Jamais sans doute comme
aujourd’hui, les responsables
de la C.T.C. n’auront
affiché leur inféodation
au parti au pouvoir en
France. Il est vrai que le chef
de l’U.M.P. sait galvaniser
ses troupes. Il n’est pas avare
de promesses et ignore ce
que signifie le doute. Il rappelle
parfois ces scènes satiriques
que Bertolt Brecht
décrit admirablement dans
« La résistible ascension
d’Arturo Ui ». Mais en attendant
de conquérir l’Elysée, il
ne manque d’épuiser toutes
le ressources répressives que
lui confère sa fonction, - en
Corse surtout - où le risque
électoral peut lui paraître
moindre eu égard à la démographie
et où il sait pouvoir
compter sur des ambassadeurs
fiables - préfet et élus
du clan - pour affirmer son
autoritarisme. Car il faut bien
constater que l’esprit de
décentralisation voulu par le
législateur français en 1981 a
complètement disparu et que
désormais l’Assemblée territoriale
fonctionne comme
une chambre d’enregistrement
des diktats de la place
Beauvau.
Une situation
de blocage
S’il est vrai que les pouvoirs
de l’Assemblée se limitent
à la gestion de lignes
budgétaires déjà définies, on
aurait pu attendre de ses élus
qu’ils délaissent parfois leurs
comptes d’apothicaires pour
envisager la Corse dans sa
globalité. Une démarche qui
aurait été d’autant plus judicieuse
que les données historiques,
économiques, sociales,
culturelles ne sont pas ici
de même nature que dans
n’importe quelle autre région
administrative de la France.
Et indépendamment des
conséquences politiques que
les uns et les autres pouvaient
en tirer, une Corse
appréhendée dans son entité
aurait permis de dégager, à
défaut de consensus, des
politiques harmonieuses. Or,
la gestion au coup par coup,
voire dans l’urgence, imposée
par un exécutif qui
ignore superbement le débat,
conduit inévitablement à une
immense gabegie. Et le préfet
peut jouer avec les chiffres
comme un marabout
avec son amulette, il ne
changera pas pour autant le
cours d’une situation économique
et sociale déplorable.
Dans ces conditions, pour un
élu nationaliste, siéger à
l’Assemblée tient du sacerdoce.
D’autant plus qu’il ne
semble pas y avoir pour
l’heure d’alternative au système.
Car l’exécutif sait pouvoir
compter, quoiqu’il fasse,
sur le soutien implicite de
ceux qui, ailleurs, auraient
constitué une opposition et
qui, ici, font fi de toute préférence
idéologique au nom du
front républicain. C’est-àdire,
au nom du parti français.
Parce qu’il faut bien
comprendre que la mission
confiée aux gestionnaires de
l’Assemblée, elle, est politique.
Elle consiste à marginaliser,
à travers ses représentants
élus, l’ensemble du
mouvement national.
Le parti corse
Cette entreprise est vouée à
l’échec même si elle bénéficie
du support médiatique
« d’observateurs avisés »
adeptes de la méthode Coué,
qui annoncent régulièrement
la fin du nationalisme corse.
La réalité est autre. Le mouvement
national n’a jamais
été aussi présent dans l’organisation
sociale des Corses,
comme en témoigne sa
représentativité dans le syndicalisme,
dans les chambres
consulaires, dans la vie associative,
dans le monde des
idées aussi. Car sans les
nationalistes, la Corse serait
muette. Même Zuccarelli ne
serait plus tenu de réciter son
bréviaire républicain d’un
autre âge. Sans les nationalistes,
la spéculation immobilière
et foncière permettrait
aux affairistes de mettre la
Corse en coupe réglée. Dans
leur immense majorité, les
Corses le savent. Mais on ne
se débarrasse pas facilement
des pesanteurs nées d’une
démocratie sans cesse
bafouée, dévoyée, pervertie,
une démocratie à la française
qui n’a jamais su forger ici
une conscience citoyenne.
On n’échappe pas non plus
facilement à l’allégeance à
un clan qui a pu paraître à un
moment de l’Histoire, être un
gage de survie. C’est pourquoi
le nécessaire rassemblement
des Corses autour de
l’idée nationale passe par
une union stratégique qui
doit s’affirmer sur le terrain
des luttes par la défense des
droits collectifs du peuple
corse. Ce serait une erreur
d’envisager l’Union dans sa
seule dimension électorale
ou de lui accorder plus d’importance
qu’elle n’en a. Cela
signifierait que l’espace institutionnel
français peut suffire
à poser la question nationale
corse et par conséquent
à y répondre.
Une
Assemblée
Nationale
Provisoire
Or, c’est une Assemblée
constituante qui seule peut
exprimer les besoins collectifs
du peuple corse. En ce
domaine, la Corse peut se
référer sans crainte à sa propre
histoire. Elle n’a nul
besoin de s’en remettre à des
modèles. On a souligné plus
haut l’enracinement du mouvement
national dans toutes
les couches sociales du peuple
corse, mais cette adhésion
des Corses ne peut trouver
sa traduction politique
dans des institutions politiques
qui reposent sur le postulat
de la négation du peuple
corse. C’est donc
ailleurs, qu’il convient d’inviter
ce peuple à se prononcer
sur son avenir de peuple.
On comprendra dès lors que
l’A.N.P. puisse être le lieu de
son expression, ce qui implique
fatalement d’y adhérer à
titre individuel. Les partis
politiques n’ayant en l’occurrence
pour toute obligation
que celle d’encourager
et d’organiser les adhésions.
Ceci étant précisé à l’intention
de ceux qui craindraient
quelque hégémonie ou quelque
manoeuvre politicienne
susceptible de contrarier la
dynamique de l’Union. Tout
au contraire. C’est dans la
perspective de la mise en
place de l’A.N.P., que
l’union stratégique prendra
tout son sens et toute sa
dimension politique.
Dumenicu Tognotti