« De nombreux pays ont tendance à considérer séparément les facteurs économiques, sociaux et
environnementaux, que ce soit au niveau de l'élaboration des politiques, de la planification ou la
gestion. Cela influence l'action de tous les éléments de la société […] et a des effets importants
sur l'efficacité et la durabilité du développement. Un ajustement, voire une restructuration fondamentale,
de l'approche en fonction des conditions propres à chaque pays est peut-être nécessaire
si l'on veut que les considérations relatives à l'environnement et au développement soient
au centre des décisions économiques et politiques, et soient ainsi pleinement intégrées. »
Agenda 21, chapitre 8 : « Intégration du processus de prise de décisions sur l'environnement et le développement »
La loi du 22 janvier 2002
impose à l'exécutif de la
Collectivité Territoriale de
Corse un exercice majeur dans le
cadre de la mise en oeuvre des
politiques publiques et de la gestion
d'un territoire : la rédaction
d'un plan d'aménagement. La
Corse en a un impérieux besoin. En
1992 déjà, la majorité territoriale
alors en place s'était montrée incapable
de réaliser le schéma d'aménagement
de l'époque laissant le
soin au Préfet, et donc à l'Etat français
d'opérer des choix stratégiques
engageant l'avenir de notre pays.
La conception de ce PADDUC
aurait du être un exercice permettant
de démontrer la pertinence
d'une gouvernance forte à l'échelle
de la Corse en y associant l'ensemble
de notre peuple. L'exécutif
d'Ange Santini y aura préféré une
tentative de passage en force…
Le second exercice de style imposé
à l'exécutif fut d'intégrer dans ce
plan d'aménagement la notion de
développement durable. Force est
de constater que le document
rendu public par la majorité UMP à
l'Assemblée de Corse relève davantage
du « non-développement
durable » selon le mot du
Professeur Orsoni, que des principales
orientations issues notamment
des sommets de Rio et
Johannesburg qui théoriseront cette
notion à l'échelle de la planète.
L'économie résidentielle, l'absence
de protection et de valorisation
ambitieuse des espaces et sites
remarquables (en terme environnemental,
historique et culturel),
un objectif de croissance annuelle
à la hauteur de 5 % semblent des
éléments tout à fait inconciliable
avec l'idée de substainable development
théorisée en 1987 par le
rapport Bruntland comme consistant
à « [répondre] aux besoins du
présent sans compromettre la capacité
des générations futures de
répondre aux leurs ».
Avec Corsica 21, les élus indépendantistes
à l'Assemblée de Corse et
Corsica Libara entendent démontrer
si besoin était qu'ils sont capables
non seulement de s'opposer
avec détermination sur le terrain, à
la disparition programmée de notre
peuple sur cette terre, mais également
d’énoncer des propositions
concrètes pour construire la Corse
émancipée de demain.
Corsica 21 entend proposer au
débat public une véritable vision
du développement durable en faisant
référence à l'agenda 21 issu
du Sommet de Rio de 1992.
Véritable texte de référence en la
matière, il n'est pas même cité une
seule fois dans l'actuel PADDUC…
Corsica 21 entend rompre avec
certaines logiques néfastes, toujours
défendues par la classe politique
dite « traditionnelle », pour
que la Corse entre résolument dans
le XXIème siècle sur des fondements
qui soient respectueux de sa
terre, de sa langue, des hommes
qui la peuplent et y travaillent.
Ainsi, la philosophie de ce texte est
limpide, elle ne s'inscrit aucunement
dans une quelconque et
vaine volonté d'alternance politique
à la tête de la Collectivité
Territoriale, mais bien dans une
logique affirmée d'alternative
réelle au système actuel, le contre
projet indépendantiste ne constitue
en rien un document figé appelé à
être opposé de manière psychorigide
à quiconque en aurait une
approche contradictoire, comme
l'ont fait depuis de longues semaines les actuels tenants du pouvoir
territorial. S'il ne contient aucune
cartographie c'est parce que les
indépendantistes corses estiment
que l'aménagement du territoire est
l'affaire de tous et que ce débat ne
doit pas être réservé à quelques initiés
: technocrates de quelque
bureau d'étude ou élus territoriaux.
S'il trace de grandes orientations,
c'est bien pour associer l'ensemble
des forces vives de la Nation en
mettant en synergie leurs compétences
tout en proposant un cadre
général et des outils nécessaires à
une avancée significative pour
notre pays.
Il s'agit nécessairement de mettre
en oeuvre des moyens juridiques :
une citoyenneté corse basée sur 10
ans de résidence permettant aux
citoyens corses l'accès à la terre, à
l'emploi et l'inscription sur les listes
électorales ; mais aussi une
indispensable évolution statutaire
dans le cadre d'une dévolution de
compétences et en particulier du
pouvoir législatif.
Cependant, la mise en oeuvre des
politiques publiques implique des
moyens financiers. Les indépendantistes
proposent nombre de
mesures très simples. Il s'agit en
toute logique d'utiliser l'argent des
Corses au profit du développement
de leur île. Cela passe tout d'abord
par une mobilisation de l'épargne
corse aujourd'hui honteusement
détournée par les banques sur le
marché monétaire : celle-ci s'élève
à la hauteur de 10 milliards d'euros,
cinq fois le PEI ! Mais également
d'affecter la somme des
impôts payés par les Corses au
budget de la collectivité, en un mot
développer notre pays par des
moyens qui nous sont propres.
Chez nos proches voisins sardes,
70% de l'impôt sur le revenu des
ménages revient à la Région
Autonome. En Corse, il part directement
dans les caisses de l'Etat
Français…
En outre, si cet avant-projet ambitieux
et grandement novateur
dans le paysage politique corse
fixe de grands axes avec pour fondement
l'identité et la mise en
valeur de notre environnement, il
ne manque pas d'apporter des
réponses très sectorielles aux
attentes de notre société : entreprises,
artisanat, agriculture, tourisme,
transports, gestion de l'eau
ou des déchets, santé, formation
et éducation…
A la lecture du détail de ces propositions
pour la société corse de
demain, il apparaît évident que
Corsica 21, à l'initiative politique
des indépendantistes, est en parfaite
adéquation avec les enjeux de
ce nouveau millénaire et la notion
centrale de développement durable
qui, bien que postérieure à la
naissance du mouvement national
dans sa configuration moderne,
semble consubstantielle aux combats
qu'il mène.
Pierre-Antoine Tomasi