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Articulu di u numaru 41, Ferraghju 2009


Le congrès de l’espoir



Les cassandre en seront pour leurs frais. Ces prophètes de mauvaise augure qui au prétexte d'un sondage ou d'une élection municipale, annoncent avec une délectation à peine feinte, la fin du mouvement national, devront patienter encore un peu avant de savourer leur plaisir. Ils risquent même de devoir attendre encore longtemps.



Car il ne suffit pas de se faire l'interprète des rêves du Ministère français de l'Intérieur pour que ces derniers se réalisent. Même si le rôle peut paraître gratifiant. Ce serait d'ailleurs faire peu de cas du poids de l'histoire que de croire pouvoir l'évacuer par simple volonté politique. Certes, l'époque est à l'acculturation et à l'amnésie, mais les sociétés ne peuvent s'installer durablement dans l'accessoire sans risquer de connaître des réveils douloureux. Ce que les élites aujourd'hui appellent communément «la crise» n'est que la conséquence de cette volonté illusoire, d'ignorer, voire de défaire, ce que les hommes ont mis des millénaires à construire. Et ce ne sont pas les économistes si pointus soient-ils qui peuvent pour l'heure dissiper les doutes, les craintes, le désarroi qui gagne le plus grand nombre.

Ce ne sont pas davantage les gouvernants et les politiciens en vue qui peuvent répondre positivement à un marasme économique dont ils sont au premier chef les responsables.

Du reste, le problème est ailleurs. Il est du domaine de l'éthique. Tout comme peut l'être tout questionnement sur le devenir de la nation corse. Il ne faut pas s'y tromper. Les centaines de patriotes réunis ce premier jour de février à Corti ne sont pas venus y chercher le vade-mecum de la question nationale corse. Pour la plupart, ils savent mieux que quiconque conjuguer les verbes, refuser, résister, lutter. Non. Ils sont venus affirmer et entendre réaffirmer la primauté de l'éthique, ce champ de la spiritualité en dehors duquel le sens de notre histoire cesse d'être palpable.


Une Nécessaire Clarification

Car il faut bien admettre que lorsque les considérations d'ordre tactique et stratégique ne sont plus comprises que par les seuls initiés, il devient urgent de revisiter les fondements de la lutte. C'est ce que se sont attachés à faire, dans la construction d'un pôle indépendantiste les responsables d'organisations politiques qui ont compris que l'atomisation du mouvement national ne pouvait que nuire à son efficacité. C'est sans flagornerie aucune qu'il convient de saluer ici, comme il se doit, tous ceux qui ont permis la création de Corsica Libera et son officialisation lors d'un congrès déjà perçu comme le congrès de l'espoir et de la fierté retrouvée. Parce que enfin, il devenait insupportable d'assister sans réagir à ces tentatives quotidiennes, incessantes, de marginalisation du mouvement national, menées a la fois par les propagandistes du pouvoir français et les dirigeants régionalistes, dans ce qu’il faut bien appeler : une collusion objective. L'Etat français sait pertinemment que le clanisme est incapable de lui assurer une stabilité politique en corse. Depuis plus de trente ans, il est à la recherche d'une force politique susceptible de lui permettre de pérenniser ses prérogatives coloniales dans une situation apaisée. D'autre part, les partenaires européens de la France qui comprennent mal cette persistance à s'arc-bouter sur un jacobinisme névrotique, serait prompt à l'encourager à ouvrir enfin les voies de la régionalisation. Pour avoir pris parfaitement la mesure de cette nouvelle donne politique, tous ceux qui se situent aux contours du mouvement national, régionalistes, autonomistes, gens de progrès, gens d'ouverture, démocrates à tout crin... se positionnent désormais comme les interlocuteurs privilégiés du pouvoir français, comme seuls capables de proposer à ce pays une solution politique alternative.

Mais dans cette démarche illusoire, nombre de militants de cette mouvance doivent certainement se demander si la perspective de co-gestion d'une assemblée territoriale sans réel pouvoir décisionnel mérite de sacrifier les intérêts de la nation corse et en définitive son devenir. Car l'enjeu est bien celui-la et la divergence profonde, fondamentale avec Corsica Libera est bien de savoir s’il faut en finir avec le colonialisme ou le réformer. Quant au reste… le déficit de démocratie, le soutien à la lutte armée… qui rendraient les militants de Corsica Libera, peu fréquentables, il faut le dire ici très prosaïquement, c'est du pipeau, du blabla, des questions pour journalistes en panne d'analyse et pour politiciens de mauvaise foi. Si l'on ne peut préjuger aujourd'hui les rapports que Corsica Libera saura établir avec l'ensemble des Corses qui entendent continuer à vivre un destin commun, il est clair que la mise en oeuvre de cet outil politique au service de l'émancipation de tous répond dès à présent aux inquiétudes, aux doutes, aux craintes d'une société corse pour qui l'histoire commençait à manquer de lisibilité. Et ceci est déjà une première victoire.

Dumenicu Tognotti

 

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