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Articulu di u numaru 28/29, Aostu/Sittembre di u 2007


"La Corse et l'idée républicaine" par Daniel Arnaud



Cet ouvrage ne sera jamais le livre de chevet d'Emile Zuccarelli ou de Jean-Pierre Chevènement.

Préférant Socrate à Jacques Julliard, le Professeur Daniel Arnaud invite les lecteurs à " suspendre leur jugement " jusqu'à une suffisante connaissance de l'idée républicaine, du mythe national et de l'histoire de la Corse avant que de prendre position.

Faute de quoi on se condamne à énoncer des âneries à perpétuité !

L'ouvrage est clair, pédagogique, destiné à un public non éclairé sur ces questionnements.

Il va à l'essentiel sans pour autant se contenter de considérations générales.

Divisée en trois grandes parties : République et Nation - le cas de la Corse- perspectives- l'entreprise de Daniel Arnaud tord le cou à l'idée d'une France une et indivisible remontant à la nuit des temps.

Dès lors comment s'étonner que peu de médias hexagonaux se soient intéressés à ce livre qui fait tomber le ciel sur la tête à ces Gaulois qui n'étaient pas nos ancêtres !

Développant simplement ce qu'est une République et une Nation, l'auteur souligne que la France est plurielle, résultat de conquêtes militaires et d'unions plus ou moins imposées avant de s'efforcer de devenir la terre d'élection de citoyens égaux en droit. Ceux-ci ne seront des hommes indépendants que si on leur assure le concours de l'éducation, chère à Condorcet.

Privilégiant l'approche fédéraliste au dogme centraliste Daniel Arnaud dénonce l'ethnicisme de ceux qui prétendent le combattre :

" Il y a là une ambiguïté, pour ne pas dire une contradiction, dans cette tradition républicaine française qui met en avant la Nation dans un sens strictement politique, tout en renvoyant implicitement à la nation ethnique. Une telle ambiguïté est persistante dans le discours des plus fervents défenseurs de la République " une et indivisible " ;

Alors qu'ils stigmatisent les particularismes régionaux au nom de la Nation politique, ils refusent en revanche le transfert de la souveraineté nationale vers les institutions européennes…. Si pour eux la Nation devait être exclusive de toute connotation ethnique, en quoi la construction d'une Nation européenne reposant sur le principe du contrat pourrait-elle les déranger…

Pratiquant un travail de déconstruction à la façon du philosophe DERRIDA l'auteur place le discours sur la Corse hors du carcan colonial et n'ignore rien de l'expérience démocratique de Pascal Paoli ni de l'étouffement de l'économie corse dues aux diverses lois douanières à partir de 1811.

Dès lors les masques tombent : " S'intéresser à l'histoire récente de la Corse, tout comme faire des bilans de politiques qui y ont été menées depuis plus de deux cents ans, conduit à mettre à mal un certain nombre d'idées reçues sur la situation actuelle de l'île. Une telle mise en perspective permet en effet de rompre avec le lieu commun de la " violence endémique " et de lui substituer la nécessité d'identifier les causes et les déterminants d'actions jugées légitimes par leurs auteurs… On ne construit pas un Etat de droit et une société de paix en négligeant d'offrir à une région l'égalité des chances en matière d'éducation, en la maintenant dans un état de dépendance économique, ou en se satisfaisant de pratiques électorales amenant des individus à vendre leur vote en échange d'un emploi ou d'une promotion sociale.

Bref, un livre dérangeant pour tous les Créons qui peuplent la planète France.

Dans la troisième partie, de la question du bilinguisme à celle de l'indépendance, Daniel Arnaud ne prétend pas trancher un quelconque noeud gordien : " Si les échanges internationaux se révèlent indispensables aucun territoire n'est condamné à dépendre politiquement d'un grand Etat. Indépendante la Corse pourrait tout à fait jouer un rôle intéressant au coeur de la Méditerranée occidentale. Cependant, au nom du " droit des peuples à disposer d'eux-mêmes " ne perdons pas de vue que seule la volonté des corses eux-mêmes à se séparer de la France pourrait légitimer une telle évolution et que l'adhésion à la République dans sa version française fait elle aussi partie de la culture politique insulaire…

A cette analyse objectivement imparable les nationaux corses pourraient cependant répondre que le problème de fond qui se posera avant toute éventuelle autodétermination se circonscrit à la question de savoir qui décide et qui vote.

Dans le dernier chapitre " repenser la démocratie " Daniel Arnaud lui-même ne reconnaît-il pas qu'il n'existe pas d'institution, Etat ou parti où la conception des projets et le processus de décision, quelle que soit l'étendue des consultations ou de la participation de l'ensemble des agents concernés, ne repose sur la distinction entre insiders et outsiders, initiés et exclus.

Il en appelle au transfert des compétences à l'échelon local de manière à assurer une sorte de démocratie directe ce qui n'empêcherait pas d'être aussi citoyen d'un ensemble plus vaste où doivent être réglées les affaires qui nécessitent la gestion à grande échelle. " La Corse et l'idée républicaine " est un livre qui mérite plus qu'un détour.

Il est une réflexion saine, quoique évidemment discutable, sur un sujet sérieux.

Vincent Stagnara

(1) La Corse et l'idée républicaine
par Daniel Arnaud. Editions l'Harmattan août 2006.

 

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