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Articulu di u numaru 19, nuvembre di u 2006


Fiscalités des successions et
incidences sur la propriété foncière




L’actuel statut dérogatoire

A ce jour, l’arrêté Miot du 21 prairial An IX (1801) a été supprimé, mais reste en vigueur à titre dérogatoire jusqu’en 2010.

Il a été abrogé par le Parlement français, sous prétexte d’égalité devant l’impôt.

Cet arrêté faisait partie d’un ensemble de mesures économiques prises par le Gouverneur Miot, en contre partie d’une répression sanglante après les guerres d’indépendance du XVIIIe siècle.

La taxation des successions était d’ailleurs inapplicable en Corse où elle n’avait jamais été exigée. L’arrêté Miot consacrait cet acquis fiscal historique :

* Exemption totale des droits de succession en ligne directe ou non.

* Evaluation forfaitaire des biens.

* Absence de sanction en cas de non déclaration de la succession, ce qui en corollaire permettait de ne pas effectuer la mutation des biens légués.

En 2010, par la grâce des sieurs Charasse et De Coursson le droit commun français s’appliquera. Les successions seront imposées selon leur valeur vénale, c’est-à-dire selon le prix du marché.

Un abattement de 50 000 € par héritier en ligne directe sera appliqué, et le taux d’imposition sera de 20 % en ligne directe et jusqu’à 60 % pour des collatéraux.

Un exemple permet de mieux saisir l’énormité de cet impôt : une nièce hérite de son oncle d’un appartement de 150 000 €, en l’occurrence un F3 au prix actuel du marché. Elle devra s’acquitter de 82 500 € (55% du bien) de droits de succession, ainsi que des frais annexes (enregistrement, notaire…) de 12 500 € soit 94 000 € à payer en tout. A l’évidence cet appartement sera vendu.

Des droits de succession trop élevés par rapport au revenu du ménage corse moyen seront responsables de l’aliénation massive de biens immobiliers. Le peuple corse sera progressivement dépouillé de son patrimoine foncier, et il ne restera plus pour nos enfants que des logements sociaux.


L’imposition des successions en Europe

Dans l’Union Européenne, 17 Etats sur 25 ont soit supprimé les droits de succession, soit appliqué des abattements très importants (de 200 000 à 580 000 €) qui diminuent très sensiblement ces droits.

De tous les grands pays européens, seule la France conserve une fiscalité successorale exorbitante.

Chez nos proches voisins, comme l’Italie, l’Espagne ou le Portugal les droits ont été supprimés. En Italie, cela a été fait pour diminuer la pression fiscale, relancer l’économie, faciliter la transmission des biens productifs et conserver le patrimoine aux Italiens. En Espagne, les droits sont nuls si l’héritier garde le bien pendant 10 ans. A l’évidence il s’agit de permettre aux Espagnols de maintenir leurs propriétés foncières.

Dans toutes les grandes îles de Méditerranée, Sicile, Sardaigne, Chypre, Baléares, Malte, les droits de succession sont nuls. Nous voyons bien que dans les pays du sud de l’Europe où la pression foncière est grande, en raison notamment de la qualité de vie, l’attrait du climat, les droits de succession ont été supprimé pour éviter la dépossession foncière. De tous ces pays, où les acheteurs du nord de l’Europe font fortement grimper les prix de l’immobilier, seule la Corse appliquera des droits de succession.

La perception des droits de succession règlera-t-elle l’indivision ? L’indivision est un réel problème en Corse, surtout depuis la grande guerre. L’administration fiscale, soucieuse de ponctionner le plus grand nombre, en attribue la cause à l’arrêté Miot.

En réalité les causes sont multiples :

* L’absence de valeur et de rapport de certains biens, notamment les terres agricoles abandonnées après la saignée de 14-18. Un bien sans valeur n’est pas partagé car il n’y a aucun intérêt économique à le faire. A contrario, dans les zones côtières, ou la pression foncière est forte, il n’y a pas d’indivision.

* L’absence d’obligation de déclaration à l’administration fiscale, prévue par l’arrêté Miot, n’incitait pas les héritiers à demander au notaire l’ouverture de la succession du défunt, et la mutation des biens à leur profit. Par conséquent, il en résultait une absence de titres de propriété.

* L’absence de titres de propriété empêche l’exploitation économique du bien. Les terres retournent à la friche et les maisons tombent en ruine, ce qui ne pousse pas à sortir de l’indivision.

Aujourd’hui la terre et le bâti, comme dans toutes les îles méditerranéennes, ont pris en Corse une plus-value énorme. Leur intérêt économique est majeur et la création par l’Agence Foncière des titres de propriété permettra la sortie d’indivision et la vente de ces biens au plus offrant. Aux dépens du peuple corse.

Le fait de payer des droits ainsi que l’obligation de déclarer les successions, dans les 6 mois qui suivent un décès, favorisera l’aliénation des biens. En effet, les Corses, en raison de la faiblesse de leur pouvoir économique, ne pourront, dans leur très grande majorité, s’acquitter de ces droits excessifs, qui entraîneraient une surcharge fiscale insupportable.

La Corse ne doit pas devenir le nouvel Eden des Européens du nord, aux dépens des Corses.


Propositions

Il faut maintenir la principale disposition de l’arrêté Miot, à savoir l’exonération totale de droits de succession des biens immobiliers.

* Etendre cette exonération aux biens meubles, à raison de leur intérêt économique (fonds de commerce, artisanaux, agricoles, emprises et parts de société…)

* Extension de l’exonération aux donations entre vifs, afin de faciliter la transmission des moyens de productions.

* Une exonération totale aussi bien pour une succession en ligne directe que collatérale jusqu’au 4e degré.

* L’exonération doit s’accompagner de garanties permettant à ces biens de participer au circuit économique : Obligation de mutation des biens hérités dans les 24 mois suivant le décès.

Chilimentu Paoli

 

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