Le CAR a rappelé aux élus de l’Assemblée de Corse qu’ils ont voté à l’unanimité une
motion demandant l’application des lois communes pour les prisonniers corses, c’est-àdire
le rapprochement familial. Depuis le vote de cette motion il y a deux ans, il ne s’est
rien passé, sans que les élus au pouvoir ne réagissent.
Les représentants du CAR
avaient réservé de longue
date une salle au sein de
l’Assemblée de Corse afin
d’y tenir une conférence de
presse. La salle numéro 4
leur avait été attribuée. Une
liste d’invités avait été
déposée à l’Assemblée
pour que les militants puissent
pénétrer dans son
enceinte. Les médias
avaient été prévenus
comme toujours plusieurs
jours auparavant. Toutes les
autorisations ayant été
obtenues, les militants et
sympathisants du CAR s’apprétaient
à se rendre à
l’Assemblée pour tenir cette
conférence.
Mais à la surprise générale,
lorsque les militants
sont arrivés sur place, ils
ont trouvé les grilles fermées,
le service de sécurité
renforcé (doublé, voire triplé)
et ils ont vu arriver des
policiers.
Le message était sans
ambiguité : interdiction de
pénétrer dans l’enceinte, y
compris pour les journalistes
(!), ou encore pour
les personnes figurant sur
la liste des invités.
L’Assemblée de Corse,
sensée représenter le
peuple et donc être à son
écoute, était ainsi devenue
un véritable bunker inexpugnable...
interdit au
peuple !
Le CAR ne pouvait accepter
cette situation, et après
une attente d’une demiheure
en plein soleil, avec
des représentants des
familles dont certains ont
plus de 70 ans, les militants
et sympathisants présents
ont décidé de faire le tour
et de pénétrer dans l’enceinte
de l’Assemblée par
la porte de derrière, malgré
la présence du service de
sécurité.
Après un long moment de
confusion au cours duquel
les militants du CAR se sont
trouvés à la porte du bâtiment
de la Collectivité
Territoriale de Corse, en
compagnie d’élus (!), c’est
finalement par une porte
de garage que les nationalistes
ont pu pénétrer à l’intérieur.
Il n’était alors plus question
de tenir une simple
conférence de presse et
puisque les dirigeants de
l’Assemblée avaient voulu
en interdir l’accès aux
représentants du CAR, ces
derniers décident alors
d’occuper l’hémicycle et
d’interrompre la tenue de
la session de l’Assemblée.
Une fois sur place, et
alors que certains militants
étaient déjà dans l’hémicycle,
Jean-Louis Albertini
qui officiait en tant que
président de l’Assemblée a
demandé à faire ouvrir les
portes de l’hémicycle,
d’après lui, dès qu’il a
appris que des gens voulaient
y pénétrer.
Jean-Louis Albertini est
par la suite venu dans l’hémicycle
à la rencontre des
militants du CAR pour discuter
et dire qu’il comprenait
la souffrance des prisonniers.
Le CAR attend
maintenant qu’il passe de
la parole aux actes en mettant
en application la
motion votée à l’unanimité
par l’Assemblée sur le rapprochement
des prisonniers
corses.
Les militants du CAR ont
alors affiché sur les murs
de l’hémicycle les portraits
de tous les prisonniers
politiques qu’ils défendent.
Jean-Louis Albertini a
annoncé que la session
était reportée sine die et les élus ont déserté l’hémicycle,
à part bien entendu
ceux de l’Unione
Naziunale. Les porte-parole
du CAR sont alors montés à
la tribune présidentielle
pour tenir leur conférence.
Ghjuvan Maria Poli a présenté
la démarche du CAR,
puis Stella Castela a lu le
discours prévu :
“Le Comité Anti Répression
oeuvre depuis des années
pour la défense des prisonniers
politiques et s’inscrit
dans la continuité des
diverses associations qui
l’ont précédé depuis des
décennies de répression.
La libération de tous les
prisonniers politiques est sa
revendication première.
