer les portes à coups de hache : on vit monsieur de Narbonne une hache à la main, à la tête des grenadiers gravir la montagne, pénétrer dans le village et donner les premiers coups : toutes ces tentatives étaient inutiles, les portes se trouvaient murées en dedans. Il fallut absolument passer sous le feu meurtrier des maisons, pour donner la main à monsieur De Ludre, qui essaya en vain plusieurs sorties pour joindre l'armée, tout ce qui osa tenter ce passage dangereux resta sur place : les obstacles se multipliaient à chaque fois, ces difficultés menèrent à la nuit. "

Les troupes de Chauvelin finissent par céder. Elles reculent et s'effondrent. C'est la déroute. L'armée française est reconduite jusqu'à Bastia. Les soldats de De Ludre, toujours encerclés, assoiffés, manquant de vivre et de munitions, désespérant de recevoir du secours, capitulent. Le général de Narbonne avoue plus tard " C'est la première fois que j'ai tourné le dos à l'ennemi ", le général Marbeuf est blessé à l'épaule et le marquis de Chauvelin est atteint aux épaulettes.

Le bilan de la bataille de Borgu est significatif de la déroute française : On dénombre parmi les Français 600 morts, 1000 blessés, 600 prisonniers, et les nationaux s'emparent de 9 canons et de 700 fusils.

Les prisonniers sont conduits à Corti. Paoli, toujours soucieux de respecter les règles de la guerre, laisse leur équipage aux soldats, et leurs armes aux officiers, qu'il reçoit même à sa table !

Le colonel De Ludre, neveu de Choiseul, qui est prisonnier, est traité avec des égards particuliers. Il est autorisé à se rendre à la cour du Roi pour répondre des accusations que Chauvelin portait contre lui.

Dumouriez, qui participa aux guerres de Corse, note dans ses mémoires : " Les Corses remportèrent tout l'honneur de cette campagne qui légèrement entreprise et imprudemment conduite, fut si honteusement terminée. Tout ce que Paoli a tenté était audacieux, bien combiné et exécuté avec finesse et précision. Il a employé dans cette guerre du génie et un très grand caractère, et les Corses y ont montré un courage très estimable. "

Henri Joseph Alfonsi


Sources :

Jacques Gregori, Nouvelle histoire de la Corse, Jérôme Martineau éditeur, 1967. Paul Arrighi, Histoire de la Corse, Privat Editeur, 1971.
Jean-Ange Galetti, Histoire illustrée de la Corse, Editions Jeanne Laffitte, réimpression de l'édition de 1863.
M.F. Robiquet, Recherches historiques et statistiques sur la Corse, Paris, 1835.
Michel Vergé-Franceschi, Histoire de la Corse, Editions du Felin, 1996.
Antoine-Marie Graziani, Pascal Paoli, père de la patrie, Tallandier, 2002.

 

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