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Articulu di u numaru 16, aostu di u 2006


Lettre ouverte à Rocca Sera


Le Ribombu publie ce mois-ci plusieurs courriers de ses lecteurs dont certains émanent de prisonniers politiques.


Antone Marchini a écrit au président de l’Assemblée de Corse, mais ce dernier n’a pas daigné répondre. Voici la lettre :

“Monsieur le Président,

C’est en tant que Corse et membre d’une organisation politico-militaire, qu’aujourd’hui je me permets de vous interpeller sur un sujet récurrent où je me pose beaucoup de questions, comme tant d’autres doivent aussi le faire. Et j’espère qu’en fonction de la place et des responsabilités que vous exercez, vous y répondrez. Car nous avons tous le droit de connaître la vérité et les raisons qui motivent certaines décisions ou attitudes des élus de notre Assemblée. Comme vous le savez, en novembre 2003 et à l’appel de diverses organisations nationalistes et autonomistes pour ou contre la violence clandestine, le FLNC UC décrétait une suspension de toutes ses actions militaires, sans conditions de temps, ni de lieux et, chose inédite en trente années de lutte, sans aucunes négociations avec le gouvernement fiançais !

Cette initiative majeure s’inscrivait dans une stratégie de cohésion du mouvement national, qui devait d’une seule voix, permettre après les élections territoriales, de proposer au futur Président et exécutif de l’assemblé de Corse et sous une forme cohérente, une solution pour recouvrer la paix. Nous sommes pourtant tous conscients à quel point la paix nous est chère et j’insiste sur ce sentiment, car nous en payons le prix fort ainsi que nos familles, assujetties par toutes ces contraintes dues à notre déportation; mais qu’elle est aussi le souhait de tous, vous y compris, au vu de vos communiqués de condamnations sur les actions que nous menons et vos diatribes à l’encontre des nationalistes ! Alors, sans entrer dans la polémique, à savoir les raisons qui nous poussent à choisir cette forme de lutte qui a permis entre autre, de faire qu’un jour la Corse soit dotée d’une Assemblée territoriale et par conséquent que vous puissiez en être aujourd’hui son Président !

- Pourquoi avez-vous refusé cette opportunité de main tendue que les nationalistes et les clandestins vous ont proposée, afin de régler le problème de la violence politique ?

- Pourquoi ne pas avoir accepté de réunir le groupe de travail informel mis en place en son temps par votre défunt père, qu’il s’était engagé à réunir régulièrement, il y a de cela deux ans ?

- Pourquoi tant de laxisme, de complaisance, de connivence avec l’attitude du gouvernement sur la question des prisonniers politiques que nous sommes, en sachant d’une part que la loi française, dont une qui nous est spécifique, sur le rapprochement vers le Centre de Détention de Borgu est bafouée et d’autre part, que vous aussi l’avez dénoncé lors d’une session a l’Assemblée de Corse ?

Voilà quelques mois, des gens de tout bord et de divers horizons, travaillent à la construction d’une dynamique de paix, dont nous adhérons avec force et l’encourageons, car il y a une réelle volonté d’y arriver, mais le comble, le paradoxe, c’est que vous en soyez totalement absent, alors que vous ne cessez de dire, que rien ne peut se faire en Corse avec la violence et qu’il faut que les Corses retrouvent la paix !

- Pourquoi en tant que Président de l’Assemblée de Corse ne participez-vous pas à cette construction ? Car non seulement vous y avez votre place, mais elle serait prépondérante pour sa réussite et dans votre volonté de voir enfin la paix !

Je pense qu’il y a des moments importants où il faut mettre de côté les appareils politiques traditionnels et arrêter de faire de la politique politicienne. Nous avons déjà perdu plus de deux ans de paix, avec toutes les répercussions que cela aura entraîné pour tout le monde ! Que cette année soit la dernière, en privilégiant l’intérêt de la CORSE et des Corses !

Comme vous pouvez vous en douter, j’aurai pu à la place d’attendre vos réponses, faire une analyse personnelle et critiquer la contradiction de vos propos, ou remettre en doute leur sincérité, mais je ne le ferai pas. Car j’espère que vous reverrez votre position sur la situation, en faisant preuve de maturité et surtout de courage politique, en étant à la hauteur de vos responsabilités et de la place qui est la vôtre. N’oubliez pas que vous êtes censé représenter la population corse ou tout au moins une partie et, que celle-ci veut, de tout coeur cette paix.

