Voici le texte intégral de la conférence de presse du CAR qui explique les raisons qui ont
conduits les organisateurs de cette association humanitaire à en appeler une fois de plus
au peuple corse.
Contre la répression, pour les droits de l'homme et
pour la liberté, le Comité Anti Répression appelle à
manifester à Bastia le jeudi 14 juillet à partir de 18
heures au palais de justice.
Le CAR lance un appel à la mobilisation populaire pour
le 14 juillet, dans les rues de Bastia, afin de faire remonter
jusqu'à Paris, en passant par le cours Grandval, le
message que des milliers de Corses ont envoyé le 30 avril
dernier, dans les rues d'Aiacciu.
Aujourd'hui, plus d'une soixantaine de prisonniers politiques
sont toujours exilés, emprisonnés et éparpillés
dans les différentes prisons de France. Bien loin d'une
solution politique, l'Etat français continue à lancer de la
poudre aux yeux en rapatriant un prisonnier politique
par an en Corse, pour faire croire qu'il applique ses propres
lois ou les directives européennes. Et pendant ce
temps, la répression toujours plus forte, toujours plus
lâche, s'abat froidement sur des patriotes sincères. Les
années de prison distribuées se comptent désormais en
siècles, et chaque mois la liste des prisonniers politiques
s'agrandit.
L'Etat français tente depuis plus de deux siècles de nous
priver de notre culture et de notre Histoire, mais il est un
fait que chaque Corse sait. Si la Corse a été souvent
conquise, elle n'a jamais été soumise, et le peuple corse
n'est pas peuple à baisser la tête devant l'adversité ou
encore moins, sous les coups de bâton !
Nous avons choisi symboliquement la date du 14 juillet
pour manifester notre colère dans les rues de Bastia car
c'est l'occasion pour nous de rendre hommage aux Nationaux
corses qui ont accompli il y a 250 ans, un véritable
exploit, réussir à organiser un Etat indépendant et démocratique,
à une époque où les Français se prosternaient
devant un roi de droit divin, et les autres européens
devant des empereurs ou des monarques.
Le 14 juillet 1755, à la cunsulta du couvent Sant'Antone
di a Casabianca, Pasquale de' Paoli est élu général
(unique) de la Nation Corse.
Le lendemain, Paoli est accueilli en triomphe par la cunsulta.
L'indépendance est proclamée, au nom du droit des
peuples à disposer d'eux-mêmes. Celui qui deviendra u
babbu di a patria est chargé de rédiger une constitution
pour la Corse qui en fera la première démocratie de type
moderne en Europe. Une démocratie qui fera l'admiration
des philosophes français, et une constitution qui inspirera
celle des Etat Unis d'Amérique de 1787.
Lors de cette cunsulta qui se terminera le 15 juillet 1755,
il est décidé que " si des troupes de quelque puissance
que ce soit, sans exception ", venaient en Corse pour
combattre, il y serait opposé " la force à la force ", même
au prix du sacrifice de toute la nation. De plus, la cunsulta
décrète également " une guerre perpétuelle " à la République
de Gênes et " à toute puissance qui l'assurerait de
sa protection ", c'est-à-dire à la France entre autre.
Cette déclaration est de toute première importance, et
ce n'est pas un hasard si à l'image du reste de cette
période, cette partie importante de notre Histoire est passée
sous silence. En effet, cette cunsulta légitime tout
simplement tout ceux, qui encore aujourd'hui, combattent
pour la liberté de la nation corse, ils ne font
que continuer à mettre en application les décrets de cette
cunsulta ! Ce n'est pas une guerre de 10 ans, de 20 ans
ou de 100 ans qui a été décrété, mais bien une guerre
perpétuelle ! Elle cessera quand la Corse
sera de nouveau libre.
Dans une lettre à son père le lendemain de
cette cunsulta, Pasquale de' Paoli dira que son
premier soucis est de " punir les délits, empêcher
les ligues et de maintenir l'union ". Une
leçon à retenir pour tous, l'union avant tout et
une preuve de plus de l'attachement des Corses
à la Justice.
C'est donc bien ce 14 juillet 1755 qui mériterait
d'être fêté en Corse bien plus que le 14 juillet
1789. Mais, aujourd'hui, en 2005, notre Histoire
est toujours passée sous silence par le système
scolaire qui est devenu un outil de propagande
de l'Etat français et de francisation à outrance de
notre jeunesse. De Napoléon, on en entend parler
à l'école, mais de Paoli et de l'indépendance,
que nenni ! " Cacher cette indépendance que je
ne saurais voir " pourrait-on presque entendre…
Depuis des temps immémoriaux, le peuple
corse est épris de liberté et de justice. Mais malheureusement,
à part lorsque la Corse était gouvernée
par des Corses au XVIIIe siècle, nous n'avons
jamais eu droit ni à la Justice ni à la liberté.