Celle-ci ne peut intervenir
que dans le cadre d’une
solution politique concertée
pour la Corse et doit s’inscrire
à part entière dans
une démarche de paix.
La Corse a été dépouillée
de sa langue, de sa culture,
de son code familial et terrien,
de ses liaisons méditerranéennes,
de ses statuts,
de ses coutumes, en un mot
de son Histoire. La Corse,
nation libre et ouverte au
monde au siècle des
Lumières, a été plongée et
maintenue, délibérément
maintenue, dans l’ère du
sous-développement.
Chaque procès est le combat
toujours recommencé
des rapports conflictuels et
inégaux, de colonisateurs à
colonisés, entre la France et
la Corse. C’est l’histoire en
raccourci de plus de deux
cents ans d’occupation de
notre terre, avec son cortège
de malheurs et de désespoir.
Alors non, nous ne voulons
pas d’une énième
amnistie sans solution politique
! Car alors nous verrons
encore des centaines
de familles dans la souffrance.
Mesdames et Messieurs les
élus, le Comité Anti
Répression, lui, ne fait pas
de distinction discriminatoire
au sein du peuple
corse. Toutes les souffrances
et tous les malheurs
le touchent. Il est vrai que
pour nous il n’y a pas de
bons ou mauvais électeurs.
Aussi amélioration des
conditions de détention,
soutien aux familles, rapprochement
familial en
Corse, statut politique, sont
des revendications que
nous avons toujours porté
haut et fort.
Aujourd’hui la situation
est urgente ! Et les élus ont
une part de responsabilité
écrasante !
Devons-nous vous rappeler
que vous avez voté à l’unanimité
une motion pour le
rapprochement familial des
prisonniers corses ?
Devons-nous vous rappeler
que les plus hauts ministres
de l’Etat français ont promis
ce rapprochement ?
Devons-nous vous rappeler
que les prisonniers politiques
corses continuent de
croupir dans les prisons de
la région parisienne ?
Devons-nous vous rappeler
que rien, strictement rien,
n’a changé quant aux
conditions de détentions
déplorables ?
Des ministres, et pas des
moindres, se sont succédés
dans l’île : Vaillant,
Raffarin, Sarkozy, Perben,
Devedjian, de gauche
comme de droite. Tous ont
prétendu sans vergogne,
par voie de presse, en
public, aux élus de
l’Assemblée de Corse et au
peuple corse, vouloir se
mettre en conformité avec
la loi française - avec leur
propre loi - en effectuant le
rapprochement familial en
Corse.
Alors, quand est-il réellement
aujourd’hui ?
Effectivement, la situation a
beaucoup changée : c’est
pire !
La répression n’a cessé de
s’amplifier et le nombre de
détenus politiques corses
n’a jamais été aussi élevé
(64). Les conditions de
détentions se détériorent
chaque jour davantage.
Quant au rapprochement,
le mot semble ne pas avoir
le même sens pour tous. Sur
64 prisonniers, 22 sont
définitivement condamnés
et seulement 4 ont été rapprochés
à Borgu. Toutes les
demandes de transfert restent
lettre morte.
Alors vous, Mesdames et Messieurs les élus, qui parlez
haut et fort au nom de
la démocratie, auriez-vous
une extinction de voix ? A
moins que nous ne soyons
pas tous égaux devant la
loi… Car lorsque nous
revendiquons le rapprochement
familial, nous ne
demandons aucune mesure
particulière, juste l’application
de vos lois. Cela prêterait
à sourire si ce n’était si
grave ! Mais il est vrai que
pour fouler les tapis rouges
des palais officiels il faut
mériter son intronisation
par le pouvoir central parisien…
et que cela vaut bien
que l’on torde
le cou à la
démocratie !
D’ores et
déjà, sans
attendre,
prouvez que
vous êtes des
élus du
peuple, de
l’ensemble du
peuple, sans
laisser personne
sur le
bas-côté.
