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Articulu di u numaru 16, aostu di u 2006


Quand l’Assemblée de Corse devient Assemblée nationale...


Le CAR a rappelé aux élus de l’Assemblée de Corse qu’ils ont voté à l’unanimité une motion demandant l’application des lois communes pour les prisonniers corses, c’est-àdire le rapprochement familial. Depuis le vote de cette motion il y a deux ans, il ne s’est rien passé, sans que les élus au pouvoir ne réagissent.

Les représentants du CAR avaient réservé de longue date une salle au sein de l’Assemblée de Corse afin d’y tenir une conférence de presse. La salle numéro 4 leur avait été attribuée. Une liste d’invités avait été déposée à l’Assemblée pour que les militants puissent pénétrer dans son enceinte. Les médias avaient été prévenus comme toujours plusieurs jours auparavant. Toutes les autorisations ayant été obtenues, les militants et sympathisants du CAR s’apprétaient à se rendre à l’Assemblée pour tenir cette conférence.

Mais à la surprise générale, lorsque les militants sont arrivés sur place, ils ont trouvé les grilles fermées, le service de sécurité renforcé (doublé, voire triplé) et ils ont vu arriver des policiers. Le message était sans ambiguité : interdiction de pénétrer dans l’enceinte, y compris pour les journalistes (!), ou encore pour les personnes figurant sur la liste des invités. L’Assemblée de Corse, sensée représenter le peuple et donc être à son écoute, était ainsi devenue un véritable bunker inexpugnable... interdit au peuple !

Le CAR ne pouvait accepter cette situation, et après une attente d’une demiheure en plein soleil, avec des représentants des familles dont certains ont plus de 70 ans, les militants et sympathisants présents ont décidé de faire le tour et de pénétrer dans l’enceinte de l’Assemblée par la porte de derrière, malgré la présence du service de sécurité.

Après un long moment de confusion au cours duquel les militants du CAR se sont trouvés à la porte du bâtiment de la Collectivité Territoriale de Corse, en compagnie d’élus (!), c’est finalement par une porte de garage que les nationalistes ont pu pénétrer à l’intérieur. Il n’était alors plus question de tenir une simple conférence de presse et puisque les dirigeants de l’Assemblée avaient voulu en interdir l’accès aux représentants du CAR, ces derniers décident alors d’occuper l’hémicycle et d’interrompre la tenue de la session de l’Assemblée. Une fois sur place, et alors que certains militants étaient déjà dans l’hémicycle, Jean-Louis Albertini qui officiait en tant que président de l’Assemblée a demandé à faire ouvrir les portes de l’hémicycle, d’après lui, dès qu’il a appris que des gens voulaient y pénétrer.

Jean-Louis Albertini est par la suite venu dans l’hémicycle à la rencontre des militants du CAR pour discuter et dire qu’il comprenait la souffrance des prisonniers. Le CAR attend maintenant qu’il passe de la parole aux actes en mettant en application la motion votée à l’unanimité par l’Assemblée sur le rapprochement des prisonniers corses.

Les militants du CAR ont alors affiché sur les murs de l’hémicycle les portraits de tous les prisonniers politiques qu’ils défendent. Jean-Louis Albertini a annoncé que la session était reportée sine die et les élus ont déserté l’hémicycle, à part bien entendu ceux de l’Unione Naziunale. Les porte-parole du CAR sont alors montés à la tribune présidentielle pour tenir leur conférence. Ghjuvan Maria Poli a présenté la démarche du CAR, puis Stella Castela a lu le discours prévu :

“Le Comité Anti Répression oeuvre depuis des années pour la défense des prisonniers politiques et s’inscrit dans la continuité des diverses associations qui l’ont précédé depuis des décennies de répression.

La libération de tous les prisonniers politiques est sa revendication première. Celle-ci ne peut intervenir que dans le cadre d’une solution politique concertée pour la Corse et doit s’inscrire à part entière dans une démarche de paix. La Corse a été dépouillée de sa langue, de sa culture, de son code familial et terrien, de ses liaisons méditerranéennes, de ses statuts, de ses coutumes, en un mot de son Histoire. La Corse, nation libre et ouverte au monde au siècle des Lumières, a été plongée et maintenue, délibérément maintenue, dans l’ère du sous-développement.

Chaque procès est le combat toujours recommencé des rapports conflictuels et inégaux, de colonisateurs à colonisés, entre la France et la Corse. C’est l’histoire en raccourci de plus de deux cents ans d’occupation de notre terre, avec son cortège de malheurs et de désespoir. Alors non, nous ne voulons pas d’une énième amnistie sans solution politique ! Car alors nous verrons encore des centaines de familles dans la souffrance.

Mesdames et Messieurs les élus, le Comité Anti Répression, lui, ne fait pas de distinction discriminatoire au sein du peuple corse. Toutes les souffrances et tous les malheurs le touchent. Il est vrai que pour nous il n’y a pas de bons ou mauvais électeurs. Aussi amélioration des conditions de détention, soutien aux familles, rapprochement familial en Corse, statut politique, sont des revendications que nous avons toujours porté haut et fort.

Aujourd’hui la situation est urgente ! Et les élus ont une part de responsabilité écrasante !

Devons-nous vous rappeler que vous avez voté à l’unanimité une motion pour le rapprochement familial des prisonniers corses ?

Devons-nous vous rappeler que les plus hauts ministres de l’Etat français ont promis ce rapprochement ?