Contrairement à ce que certains voudraient faire
croire, ce n'est pas la révolution française de
1789 qui a changé cet état de fait, au contraire,
elle l'a institutionnalisé… Et ce n'est pas un
hasard si dès 1793 la Corse se détournait de cette
révolution alors qu'elle y avait adhéré de manière
enthousiaste croyant voir enfin triompher les
idées que Paoli et les nationaux avaient mis en
pratique quelques décennies plus tôt.
La Corse a été dépouillée de sa langue, de sa
culture, de son code familial et terrien, de son
organisation politique multimillénaire, de ses liaisons
méditerranéennes, de ses statuts, de ses
coutumes, en un mot de son Histoire dont le
pouvoir français exigea qu'elle commençât en
1789.
La Corse, nation libre et ouverte au monde au siècle des
Lumières, a été plongée et maintenue, délibérément
maintenue, dans l'ère du sous-développement.
La Corse n'a jamais connu d'autre état de droit que celui
imposé par la violence.
L'Etat français est fidèle en cela, depuis plus de deux
siècles, à sa désormais trop habituelle attitude répressive
envers le peuple corse.
Chaque procès est le combat toujours recommencé des
rapports conflictuels et inégaux, de colonisateurs à colonisés,
entre la France et la Corse. C'est l'histoire en raccourci
de plus de deux cents ans d'occupation de notre
terre, avec son cortège de malheurs et de désespoir.
Paris saura-t-il s'extraire de son traditionnel centralisme
jacobin ? Rien n'est moins sûr. Les rodomontades ministérielles
qui ponctuent l'actualité insulaire ne présagent rien
de bon.
Elles justifient les mises en garde prodiguées par les
nationalistes contre la mise en coupe réglée de l'île par
une mafia claniste formée de notables intronisés par le
pouvoir central et foulant les tapis rouges des palais officiels.
On invoque la démocratie pour affirmer que chacun
peut exposer ou faire valoir ses opinions autrement que
par la violence politique. En théorie certes ! Mais dans la
réalité ! Faut-il rappeler qu'en Corse la démocratie n'a
jamais eu droit de cité ? Que les Corses n'ont jamais été
appelés à ratifier l'annexion de leur pays par la France ?
Ce furent les fusils des armées royales puis républicaines
qui de Ponte Novu à Aleria votèrent à leur place.
D'ores et déjà, sans attendre, l'Etat peut administrer la
preuve de sa bonne volonté en prenant en compte la
demande de rapprochement des détenus politiques. De
tous les détenus politiques. Pareille décision n'aurait rien
d'un geste de clémence. Elle ne serait que l'application
des conventions européennes qui stipulent que les détenus
doivent être placés dans les établissements les plus
proches du lieu de résidence de leurs familles. Les raisons
humanitaires de ces conventions sont évidentes. Ou,
en tout cas, devraient l'être pour un Etat se proclamant
patrie des droits de l'homme.
L'éloignement, la dispersion correspondent à une politique
délibérée visant à briser le moral et la santé des prisonniers.
Le maintien de cette politique n'aurait d'autre
effet que de renvoyer aux calendes grecques la solution
politique sans laquelle rien n'est durable, ni la paix ni le
développement.
L'Etat peut dire et surtout montrer qu'il n'entend pas
s'enliser plus longtemps dans le passé. Dans le vieux et le
déraisonnable. Dans la violence. Mais au contraire qu'il
est disposé à s'engager sans délai superflu sur la voie du
neuf. La voie de l'avenir, de la paix, des relations amicales
entre les peuples de France et le peuple de Corse.
Des relations d'autant plus fécondes qu'elles seront fondées
sur l'égalité de droits, le respect mutuel, les intérêts
réciproques.
Depuis plus de vingt ans, des centaines de militants ont
comparu devant des cours spéciales, témoignant à
chaque fois - par la diversité de leurs origines tant sociales
que culturelles - que leurs aspirations multiples n'ont
toujours eu et n'auront toujours qu'un seul objectif :
garantir au peuple corse son droit légitime à être luimême.
A la surdité et à l'iniquité des juges a toujours répondu
le patriotisme et la force d'âme de militants. L'intégrité et
la droiture sont de leur côté. Ces hommes courageux ont
toujours assumé leurs idéaux et leurs actions, faisant
preuve d'une grande morale politique et de convictions
inébranlables. Leur dignité et leur désintéressement sont
des valeurs qui rendent hommage aux milliers de Corses
qui depuis des siècles se battent pour leur liberté.
Incù elli, accant'à elli, dimu di nò à l'inghjustizia culuniale !
Eviva u populu corsu !
Libertà per i patriotti !
Comité Anti Répression