Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 24, aprile di u 2007


Le collectif “Port de Bastia” monte au créneau





Lors d’une conférence le nouveau collectif “Port de Bastia” a dénoncé l’actuel projet, les manquements aux lois, notamment au sujet du Débat Public, et expliqué que si on ne laissait le choix qu’entre deux projets, il aurait pu en avoir au moins quatre !

La Collectivité Territoriale de Corse selon la loi du 22 Janvier 2002 relative à la Corse est responsable de la politique du développement portuaire et à ce titre c’est elle qui assure la maîtrise d’ouvrage du projet d’extension du Port de Commerce de Bastia. C’est aussi la C.T.C. qui a saisi la Commission Nationale du Débat Public comme le prévoit la Loi de proximité du 27 Février 2002 et en vertu du fait que le coût prévisionnel du projet dépasse le seuil des 150 millions d’euro fixé par le décret du 22 Octobre 2002.

C’est donc la loi qui a imposé le « débat public » et la création d’une commission de pilotage de ce débat, dont la C.T.C. a désigné le président.

Cette commission, il faut le rappeler, a un rôle bien précis, notamment celui de veiller à la participation effective du public. Elle s’assure par exemple d’une bonne connaissance du projet par les différents acteurs afin d’éviter toute zones d’ombres au débat et veille à ce que soient traitées toutes les questions posées par le public.

Pour s’inscrire dans ce débat, des femmes et des hommes de différents horizons, uniquement mus par le souci de l’intérêt général, ont constitué, il y a un mois le « Collectif Port de Bastia » (CPB) qui par ailleurs participe déjà au débat public initié officiellement le mardi 6 mars 2007.


Le contenu du débat

La première remarque portera sur le contenu mis en débat. En effet, le « Dossier du débat », qui est en l’occurrence le document de référence principal, présente uniquement deux options très différentes l’une de l’autre.

La première s’intitule « réaménagement du port actuel » mais est en réalité une extension de grande ampleur sur le site actuel. La deuxième intitulée « extension portuaire sur le site de la Carbonite » correspond en fait à une création ex nihilo d’un nouveau port.

Le « Dossier » écarte deux autres options qui pourtant existent de fait, à savoir le maintien du statu quo avec le port actuel en y apportant bien évidemment des améliorations structurelles (troisième option) et enfin, la réalisation d’un projet nouveau mais sur un autre site qui, dans une approche plus régionale (territoriale) pourrait être localisé en dehors de la commune de Bastia (quatrième option).


Un projet pharaonique est-il pertinent ?

Les premières interrogations portent sur la pertinence du projet. Estil utile, indispensable ? Se justifiet- il économiquement ? Et en fonction de quoi ? N’est-il pas trop lourd et ambitieux pour la Ville de Bastia et la Corse ? Le port actuel ne suffit-il pas ? Si on améliore la gestion des flux, somme toute assez facilement négociable du fait que nous n’avons à faire qu’à trois Compagnies Maritimes.

Bien sûr il peut y avoir aussi les Croisières. Mais on le voit ailleurs, en Méditerranée notamment, on peut développer l’activité croisière et l’accueil de ces navires par le biais d’autres aménagements moins lourds, comme par exemple, des appontages au large.

Le rejet des deux options proposées par le débat n’empêcherait pas certains aménagements qui restent indispensables pour améliorer l’accueil du trafic véhicules, passagers, et fret.

Il est pour le collectif évident, qu’un projet de cette envergure ne peut-être le seul projet de la ville de Bastia, et d’ailleurs il ne l’est pas puisque c’est la Collectivité Territoriale de Corse qui est responsable de la politique du développement portuaire.

Au-delà des procédures et des compétences institutionnelles, il faut bien comprendre que c’est l’entière politique de développement des infrastructures de la Corse qui est en question. Et cette politique, elle demande encore à être précisée, que ce soit pour le Port de Bastia et pour toutes les autres infrastructures portuaires de l’île, mais aussi, pour les infrastructures aéroportuaires, pour les infrastructures routières et ferroviaires même si on a l’impression que ces secteurs semblent plus avancés.

Le collectif pose la question de savoir comment le projet s’inscrira dans le cadre institutionnel du PADDUC et celui réglementaire du PLU et aussi comment s’organise la mise en cohérence du réseau routier de proximité, intra-muros et extramuros.


Les éléments subjectifs d’une position de principe

Face à la position de principe des autorités qui proposent le choix entre deux projets pharaoniques d’extension, le collectif oppose certaines réflexions, de principe aussi, mais certainement plus attentives au respect de notre patrimoine naturel et environnemental mais aussi culturel, historique et économique :

L’impact visuel sur le site (pour les deux projets) s’inscrit en totale contradiction avec la volonté affichée et proclamée par la municipalité de faire de Bastia une ville touristique et patrimoniale.

Le fait de développer le caractère de ville d’appontage pour le trafic maritime (véhicules, passagers et fret) ne favorise pas le développement touristique et donc économique du site, les ports de commerce sont (ou étaient) souvent des sites sacrifiés et de nombreuses villes, notamment en Méditerranée, peuvent en témoigner.

La lourdeur des investissements nécessaires oblige à réfléchir en terme de priorités pour la Corse, et la priorité de ce projet n’est pas évidente à priori.

La réussite pour le moins aléatoire dans la gestion de grands projets qu’ont démontré nos élus et nos institutions tout au long des 30 dernières années, prenons par exemple, en matière d’aménagement portuaire, le cas le plus récent du quai n°8 construit pour la bagatelle de 11 millions d’euro et qui durant les 5 dernières années n’a accueilli que 5 % des accostages.


