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1797/98 : une révolte chrétienne des Corses, A Crucetta


Il est dans l'Histoire de la Corse des héros que l'on oublie pas. Agustinu Giafferi fait partie de ceux-là. A un âge canonique, lui, le vieux soldat, il a répondu présent à l'appel de la Patrie en danger. Et face aux fusils français du peloton d'exécution, il a eu la force de dire ce qu'il pensait.

Suite à la révolution française de 1789, la Corse, à l'image de ce qui se passe en France connaît un regain de répression anti-religieuse. On tente d'interdire aux Corses de pratiquer leur religion. Dans les églises, les vases sacrés sont confisqués ainsi que les cloches qui de toutes les manières n'avaient plus le droit de sonner…

La situation économique est catastrophique. Depuis 1796, les Français occupent de nouveau la Corse. Contrairement à la " libération " que certains historiens ont pendant longtemps annoncée, cette nouvelle occupation est mal vécue en Corse car elle s'accompagne de nombreuses exactions des fonctionnaires, d'une mauvaise gestion des deniers publics, de mesures fiscales considérées comme des extorsions arbitraires, d'une multiplication des perquisitions qui tournent aux pillages, et du retour d'un favoritisme dû au clientélisme. Cet ensemble de vexations entraîne en 1797 une révolte. L'abbé Charles Pierre Casalta de Prunelli di Casacconi prêche pratiquement une croisade !

La première réunion des révoltés se tient le 14 septembre 1797 au col de San Ghjorghju. Un manifeste présente cette " expédition patriotique (comme) une véritable croisade ou guerre de religion (motivée par) l'état de péril dans lequel se trouve la Nation, autrefois si chère à nos ancêtres, tant au temporel qu'au spirituel. "

Après avoir rallié plusieurs centaines de personnes à leur cause, les insurgés réclament au nom du peuple souverain " justice, tant pour la foi bafouée que pour les victimes de la dilapidation des fonds publiques.

Finalement, face à cette agitation, l'état de siège est décrété le 11 octobre. On ordonne l'arrestation de tous les révoltés. Plusieurs centaines de personnes sont jugées et condamnées à des peines légères pour tenter d'apaiser la situation.

Le Cismonte se révolte à son tour

Alors que la situation se calme en Pumonte, l'agitation commence dans le Cismonte. Le mouvement parti de la Castaniccia s'étend. Cette nouvelle révolte est appelée " A Crucetta ". On lui donne ce nom car les insurgés arborent à leur bonnet ou sur leur poitrine une petite croix blanche comme signe de ralliement.

Manquant de crédibilité, ce mouvement décide lors d'une cunsulta organisée au couvent Sant'Antone di a Casabianca de demander à Agustinu Giafferi, de prendre la tête de la révolte. Agustinu est le fils d'un des chefs révolutionnaires de 1735 Luiggi Giafferi. Agustinu Giafferi est un vieil homme de 80 ans, ancien général de brigade (on l'appelait d'ailleurs le brigadiere) qui été au service du roi de Naples. Il refuse dans un premier temps mais devant l'insistance des insurgés, il accepte de prendre le commandement. La Corse était écra sée d'impôts, les meilleurs de ses fils se trouvaient en exil, en 1798 comme par le passé, une République prévaricatrice opprimait un peuple sans défense. Le libre exercice de leur religion était la dernière parcelle des libertés insulaires. Fallait-il, sans combattre, accepter de la voir disparaître ? Un dernier argument réussi à convaincre le brigadiere, " Notre cause est juste, les prêtres sont avec nous, non seulement par leurs prières, mais les armes à la main ! " Giafferi accepte donc la charge de Président d'un Conseil de Régence.

A cette nouvelle, la révolte prend un aspect sérieux et plusieurs individus des pieve de Moriani, Tavagna, Casinca, Casacconi, et Ampugnani prennent les armes à ses côtés. Un manifeste est envoyé aux autorités républicaines du Golu réclamant la fin des persécutions religieuses et la libération des citoyens emprisonnés.

Plus d'un millier d'hommes armés sont avec Giafferi. Le général Belgrand, comte de Vaubois, aurait voulu parlementer, mais Lucien Bonaparte, alors Commissaire de la guerre à Bastia ordonne une répression énergique. Sous la direction compétente de Giafferi, les insurgés prennent rapidement le contrôle d'une partie de la Casinca et la Castagniccia (les pieve de Tavagna, A Porta, Casacconi et Verde). Ils menacent également U Viscuvatu, Corti et l'Isula. Cependant, ils échouent devant Borgu. A Muratu, le général Casalta envoyé par Lucien Bonaparte inflige une sévère défaite aux insurgés. Cette victoire est souillée par l'affreux supplice d'un malheureux prêtre fait prisonnier des troupes françaises. Sachant que de semblables sévices les attendaient, les insurgés défaits jettent leur Crucetta et se dispersent.

La mort d'un héros

Agustinu Giafferi se retire chez lui à A Porta. On lui conseille de se cacher, mais il n'en fait rien. Il est finalement arrêté et conduit à la citadelle de Bastia.

Vaubois lui donne alors une chance de se sauver : s'il déclare avoir agi sous la contrainte, avoir été prisonnier des rebelles, il échappera à la mort. Gaffori répond que les choses se sont passées autrement. " J'ai été choisi par le peuple opprimé, je l'ai moimême encouragé à se défendre, tant qu'il n'aurait pas obtenu satisfaction.

Je regrette seulement de n'avoir pu faire davantage pour le bien de ma nation. Du reste, voilà 80 ans que je suis condamné à mourir et presque autant d'années que je m'y prépare. Je n'ai jamais craint la mort. "

Le 21 février 1798, sur la place Saint- Nicolas à Bastia, douze soldats de la République ouvrent le feu sur le général Agustinu Giafferi qui avait gardé sa crucetta épinglée sur le coeur. Face au peloton d'exécution, au moment de mourir, Giafferi crit " Eviva a Patria, eviva Paoli ! ". Le général Vaubois dit après l'exécution de Giafferi : " ce n'était plus qu'une vieille carcasse, mais il eut le courage de braver la République et la mort.

La répression toujours…

Malgré la brutalité de la répression, la création de nouveaux impôts, l'application rigoureuse en Balagna par Salicetti, de la loi des otages, entretiennent et aggravent le mécontentement.

Des troubles se produisent en Balagna, étouffés à coups d'exécutions sommaires. Et il s'en produit de bien plus graves dans le Fiumorbu, où des Corses émigrés en Toscane, reviennent en 1800, fomenter une autre insurrection, avec l'appui du roi de Sardaigne, qui parvient de la sorte à détourner une nouvelle expédition française préparée contre son île, et avec l'aide beaucoup plus inattendue de la Russie, que, dès octobre 1789, des personnalités corses avaient sollicité de prendre leur pays sous sa protection.

De durs combats se livrent encore et le Fiumorbu est systématiquement dévasté avant que la révolte soit vaincue par le général Ambert.

Henri Joseph Alfonsi

 

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