Le 10 mai 1981,
François Mitterrand,
candidat de la gauche
française aux
élections présidentielles,
est élu président.
Après plusieurs
années de
répression policière
et barbouzarde, la
promesse d’un statut
particulier pour
l’île et d’une amnistie
pour tous les prisonniers
politiques
donnent de nouvelles
perspectives de
lutte. L’heure est
pour le moment à
l’espérance. Le
FLNC, qui a joué un
rôle important d’opposition
armée à la
droite autoritaire de
Valery Giscard
d’Estaing se repositionne…
Déjà, le 1er avril, lors
d’une conférence de presse
précédant ces mêmes
élections, le Front situe les
enjeux :
Sur son rôle : « Le rôle
du Front n’est pas de se
substituer au peuple corse
pour prendre en charge sa
libération. Sans contrepouvoirs
populaires, sans
prise en mains par le peuple
lui-même du pouvoir
économique et politique, il
ne peut y avoir de libération.
»
Sur sa vocation : « Faire
prendre conscience au
peuple de la nécessité de
la lutte de libération par
un travail de propagande
et désigner les véritables
ennemis. »
Sur ses revendications :
« La reconnaissance des
droits nationaux ; La destruction
de tous les instruments
du colonialisme
français (Administration –
colons – forces d’occupation
et de répression) ;
Confiscation des grandes
propriétés coloniales, des
trusts touristiques, et annulation
de toutes les transactions
spéculatives depuis
1962 ;
Instauration d’un
pouvoir populaire et
démocratique expression
de la volonté du peuple
corse par le suffrage universel
réhabilité ;
Réalisation
de la réforme agraire pour
assurer les aspirations des
paysans, des ouvriers, des
intellectuels, et débarrasser
le pays de toutes les formes
d’exploitation ;
Droit à
l’autodétermination dont
les modalités de déroulement
seront définies lors
des négociations avec la
France. »
« Incù a treva,
pruvemu di
custruisce l’avvene »
Le changement politique
survenu en France
n’est donc pas sans
répercussion en Corse.
Les libérations des dizaines
de prisonniers politiques
matérialisent la
volonté de changement.
Lors d’une nouvelle
conférence de presse
ouverte par une voix
féminine dans la nuit du
1er au 2 juillet 1981, le
FLNC prend acte de
cette nouvelle donne :
« Le peuple français a
manifesté sans équivoque
sa volonté de
changement. Le FLNC
ne peut que se féliciter
de cette maturité exprimée
par le peuple français.
» Toutefois il prévient
sur l’euphorisme
régnant du moment :
« Les problèmes de la
Corse ne sont pas
réglés, le peuple corse
n’a pas retrouvé ses
droits, son identité reste
menacée. Nous refusons
le mot d’ordre de « paix
civile » car seul le colonialisme
menace la paix
sur notre terre ». Tout
en précisant également :
« Nous rappelons notre
combat contre la droite
et les clans : personne
n’a combattu le pouvoir
de droite plus que nous.
Les faits et la répression
sont là pour le prouver
».
Le FLNC conclut alors
en ces termes :
« La balle est dans le
camps de l’Etat français
et du gouvernement de
gauche. Nous jugerons
sur ce qu’il fera, et nous
agirons en fonction des
actes, non des promesses.
»
« La nouvelle
politique de l’état
français s’appelle
Statut Particulier »
Dans la nuit du 15 octobre
1981, le Front tient
une nouvelle conférence
de presse. L’analyse est
très critique. Les limites
du statut octroyé sont
soulignées…
« On présente comme
un exceptionnel avantage
le droit pour la future
assemblée régionale
corse de faire directement
des propositions de lois
devant l’assemblée nationale
française, mais cela
veut dire en clair que le
pouvoir législatif échappe
encore et toujours à la
Corse et aux Corses… U
populu ùn pò accettà per
sole legge chè a legge
fatta da per ellu è per
ellu. »
Il réaffirme donc que :
« Aucune solution ne
sera jamais viable sans la
reconnaissance du peuple
corse ».
A trappula
Alors que les nationalistes
révolutionnaires publics de
a Cunsulta di i Cumitati
Naziunalisti dénoncent les
premières élections régionales
comme une « trappula
», le FLNC réitère son
approche très négative de
la situation. En août 1982,
il réaffirme ses propos :
« Nous avons fait notre
part de chemin, sans cesse
nous avons réitéré les exigences
minimales d’un
processus de décolonisation
véritable, nous attendons
toujours ».
