La prochaine élection présidentielle
française peut-elle
offrir de nouvelles perspectives
politiques à la Corse ? A
entendre les divers prétendants,
il est permis d’en douter.
Il est même à craindre
que la Corse ne serve une
énième fois de champ expérimental
à l’hystérie sécuritaire
qui s’empare de la plupart
des candidats. La dernière
rafle policière opérée à grand
renfort médiatique, dont un
membre de la ghjunta de
Corsica Nazioni Indipendenti
a été victime, laisse à penser à
une lutte d’influence au sein
même de l’UMP entre
Sarkozy et Alliot Marie. Pire,
les attentats perpétrés contre
deux militants du Levante
sont significatifs de la volonté
de certains de réactiver les
réseaux de police parallèle.
Pour l’heure, et dans tous les
cas, la Corse semble bien
exclue du débat politique et
confinée dans son statut de
colonie à part entière.
Le clan et ses
prétentions
Si l’élection présidentielle à la française
doit consacrer telle ou telle
personnalité, il faut bien comprendre
que ce cérémonial conçu par de Gaulle
pour son propre sacre, doit occulter pour
le citoyen lambda le véritable enjeu qui
est le contrôle de l’appareil d’Etat, dans
une République qui a renonçé aux utopies,
et qui se satisfait d’accompagner le libéralisme
dans sa quète boulimique du profit.
Cette démission favorise l’émergence
d’un personnel politique formaté, au langage
stéréotypé, animé par le seul souci
de faire carrière. Les représentants corses
du clan qui savent mieux que quiconque
ce que signifient l’allégeance, la soumission,
le renoncement, se trouvent en
conséquence confortés dans leurs prétentions
à rejoindre la nébuleuse politique qui
entoure l’appareil d’Etat. Ainsi, tel ou tel
élu territorial qui s’avère ici être incapable
de s’investir dans la gestion de
l’Assemblée, clame à qui veut l’entendre,
qu’il est ministrable ! Et comme une promesse
en vaut une autre, il faut bien que
les chefs de clan assurent l’Etat français
de la « loyauté » de la Corse.
La question
institutionnelle
A défaut de pouvoir juguler le mouvement
national, en dépis du clientélisme
ancestral qui leur sert d’argument, les
chefs de clan ont trouvé un artifice politique
pour justifier le statu quo colonial. Au
prétexte d’une question formulée et posée
par Sarkozy aux électeurs de Corse, les
chefs de clan proclament urbi et orbi que
l’évolution institutionnelle n’est plus d’actualité.
Cette manoeuvre mérite qu’on s’y
attarde un instant car elle est symptomatique
de la « mauvaise foi » du clan et des
dirigeants français face au problème
corse. Comment peut-on sérieusement
tirer des conclusions définitives qui engagent
l’avenir d’un peuple, au vu du résultat
d’une consultation pour laquelle quelques
centaines de voix séparent les
partisans du Oui ou du Non. Quelle légitimité
faut-il accorder, dans ce contexte,
aux nombreux votes des fonctionnaires et
militaires de passage assez peu concernés
par l’avenir de la Corse, ou encore à ceux
des propriétaires de résidences secondaires
? Dans ce scrutin, quel a été le poids
de la fraude avérée dont la municipalité de
Bastia est coutumière ? Quelle a été l’influence
du Conseil Général de Corse du
sud qui s’est livré par une circulaire à son
personnel à un véritable chantage à l’emploi
? Et in fine quel a été l’impact du
vote sanction à la politique globale de
Sarkozy ? En vérité, ceux qui en Corse ou
à Paris font référence à cette consultation
électorale pour enterrer la question nationale,
ont un comportement de faux cul,
indigne de responsables politiques. Ce qui
risque fort de les conduire vers des lendemains
qui déchantent.
Légalité ou
légitimité ?
Les émissaires politiques des futurs candidats
à l’élection présidentielle française
ou les candidats eux-mêmes, sont pour
l’heure unanimes à se réfugier dans ce
confort factice. On sait bien que depuis
l’origine le rapport historique de la Corse
à la France se résume à un immense
malentendu, ce qui ne justifie en rien de
vouloir le cultiver d’avantage. La France
devrait se souvenir que, face à une indépendance
qu’elle savait inéluctable, elle a
mené en Algérie une guerre de huit ans au
nom des intérêts de quelques colons. Il ne
faudrait pas qu’elle fasse preuve du même
entêtement et la même cécité pour sauvegarder
ici les intérêts d’un clanisme désuet,
véritable anachronisme dans une
Europe qui commence à comprendre que
la diversité de ses peuples et de ses cultures
peut être garante de son unité politique.
En cela, le mouvement national s’inscrit
consciemment dans le sens d’une
histoire qui voit les peuples recouvrer une
dignité longtemps confisquée par les
impérialismes et les idéologies, fussentelles
révolutionnaires. Mais la certitude de
la justesse d’une revendication ne serait
rien sans cette praxis qui doit conduire le
peuple corse à exercer ses droits de peuple,
au premier rang desquels, celui de
légiférer. Car en dehors de cette perspective
et dans l’état actuel des institutions de
la Corse, le peuple corse est condamné à
aménager le colonialisme et à court terme,
comble du cynisme, à ordonner sa propre
disparition. Une échéance que le plus obtu
des futurs dirigeants français ne peut
sérieusement envisager sauf à vouloir provoquer
délibérément une tension aux
conséquences imprévisibles.
Dumenicu Tognotti