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Articulu di u numaru 40, Ghjennaghju 2009


L'économie résidentielle ou la bouée de sauvetage…



Invité du Club de la Presse du 5 janvier dernier, Camille de Rocca Serra s'est retrouvé, sur tous les dossiers, en bien mauvaise posture, et ce, malgré une grande mansuétude des journalistes, toujours aussi impressionnés par le Pouvoir… Bégaiements, explications embrouillées, diversions, il faisait presque pitié… Et en effet, comment défendre l'indéfendable ? Défendre Christian Clavier en appelant au secours le concept de propriété privé, défendre le PADDUC en disant qu'on a mal compris, que les termes ne contiennent pas ce qu'on a imaginé… Et de se raccrocher, comme à une bouée de sauvetage, au concept, érigé en modèle par le PADDUC, d'économie résidentielle (ou encore présentielle).

Selon Camille de Rocca Serra, « cette terminologie d'économistes un peu mondains a entraîné la confusion »… sous-entendu, au sein du bas peuple que nous sommes, loin des analyses pointues des premiers. Il poursuit : « …certains l'ont compris comme étant uniquement une économie de la résidence secondaire alors que ça n'a rien à voir… » Et de tenter d'expliquer en quoi ça n'a rien à voir… Malheureusement, il s'embrouille lui-même très vite et personne ne peut comprendre un traître mot des phrases suivantes, où il évoque pêle-mêle les services, le secteur tertiaire, une économie non productive mais « générée par l'ensemble de la population qui génère de l'activité… » Beau fragment de langue de bois quand même. Alors finalement, l'économie résidentielle, c'est quoi ? À l'origine, c'est un concept qui a permis aux économistes de prendre en compte, dans l'analyse économique d'un territoire donné, la circulation de richesses produites ailleurs. Une belle idée, qui permettait à des terrtitoires peu productifs mais très attractifs de n'être pas considérés comme totalement hors du jeu économique.

Par « économie résidentielle » on entend l'économie d'un territoire qui dépend de la présence sur ce territoire de personnes dépositaires de revenus qui ont été générés ailleurs. Ces personnes sont principalement les résidents qui travaillent sur un autre territoire, les retraités et les touristes. On peut aussi inclure dans ces revenus ceux qui proviennent de transferts sociaux (allocations familiales, de chômage) et ceux qui proviennent de financements publics (administrations, éducation, action sociale). » Explique Françoise Noël, responsable de la Division Économie de l'Université d'Europe à Bruxelles. Comme ça c'est tout de suite plus clair : retraités, propriétaires de résidences secondaires (en effet s'ils produisent ailleurs, c'est qu'ils habitent ailleurs), touristes, administrations.

Voilà ce que les rédacteurs du PADDUC (trois cabinets parisiens) ont érigé en modèle, parce que ce concept est à la mode, et qu'il permet aux territoires qui produisent de se donner bonne conscience lorsqu'ils débarquent, dans les territoires qui ne produisent pas, pour profiter du soleil et des services conçus pour eux ! Et, que Camille de Rocca Serra nous pardonne, mais il y a une différence cruciale entre tenir compte d'un phénomène observé (l'attractivité résidentielle de notre région, son « attractivité culturelle, des loisirs et de la qualité de vie » comme l'appelle Guy Loinger*), et l'ériger en modèle de développement, l'inscrire dans un document juridique et décider d'en faire la référence de toute action économique pour les 30 ans à venir. Guy Loinger lui-même, qui fait pourtant partie des premiers théoriciens de l'économie résidentielle, tire la sonnette d'alarme : « Le risque est de passer d'une sphère résidentielle importante, à une part quasi-hégémonique dans un territoire donné (… ce qui ferait des territoires concernés…) des espèces de réserves d'indiens, à encaissement local de la valeur produite ailleurs. Ce serait l'expression d'une forme de renoncement à l'économie compétitive, avec une surconcentration de retraités ou de population sous dépendance de revenus de solidarités. » Il explique par ailleurs à quel point il est dangereux de prendre ce modèle comme référence et fondement du développement d'une région, car l'économie résidentielle est étroitement liée à la possibilité de se déplacer facilement et à moindre coût, d'un territoire à l'autre. Or, l'augmentation exponentielle des coûts de l'énergie, dûe à un gisement d'hydrocarbures prouvé en décroissance absolue entre 2015 et 2030, rend ce modèle extrêmement fragile dans le temps. « Dans cette hypothèse assez probable, poursuit Guy Loinger, il est clair que ce modèle d'organisation collective n'est pas tenable, il n'est pas, au sens fort du terme DURABLE ». Voilà ce que nous proposent les « spécialistes » parisiens, grâce à la complicité des élus locaux, ou grâce à leur incompétence. Un modèle qui n'est pas durable ! Il ne leur reste plus qu'à revoir leur copie… En fait de bouée, l'économie résidentielle sera plutôt le boulet de la majorité régionale…

*Guy Loinger, chargé de Cours aux Universités de Paris I et Paris X, est aussi le Secrétaire Général de l'OIPR (Observatoire International de Prospective Régionale), est aussi auteur de plusieurs ouvrages consacrés au développement économique des territoires, et le rédacteur d'un rapport réalisé en 2000 pour le compte du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement, intitulé « Collectivités locales, territoires et développement durables ». Rapport disponible sur internet en tapant le nom de l'auteur dans n'importe quel moteur de recherche.

Antò di Truna

 

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