Dans un récent communiqué paru
dans Corse Matin du jeudi 20 octobre
la Confédération Générale du Travail
donne le ton : " le rapport de force
nécessaire pour mettre en cause les
politiques libérales de démantèlement
de services publics, demande des solidarités
qui dépassent le repli sur soi et
les pseudo solutions régionales à des
problèmes de dimension nationale ou
européenne ". Ce communiqué constitue
une réponse au Syndicat des
Travailleurs Corses qui, il y a peu,
accusait la direction de cette même
C.G.T. de trahison dans le cadre du
conflit social apparu sur l'avenir de la
S.N.C.M. Envolée l'unité syndicale, le
temps d'une mobilisation dont la
Corse aura pratiquement été le fer de
lance ! Mais pouvait-il en être autrement ?
Cette unité salariale ne pouvait
échapper aux logiques bien divergentes
des conceptions énoncées quant
au devenir de cette compagnie maritime.
La position du S.T.C. s'appuyant
sur l'approche d'une compagnie "
régionale " ne pouvait que heurter à
terme, la vision du syndicat post -
communiste français qui n'avait que
faire de cette réflexion qui pose à
terme la question de la maîtrise des
transports par la collectivité territoriale
et pour cause : la C.G.T. réfute
-son dernier communiqué est on ne
peut plus clair - cette " pseudo solution
régionale " car elle dessine les
contours d'un combat qu'elle refuse.
Dans le rapport dominant / dominé,
Etat français / peuple corse, les intérêts
des travailleurs corses ne sont pas
forcément ceux des travailleurs français.
En 1981, dans le mensuel - et déjà
critique - " autoditirminazioni " édité
par le comité nationaliste de Porti
Vechju de l'époque, un article parfois
véhément posait pourtant avec une
certaine justesse le problème et ce, en
réponse à la question suivante : " Etat
français, capitalisme français, peuple
français, ouvrier français, qui est
responsable de la colonisation en
Corse ? ". L'article précisait que " le
peuple français dont les ouvriers sont
partie prenante, érigé en état capitaliste
colonise la Corse. (…) Si la Corse
ne produit plus rien, c'est parce que
les usines sont en France et que les
ouvriers français s'en accommodent
fort bien. Ce ne sont pas eux qui
demanderont le transfert des cimenteries
en Corse, bien au contraire, ils
préféreront les garder chez eux ". Un
peu comme la S.N.C.M en quelque
sorte…
La C.G.T. - du moins sa direction
actuelle - ne pouvait trop longtemps
coller à ce mouvement populaire et
social qui en Corse, revendiquait bien
évidemment une toute autre approche
de la compagnie maritime
publique.
Et si les actuelles conditions sociales
supposent que de nouveau les syndicats
s'affichent ensemble pour rappeler
avec justesse le droit à un salaire
décent, à un travail décent, à un logement
et s'opposent à la précarité et à
la privatisation outrancière de la
société dans laquelle nous évoluons,
les projections d'avenir ne résisteront
pas longtemps entre celles et ceux qui
ne pensent la Corse que comme un
simple département français et celles
et ceux qui rappellent que libération
nationale est indissociable d'émancipation
sociale…
Et la C.G.T. n'est donc pas seule
pour défendre le refus de sa "
pseudo-régionalisation ". Elle a bénéficié
du soutien convergent du président
du conseil exécutif de Corse, du
président de l'assemblée de Corse, du
président de la Chambre de
Commerce et d'Industrie de la Corse
du Sud, du président de la Chambre
de Commerce et d'Industrie de la
haute-Corse, du président de la
Chambre des métiers de la Haute-
Corse, du président de la Chambre
des métiers de la Corse du Sud, du
président de la Chambre d'Agriculture
de la Corse du sud, du vice-président
de la Chambre d'Agriculture de la
Haute-Corse, du conseiller Exécutif
Président de l'office des transports de
la Corse, du conseiller Exécutif
Président de l'Agence de
Développement Economique de la
Corse et du conseiller Exécutif
Président de l'agence du Tourisme de
la Corse qui à l'unisson dans une
déclaration commune ont clairement
stipulé que " ne peuvent être envisagées
ni l'entrée de la Collectivité
Territoriale de Corse au capital de la
compagnie, ni la création d'une nouvelle
compagnie financée sur fonds
publics ". La boucle est bouclée et
après l'exemple du syndicalisme français
de complaisance, voilà que l'on
assiste à une redite de ces marionnettes
du pouvoir français en place, incapables
de lancer des pistes de prospections
fussent-elles régionales,
mais obéissant au doigt et à l'oeil aux
injonctions de cette " Chiraquie " tant
décriée… Si pour beaucoup de cosignataires
une telle attitude n'est pas
nouvelle - et pour cause - celle du
président de la C.C.I. de Corse du Sud
laisse quelque peu perplexe : Passant
outre la diversité de son équipe également
composée de nationalistes, il
décide unilatéralement d'apposer son
nom sur une déclaration sans projection…
Encore quelqu'un qui sait profiter
le temps d'une élection de l'apport
pluriel des voix pour mieux marcher
dessus après… Il aurait sans
douté été préférable qu'il donne sa
démission !
Il n'en reste pas moins qu'au-delà de
ces contradictions inhérentes à la
nature du conflit, la mise en place des
cellules de crise avec une forte participation
de l'ensemble des forces
patriotiques laisse augurer, par rapport
aux prochains enjeux sociaux et
politiques en Corse, une meilleure
prise en considération des nombreux
problèmes du tissu social avec une
plus juste articulation entre revendications
identitaires et revendications
sociales.
Une articulation plus que jamais
nécessaire pour irriguer des pistes
exploratoires quant à la société souveraine
que nous préconisons et qui
placera au coeur du débat, et malgré
la réalité mondialisée d'une économie
de marché, l'homme corse et son
devenir.
Ulivieru Sauli