Joseph Colombani est le secrétaire général du syndicat agricole FDSEA. Toujours à la pointe du
combat pour la défense de l’agriculture et des agriculteurs corses, il sera bientôt jugé en correctionnelle
par la cour d’appel de Bastia. L’Etat veut apparemment le museler en l’incarcérant,
dans le doit fil de l’agression des militaires français en octobre 2005 contre les syndicalistes du
STC...
U Ribombu : le 22 novembre 2006
à 14 heures, vous passez en appel
au tribunal de Bastia pour avoir en
décembre 2004 saccagé le bureau
du directeur départemental de
l’Agriculture et de la Forêt. Ne
craignez-vous pas qu’une condamnation
à de la prison ferme ne vous
empêche de vous présenter aux
élections de la Chambre
d’Agriculture de Haute-Corse fin
janvier 2007 ?
Joseph Colombani : On peut en
effet se poser des questions sur
l’acharnement de l’administration
judiciaire qui fait appel des 3 mois
de sursis et sur le délai de presque
dix huit mois pour être rejugé, ce
qui nous amène à deux mois de
l’échéance électorale. Je pense par
ailleurs qu’il n’y a pas un seul agriculteur
en Corse qui accepterait de
gagner des élections grâce à un tel
stratagème. Cela dit, j’espère que la
mobilisation du 22 novembre au
Palais de Justice sera en mesure de
dissuader quiconque voudrait jouer
avec la démocratie.
U Rib. : En quoi un candidat
comme vous, qui se reconnaît dans
le mouvement national, est intéressant
à la tête d’une institution
consulaire comme la Chambre
d’Agriculture ?
J. C. : Un candidat nationaliste est
en effet le mieux placé, par définition,
pour défendre l’intérêt exclusif
du peuple corse dans toutes ses
composantes et donc l’agriculture.
Un candidat nationaliste est le
mieux placé pour fédérer les différentes
tendances « droite-gauche »
qui traversent notre peuple car situé
naturellement au-dessus des partis
traditionnels. Un candidat nationaliste
est le mieux placé pour défendre
l’intérêt collectif par la promotion
d’un développement endogène
c’est-à-dire un développement économique
fait par les Corses pour
tous les Corses.
U Rib. : Cela fait huit ans que vous
êtes président de la F.D.S.E.A. de
Haute-Corse où tous connaissent
le syndicaliste par ses coups d’éclat
et son franc parler. En cas de prise
de responsabilités à la tête de la
Chambre d’Agriculture, n’y-a-t-il
pas un risque de s’institutionnaliser
?
J. C. : Mais je compte bien rester
syndicaliste, d’ailleurs le sens de
ma candidature est bien de syndicaliser
l’institution et non l’inverse ! Il
faut pour que l’agriculture corse ait
un réel avenir que la Chambre
avance de concert avec le syndicalisme
et non à distance, voir en
opposition comme nous avons pu le
constater lors de la dernière mandature.
D’ailleurs il faudra à très court
terme que l’ensemble des agriculteurs
corses réussisse à se fédérer,
sur des projets ambitieux qui ne
laissent personne sur le bord de la
route, en dehors donc de tout élitisme.
Il faudra aussi imposer par un
rapport de force démocratique et
syndicaliste l’occupation de l’espace
rural corse par une agriculture raisonnée qui doit être soutenue
dans sa capacité de production
afin de sortir définitivement de
l’assistanat.
U Rib. : Un de vos combats est la
lutte contre la spéculation foncière
qui prive les agriculteurs
corses de la maîtrise de la terre.
Que pensez-vous du sondage qui
attribue au F.L.N.C. le premier
rôle dans la défense contre la
bétonnisation du littoral ?
J. C. : Tout d’abord, je salue la
lucidité des Corses et le sacrifice
des clandestins. Ensuite, je pense
que la meilleure alternative durable
à la bétonnisation et donc à la
spéculation foncière passe par des
principes simples, comme « les
terres agricoles restent agricoles »
notamment lors de l’élaboration
du P.A.D.D.U.C., des P.O.S., ou
autres P.L.U... Bien entendu, il
faut aussi que le métier d’agriculteur
reste attractif à travers un vrai
plan de relance de l’agriculture
corse ce qui aujourd’hui est loin
d’être le cas. Malgré l’après-Erignac
et la campagne Glavany « anti-agriculteur
», la F.D.S.E.A. a réussi à
bloquer la saisie des 30000 hectares
de terre hypothéquées en
plaine orientale, saisie programmée
par le Crédit Agricole. Ainsi,
a pu être évité l’accaparement de
la plaine par des non-agriculteurs
voire des non-corses. Il serait
dommage que ces belles terres de
plaine aujourd’hui quasiment sauvées
ne servent pas à une logique
de solidarité avec un développement
de l’intérieur. En effet, des
productions fourragères en plaine
doivent soutenir les besoins en
montagne en évitant les coûts
exorbitants de l’alimentation du
continent.
C’est cette vision globale de l’intérêt
exclusif de tous les Corses
qui anime et animera toujours
notre démarche.
Propos reccueillis par
Francescu Albertini