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Articulu di u numaru 41, Ferraghju 2009


Cuba à coeur ouvert

Fidel Castro/Ignacio Ramonet, Biographie à deux voix

 

« Qué ense a la revolución cubana ? que la revolución es possible, que los pueblos pueden hacerla, que en el mundo contemporaneo no hay fuerzas capaces de impedir el movimento de liberación de los pueblos. » Fidel Castro, Segunda declaración de la Habana, 04 février 1962

En janvier, Cuba a fêté le 50ème anniversaire de la révolution. Le 1er janvier 1959, le dictateur Batista quittait le pouvoir et s'enfuyait avec quelques généraux. Cette fuite marquait la victoire de Fidel Castro et ses compagnons, son frère Raul, le Che, Camilo Cienfuegos, au terme d'une guérilla acharnée, débutée avec seulement 82 hommes le 2 décembre 1956 lors du débarquement du Granna à Los Cayuelos.

Des combats de légende aux quatre coins de Cuba, dans la Sierra Mestra, à Pino del Agua, Santo Domingo, Las Mercedes jusqu'à l'entrée triomphale à Santiago et la Havane… 50 ans après, que reste-t-il de la révolution alors même que Fidel Castro a entamé, depuis plus de 2 ans pour raisons médicales, son crépuscule politique ? Il est vrai que l'opinion publique de 2009, notamment occidentale, a une vision générale assez critique de Cuba et de Fidel Castro.

La défiance repose essentiellement sur un déficit de démocratie que connaîtrait l'île, lié à la notion de Parti unique et aux questions des droits de l'homme ou des dissidents emprisonnés. Des attaques, d'ailleurs souvent alimentées par d'anciens hommes de Gauche, aujourd'hui pleinement insérés dans un système honni du temps de leurs 20 ans, et proches, voire soutiens, de cercles conservateurs et réactionnaires allant du courant dit de la « Gauche républicaine » à Nicolas Sarkozy… Mais il est vrai aussi, que le peuple cubain, malgré une situation économique et sociale difficile, fonde encore ses espoirs et ses attentes dans les concepts de la révolution, car ce sont des repères idéologiques et sociologiques. En effet, en 2002, alors que Bush « exigeait » que Cuba change de système politique et social, n'avait-on pas vu, en réponse, 8 millions de cubains signer une résolution afin de consolider le système socialiste de l'île ? Alors, qu'est-ce qui fait que cette petite île de la mer des Caraïbes fascine et étonne toujours autant le Monde ? C'est ce qu'a voulu savoir Ignacio Ramonet, journaliste et directeur du « Monde diplomatique », en réalisant, de janvier 2003 à décembre 2005, une série d'interview de Fidel Castro qui reste, qu'on le veuille ou non, le dernier géant de la politique internationale de l'après 1945.

En effet, adulé ou détesté, encensé ou critiqué, personne ne reste indifférent devant la personnalité du leader Maximó, celui qui représentait, selon le magazine Times en 1962, le coeur, l'âme, la voix et le visage de la révolution de 1959. Qui mieux que Fidel Castro lui-même pouvait donner les clefs et les évolutions de la Révolution cubaine ? Pour les besoins d'un livre intitulé « Biographie à deux voix », il nous livre ses mémoires, sa pensée.

Un ouvrage, de 700 pages, qui témoigne du formidable chemin de Fidel Castro, fils d'un immigré galicien, arrivé à Cuba à la fin du XIXe siècle, qui avait la particularité d'être propriétaire terrien et anti-républicain durant la guerre d'Espagne ! Cette biographie retrace 80 ans d'une vie intense : de l'enfance, au contact des populations pauvres de Cuba, à l'université, et son adhésion politique au Parti du peuple cubain d'Eduardo Chibas, en passant par l'assaut de la caserne de la Moncada le 26 juillet 1953, la prison, l'insurrection contre Battista, la victoire et la construction, au contact des méandres de la politique internationale, du Cuba socialiste… Un livre passionnant, presque une épopée historique, qui fourmille d'anecdotes et d'informations. Ce qui ressort de la pensée politique de Castro, au-delà de l'adhésion au socialisme radical, c'est avant tout un formidable patriotisme, à l'échelle du continent sud-américain, avec des références constantes aux guerres d'indépendance hispano-américaines, ou l'on cultive le culte des héros : de Bolivar à De Cespedes en passant par José Marti.

Cette conception « internationaliste » l'a d'ailleurs conduit à s'engager en 1947, alors qu'il était étudiant, dans une expédition pour tenter de renverser la dictature du général Trujillo en République Dominicaine, ou de participer en 1948, en Colombie, à l'insurrection populaire, « bogotazo », suite à l'assassinat du leader populaire Gaitán. Ce livre ne constitue pas une tribune, un blanc seing où le journaliste ne dit mot pour favoriser un discours propagandiste. Ignacio Ramonet n'est en effet pas complaisant et aborde tous les sujets avec Castro : les dissidents, la peine de mort, les droits de l'homme, les homosexuels, l'affaire Ochoa… et Ignacio Ramonet marque d'ailleurs, à plusieurs reprises, sa distance avec les propos du leader cubain.