L’impact objectif sur l’environnement

A la page 70 du « Dossier du Débat » un encadré rappelle la réglementation concernant la protection des posidonies et l’on se rend compte que seule une dérogation exceptionnelle pourrait en autoriser la destruction partielle.

L’atteinte aux posidonies est incontournable dans les deux options. A cette même page, on apprend que les atteintes aux espèces protégées feront l’objet de mesures compensatoires, on voudrait savoir lesquelles, mesures compensatoires définies par un comité scientifique indépendant mis en place par le maître d’ouvrage, c’est-à-dire la Collectivité Territoriale de Corse.

Il semble pour le collectif que tout d’abord les effets sur les aspects environnementaux devraient être soumis de manière plus claires et concrètes, dès maintenant, car ils peuvent être selon leur ampleur de nature à modifier l’opinion du public sur le projet.

Il faut, aussi, pour le collectif, que la constitution de tout comité scientifique soit systématiquement placée sous la responsabilité de l’Université de Corse (même si c’est en collaboration avec d’autres instituts universitaires européens ou méditerranéens) et pas seulement pour la question des posidonies, mais aussi sur les effets induits de la modification de la courantologie, des effets sur l’Arinella, sur l’étang de Chjurlinu, sur la pêche (les pêcheurs ont fait connaître leur hostilité à la création d’un port à la Carbonite notamment à cause de la diminution de leur zone de pêche et des atteintes à l’environnement,) etc.


Le développement économique de la Corse et de la ville

La présentation des effets induits sur le développement économique de la Corse et de la Ville se résume à de multiples tours de passe-passe consistant à croiser et comparer des chiffres de natures différentes. Par exemple, on met en avant le taux de 5 % de croissance moyenne annuelle en parlant de l’augmentation du nombre de séjours touristiques alors que l’on sait très bien que l’augmentation du nombre de séjours peut être liée à une augmentation de trafic sans pour autant que cela induise une augmentation du nombre de touristes et donc les effets induits sur l’économie ne sont pas si évidents que cela, l’augmentation des nuisances liés à l’activité strictement portuaire oui.

De plus, il est clair, que l’outil (le port) ne peut générer à lui seul le développement mais que c’est le développement qui doit susciter le besoin d’un nouvel outil.

Le bilan de la Corse en matière de tourisme et le poids du secteur touristique dans l’évaluation de notre PIB, poids encore très faible, démontre bien que l’île a plus besoin d’une démarche volontariste, structurée et structurante en faveur d’un tourisme intégré plutôt que de coups de baguette magique, coûteux, peu adaptés et pas forcément pertinents en l’état.

Enfin, s’il est vrai que le projet a une dimension par essence nationale corse, il impose tout de même, à la ville de Bastia, un développement qui est loin d’être un modèle de développement durable mais plutôt une option unique et peu réfléchie dans ses conséquences, de développement dévastateur.


Les enjeux financiers

Dans le « Dossier du Débat », on retrouve à la page 87, certains des coûts estimés de la réalisation du projet du port de Bastia, les deux hypothèses sont estimées, AU DEPART, à 197 millions et 210 millions d’Euro. Une paille.

Logiquement la page suivante est censée s’intéresser au « financement du projet » or il n’est en réalité question que du financement des études et procédures et non pas du financement propre des investissements de réalisation. On apprend que ces études et procédures seraient financées par le Programme Exceptionnel d’Investissement (P.E.I.) à hauteur de 50 %, la CTC (20 %), et la CCI de Bastia et de Haute-Corse (30 %). Pour les travaux, il est indiqué « qu’un plan de financement approprié sera élaboré ».

Pour ce qui est des études et procédures, il semble important pour le collectif, et pour la transparence des débats, tout d’abord que soient précisés les montants prévisionnels de réalisation de ces études et que soient aussi indiqué l’état d’avancement des discussions sur le partenariat financier, par exemple, la participation de la C.T.C., de l’État et donc du P.E.I. (est-elle d’ores et déjà garantie) et quid de la part de financements envisagée pour la C.C.I. ?

Concernant la réalisation des travaux proprement dits, aucun plan de financements sérieux n’est semble- t-il encore finalisé puisque le dossier du débat indique simplement qu’un « plan de financement approprié sera élaboré ».

Il apparaît donc pour l’heure, qu’au-delà des aspects purement techniques, ou de ceux liés aux enjeux économiques et environnementaux, la problématique du financement, pharaonique à l’échelle de la Corse, ne soit pas encore totalement déterminée. Cet argument relève de la plus haute importance et cela au moins à trois niveaux :

La réalisation du projet pèserait de manière conséquente sur l’ensemble des finances publiques de la Corse (et certainement par effet de dominos sur la fiscalité des ménages) mais aussi sur la capacité pour l’île à financer son futur au-delà de ce seul projet.

Le projet devra certainement, pour faire face aux investissements, mobiliser un partenariat « publicprivés » dont on ne connaît à ce jour ni les contours ni même l’état d’avancement des contacts nécessaires à sa constitution. En d’autres mots, le partenariat privé a-t-il d’ores et déjà été identifié et sa mobilisation initiée ? En quels termes ? Avec quels objectifs et niveaux d’implications ?

Enfin, au-delà des travaux, comment et par qui seront gérées les infrastructures réalisées, par le public ? Par le privé ? Dans le cadre d’un partenariat mixte ? Et sur quelles bases ?

Le collectif Port de Bastia estime que les conditions pour que les populations puissent se prononcer sereinement et en toute connaissance de cause ne sont pas, à ce jour, réunies.

En effet, comment se prononcer sur un projet pour lequel nous ne savons pas qui va payer, et avec quelles incidences sur la fiscalité, quelle type de gestion des infrastructures sera mise en place ?

Ghjuvanni Deziu

Le site du débat public

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2006