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L'agriculture corse en danger, les syndicalistes en prison !


Alors que la situation de l'agriculture corse est dramatique, une fois de plus, la seule réponse de l'Etat français est la répression. Joseph Colombani qui vient courageusement de revendiquer une action syndicale en en expliquant le pourquoi et le comment devant le tribunal correctionnel de Bastia risque aujourd'hui trois mois de prison ferme. Le Ribombu fait le point avec lui sur la situation agricole de l'île.

Joseph Colombani est le Président de la Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles. Cette structure, en Haute-Corse, revêt une identité bien particulière depuis sa création, et depuis 1999, elle a voulu se doter d'une marche à suivre et de principes inflexibles, dans le but bien précis de réhabiliter notre terre. Il a répondu aux questions du Ribombu le 26 mai.


U Ribombu : Quelle doit être selon vous la place de l'agriculture en Corse ?
Joseph Colombani :
Avant tout, je tiens à réaffirmer notre solidarité avec les agriculteurs du CDJA 2A. L'incarcération de ces syndicalistes est inadmissible. En effet, le DRAF (Directeur Régional de L'Agriculture et de la Forêt), M. Jacques Meric, m'a confié lui-même que " l'intervention des forces de l'ordre n'était pas nécessaire ", " que la tension était palpable ", et " que les premiers coups ont été portés par le policier ", donc pour nous, forts de ce témoignage, il s'agit bien d'une provocation, qui continue aujourd'hui avec leur maintien en détention (ndlr : depuis les agriculteur ont été condamnés et libérés après avoir effectués leur peine).

U Rib. : Une provocation ? Dans quels buts ?
J. C. :
Il s'agit pour l'Etat de créer une situation de " trouble " favorable à l'arrêt de toute négociation en cours, et ainsi justifier l'abandon de tous les engagements pris et que l'Etat a tant de mal à tenir. D'ailleurs il faut savoir que la revendication portée par ces syndicalistes concernant le paiement des arrêtés de subventions pris par l'Etat et jamais honorés a abouti 15 jours exactement après leur occupation.

U Rib. : Mais vous-même, vous êtes personnellement menacé de 3 mois d'emprisonnement ferme…
J. C. :
Oui, nous avons été choqués par la réquisition du procureur, très dure par rapport aux faits reprochés, somme toute banals pour une action syndicale. Mais mon syndicat a été clair à ce sujet en précisant que notre détermination restait intacte, et que même l'incarcération ne bloquerait aucune négociation avec l'Etat pour ne pas l'exonérer des obligations politique et financière qu'il a envers les agriculteurs corses.

U Rib. : Après les accords de paix de Migliacciaru, qu'est- ce qui vous a poussé à devenir le principal " leader " de la revendication agricole corse ?
J. C. :
L'injustice faite dans le cadre de la fameuse piste agricole (ndlr : l'affaire Erignac) et son prolongement politique, c'est-à-dire le rapport GLAVANNY. Dans une manipulation jamais égalée l'Etat Français s'est débarrassé de toute la contestation agricole de Corse laissant la porte ouverte à la récupération des terres agricoles par la banque Crédit Agricole, véritable pont avant des grands groupes financiers liés à la spéculation immobilière. Sans la FDSEA, la plaine orientale aurait, insidieusement, perdu sa vocation agricole. Il est clair que face à la bétonisation exacerbée de nos zones de plaine, deux types de lutte existent, soit la dissuasion par la lutte armée, soit le maintien et le développement d'une activité économique endogène. Il faut rappeler que la plaine orientale a toujours été une zone de production importante, notamment en matière fourragère, pour le maintien de l'activité pastorale dans les zones de montagne.

U Rib. : Votre but est donc le maintien et le développement d'une activité économique endogène. Pouvez-vous préciser les moyens que vous vous donnez pour y arriver ?
J. C. :
On constate tout d'abord qu'avec un tel objectif on réussit sans mal à fédérer l'ensemble des agriculteurs corses au-delà des seuls nationalistes. Nous avons ainsi initié, en 1999, les Etats Généraux de l'agriculture corse au sein de l'ODARC, véritable point de départ d'une prise de conscience générale qui replace l'agriculture comme activité majeure dans le développement économique de la Corse. D'ailleurs le fameux Projet de relance aujourd'hui validé par l'ensemble des organisations professionnelles en est issu. Enfin, le troisième niveau de la démarche est d'imposer ce développement à l'Etat français qui a d'autres vues pour le devenir de notre île.

