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Articulu di u numaru 39, Dicembre di u 2008


Corsica Vint'unu : un document référent pour un véritable développement



« De nombreux pays ont tendance à considérer séparément les facteurs économiques, sociaux et environnementaux, que ce soit au niveau de l'élaboration des politiques, de la planification ou la gestion. Cela influence l'action de tous les éléments de la société […] et a des effets importants sur l'efficacité et la durabilité du développement. Un ajustement, voire une restructuration fondamentale, de l'approche en fonction des conditions propres à chaque pays est peut-être nécessaire si l'on veut que les considérations relatives à l'environnement et au développement soient au centre des décisions économiques et politiques, et soient ainsi pleinement intégrées. »
Agenda 21, chapitre 8 : « Intégration du processus de prise de décisions sur l'environnement et le développement »


La loi du 22 janvier 2002 impose à l'exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse un exercice majeur dans le cadre de la mise en oeuvre des politiques publiques et de la gestion d'un territoire : la rédaction d'un plan d'aménagement. La Corse en a un impérieux besoin. En 1992 déjà, la majorité territoriale alors en place s'était montrée incapable de réaliser le schéma d'aménagement de l'époque laissant le soin au Préfet, et donc à l'Etat français d'opérer des choix stratégiques engageant l'avenir de notre pays.

La conception de ce PADDUC aurait du être un exercice permettant de démontrer la pertinence d'une gouvernance forte à l'échelle de la Corse en y associant l'ensemble de notre peuple. L'exécutif d'Ange Santini y aura préféré une tentative de passage en force… Le second exercice de style imposé à l'exécutif fut d'intégrer dans ce plan d'aménagement la notion de développement durable. Force est de constater que le document rendu public par la majorité UMP à l'Assemblée de Corse relève davantage du « non-développement durable » selon le mot du Professeur Orsoni, que des principales orientations issues notamment des sommets de Rio et Johannesburg qui théoriseront cette notion à l'échelle de la planète.

L'économie résidentielle, l'absence de protection et de valorisation ambitieuse des espaces et sites remarquables (en terme environnemental, historique et culturel), un objectif de croissance annuelle à la hauteur de 5 % semblent des éléments tout à fait inconciliable avec l'idée de substainable development théorisée en 1987 par le rapport Bruntland comme consistant à « [répondre] aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

Avec Corsica 21, les élus indépendantistes à l'Assemblée de Corse et Corsica Libara entendent démontrer si besoin était qu'ils sont capables non seulement de s'opposer avec détermination sur le terrain, à la disparition programmée de notre peuple sur cette terre, mais également d’énoncer des propositions concrètes pour construire la Corse émancipée de demain.

Corsica 21 entend proposer au débat public une véritable vision du développement durable en faisant référence à l'agenda 21 issu du Sommet de Rio de 1992.

Véritable texte de référence en la matière, il n'est pas même cité une seule fois dans l'actuel PADDUC… Corsica 21 entend rompre avec certaines logiques néfastes, toujours défendues par la classe politique dite « traditionnelle », pour que la Corse entre résolument dans le XXIème siècle sur des fondements qui soient respectueux de sa terre, de sa langue, des hommes qui la peuplent et y travaillent.

Ainsi, la philosophie de ce texte est limpide, elle ne s'inscrit aucunement dans une quelconque et vaine volonté d'alternance politique à la tête de la Collectivité Territoriale, mais bien dans une logique affirmée d'alternative réelle au système actuel, le contre projet indépendantiste ne constitue en rien un document figé appelé à être opposé de manière psychorigide à quiconque en aurait une approche contradictoire, comme l'ont fait depuis de longues semaines les actuels tenants du pouvoir territorial. S'il ne contient aucune cartographie c'est parce que les indépendantistes corses estiment que l'aménagement du territoire est l'affaire de tous et que ce débat ne doit pas être réservé à quelques initiés : technocrates de quelque bureau d'étude ou élus territoriaux.

S'il trace de grandes orientations, c'est bien pour associer l'ensemble des forces vives de la Nation en mettant en synergie leurs compétences tout en proposant un cadre général et des outils nécessaires à une avancée significative pour notre pays.

Il s'agit nécessairement de mettre en oeuvre des moyens juridiques : une citoyenneté corse basée sur 10 ans de résidence permettant aux citoyens corses l'accès à la terre, à l'emploi et l'inscription sur les listes électorales ; mais aussi une indispensable évolution statutaire dans le cadre d'une dévolution de compétences et en particulier du pouvoir législatif.

Cependant, la mise en oeuvre des politiques publiques implique des moyens financiers. Les indépendantistes proposent nombre de mesures très simples. Il s'agit en toute logique d'utiliser l'argent des Corses au profit du développement de leur île. Cela passe tout d'abord par une mobilisation de l'épargne corse aujourd'hui honteusement détournée par les banques sur le marché monétaire : celle-ci s'élève à la hauteur de 10 milliards d'euros, cinq fois le PEI ! Mais également d'affecter la somme des impôts payés par les Corses au budget de la collectivité, en un mot développer notre pays par des moyens qui nous sont propres. Chez nos proches voisins sardes, 70% de l'impôt sur le revenu des ménages revient à la Région Autonome. En Corse, il part directement dans les caisses de l'Etat Français…

En outre, si cet avant-projet ambitieux et grandement novateur dans le paysage politique corse fixe de grands axes avec pour fondement l'identité et la mise en valeur de notre environnement, il ne manque pas d'apporter des réponses très sectorielles aux attentes de notre société : entreprises, artisanat, agriculture, tourisme, transports, gestion de l'eau ou des déchets, santé, formation et éducation…

A la lecture du détail de ces propositions pour la société corse de demain, il apparaît évident que Corsica 21, à l'initiative politique des indépendantistes, est en parfaite adéquation avec les enjeux de ce nouveau millénaire et la notion centrale de développement durable qui, bien que postérieure à la naissance du mouvement national dans sa configuration moderne, semble consubstantielle aux combats qu'il mène.

Pierre-Antoine Tomasi

 

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