Le Ribombu publie ce mois-ci plusieurs courriers de ses lecteurs dont certains émanent de
prisonniers politiques.
Antone Marchini a écrit au président de
l’Assemblée de Corse, mais ce dernier n’a
pas daigné répondre. Voici la lettre :
“Monsieur le Président,
C’est en tant que Corse et membre d’une
organisation politico-militaire, qu’aujourd’hui
je me permets de vous interpeller sur
un sujet récurrent où je me pose beaucoup
de questions, comme tant d’autres doivent
aussi le faire. Et j’espère qu’en fonction de
la place et des responsabilités que vous
exercez, vous y répondrez. Car nous avons
tous le droit de connaître la vérité et les raisons
qui motivent certaines décisions ou
attitudes des élus de notre Assemblée.
Comme vous le savez, en novembre 2003 et
à l’appel de diverses organisations nationalistes
et autonomistes pour ou contre la violence
clandestine, le FLNC UC décrétait une
suspension de toutes ses actions militaires,
sans conditions de temps, ni de lieux et,
chose inédite en trente années de lutte, sans
aucunes négociations avec le gouvernement
fiançais !
Cette initiative majeure s’inscrivait dans
une stratégie de cohésion du mouvement
national, qui devait d’une seule voix, permettre
après les élections territoriales, de
proposer au futur Président et exécutif de
l’assemblé de Corse et sous une forme
cohérente, une solution pour recouvrer la
paix. Nous sommes pourtant tous
conscients à quel point la paix nous est
chère et j’insiste sur ce sentiment, car nous
en payons le prix fort ainsi que nos familles,
assujetties par toutes ces contraintes dues à
notre déportation; mais qu’elle est aussi le
souhait de tous, vous y compris, au vu de
vos communiqués de condamnations sur les
actions que nous menons et vos diatribes à
l’encontre des nationalistes ! Alors, sans
entrer dans la polémique, à savoir les raisons
qui nous poussent à choisir cette
forme de lutte qui a permis entre autre, de
faire qu’un jour la Corse soit dotée d’une
Assemblée territoriale et par conséquent
que vous puissiez en être aujourd’hui son
Président !
- Pourquoi avez-vous refusé cette opportunité
de main tendue que les nationalistes et
les clandestins vous ont proposée, afin de
régler le problème de la violence politique ?
- Pourquoi ne pas avoir accepté de réunir
le groupe de travail informel mis en place
en son temps par votre défunt père, qu’il
s’était engagé à réunir régulièrement, il y a
de cela deux ans ?
- Pourquoi tant de laxisme, de complaisance,
de connivence avec l’attitude du gouvernement
sur la question des prisonniers politiques
que nous sommes, en sachant d’une
part que la loi française, dont une qui nous
est spécifique, sur le rapprochement vers le
Centre de Détention de Borgu est bafouée
et d’autre part, que vous aussi l’avez dénoncé
lors d’une session a l’Assemblée de Corse ?
Voilà quelques mois, des gens de tout
bord et de divers horizons, travaillent à la
construction d’une dynamique de paix, dont
nous adhérons avec force et l’encourageons,
car il y a une réelle volonté d’y arriver, mais
le comble, le paradoxe, c’est que vous en
soyez totalement absent, alors que vous ne
cessez de dire, que rien ne peut se faire en
Corse avec la violence et qu’il faut que les
Corses retrouvent la paix !
- Pourquoi en tant que Président de
l’Assemblée de Corse ne participez-vous pas
à cette construction ? Car non seulement
vous y avez votre place, mais elle serait prépondérante
pour sa réussite et dans votre
volonté de voir enfin la paix !
Je pense qu’il y a des moments importants
où il faut mettre de côté les appareils politiques
traditionnels et arrêter de faire de la
politique politicienne. Nous avons déjà
perdu plus de deux ans de paix, avec toutes
les répercussions que cela aura entraîné
pour tout le monde ! Que cette année soit la
dernière, en privilégiant l’intérêt de la
CORSE et des Corses !
Comme vous pouvez vous en douter, j’aurai
pu à la place d’attendre vos réponses,
faire une analyse personnelle et critiquer la
contradiction de vos propos, ou remettre en
doute leur sincérité, mais je ne le ferai pas.
Car j’espère que vous reverrez votre position
sur la situation, en faisant preuve de
maturité et surtout de courage politique, en
étant à la hauteur de vos responsabilités et
de la place qui est la vôtre. N’oubliez pas
que vous êtes censé représenter la population
corse ou tout au moins une partie et,
que celle-ci veut, de tout coeur cette paix.
