Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 38, Nuvembre di u 2008


Quelle économie pour la Corse indépendante ?



Démontrer que la Corse a avantage, économiquement et socialement, à devenir une nation souveraine, voilà la tâche du mouvement indépendantiste. Passer de l'assistanat institutionnalisé à une économie de production, c'est améliorer durablement la vie quotidienne des Corses. Seule l'élaboration d'une politique économique au service du peuple corse, peut amener cette révolution salutaire.

La pseudo-économie de la Corse contemporaine


En Corse, aujourd'hui, le sport national préféré, de nos chers élus, est la recherche de subventions. Celles-ci, qu'elles soient aides à l'emploi, aides à la construction, subsides à diverses activités n'ont aucun fondement économique. Il ne s'agit pas de soutenir une démarche productive, créatrice d'emplois et de richesse. Cette logique ne guide aucunement l'attribution des subventions.

La seule logique est le maintien d'un système Aliénation- Assistanat dans lequel l'élu du haut de la pyramide tape à la porte de l'Etat et ensuite répartit, selon ses besoins électoraux, les subsides qu'il a obtenus. Comme il faut bien proposer quelque chose, on a tout misé sur le tourisme de masse. Là c'est une autre logique encore plus pernicieuse que la précédente qui prévaut : braderie de notre patrimoine foncier, afflux de résidents n'ayant aucun intérêt au développement de la Corse, afflux de capitaux douteux responsables d'une flambée des prix de l'immobilier et d'une économie souterraine qui représenterait 3O% de l'activité totale. Ce tourisme de masse, non maîtrisé, crée de l'emploi précaire, saisonnier, peu qualifié et mal rémunéré, qui ne peut convenir à notre jeunesse aspirant, comme tout un chacun, à un emploi stable qui lui permette de s'établir dans la vie. Voila où interviennent nos élus qui créent dans un vaste élan de générosité des emplois publics ou parapublics sans aucune utilité économique.

Car, en effet, il faut bien caser tous ces jeunes et renouveler l'électorat pour pérenniser leurs carrières politiques. Cette masse d'emplois, subventionnés, brise toute initiative économique individuelle. Pourquoi créer son activité, au prix d'un effort conséquent lorsqu'on peut vivre d'un emploi octroyé beaucoup moins péniblement ? Ce cercle vicieux, cette spirale de l'échec maintient la Corse dans la dépendance de la générosité, alléguée, de l'Etat Français et entretient le non développement.


Intérêt financier et social de l'indépendance économique

Certes nous vivons dans un monde d'interdépendance économique et nul pays ne peut se targuer d'être totalement indépendant en cette matière. Il y a cependant un monde entre une économie vivant de l'assistance et une économie de production qui élabore sa propre stratégie de développement. La logique de l'économie doit être la création soutenue d'emplois, par une activité créatrice de richesses. L'Etat doit donc faciliter l'action économique et l'entreprenariat. Nous disposons de quelques atouts.

Des petites entreprises dynamiques, souvent innovantes, où la gestion doit être encore simplifiée par des règles administratives allégées. Il faut une fiscalité spécifique pour la micro entreprise, et ne pas exiger qu'elles se soumettent à des lois sociales identiques à celles des grandes entreprises.

La création d'entreprise doit être simplifiée au maximum, en allégeant leurs charges et leurs obligations. Elles doivent bénéficier de prêts à taux zéro, de cautions bancaires de l'Etat, de prises de participation si besoin et non de subventions non remboursables, qui déresponsabilisent l'entrepreneur.

Voila la finalité. L'entrepreneur crée des emplois et prend un risque économique, l'Etat l'aide dans cette démarche mais il s'agit d'un système équilibré où l'aide engage celui qui la reçoit à se battre pour prouver la viabilité de son projet.


Quels sont les moyens de cette action économique

Il y a trois grands axes, réduire l'emploi public, augmenter le capital connaissance, augmenter la production et donc la richesse. L'emploi public, nous en connaissons les causes, représente près de 45% de l'emploi total et probablement un peu plus si l'on compte toutes les diverses associations à fonds exclusivement publics. Ce secteur est très largement hypertrophié et crée peu de richesse. Il faut donc le réduire à 25 ou 3O% des emplois et le redéployer vers des secteurs productifs, la santé, l'éducation et la formation professionnelle, la justice et la sécurité.

L'administration d'Etat doit être réduite au strict nécessaire en évitant tout doublon entre services, tout double emploi avec les collectivités locales et en favorisant la poly compétence des fonctionnaires.

L'économie de la connaissance dans notre pays sans industrie, sans ressources de sous-sol est une voie d'avenir. L'université doit pour cela être développée, devenir l'acteur principal de la formation professionnelle et s'engager résolument dans la recherche appliquée. La création de richesse immatérielle, le savoir, en recherche développement en énergies renouvelables, en environnement, en agro-alimentaire dans les nouvelles technologies sera une source de revenus non négligeable.

