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Articulu di u numaru 41, Ferraghju 2009


Congrès de la refondation

l'adhésion populaire au projet d'indépendance





Affaibli, divisé, obsolète, tel était le tableau du mouvement indépendantiste dressé par les observateurs prétendument avisés de la question nationale corse aux lendemains des élections municipales de mars 2008. Les 636 militants ayant participé au congrès constitutif de Corsica Libera auront apporté la meilleure des réponses à cette analyse de comptoir.

Par ce succès populaire, la concrétisation de la démarche de refondation du mouvement national aura su démontrer tant sa force militante que la pertinence de son propos.

Cette journée de congrès aura été marquée par la richesse des débats, et ponctuée par les nombreuses interventions des participants au sujet de l'ensemble des motions et amendements soumis à leur approbation. Dès 9h, les militants ont afflué massivement de chaque pieve de l'île. À la mi-journée, l'amphi Ettori était déjà comble. Les médias tant corses qu'internationaux ne pourront que relever le premier enseignement de ce congrès : le succès populaire. Ils parleront tous de « plusieurs centaines de militants ». Corse-Matin sous la plume de Mario Grazi valide le chiffre de 636 congressistes en ne manquant pas de préciser que « malheureusement, la moitié a suivi les débats depuis le hall ». Seul Arritti, dont aucun correspondant n'avait été dépêché sur place annonce mollement 300 à 400 militants.

Passons… L'attente des militants et sympathisants indépendantistes en cette démarche unitaire a fait naître un immense espoir. L'outil dont ils se sont dotés qui se veut un espace « unifié, rénové et pluraliste » aura la lourde tâche de mettre la Corse en route vers la souveraineté. Loin du cadre par trop rigide du Parti avec son Secrétaire Général omnipotent, Corsica Libera est un mouvement qui accepte la diversité des différentes sensibilités du courant indépendantiste et prévoit leur organisation dans le cadre de tendances qui auront la possibilité de s'exprimer le moment venu. Ce mouvement s'articule autour d'un exécutif collégial composé de 21 membres - auxquels s'ajoutent les trois élus territoriaux ainsi qu'un trésorier - et d'une Ghjunta, véritable Parlement de l'organisation dont les délégués se verront très prochainement élus dans le cadre des différentes sections par le suffrage direct des militants.

Corsica Libera a également acté lors de son congrès constitutif la mise en place en son sein d'une Commission Anti Répressive (C.A.R) qui aura en charge la politique antirépressive du mouvement. La mise en oeuvre d'une fédération de travailleurs indépendants qui regroupera les différents secteurs d'activités en autant de collèges constitue un autre chantier d'importance dans le cadre d'une approche globale des problématiques de notre pays.



Un projet en deux temps : e pruposte per oghje è per dumane


L'examen des différents textes aura permis d'affiner la philosophie de la démarche. En fin de matinée était discutée la motion intitulée « Peuple Corse et immigrations ». Cette dernière, pour laquelle Gérard Dykstra procéda à l'exposé des motifs aura contribué à définir la politique du mouvement en matière d'intégration à notre peuple des nouveaux arrivants. Problème ô combien d'actualité quelques temps seulement après la publication des chiffres ahurissants de l'INSEE qui comptabilise 34.000 nouveaux arrivants en Corse en l'espace de 10 ans ! Quel peuple de 260.000 âmes pourrait supporter un tel flux en un laps de temps aussi réduit sans se voir confronté à de graves problèmes socioculturels et économiques ?

Afin que le peuple corse ne devienne pas une simple communauté appelée à cohabiter avec tant d'autres sur sa terre, Corsica Libera réitère la revendication historique de reconnaissance juridique du peuple corse. Actant l'échec actuel du modèle d'intégration à la française (politique urbanistique désastreuse, formation de ghettos, exclusion sociale, juxtaposition de communautés allant parfois jusqu'à l'affrontement), Corsica Libera qui refuse de voir disparaître le peuple corse sous un flot démesuré de nouveaux arrivants revendique également la mise en place d'une citoyenneté corse basée sur 10 années de résidence ou encore une politique linguistique volontariste passant par l'officialisation du Corse et ouvrant la voie à une corsophonisation des emplois. Enfin le mouvement s'adresse directement à ceux qui rentrent dans les critères de la citoyenneté corse : « nous leur demandons de considérer qu'ici ce n'est pas la France. C'est la Corse et il y a un peuple qui lutte pour sa reconnaissance. Nous leur offrons en échange de cette prise en considération d'intégrer le peuple corse. »

Une politique intégrative fondée sur un modèle à reconstruire, miné ces dernières décennies par une négation de notre identité et une volonté affichée de voir disparaître notre peuple sous le poids de la démographie.

Le fameux rapport de l'Hudson Institute rédigé dans les années 70 garde aujourd'hui encore toute sa pertinence. Autre moment fort de ce congrès, la présentation de la motion développement qui s'est vue précédée de la lecture faite par Jean-Guy Talamoni d'un message de soutien adressé par le parti Abertzale Batasuna. C'est sous un tonnerre d'applaudissements qu'a été accueilli ce témoignage de solidarité de nos amis basques envers la démarche Corsica Libera. Les orientations exposées confirment une stratégie politique en deux temps.

Une phase transitoire matérialisée par un certain nombre d'avancées significatives : la citoyenneté corse, une évolution statutaire, mais aussi la réappropriation de moyens financiers, par une mobilisation de l'épargne corse en faveur du développement de notre pays, un code des investissements destiné à encadrer les flux de capitaux étrangers, ainsi qu'une fiscalité spécifique passant par une nécessaire territorialisation des impôts. Cette stratégie qui ouvre la voie à la phase d'indépendance nationale et la mise en place d'un modèle de développement respectueux de notre langue, de notre environnement, de notre patrimoine, de notre place dans notre espace géopolitique naturel méditerranéen et européen. Des orientations bien éloignées des préoccupations actuelles des rédacteurs du projet de PADDUC. Des orientations visant à construire une Nation moderne et souveraine à l'instar de nombreuses îles européennes.

Pierre-Antoine Tomasi

 

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