U Rib. : Comment expliquez-vous que dans une telle adversité face à un Etat français récalcitrant, ce dernier vous considère toujours comme un interlocuteur incontournable ?
J. C. :
Je veux rappeler que sous l'ère Glavanny-Bonnet-Chevènement, nous n'avons jamais négocié avec l'Etat. Ce même Etat qui a d'ailleurs ouvertement participé à nous faire perdre aux élections de la chambre d'agriculture de Haute-Corse. Aujourd'hui le discours a changé, les annonces se sont multipliées, c'est le respect des engagements qui ne suit pas… Alors qu'avant nous étions dans une phase syndicale d'action uniquement, aujourd'hui nous sommes dans une phase de négociations- actions. L ' aspect incontournable de notre syndicat provient du fait qu'avec 500 agriculteurs " en carte ", nous sommes de loin, la première organisation syndicale de l'île. Et le fait que notre ligne de revendication sur la dette bancaire (retour au capital initial), la dette sociale (la prescription), et le projet de relance (Etats Généraux de l'agriculture) aujourd'hui retenue est depuis toujours la revendication de la FDSEA. Enfin on peut aussi dire que la FDSEA est de loin le syndicat qui, ces dernières années a porté le plus d'actions syndicales sur le terrain.

U Rib. : Justement, dans le rapport GLAVANY, il est dit que les agriculteurs corses sont des escrocs. Ce sentiment qui a traversé un temps l'opinion publique corse semble aujourd'hui avoir disparu. Selon vous, qu'en est-il réellement ?
J. C. :
Sans informations précises concernant l'historique de l'endettement, toutes les confusions et les manipulations de l'opinion publique restent possibles. Le rachat des terres agricoles abandonnées par les pieds noirs, l'orientation de la politique agricole imposée par Paris, l'absence de soutien des pouvoirs publics lors d'évènements comme la dévaluation de la lire, de la peseta, ou des innombrables grèves des bateaux en pleines récoltes, ont mis à mal une région géographique bien précise où s'exerçait une activité agricole de type productiviste. Cette région concentre 80% de la dette agricole, et concentre aussi 80% du potentiel agricole de la Corse. Il est inadmissible qu'on ait à une époque incité des jeunes Corses à récupérer les terres abandonnées par les pieds noirs, en utilisant le Crédit Agricole comme bailleur de fonds, et qu'aujourd'hui, dans une amnésie coupable, on puisse leur reprocher d'être endettés, alors qu'à l'inverse des pieds noirs, eux, n'ont jamais eu d'effacement de leur dette au Crédit Agricole.

U Rib. : Quels espoirs fondez-vous sur les négociations en cours, et plus généralement sur l'avenir de l'agriculture ?
J. C. :
Tout d'abord, les agriculteurs ont bien compris qu'ils doivent surtout compter sur leur capacité de mobilisation pour faire avancer tout type de négociation. Les négociations en cours ne sont qu'une étape qu'il faut absolument concrétiser par des mesures précises pour que l'agriculture soit de nouveau crédible dans le dispositif économique de l'île. Actuellement (ndlr : le 26 mai) le problème posé est sur les méthodes techniques d'application de ces mesures (projet de relance et dette bancaire). A ce niveau, l'Etat semble vouloir gagner du temps en n'apportant pas les réponses efficaces dans des délais acceptables. A partir de là on ne pourra que constater que la négociation est bloquée, et donc nous passerons à la phase action, comme nous l'avons toujours fait chaque fois que c'était nécessaire. A ce titre nous espérons que l'ensemble du monde agricole saura rejoindre cette démarche. En ce qui concerne l'avenir de l'agriculture nous devons travailler, en partenariat avec d'autres secteurs d'activité liés à la ruralité, à imposer une législation spécifique prenant en compte le particularisme de notre île, aussi bien sur le foncier, les transports, que sur la fiscalité, la formation, les institutions, les accords commerciaux, les accords européens, le crédit, etc., bref, tout ce qui fait la maîtrise légale des différents outils qui interviennent dans un développement économique social et culturel choisi par les Corses eux-mêmes.

Propos reccueillis par Guillaume Filippi

 

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