Sans toutefois renier ce que je suis, ainsi
que mon engagement politique, je voudrais
que vous sachiez que ce n’est pas la première
fois que je me positionne sur ce sujet,
je l’ai fait quelque temps avant l’annonce de
novembre 2003 et après et ce à maintes
reprises ! En vous remerciant par avance
pour vos réponses, veuillez agréer,
Monsieur le Président, l’expression de mes
sentiments respectueux.”
Antoine Marchini,
prisonnier politique corse
Le Statut de
prisonnier politique
Contrairement à la reflexion de mes
compatriotes incarcérés à Borgu, je pense
que la nouvelle loi dite « Loi Sarkosy »
est une bonne loi. Au lieu de quémander
un aménagement similaire au droit commun
il faudrait demander à l’Etat français
d’aller au bout de sa logique et qu’à
défaut de créer un statut « politique », ils
n’ont qu’à créer un statut de « terroriste ».
Je pense qu’il est grand temps que nous
demandions à sortir du droit commun.
Les morts irlandais et les combats de nos
frères basques dans ces mêmes conditions
devraient nous faire réfléchir à notre
statut et à ce que nous voulons vraiment.
Voulons-nous être traités différemment,
comme des prisonniers politiques ou
voulons-nous être de simples droit commun
?
La réponse ne sera pas la question de
nos incarcérations, mais la détermination
d’une position politique. Pour ma part,
même si cela comporte des inconvénients,
je préfèrerai retrouver le statut de
prisonnier politique.
Ghjuvan Cristofanu Casula,
prisonnier politique corse
La LDH partie civile
Parenu fole !
« La Ligue des Droits de l’Homme », voilà
un titre des plus évocateurs, mais aussi une
organisation bien dépourvue ! Non pas
qu’elle le soit quant aux moyens qu’elle
possède, mais plutôt au niveau de ses résultats,
car il faut le dire face aux agressions
perpétuelles contre les Droits de L’homme
menées aux quatre coins du monde et ce
même par des Etats dits démocratiques, les
victoires sont peu nombreuses. Toutefois il
est vrai que le combat est très inégal, mais
surtout sur le long terme. Donc réjouissonsnous
de son existence ! Cependant, l’on
peut dire qu’il y a comme un grain de sable
dans les rouages. En effet, la LDH section
corse avec sa récente prise de position
quant à l’affaire d’I Clandestini Corsi, a
innové, l’on peut dire que c’est du jamais
vu. Sans chercher à excuser les motivations
plus que douteuses de ces actes que je
condamne, commis par ces jeunes voir des
lycéens, on peut toutefois chercher un peu
à s’interroger sur les causes les ayant amenés
à agir ainsi, en se remettant dans le
contexte de l’époque (affrontements de
lycéens à Bastia), mais là n’est pas l’objet de
mon message. Celui-ci réside dans une
question: « comment peut-on en tant que
membre de la LDH se porter partie civile
dans un procès tel que celui d’I Clandestini
Corsi ? »
Ce groupe de jeunes de lycéens (pour
quelques uns d’entre eux aux moments des
faits), bénéficie d’un traitement d’exception,
de même qu’il sera jugé par une justice
d’exception. C’est aussi la même justice
d’exception qui bafoue, piétine les droits de
l’homme tous les jours en Corse avec ses
juges de la 14ième section qui mandatent
sans vergogne des moyens de force de
l’ordre totalement disproportionnés pour
investir villages, habitations et autres, dans
le seul but d’interpeller, d’entendre, d’interroger
et relâcher, mais trop souvent en vue
d’emprisonnement de suspectés de terrorisme
et ce sans la moindre limite dans l’usage
de la brutalité, que même pas la présence
de femmes ou d’enfants ne dissuade. Ce
sont aussi combien de familles brisées par
l’éloignement des prisonniers politiques qui
accomplissent allégrement des 3, 4 voire
plus d’années d’emprisonnement préventif.
Des familles elles aussi victimes de la justice
d’exception qui ne peuvent que subir de
telles agressions. Pour ma part, quoi que
l’on puisse penser des victimes de l’exception,
de toutes les victimes de cette justice,
rien ne peut permettre de bafouer à un tel
point les droits de la personne humaine.
