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Articulu di u numaru 38, Nuvembre di u 2008


Une culpabilisation collective



Ceux qui refusent aux Corses le droit de se reconnaître en tant que peuple, leur accordent généralement celui d'être collectivement coupables. On sait désormais que sous toutes les latitudes, le colonialisme a toujours usé de ce genre de subterfuges pour justifier sa présence. La finalité de l'entreprise étant de faire porter son discours par le colonisé lui-même. Il y a encore peu, il n était pas rare d'entendre dire « le corse, ça s'apprend dans la rue… » ou bien « c'est aux parents de transmettre le corse… » Ce genre d'arguments affirmés de façon péremptoire permettent ainsi a ceux qui les entendent d'ignorer les mécanismes qui font que les langues peuvent disparaître et surtout de dédouaner les tenants du système politique qui condamne ces langues a mourir.


Qui Vend La Terre ?

Si les luttes ont permis de marginaliser, voire d'isoler les idéologues du colonialisme dont on sait qu'ils s'accommodent mal de la connaissance et de la réflexion,la tentation du populisme n'en est pas moins réelle quand il s'agit de justifier des choix économiques qui a l'évidence ne sont pas fait pour satisfaire le plus grand nombre.

L'actualité, qui à travers l'élaboration du PLU et du PADDUC, nous renvoie au problème récurrent de la maîtrise du foncier, donne a certains l'occasion d'user de lapalissades qui prêteraient à sourire, si elles n'étaient pas énoncées dans le seul but de désigner les corses et eux seuls, comme responsables de leur sort. Ainsi, en ces temps de spéculation effrénée,il n'est pas rare de s'entendre dire « …mais qui vend la terre … ». Alors que la vraie question serait de savoir, pourquoi des corses vendent-ils leur terre. Mais si cette question n'est jamais posée en ces termes, c'est qu'elle renvoie inévitablement aux mécanismes du colonialisme et à la finalité qu'il se donne, c'est-à-dire, l'aliénation des peuples.

Nous ferons ici l'impasse sur la poignée de gros propriétaires fonciers qui ont reçus leurs biens en échange de leur collaboration avec les divers occupants de l'île et qui peuvent aujourd'hui se livrer à de juteuses promotions immobilières, et ce, d'autant mieux quand ils sont aussi les tenants du pouvoir politique. Le propos étant plutôt de s'interroger sur la nature du rapport que les Corses entretiennent avec leur terre. Comment la terre nourricière est-elle devenue pour certains d'entre-eux une valeur marchande.

Comment pour d'autres, le lien mystique que les corses ont toujours entretenu avec leur terre, a pu se rompre. Les raisons sont diverses. Elles sont d'ordre culturel, économique et fatalement politique.

Or, la politique s'inscrit dans le temps. Si elle est censée ouvrir les voies de l'avenir, elle est aussi héritière d'un passé, d'une histoire. Et cette histoire est d'autant plus pesante que l'Etat français et ses représentants en Corse n'ont jamais voulu rompre avec la logique de la conquête, qui à l'image de toute conquête n'a aucune considération pour les habitants des territoires conquis. Faut-il encore rappeler ici, les lois douanières qui condamnaient la Corse à une économie de subsistance ou la saignée humaine que ce pays a dù subir pour les besoins de l'impérialisme français.

Tout ceci explique en partie la lente dégradation du rapport des Corses à leur terre. Et aujourd'hui, dans un monde déshumanisé où la finance, avec les aléas que l'on sait, s'impose à toute autre valeur, la tentation est forte pour certains de brader leur bien, confrontés qu'ils sont à une paupérisation absolu. Tout est fait d'ailleurs pour que les corses se débarrassent de leur terre et rien n'est fait pour qu'ils puissent la conserver. Le PADDUC élaboré par l'exécutif de la CTC et qui repose sur la seule expansion touristique, s'il était adopté, ne ferait qu'accélérer le phénomène de dépossession dont on peut déjà mesurer les grands dérangements culturels qu'il provoque.

Pourtant un autre développement, qu'il convient de distinguer de l'expansion, est possible à condition qu'il soit basé sur les ressources humaines de ce pays. Or curieusement, ceux-là mêmes qui n'hésitent pas à culpabiliser les corses, s'insurgent dès l'instant où les moins résignés d'entre-eux et les plus lucides, proposent une autre voie.

Dumenicu Tognotti

 

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