Cependant, Fidel Castro n'élude aucune question, répond et défend le processus révolutionnaire, et ses exigences, en se référant aux menaces constantes des Etats-Unis et de la contre révolution, qui ont débuté, dès octobre 1959, lorsque Eisenhower a approuvé le programme d'action secrète de la CIA contre Cuba : blocus commercial depuis 1960, renforcé dans les années 1990, qui a pour effet d'empêcher tout développement économique durable, aux conséquences graves pour la population, financements de groupes de propagande à l'étranger ou de réseaux anti-castristes qui commettent des sabotages et autres attentats. En effet, tout au long de ces entretiens, Fidel Castro ne perd jamais de vue que Cuba livre une lutte, une bataille aux USA qui, selon ses mots, est « une question de vie ou de mort ». C'est une guerre idéologique entre deux conceptions du monde, qui peut, à tout moment, éclater en conflit militaire.

Malgré son âge, l'homme reste combatif, résolu, et fidèle à ses idéaux : il ne sacrifiera jamais les intérêts de son pays, et de la révolution, sur l'autel des réseaux bien-pensants. Il n'ignore pas les rapports d'ONG de référence, comme Amnesty International et ses remontrances sur des restrictions de liberté (association, presse, opinion…), mais il sait aussi qu'aucune plainte pour assassinat de journaliste, torture, meurtre politique ou même culte de la personnalité n'a été fait à Cuba par ces mêmes ONG. Castro n'hésite pas à rappeler que la peine de mort pour les crimes de droit commun n'est plus appliquée à Cuba depuis avril 2000, malgré une opinion publique favorable, et que lui-même considère philosophiquement que « la peine capitale ne résout rien, que son influence est relative » et que son « pays est sur la voie d'un temps où nous serons en mesure d'abolir la peine capitale ». Pour ce qui est des prisonniers dissidents, qui étaient au nombre de 223 en 2003, Fidel Castro dit qu'ils ont violé la loi et qu'ils étaient en relation avec le Bureau des Intérêts, financé par les USA à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars.

Il signale même que ces prisonniers se voient offrir la garantie d'un départ aux Etats-Unis s'ils le souhaitent. Mais en fin observateur de l'actualité internationale, il n'hésite pas non plus à dénoncer les lois très dures qui sont appliquées en Europe contre certaines minorités qui revendiquent leurs droits : et de citer notamment « en France, combien de dizaines de Corses qui luttent pour des raisons politiques sont-ils en prison ? » Malgré cela, Fidel Castro aime rappeler les réussites de la révolution, comme les politiques scolaires avec l'alphabétisation des enfants, l'enseignement des langues et de l'informatique. Mais aussi un système de santé gratuit, reconnu à travers le monde, qui a permis de réduire de 60% la mortalité infantile, d'éradiquer de nombreuses maladies infectieuses, ce qui a permis en 50 ans d'augmenter l'espérance de vie des cubains de 18 ans. Il souligne aussi que 85% de la population est propriétaire de son logement, libre d'impôt, que la sécurité sociale est valable à 100% pour tous les cubains. Sans oublier l'abolition du racisme ou l'émancipation des femmes. Par ailleurs, même s'il considère la société de consommation comme « l'une des inventions les plus diaboliques » et la globalisation néolibérale comme « un système inégalitaire et injuste », il comprend aussi que les jeunes cubains puissent vouloir bénéficier de la même abondance que dans d'autres pays.

Il dit que les « besoins matériels (…) demeurent une priorité (…) pour pouvoir faire des études, pour acquérir une autre qualité de vie ». Si l'embargo est une entrave majeure au développement, on sent également qu'il reste fidèle à l'option socialiste de son pays, qui se veut équitable pour tous, même si cela peut paraître difficile à concevoir pour les jeunes générations. Fidel Castro croit plus en les capacités des hommes qu'à des effets immédiats, de la poudre aux yeux. C'est pour cela qu'il conçoit Cuba comme un pays qui « partage, aide, forme gratuitement », qui n'est pas replié et qui s'adapte en permanence aux réalités du monde. Il attache aussi énormément d'importance à la culture comme formation des hommes pour « se cultiver pour être libres » dit-il, en citant José Martí. En tout cas, la lecture de cet ouvrage nous offre un nouvel éclairage sur Cuba, donné depuis le coeur même du pouvoir.

Une vision romantique mais aussi réaliste, de la vie d'un petit pays qui ne cesse d'étonner le monde par sa puissance de résistance face à l'hyper puissance américaine, et qui reste malgré tout une référence incontournable pour ceux qui souhaitent changer les choses. A n'en point douter, la révolution cubaine n'est pas terminée, et elle restera dans l’histoire comme un véritable combat de géants.

B.L

 

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