D’un autre côté, que ces pratiques de l’arbitraire
soient utilisées par des Etats qui font
preuve d’une rigidité conceptuelle d’un
autre âge, mais se disent pourtant des plus
démocratiques, il n’y a rien de nouveau ou
de surprenant à cela. Cependant qu’une
section de la LDH se range du côté des
bruits de bottes pour faire passer un message
a de quoi vous laisser pantois. Les organisations
Amnesty International et autres
ONG pour la défense des droits de l’homme
s’accordent tous à dire que le concept de
terrorisme autorise tous les excès toutes violations
des droits de l’homme, exercés par
les Etats quels qu’ils soient. Pourtant la LDH
corse, elle, apporte sa collaboration aux instruments
de l’arbitraire, ce qui est une ineptie,
un véritable non-sens. Il est bon que les
actions d’I Clandestini Corsi aient été
condamnées par l’ensemble de la société
civile corse, mais ce combat par des phénomènes
de société si détestables qu’ils soient
contre lesquels s’insurge la LDH corse, à
l’aide de moyens contestables et eux-mêmes
détestables pour tout homme épris de liberté.
Que dire encore des « Culturels » qui se
font relais en donnant écho à de telles
prises de position, « parenu fole ». Je dois
dire que pour ma part cette célèbre voix de
la polyphonie corse aura désormais une
autre résonance dans mon esprit et dans
celui de bien d’autres.
Petru Paulu
Création du FLNC
Mise au point d’un militant de la première
heure :
Les 30 ans du FLNC auront décidément fait
couler beaucoup d’encre et donné lieu à
diverses émissions sur les ondes. Dans les
colonnes du Ribombu, c’est un militant de la
première heure qui tient à apporter aux lecteurs
des précisions quant à la création du
FLNC, en réponse aux propos tenus récemment
par un intervenant lors d’une interview
diffusée sur France 3 Corse et France 2.
U Ribombu retranscrit les propos de ce militant
qui a vécu cette époque et qui n’est plus
clandestin depuis plus de 20 ans.
« On entend trop souvent, et cela a une
fois de plus été affirmé sur France 3 Corse
dernièrement, que la création du FLNC
remonte à un an avant son officialisation
lors de la conférence de presse du 5 mai
1976. Or c’est une grave erreur historique.
Ayant fait partie des initiateurs de la lutte
armée clandestine, je me dois aujourd’hui
de rétablir quelques vérités.
Le FLNC ne s’est pas créé en un an, loin
de là, puisque sa mise en place sous la
forme qu’on lui connaît en 1976 prendra 7
années. C’est le résultat de la rencontre
entre des « paisani » – au sens propre du
terme, des gens profondément attachés à
leur terre – et des étudiants corses en
France. Leur point commun : une prise de
conscience aiguë des graves problèmes que
connaît alors la Corse, à tous les niveaux, et
« u spiritu paisanu » qui les animent et les
unissent.
Il existait au départ trois structures différentes.
La première s’éliminera vite d’ellemême,
elle fut mise en place au tout début,
comme l’ébauche d’une organisation clandestine,
surtout pour « sonder » le terrain.
Les deux autres sont des mouvements plus
structurés, le FPCL et Ghjustizia Paolina qui
fusionneront par la suite.
Contrairement à ce qui a été affirmé lors
de cette interview sur France 3 Corse, il n’y
avait pas de problème d’idéologie
droite/gauche entre ces deux structures. Le
seul problème était lié à une frange proche
du mouvement irrédentiste, pro-italienne,
pour le rattachement de la Corse à l’Italie,
d’où l’existence de ces deux structures. Mais
il n’y avait pas de projet immédiat de société
non plus. Ce que nous combattions,
c’était le clan et le colonialisme, de droite
comme de gauche. Alors non, le FLNC ne
s’est pas construit avec l’appui de la gauche,
et le Parti Communiste était notre ennemi.
Il a été affirmé sur France 3 Corse que les
Simeoni étaient nos ennemis. C’est absolument
faux. Avant Aleria, une réunion a
même eu lieu entre les cadres de ce qui
deviendra le FLNC et les dirigeants de
l’ARC, afin de ne pas tomber dans le piège
tendu par l’Etat français qui, avec l’aide de
Francia, tentait de détruire le mouvement
nationaliste.
Pour conclure, je souhaiterais dire au journaliste
d’une radio corse, qu’en parlant dans
son émission de valises pleines d’argent à
l’époque de la création du FLNC, il fait des
approximations et se trompe lourdement. Il
n’y a jamais eu de valises pleines d’argent à
cette époque, mais en affirmant cela, il fait
un amalgame dangereux, mélangeant les
époques et participant ainsi, sans doute
malgré lui, aux campagnes de dénigrement
et de déstabilisation que le mouvement
nationaliste ne connaît que trop bien. »
Le Ribombu ne manquerait pas de publier
un droit de réponse à toute personne qui
voudrait réagir au sujet de cette lettre.