Les tribunaux
condamnent régulièrement
des maires
de communes
rurales pour les
dégâts causés par
les animaux
errants. Ceux-ci
s’insurgent contre
leur responsabilité
pénale, mais fontils
tout ce que leur
pouvoir leur permet
pour régler durablement
ce problème
qui empoisonne
la vie des
villages.
Le maire d’un village de
Castagniccia a été
condamné à 15.000 € de
dommages et intérêts par
un tribunal qui l’a
reconnu responsable en
tant que premier magistrat
de sa commune, des
dégâts causés par des animaux
en divagation aux
propriétés d’un tiers.
C’est le syndicat des propriétaires
forestiers qui a
obtenu cette condamnation.
Ce cas n’est pas unique
et alimente régulièrement
la chronique
judiciaire de la Corse.
L’association des maires
de Haute-Corse est bien
sûr montée au créneau et
s’est plainte de l’iniquité
de cette loi française qui
condamne régulièrement
ses adhérents pour les
dommages causés par les
animaux errants. Bien sûr
les maires ne sont pas
débités sur leurs deniers,
mais les petites communes
sont tellement pauvres
hélas.
Pour autant, ces maires
ne sont-ils pas en grande
partie responsables de ces
faits répétitifs, font-ils
vraiment tout pour éviter
la présence de bêtes à cornes
faméliques sur le bord
des routes. Les propriétaires
qui font l’effort de
mettre en valeur leurs
arbres à fruits sont-ils
protégés dans leur investissement
quotidien
par l’action des municipalités
?
Y-a-t’il une réponse aux
clôtures arrachées, aux
plantations dévorées par
les vaches, aux murs
effondrés par les
cochons ? Ces animaux
ne sont pas tous sauvages,
loin s’en faut. Il y a donc
là des solutions à trouver
pour revitaliser les campagnes,
accorder propriétaires
récoltants de châtaigniers
ou d’oliviers et
éleveurs de porcs ou de
bovins. Il serait temps que
les maires concernés cessent
de se lamenter sur
l’état d’abandon de leurs
villages, et pensent enfin
à utiliser leur énergie non
pour défendre un bureau
de Poste ou une gendarmerie,
mais pour favoriser
l’installation de jeunes
agriculteurs qui permettront
à leurs communes de
vivre grâce à la production
de richesse.
Pour cela, il faut innover
et aller dans le sens du
développement durable. Il
faut sortir de la logique
clientéliste d’élus pensant
uniquement à leur réélection.
Ces élus sont complices
des dégâts causés
par les animaux errants.
En effet, ce sont eux qui
en faisant de fausses
déclarations de surfaces
permettent à des pseudoagriculteurs
de toucher la
prime à la vache. Ces surfaces
déclarées ne sont
pas entretenues et brûlent
régulièrement, il n’y a pas
de clôtures et de plus, les
éleveurs qui voudraient
s’installer et travailler ont
du mal à obtenir des terres
car ces communes les ont
déjà attribuées.
Ce cercle vicieux du
clientélisme doit être
brisé. L’agriculteur de
montagne doit être considéré
comme le jardinier
de l’espace rural, celui qui
protège la nature des
ravages des feux et
comme le dépositaire de
la tradition agropastorale Corse. L’agriculteur du
XXIème siècle doit fonder
son activité sur l’identité
des produits et pratiques,
et le respect du
capital environnemental
et culturel. Les maires ont
un rôle positif et culturel à
jouer. Ils doivent favoriser
les ententes entre exploitants,
la création de groupements
permettant la
mise en commun des
moyens matériels, la mise
en place dans les PLU de
zones agricoles qu’il faudra
répartir en diverses
affectations, plantations,
arbres à fruits, forêts pour
la production de bois de
chauffage ou de bois
d’oeuvre, zones d’élevage
réparties entre caprins,
bovins et porcins selon le
couvert végétal et la topographie.
Par ce moyen il est possible
d’obtenir une
entente entre les différents
exploitants évitant la discorde
et les dégâts collatéraux.
Cela s’est toujours
fait dans nos campagnes.
Il faut enfin réformer le
système des primes à la
tête de bétail. Cette
fameuse prime à la vache
est totalement contre productive.
Outre son effet
clientélaire délétère elle
produit une série d’effets
nuisibles.
L’élevage bovin nécessite
de grandes surfaces,
celles-ci sont gelées pour
toute autre exploitation,
les bovins qui ne disposent
pas en zones montagneuses
de prairies naturelles
sont nourris par des
apports de foin qui ne
sont pas produits par
l’agriculteur, cela n’est
pas possible en zone accidentée,
et qui parfois sont
importées. Les surfaces
allouées ne sont pas entretenues
et le maquis y
abonde. Ces terres qui
pourraient servir de parefeu
et diminuer d’autant
le coût faramineux de la
lutte anti-incendies sont
donc stérilisées et inutilisables.
Il faut donc remplacer
cette fameuse prime à la
vache par une prime à
l’hectare de terre exploité,
c’est-à-dire démaquisé et
clôturé, ce qui sera facilement
vérifiable. Il y a
bien un avenir pour la
Corse rurale et pas seulement
par la vente des maisons
de nos villages. Le
changement d’affectation
des subventions agricoles
vers une agriculture de
production alliant identité
et environnement, l’affectation
des terres à des
activités viables, car si la
chèvre se contente de terres
maigres et arides, la
vache a besoin de tout
autre chose, la création de
groupements d’exploitants
par pievi doit permettre
de revitaliser durablement
l’intérieur, et d’y
attirer des familles en leur
permettant de vivre dignement
de leur travail, tout
en maintenant le lien
social et la tradition de
notre culture agropastorale.
Oui, messieurs les
Maires, le temps n’est
plus aux lamentations et
au constat d’abandon de
vos communes, il faut
agir dans le sens du développement
durable de
l’économie de production
et refuser la perfusion de
l’assistanat qui ne fait que
prolonger l’agonie de l’intérieur
de la Corse.
Clément Filippi