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Articulu di u numaru 38, Nuvembre di u 2008


Corse, le syndrome de Pénélope
de Sampiero Sanguinetti



En 94 pages, à la fois tatillonnes et synthétiques, symboliques des 94 ans où la Corse fut considérée au plan douanier comme un pays étranger, Sampiero Sanguinetti se propulse à son tour dans le malaise insulaire. Revenant sur la problématique récurrente du pourquoi la Corse est-elle la seule île de la Méditerranée Occidentale plombée par sa démographie et son économie, cet observateur habituel du quotidien décide de plonger dans le passé. Et sa pêche sans être miraculeuse n'en est pas moins difficile : après quelques auteurs isolés comme Jean-François Mignucci, Louis Orsini, Albert Laot ou Noël de Saint Pulgent, Sampiero Sanguinetti remonte à la surface le produit de ses efforts : la loi douanière du 21 avril 1811, effet majeur de la faillite de notre île. Avant même que la Corse ne sombre dans le malheur de la 1ere guerre mondiale, où elle perdit 12000 hommes, sans compter les milliers de blessés, les jeux étaient quasiment faits avec la loi douanière de 1811 dont le mécanisme était fort simple : elle détaxait les produits en provenance de France à leur entrée en Corse, elle surtaxait les produits fabriqués en Corse pour leur entrée en Corse. Ce système plus rigoureux parfois que celui appliqué à des pays étrangers, des exemples sont donnés dans l'ouvrage, ne pouvait qu'aboutir au marasme et à l'exode. Il dura près d'un siècle. Il faut donc tout particulièrement recommander la lecture du premier chapitre du livre intitulé « quatre vingt quatorze ans d'extraterritorialité ou les racines d'une faillite » où tout ce qui est essentiel sur cette question est dit et bien dit. Une réserve tout de même dans ce concert de louanges : la confusion classique faite par l'auteur entre un problème de droit civil et un problème de droit fiscal à propos de l'indivision endémique en Corse qui serait un des effets pervers des Arrêtés Miot.

Après bien d'autres, Sampiero Sanguinetti considère « que la non déclaration des immeubles lors des mutations par décès a conduit à négliger le partage et à favoriser le développement de l'indivision… » Or en droit civil français, nul n'est tenu de demeurer dans l'indivision, Arrêtés Miot ou pas. L'indivision corse tenant plus de la culture communautaire que de la législation. D'ailleurs, dans les zones du littoral insulaire à forte poussée spéculative, l'indivision n'existe quasiment pas ! Au-delà de cette précision anecdotique, l'ouvrage de Sanguinetti se lit d'une traite et n'oublie aucun des symptômes qui ont gangrené la Corse : la fausse continuité territoriale, les invraisemblables schémas d'aménagement ou plan de développement, le clientélisme et l'assistanat. Toutefois, Sampiero Sanguinetti cultive le paradoxe : la Corse est victime d'un syndrome, celui de Pénélope qui l'empêche de devenir majeure. Autrement dit, si le constat des effets est possible, la cause profonde de l'affection demeure énigmatique. Pour notre auteur, un fil d'Ariane dans ce difficile dédale : « le syndrome de Pénélope est le syndrome d'une société sur la défensive. La société corse après avoir subi son sort, après avoir frôlé la catastrophe, a appris à biaiser, à dire non, mais sans rompre. En situation de faiblesse, elle e entrepris de défendre ses sites, de s'opposer au bétonnage des côtes, de faire échec aux promoteurs avides, de réhabiliter l'esprit de son patrimoine musical, vocal et linguistique…elle a entrepris de résister mais elle n'a pas choisi ou devait la conduire cette résistance. Elle sait qu'il n'existe pas de solution idéale. Les uns, certes, prônent la rupture mais ils ne sont pas majoritaires.

La majorité rêve encore d'un compromis raisonnable. Elle agit comme si elle attendait effectivement le retour d'un mythique Ulysse. Ulysse existe.

Le retour d'Ulysse c'est le retour à la confiance. Cette confiance c'est à nous de la ramener ». En ces temps de récession économique et de terrorisme du capital financier, le pari sur la confiance peut faire penser à ce subtil proverbe chinois « si tu donnes un poisson à un homme il se nourrira une fois, si tu lui apprends à pêcher il se nourrira toute sa vie ». Une question toutefois : et si la méfiance n'était pas l'art suprême de subsister aux multiples érosions de l'histoire comme les tumultes dans le peuple chez Machiavel ? Eternel débat entre le pessimisme et l'intelligence et l'optimisme de la volonté. Il n'est pas encore tranché.

Corse, le syndrome de Pénélope, Sampiero Sanguinetti, Albiana, 2007.

Vincent Stagnara

 

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