Durant tout l'été, les médias,
bientôt relayés par des mouvements
politiques puis par
des prisonniers politiques, ont mis en
avant le débat sur " le dépôt des
armes ". Ce débat récurrent émerge à
chaque situation de blocage avec
notre ennemi : l'Etat français. Si le
terme " ennemi " est employé c'est
qu'il est hélas, le seul approprié.
Comment nommer autrement un état
qui n'a jamais trouvé que la solution
militaire et répressive pour régler ce
que d'aucuns nomment pudiquement
" le problème corse " mais qui est un
véritable conflit qui dure depuis plus
de 200 ans. Comment trouver un
autre terme lorsque l'on a goûté aux
interpellations musclées, aux prisons
françaises et à la justice d'exception.
Ainsi donc, l'heure serait à l'arrêt de
l'action clandestine (Fussila puri !!!).
Je ne connais pas de militant nationaliste
qui ne soit d'accord sur la nécessité
de la paix. D'ailleurs les discussions
ayant précédé les débats de
l'Unioni Naziunali ont montré la
convergence de vue sur la nécessité
de l'apaisement pour construire une
Corse démocratique et prospère dans
l'ensemble européen. L'Unioni devant
devenir l'alternative commune au
colonialisme, le FLNC décidait donc
d'amener sa pierre à l'édifice et déclarait
une trêve.
Cette trêve est historique car elle ne
se situe pas dans un contexte de
discussion avec l'Etat français.
Non, c'est un gage à destination
des composantes de l'Unioni et du
peuple corse. Ainsi la France se
trouvait en position de hors-jeu
politique. La pression répressive
qui a suivi cette annonce montre à
quel point le gouvernement français
n'a pas apprécié l'initiative.
Mais cette trêve ne pouvait durer
sans que les mouvements publics
ne prennent le relais dans les différents
combats primordiaux pour
la survie du peuple corse : spéculation,
colonisation de peuplement,
culture… d'ailleurs des
engagements clairs ont été pris, à
l'époque, par les mouvements
autonomistes de l'Unioni. On allait
voir ce que l'on allait voir…
En la matière, les seuls qui ont
montré la voie sont nos amis agriculteurs.
Ils ont d'ailleurs payé le
prix fort : interpellations, emprisonnement,
matraquages… rien
ne leur a été épargné. Ailleurs ce
fut plus silencieux. Soyons clairs,
il n'y a pas eu de mobilisation.
Pourtant il n'y a pas si longtemps,
dans les années 90, c'est tous
ensembles que nous occupions
Sperone, Cavaddu et autres bronze-
culs pour jet-set internationale.
C'est nombreux et unis que dans les
régions nous montions des opérations
publiques pour stigmatiser la colonisation
de peuplement. Les exemples
sont nombreux. Quant à l'Assemblée,
elle retentit encore d'interventions
politiques et de clashs retentissants
lorsque l'exécutif franchissait les bornes.
Ce n'est pas le travail des élus qui
est en cause. Ils sont exemplaires
dans leur tâche, présents, travaillant
dossier par dossier. Non, ce qui est en
cause c'est l'absence de décision politique
de l'Unioni en ce qui concerne
la mise en place de véritable stratégie
de combat pourtant décidée lors de sa
création.
Le noeud du problème est là et les
débats lors des Ghjurnate ont bien
montré l'attente grandissante, non
seulement des militants mais aussi et
surtout de nos électeurs.
L'Unioni est une nécessité impérieuse
et stratégique, il ne faut surtout pas
la remettre en cause ou la fragiliser. Il
faut donc qu'elle dépasse le cercle
militant pour devenir une réalité de
terrain. Pour ce faire, et afin qu'un pas
de plus vers une paix victorieuse soit
accompli, il faut occuper d'une
manière énergique tous les terrains de
lutte. Le monde agricole nous a montré
le chemin. Il faut le suivre, courageusement
et en sachant qu'en face
de nous, nous trouverons notre seul
ennemi : l'Etat français. Quant au
dépôt des armes, assurément il viendra
en son temps, lorsque l'instauration
de la démocratie ouvrira des perspectives
nouvelles. Pour l'heure,
même si l'ensemble des mouvements
clandestins le décrétait de manière
unilatérale et inconditionnelle, il est
certain que des fils de cette terre
reprendraient immédiatement le flambeau
de la lutte armée.
Nous devons donc construire
l'Unioni, une union de combat, une
union de terrain où chacun doit occuper
toute sa place.
Dumenicu Andreani