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Articulu di u numaru 20, dicembre di u 2006


Précarité et misère sociale : la Corse aussi



Loin des images d’Epinal, la réalité sociale de la Corse c’est aussi, depuis de nombreuses années, une montée en puissance du phénomène de précarité, de misère et d’exclusion. U Ribombu est allé à la rencontre de César Masotti, président du comité de lutte Corsica Per Vive. Figure emblématique, depuis de nombreuses années, du combat contre la précarité et la misère, il nous livre son sentiment sur une situation qui concerne de nombreuses personnes en Corse.

U Ribombu : César Masotti vous êtes le président de Corsica Per Vive, présenteznous votre structure.

César Masotti :
Corsica Per Vive est une association, loi 1901, qui a été créée en 2000. C’est un comité de lutte à l’écoute des chômeurs, mais aussi des Rmistes et de toutes les personnes qui se trouvent dans la précarité.

Nous essayons d’être à l’écoute des gens afin de faire valoir leurs droits et les aider, à notre niveau, à trouver des solutions à leurs problèmes. Un temps affiliés à la CGT, nous avons repris notre totale autonomie en 2004.

U Rib. : En Corse, quel est le seuil de la précarité et quel est le profil des personnes concernées ?

C. M. :
Aujourd’hui près de 25000 personnes vivent dans une situation difficile en Corse. La précarité concerne aussi bien des personnes au chômage, au RMI ou ayant un emploi. En effet, en raison des bas salaires, de nombreux employés, qui ont des revenus autour de 1000€, connaissent les affres des fins de mois, surtout s’ils ont une famille à nourrir. Aujourd’hui, il y a une classe de travailleurs pauvres y compris des fonctionnaires, de catégorie C notamment.

Cela entraîne d’énormes difficultés pour accéder aux besoins quotidiens, en matière de logement, de santé, règlement de factures… Par ailleurs, tout cela est accentué par la cherté de la vie, 10% supérieure au reste de la France. L’origine des gens est diverse.

On retrouve aussi bien des immigrés, des vieux, des jeunes, des femmes seules… et contrairement aux idées reçues, elle concerne, malheureusement, de plus en plus de Corses d’origine. Durant des années on a caché la réalité insulaire, mais aujourd’hui elle est incontournable et explose aux yeux de l’opinion publique. Il n’y a qu’à observer le nombre croissant d’associations caritatives sur le terrain : « Croix Rouge », « Restos du Coeur »… La solidarité entre les personnes, issue de la civilisation agro-pastorale, villageoise corse, s’estompe progressivement, au profit de comportements plus individualistes et urbains. La précarité est à l’origine de drames sociaux et humains en Corse. Je me souviens d’une jeune femme, au RMI, environ 460 € par mois, avec un enfant à charge. Elle ne trouvait pas d’emplois et n’arrivait pas à améliorer sa situation. Elle s’est suicidée. Pour d’autres, à un degré moindre, c’est la déprime et la dépendance aux anxiolytiques.

U Rib. : Quelles sont les réponses des services sociaux à cette situation ?

C. M. :
C’est difficile à dire. Cela oscille entre aide aux personnes démunies et poudre aux yeux. On peut vous aider via le RMI, des aides au logement, à régler quelques factures d’eau, d’électricité ou de téléphone, mais cela reste insuffisant. Ce n’est pas permanent. En effet, lorsqu’ils interviennent dans le règlement d’une facture, il faut bien souvent par la suite attendre 18 mois pour obtenir une autre aide. Pendant ce temps que se passe-t-il ? La vie continue, avec ses difficultés. Aujourd’hui, les assistantes sociales apprennent à des personnes en difficulté à gérer le RMI, sans leur apporter de réelles écoutes et solutions.

Récemment, il a été dit à un précaire, à qui il restait que 100 € dès le 5 du mois, « qu’il fallait moins manger ce mois-ci »… ! En ce qui concerne l’accès au logement, c’est également le parcours du combattant. Beaucoup n’ont pas accès à des HLM, malgré leur situation, parce qu’ils n’ont pas de revenus mensuels fixes. Cela est scandaleux, surtout que certains occupent ce type de logements sociaux sans en avoir besoin…

En matière d’emplois, en raison de la faiblesse de l’économie insulaire, il y a peu de possibilité. Par conséquent, de nombreuses personnes pensent que le meilleur moyen de s’en sortir c’est de se débrouiller soit même, d’où une explosion du travail au noir. Et quand les personnes ne se présentent pas à des entretiens ANPE, elles sont rayées des listes d’où un nombre de demandeurs d’emplois en baisse et des statistiques qui s’améliorent…

On a l’impression qu’il n’y a pas de réelles solutions à la précarité, et, de leur côté, les politiques s’en accommoderaient presque. Ils ne nous écoutent presque pas, on dérange. Plusieurs de mes demandes d’entrevues auprès des Mairies ou des Conseils Généraux sont restées lettres mortes. Peut-être que la difficulté des gens permet de mettre en place, voir de maintenir, un système, de dégager des fonds importants, de créer des structures diverses, des campagnes de communication…

mais en final il n’y a pas grand chose. Le précaire est au centre d’un jeu, « baladé » entre les services, on le met sous tutelle, il est assisté. On passe ainsi de l’ANPE aux ASSEDICS, puis à « La Maison de l’emploi », à la « Mission locale »…

U Rib. : Selon vous, quelles pourraient être les solutions à apporter ?

C. M. :
Les solutions existent, il faut la volonté politique de les mettre en oeuvre pour sortir de ce système qui maintient la misère et l’exclusion. Par exemple, au niveau de l’emploi, qu’il y ait une véritable concertation entre le patronat, les syndicats et les associations concernées. La baisse des charges patronales, de la TVA, voire la fin du travail polyvalent peuvent permettre la création de postes. Dans une région comme la Corse, où l’économie est faible et basée sur la saison touristique, cela pourrait être bénéfique. De paire, une hausse des salaires est indispensable.

Pour ce qui est de l’amélioration de la vie quotidienne, en raison des problèmes liés à l’insularité, une prime d’insularité aux précaires de Corse serait nécessaire. Celle-ci pourrait être perçue sur la base d’une enveloppe plafonnée issue des impôts.

Propos reccueillis par Rinatu Barrettini et Battì Lucciardi

 

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