Ayez le courage
politique
de mettre
l’Etat français
devant ses
responsabilités.
L’Etat français aujourd’hui
peut administrer la
preuve de sa bonne volonté
en prenant en compte la
demande de rapprochement
familial en Corse de
tous les prisonniers politiques.
Pareille décision
n’aurait rien d’un geste de
clémence. Elle ne serait que
l’application des conventions
européennes qui stipulent
que les détenus doivent
être placés dans les
établissements les plus
proches du lieu de résidence
de leurs familles. Les raisons
humanitaires de ces
conventions sont évidentes.
Ou, en tout cas, devraient
l’être pour un Etat se proclamant
patrie des droits de
l’homme.
L’éloignement, la dispersion
correspondent à une
politique délibérée visant à
briser le moral et la santé
des prisonniers. Le maintien
de cette politique n’aurait
d’autre effet que de
renvoyer aux calendes
grecques la solution politique
à défaut de laquelle
rien n’est durable, ni la
paix ni le développement.
L’Etat français peut dire et
surtout montrer qu’il est
disposé à s’engager sans
délai superflu sur la voie
du neuf. La voie de l’avenir,
de la paix, des relations
amicales entre les peuples
de France et le peuple de
Corse. Des relations d’autant
plus fécondes qu’elles
seront fondées sur l’égalité
de droits, le respect mutuel,
les intérêts réciproques.
Depuis plus de trente ans,
des centaines de militants
ont comparu devant des
cours spéciales, témoignant
à chaque fois - par la diversité
de leurs origines tant
sociales que culturelles -
que leurs aspirations multiples
n’ont toujours eu et
n’auront toujours qu’un
seul objectif : garantir au
peuple corse son droit légitime
à disposer de lui-même.
A la surdité et à l’iniquité
des juges a toujours répondu
le patriotisme et la force
d’âme des militants.
L’intégrité et la droiture
sont de leur côté. Ces
hommes courageux ont
toujours assumé leurs
idéaux et leurs actions, faisant
preuve de convictions
inébranlables. Leur dignité
et leur désintéressement
sont des valeurs qui rendent
hommage aux milliers
de Corses qui depuis des
siècles se battent pour leur
liberté.”
Après la lecture de ce discours,
Francis Acquaviva a
expliqué les difficultés que
pouvaient rencontrer les
familles pour obtenir des
réservations de billets
d’avion pour se rendre à
Paris depuis que la principale
compagnie assurant le
trajet ait décidé de faire
payer ces voyageurs dans
les 48 heures suivant une
réservation.
Enfin, Ghjuvan Filippu
Antolini a conclu en rappelant
que le Centre de
Détention de Borgu n’était
pas complet, loin de là, et
que seule manquait au
retour des prisonniers politiques
la volonté du gouvernement
français. Au
moment de la conférence
de presse, sur les 28 cellules
du CD, 6 étaient
encore vides. De même, le
porte-parole du CAR a
balayé d’un revers de
manche l’argument sécuritaire,
puisque le CD de
Borgu est considéré par les
prisonniers presque comme
un ancien QHS (quarier de
haute sécurité). Le porteparole
du CAR a ensuite
rappelé à l’assistance
composée
de
familles de
prisonniers
politiques, de
militants et
sympathisants
du CAR ainsi
que de nombreux
journalistes
ce que
signifiait pour
les prisonniers
l’incarcération
en
région parisienne,
une
double peine
en fait puisqu’à
l’incarcération
s’ajoute
l’exil.
Après avoir rappelé les
élus à leur devoir, les militants
du CAR ont quitté
dans le calme l’Assemblée
de Corse. Mais, ils restent
attentifs à la réaction des
élus territoriaux et attendent
d’eux qu’ils fassent
enfin respecter la motion
sur le rapprochement des
prisonniers qui ne serait
que l’application des lois
communes et des directives
européennes qui précisent
que tout détenu doit être
incarcéré dans la prison la
plus proche de son domicile.
Felice Bacciochi