Sans toutefois renier ce que je suis, ainsi que mon engagement politique, je voudrais que vous sachiez que ce n’est pas la première fois que je me positionne sur ce sujet, je l’ai fait quelque temps avant l’annonce de novembre 2003 et après et ce à maintes reprises ! En vous remerciant par avance pour vos réponses, veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments respectueux.”

Antoine Marchini,
prisonnier politique corse



Le Statut de prisonnier politique


Contrairement à la reflexion de mes compatriotes incarcérés à Borgu, je pense que la nouvelle loi dite « Loi Sarkosy » est une bonne loi. Au lieu de quémander un aménagement similaire au droit commun il faudrait demander à l’Etat français d’aller au bout de sa logique et qu’à défaut de créer un statut « politique », ils n’ont qu’à créer un statut de « terroriste ».

Je pense qu’il est grand temps que nous demandions à sortir du droit commun. Les morts irlandais et les combats de nos frères basques dans ces mêmes conditions devraient nous faire réfléchir à notre statut et à ce que nous voulons vraiment.

Voulons-nous être traités différemment, comme des prisonniers politiques ou voulons-nous être de simples droit commun ?

La réponse ne sera pas la question de nos incarcérations, mais la détermination d’une position politique. Pour ma part, même si cela comporte des inconvénients, je préfèrerai retrouver le statut de prisonnier politique.

Ghjuvan Cristofanu Casula,
prisonnier politique corse


La LDH partie civile
Parenu fole !


« La Ligue des Droits de l’Homme », voilà un titre des plus évocateurs, mais aussi une organisation bien dépourvue ! Non pas qu’elle le soit quant aux moyens qu’elle possède, mais plutôt au niveau de ses résultats, car il faut le dire face aux agressions perpétuelles contre les Droits de L’homme menées aux quatre coins du monde et ce même par des Etats dits démocratiques, les victoires sont peu nombreuses. Toutefois il est vrai que le combat est très inégal, mais surtout sur le long terme. Donc réjouissonsnous de son existence ! Cependant, l’on peut dire qu’il y a comme un grain de sable dans les rouages. En effet, la LDH section corse avec sa récente prise de position quant à l’affaire d’I Clandestini Corsi, a innové, l’on peut dire que c’est du jamais vu. Sans chercher à excuser les motivations plus que douteuses de ces actes que je condamne, commis par ces jeunes voir des lycéens, on peut toutefois chercher un peu à s’interroger sur les causes les ayant amenés à agir ainsi, en se remettant dans le contexte de l’époque (affrontements de lycéens à Bastia), mais là n’est pas l’objet de mon message. Celui-ci réside dans une question: « comment peut-on en tant que membre de la LDH se porter partie civile dans un procès tel que celui d’I Clandestini Corsi ? »

Ce groupe de jeunes de lycéens (pour quelques uns d’entre eux aux moments des faits), bénéficie d’un traitement d’exception, de même qu’il sera jugé par une justice d’exception. C’est aussi la même justice d’exception qui bafoue, piétine les droits de l’homme tous les jours en Corse avec ses juges de la 14ième section qui mandatent sans vergogne des moyens de force de l’ordre totalement disproportionnés pour investir villages, habitations et autres, dans le seul but d’interpeller, d’entendre, d’interroger et relâcher, mais trop souvent en vue d’emprisonnement de suspectés de terrorisme et ce sans la moindre limite dans l’usage de la brutalité, que même pas la présence de femmes ou d’enfants ne dissuade. Ce sont aussi combien de familles brisées par l’éloignement des prisonniers politiques qui accomplissent allégrement des 3, 4 voire plus d’années d’emprisonnement préventif.

Des familles elles aussi victimes de la justice d’exception qui ne peuvent que subir de telles agressions. Pour ma part, quoi que l’on puisse penser des victimes de l’exception, de toutes les victimes de cette justice, rien ne peut permettre de bafouer à un tel point les droits de la personne humaine.

