Invité du Club de la Presse du 5
janvier dernier, Camille de
Rocca Serra s'est retrouvé, sur
tous les dossiers, en bien mauvaise
posture, et ce, malgré une
grande mansuétude des journalistes,
toujours aussi impressionnés
par le Pouvoir… Bégaiements,
explications embrouillées, diversions,
il faisait presque pitié… Et
en effet, comment défendre l'indéfendable
? Défendre Christian
Clavier en appelant au secours le
concept de propriété privé, défendre
le PADDUC en disant qu'on a
mal compris, que les termes ne
contiennent pas ce qu'on a imaginé…
Et de se raccrocher, comme
à une bouée de sauvetage, au
concept, érigé en modèle par le
PADDUC, d'économie résidentielle
(ou encore présentielle).
Selon Camille de Rocca Serra, «
cette terminologie d'économistes
un peu mondains a entraîné la
confusion »… sous-entendu, au
sein du bas peuple que nous sommes,
loin des analyses pointues
des premiers. Il poursuit : « …certains
l'ont compris comme étant
uniquement une économie de la
résidence secondaire alors que ça
n'a rien à voir… » Et de tenter
d'expliquer en quoi ça n'a rien à
voir… Malheureusement, il s'embrouille
lui-même très vite et personne
ne peut comprendre un traître
mot des phrases suivantes, où il
évoque pêle-mêle les services, le
secteur tertiaire, une économie
non productive mais « générée par
l'ensemble de la population qui
génère de l'activité… » Beau fragment
de langue de bois quand
même. Alors finalement, l'économie
résidentielle, c'est quoi ? À
l'origine, c'est un concept qui a
permis aux économistes de prendre
en compte, dans l'analyse
économique d'un territoire donné,
la circulation de richesses produites
ailleurs. Une belle idée, qui permettait à des terrtitoires peu
productifs mais très attractifs de
n'être pas considérés comme totalement
hors du jeu économique.
Par « économie résidentielle » on
entend l'économie d'un territoire
qui dépend de la présence sur ce
territoire de personnes dépositaires
de revenus qui ont été générés
ailleurs. Ces personnes sont principalement
les résidents qui travaillent
sur un autre territoire, les
retraités et les touristes. On peut
aussi inclure dans ces revenus
ceux qui proviennent de transferts
sociaux (allocations familiales, de
chômage) et ceux qui proviennent
de financements publics (administrations,
éducation, action
sociale). » Explique Françoise
Noël, responsable de la Division
Économie de l'Université
d'Europe à Bruxelles. Comme ça
c'est tout de suite plus clair :
retraités, propriétaires de résidences
secondaires (en effet s'ils produisent
ailleurs, c'est qu'ils habitent
ailleurs), touristes, administrations.
Voilà ce que les rédacteurs
du PADDUC (trois cabinets parisiens)
ont érigé en modèle, parce
que ce concept est à la mode, et
qu'il permet aux territoires qui
produisent de se donner bonne
conscience lorsqu'ils débarquent,
dans les territoires qui ne produisent
pas, pour profiter du soleil et
des services conçus pour eux ! Et,
que Camille de Rocca Serra nous
pardonne, mais il y a une différence
cruciale entre tenir compte
d'un phénomène observé (l'attractivité
résidentielle de notre région,
son « attractivité culturelle, des
loisirs et de la qualité de vie »
comme l'appelle Guy Loinger*), et
l'ériger en modèle de développement,
l'inscrire dans un document
juridique et décider d'en faire la
référence de toute action économique
pour les 30 ans à venir.
Guy Loinger lui-même, qui fait
pourtant partie des premiers théoriciens
de l'économie résidentielle,
tire la sonnette d'alarme : «
Le risque est de passer d'une
sphère résidentielle importante, à
une part quasi-hégémonique dans
un territoire donné (… ce qui
ferait des territoires concernés…)
des espèces de réserves d'indiens,
à encaissement local de la valeur
produite ailleurs. Ce serait l'expression
d'une forme de renoncement
à l'économie compétitive,
avec une surconcentration de
retraités ou de population sous
dépendance de revenus de solidarités.
» Il explique par ailleurs à
quel point il est dangereux de
prendre ce modèle comme référence
et fondement du développement
d'une région, car l'économie
résidentielle est étroitement
liée à la possibilité de se déplacer
facilement et à moindre coût,
d'un territoire à l'autre. Or, l'augmentation
exponentielle des
coûts de l'énergie, dûe à un gisement
d'hydrocarbures prouvé en
décroissance absolue entre 2015
et 2030, rend ce modèle extrêmement
fragile dans le temps. «
Dans cette hypothèse assez probable,
poursuit Guy Loinger, il est
clair que ce modèle d'organisation
collective n'est pas tenable, il
n'est pas, au sens fort du terme
DURABLE ». Voilà ce que nous
proposent les « spécialistes » parisiens,
grâce à la complicité des
élus locaux, ou grâce à leur
incompétence. Un modèle qui
n'est pas durable ! Il ne leur reste
plus qu'à revoir leur copie… En
fait de bouée, l'économie résidentielle
sera plutôt le boulet de la
majorité régionale…
*Guy Loinger, chargé de Cours aux
Universités de Paris I et Paris X, est aussi
le Secrétaire Général de l'OIPR
(Observatoire International de
Prospective Régionale), est aussi auteur
de plusieurs ouvrages consacrés au
développement économique des territoires,
et le rédacteur d'un rapport réalisé
en 2000 pour le compte du
Ministère de l'Aménagement du
Territoire et de l'Environnement, intitulé
« Collectivités locales, territoires et
développement durables ». Rapport
disponible sur internet en tapant le
nom de l'auteur dans n'importe quel
moteur de recherche.
Antò di Truna