Augmenter la production, cela est réalisable sans pour autant écarter les problématiques environnementales. L'agriculture biologique, le pastoralisme, la pèche et l'aquaculture, peuvent très vite augmenter leur production de 5O%. La demande de produits de qualité à fort contenu identitaire est soutenue.

Le tourisme, sans les excès de la masse doit rapporter plus. Aujourd'hui un touriste moyen dépense environ cinquante euro par jour pour se loger, se nourrir, se déplacer, s'amuser et acheter. C'est vraiment très peu et prouve s'il en était encore besoin, que le milliard d'euro de recettes annuelles peut être augmenté de 5O voire 1OO% en favorisant l'émergence d'une clientèle plus fortunée attirée par nos richesses naturelles.


L'ébauche d'une économie

Quelques principes de base :

- La Corse fait partie intégrante de l'Union Européenne, elle adhère à la Zone Euro et respecte donc les critères de stabilité. Un budget équilibré, un endettement maîtrisé. L'adhésion à l'Union Européenne comme Etat souverain permet la négociation des normes de production en particulier agricoles.

- L'économie Corse est fondée sur la libre entreprise et l'économie de marché mais rejette les excès du capitalisme sauvage.

- Un des objectifs de la politique économique est la solidarité par la redistribution de la richesse. L'état aide les personnes en difficulté, protège les plus vulnérables. En contrepartie ceux-ci doivent à la collectivité une activité. Le but n'est pas l'enrichissement de quelques uns mais la participation de tous à une ouvre commune de progrès et de bien être matériel et social.

- Des actions économiques de mise en oeuvre rapide. Cela se traduit par une relance, via une politique de grands travaux structurants, faisant appel aux fonds européens, de remise à niveau économique. Cette politique doit renforcer les entreprises locales du génie civil, créer rapidement des emplois et injecter des capitaux dans l'économie locale.

- Investissement massif en de recherche développement et formation. Repenser les productions pour renforcer leur spécificité et utiliser l'avantage comparatif de la marque Corse alliant, identité du processus de fabrication, garantie de qualité environnementale et d'origine de la matière première, fort contenu culturel. La modification complète des circuits commerciaux pour s'ouvrir vers la Méditerranée. La Corse doit s'inscrire en particulier dans un axe Toscane - Sardaigne et audelà Afrique du Nord. Cet axe Nord - Sud facilitera nos exportations, diversifiera nos sources d'approvisionnement, en particulier énergétique, et diminuera nos coûts d'importation. Les infrastructures nécessaires seront largement financées par Bruxelles dans le cadre d'INTERREG.

- L'action de l'Etat, malgré la diminution importante des effectifs de l'administration, ne sera pas déficiente pour autant. En favorisant la subsidiarité des compétences entre Etat et collectivités locales, en créant des corps de fonction publique polyvalents dans des secteurs de larges interrelations, la productivité de la fonction publique sera fortement augmentée. D'autre part la création de deux blocs de compétences, environnement incluant agriculture, eau, énergie, transport et cohésion sociale incluant culture et loisirs, logement, emploi et action sociale est de nature à optimiser l'utilisation des fond publics.

- Le budget de l'Etat sera l'expression de la finalité, il doit traduire le recentrage de l'action publique, l'autonomie et la responsabilité des acteurs politiques, la protection et le bien être du citoyen dans un système de droits et devoirs respectifs.

- Des objectifs ambitieux. Il faut doubler la production agricole et les revenus liés au Tourisme en dix ans. Valoriser le travail, la création d'entreprise, les faciliter par une politique sociale adaptée et l'allègement des charges et contraintes administratives. Créer une fiscalité propre à la très petite entreprise.

- Travailler avec le système bancaire à la création de fonds d'investissements attractifs, cautionnés par l'Etat.

- Libérer les énergies, retrouver l'esprit d'entreprise et le dynamisme de nos ancêtres du début du XXe siecle.

- Préserver et valoriser notre capital foncier, augmenter les recettes de son utilisation et de son occupation.

- Repenser l'action sociale, sortir de la logique de l'aide charité pour l' « Aiutu » expression d'une véritable solidarité.

Cette politique économique équilibrée entre production de richesse et redistribution, privilégiant la croissance par l'augmentation de l'offre est à même de sortir la Corse de cette économie entretenue artificiellement par la pseudo solidarité française. Aujourd'hui la Corse avec quelques aménagements de sa fiscalité peut dégager une recette de 1,5 milliards d'euro/an. C'est une somme considérable qui relativise la « générosité » de l'Etat Français à notre égard, et qui peut permettre un essor économique de la Corse non lié à la sollicitude des Français, mais réalisé de façon endogène avec le concours de tous les Corses qui y trouveront leur profit.

Clément Filippi

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2008