Devons-nous vous rappeler que les prisonniers politiques corses continuent de croupir dans les prisons de la région parisienne ?

Devons-nous vous rappeler que rien, strictement rien, n’a changé quant aux conditions de détentions déplorables ?

Des ministres, et pas des moindres, se sont succédés dans l’île : Vaillant, Raffarin, Sarkozy, Perben, Devedjian, de gauche comme de droite. Tous ont prétendu sans vergogne, par voie de presse, en public, aux élus de l’Assemblée de Corse et au peuple corse, vouloir se mettre en conformité avec la loi française - avec leur propre loi - en effectuant le rapprochement familial en Corse.

Alors, quand est-il réellement aujourd’hui ? Effectivement, la situation a beaucoup changée : c’est pire !

La répression n’a cessé de s’amplifier et le nombre de détenus politiques corses n’a jamais été aussi élevé (64). Les conditions de détentions se détériorent chaque jour davantage. Quant au rapprochement, le mot semble ne pas avoir le même sens pour tous. Sur 64 prisonniers, 22 sont définitivement condamnés et seulement 4 ont été rapprochés à Borgu. Toutes les demandes de transfert restent lettre morte.

Alors vous, Mesdames et Messieurs les élus, qui parlez haut et fort au nom de la démocratie, auriez-vous une extinction de voix ? A moins que nous ne soyons pas tous égaux devant la loi… Car lorsque nous revendiquons le rapprochement familial, nous ne demandons aucune mesure particulière, juste l’application de vos lois. Cela prêterait à sourire si ce n’était si grave ! Mais il est vrai que pour fouler les tapis rouges des palais officiels il faut mériter son intronisation par le pouvoir central parisien… et que cela vaut bien que l’on torde le cou à la démocratie !

D’ores et déjà, sans attendre, prouvez que vous êtes des élus du peuple, de l’ensemble du peuple, sans laisser personne sur le bas-côté.

Ayez le courage politique de mettre l’Etat français devant ses responsabilités. L’Etat français aujourd’hui peut administrer la preuve de sa bonne volonté en prenant en compte la demande de rapprochement familial en Corse de tous les prisonniers politiques.

Pareille décision n’aurait rien d’un geste de clémence. Elle ne serait que l’application des conventions européennes qui stipulent que les détenus doivent être placés dans les établissements les plus proches du lieu de résidence de leurs familles. Les raisons humanitaires de ces conventions sont évidentes. Ou, en tout cas, devraient l’être pour un Etat se proclamant patrie des droits de l’homme.

L’éloignement, la dispersion correspondent à une politique délibérée visant à briser le moral et la santé des prisonniers. Le maintien de cette politique n’aurait d’autre effet que de renvoyer aux calendes grecques la solution politique à défaut de laquelle rien n’est durable, ni la paix ni le développement.

L’Etat français peut dire et surtout montrer qu’il est disposé à s’engager sans délai superflu sur la voie du neuf. La voie de l’avenir, de la paix, des relations amicales entre les peuples de France et le peuple de Corse. Des relations d’autant plus fécondes qu’elles seront fondées sur l’égalité de droits, le respect mutuel, les intérêts réciproques. Depuis plus de trente ans, des centaines de militants ont comparu devant des cours spéciales, témoignant à chaque fois - par la diversité de leurs origines tant sociales que culturelles - que leurs aspirations multiples n’ont toujours eu et n’auront toujours qu’un seul objectif : garantir au peuple corse son droit légitime à disposer de lui-même.

A la surdité et à l’iniquité des juges a toujours répondu le patriotisme et la force d’âme des militants. L’intégrité et la droiture sont de leur côté. Ces hommes courageux ont toujours assumé leurs idéaux et leurs actions, faisant preuve de convictions inébranlables. Leur dignité et leur désintéressement sont des valeurs qui rendent hommage aux milliers de Corses qui depuis des siècles se battent pour leur liberté.”

Après la lecture de ce discours, Francis Acquaviva a expliqué les difficultés que pouvaient rencontrer les familles pour obtenir des réservations de billets d’avion pour se rendre à Paris depuis que la principale compagnie assurant le trajet ait décidé de faire payer ces voyageurs dans les 48 heures suivant une réservation.

Enfin, Ghjuvan Filippu Antolini a conclu en rappelant que le Centre de Détention de Borgu n’était pas complet, loin de là, et que seule manquait au retour des prisonniers politiques la volonté du gouvernement français. Au moment de la conférence de presse, sur les 28 cellules du CD, 6 étaient encore vides. De même, le porte-parole du CAR a balayé d’un revers de manche l’argument sécuritaire, puisque le CD de Borgu est considéré par les prisonniers presque comme un ancien QHS (quarier de haute sécurité). Le porteparole du CAR a ensuite rappelé à l’assistance composée de familles de prisonniers politiques, de militants et sympathisants du CAR ainsi que de nombreux journalistes ce que signifiait pour les prisonniers l’incarcération en région parisienne, une double peine en fait puisqu’à l’incarcération s’ajoute l’exil.

Après avoir rappelé les élus à leur devoir, les militants du CAR ont quitté dans le calme l’Assemblée de Corse. Mais, ils restent attentifs à la réaction des élus territoriaux et attendent d’eux qu’ils fassent enfin respecter la motion sur le rapprochement des prisonniers qui ne serait que l’application des lois communes et des directives européennes qui précisent que tout détenu doit être incarcéré dans la prison la plus proche de son domicile.

Felice Bacciochi

 

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