D’un autre côté, que ces pratiques de l’arbitraire soient utilisées par des Etats qui font preuve d’une rigidité conceptuelle d’un autre âge, mais se disent pourtant des plus démocratiques, il n’y a rien de nouveau ou de surprenant à cela. Cependant qu’une section de la LDH se range du côté des bruits de bottes pour faire passer un message a de quoi vous laisser pantois. Les organisations Amnesty International et autres ONG pour la défense des droits de l’homme s’accordent tous à dire que le concept de terrorisme autorise tous les excès toutes violations des droits de l’homme, exercés par les Etats quels qu’ils soient. Pourtant la LDH corse, elle, apporte sa collaboration aux instruments de l’arbitraire, ce qui est une ineptie, un véritable non-sens. Il est bon que les actions d’I Clandestini Corsi aient été condamnées par l’ensemble de la société civile corse, mais ce combat par des phénomènes de société si détestables qu’ils soient contre lesquels s’insurge la LDH corse, à l’aide de moyens contestables et eux-mêmes détestables pour tout homme épris de liberté.

Que dire encore des « Culturels » qui se font relais en donnant écho à de telles prises de position, « parenu fole ». Je dois dire que pour ma part cette célèbre voix de la polyphonie corse aura désormais une autre résonance dans mon esprit et dans celui de bien d’autres.

Petru Paulu


Création du FLNC


Mise au point d’un militant de la première heure :

Les 30 ans du FLNC auront décidément fait couler beaucoup d’encre et donné lieu à diverses émissions sur les ondes. Dans les colonnes du Ribombu, c’est un militant de la première heure qui tient à apporter aux lecteurs des précisions quant à la création du FLNC, en réponse aux propos tenus récemment par un intervenant lors d’une interview diffusée sur France 3 Corse et France 2.

U Ribombu retranscrit les propos de ce militant qui a vécu cette époque et qui n’est plus clandestin depuis plus de 20 ans. « On entend trop souvent, et cela a une fois de plus été affirmé sur France 3 Corse dernièrement, que la création du FLNC remonte à un an avant son officialisation lors de la conférence de presse du 5 mai 1976. Or c’est une grave erreur historique.

Ayant fait partie des initiateurs de la lutte armée clandestine, je me dois aujourd’hui de rétablir quelques vérités. Le FLNC ne s’est pas créé en un an, loin de là, puisque sa mise en place sous la forme qu’on lui connaît en 1976 prendra 7 années. C’est le résultat de la rencontre entre des « paisani » – au sens propre du terme, des gens profondément attachés à leur terre – et des étudiants corses en France. Leur point commun : une prise de conscience aiguë des graves problèmes que connaît alors la Corse, à tous les niveaux, et « u spiritu paisanu » qui les animent et les unissent.

Il existait au départ trois structures différentes. La première s’éliminera vite d’ellemême, elle fut mise en place au tout début, comme l’ébauche d’une organisation clandestine, surtout pour « sonder » le terrain. Les deux autres sont des mouvements plus structurés, le FPCL et Ghjustizia Paolina qui fusionneront par la suite.

Contrairement à ce qui a été affirmé lors de cette interview sur France 3 Corse, il n’y avait pas de problème d’idéologie droite/gauche entre ces deux structures. Le seul problème était lié à une frange proche du mouvement irrédentiste, pro-italienne, pour le rattachement de la Corse à l’Italie, d’où l’existence de ces deux structures. Mais il n’y avait pas de projet immédiat de société non plus. Ce que nous combattions, c’était le clan et le colonialisme, de droite comme de gauche. Alors non, le FLNC ne s’est pas construit avec l’appui de la gauche, et le Parti Communiste était notre ennemi.

Il a été affirmé sur France 3 Corse que les Simeoni étaient nos ennemis. C’est absolument faux. Avant Aleria, une réunion a même eu lieu entre les cadres de ce qui deviendra le FLNC et les dirigeants de l’ARC, afin de ne pas tomber dans le piège tendu par l’Etat français qui, avec l’aide de Francia, tentait de détruire le mouvement nationaliste.

Pour conclure, je souhaiterais dire au journaliste d’une radio corse, qu’en parlant dans son émission de valises pleines d’argent à l’époque de la création du FLNC, il fait des approximations et se trompe lourdement. Il n’y a jamais eu de valises pleines d’argent à cette époque, mais en affirmant cela, il fait un amalgame dangereux, mélangeant les époques et participant ainsi, sans doute malgré lui, aux campagnes de dénigrement et de déstabilisation que le mouvement nationaliste ne connaît que trop bien. » Le Ribombu ne manquerait pas de publier un droit de réponse à toute personne qui voudrait réagir au sujet de cette lettre.

 

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