Et le Front se fait plus
menaçant :
« Désormais nous axerons
notre intervention sur
différents objectifs afin que
des solutions rapides et
concrètes soient apportées
dans un certain nombre de
secteurs vitaux pour l’avenir
de notre peuple ».
« Il n’y aura
jamais en Corse
qu’une seule communauté
de droit :
le peuple corse »
Après sa rupture de la
trêve, le Front dans un communiqué
remis à U Ribombu
de décembre 1982, rappelle
la dimension du problème
national corse, et en s’adressant
aux partis français de
gauche il précise :
« Que la violence politique
actuelle face au pouvoir de
gauche n’est pas moins légitime
que la précédente contre
le pouvoir de droite et
que les patriotes d’aujourd’-
hui ne le sont pas moins que
ceux dont la conjoncture
politique et la mobilisation
populaire ont arraché la libération
».
Il délivre un message identique
à l’Etat français :
« Pour l’avoir vécu de
façon douloureuse dans son
passé proche qu’on n’arrête
pas l’aspiration d’un peuple
à retrouver sa liberté et sa
souveraineté nationale ».
L’affaire Schoch
La criminalisation du
mouvement national est
mise en branle. Des signes
annonciateurs mettent en
évidence le risque de graves
dérives. L’affaire du
coiffeur « Schoch » en est
révélatrice. Le FLNC prend
ses distances par rapport
aux personnes arrêtées et
manipulées. On parle déjà
du commissaire Broussard…
« Ramener notre lutte à
quelques faits divers est
grave politiquement. Dans
toute lutte, partout dans le
monde de tels faits se produisent
et cela logiquement
en rapport à toute situation
troublée ».
L’enlèvement de
Guidu Orsoni
Le 17 juin, Guidu Orsoni,
militant nationaliste, est
enlevé. Son corps ne sera
jamais retrouvé… La
Cunsulta di i Cumitati
Naziunalisti accuse l’Etat
français d’assassinat. Le
FLNC revendique l’appartenance
de ce militant à son
organisation et accuse
François Mitterrand d’avoir
laissé faire :
« Mitterrand par son refus
d’appréhender la réalité
coloniale de notre pays en
redorant le blason de la
classe politique claniste traditionnelle
(droite gauche
confondue) qui se trouve
unie contre les nationalistes
lorsqu’il s’agit de défendre
son intérêt particulier (que
l’Etat français préserve).
L’Etat français en refusant
de voir la réalité nationale
corse et en faisant croire à
la marginalisation du mouvement
de libération nationale
(criminalisé, divisé,
infiltré, discrédité) est directement
responsable de l’assassinat
de Guy Orsoni. »
Stefanu Cardi
Les attentats se multiplient.
La Corse Française
et Républicaine entre en
scène, instrumentalisée
pour faire face à la poussée
nationaliste. Dans ce
contexte très tendu, le 10
janvier 1984, un militant
nationaliste meurt en
posant une charge :
Stefanu Cardi devient le
nouveau martyr de la cause
corse. Ils sont plusieurs
milliers à l’accompagner à
Sarrera lors de son enterrement.
Le Front est également
présent.
Dans son communiqué, il
précise : « l’hommage
rendu à notre frère CARDI
par les 6000 à 7000 personnes
réunies aux obsèques
est à la dimension de son
engagement politique et de
notre combat. Et ceci malgré
l’intimidation policière
et la présence massive d’uniformes
en armes et gilets
pare-balles le jour même
que ce soit à Ajaccio qu’à
Sarriera, ou même cimetière
et église étaient ceinturés
de mousquetons. »
L’action sur la
prison d’Aiacciu
Le 8 juin 1984, un commando
investit la prison
d’Aiacciu exécutant Jean
Marc Leccia et Salvatore
Contini, deux auteurs présumés
de l’enlèvement et
de l’assassinat de Guidu
Orsoni. La police réussit à
encercler la prison, des
militants sont arrêtés….
Dans un communiqué
authentifiant l’action, le
Front précise que cette dernière
« entre dans le cadre
des représailles nécessaires
après l’assassinat politique
de notre militant Guidu Orsoni. Bien que réaffirmant
notre volonté d’une
solution politique, nous ne
saurions admettre que l’on
puisse impunément s’attaquer
à nos militants ».
Un C.R.S abattu…
Les manifestations succèdent
aux manifestations. Avec toujours
autant de monde mobilisé.
Les actions politico-militaires
aussi. Durant la nuit du 1er
au 2 décembre après la manifestation
populaire organisée
par le M.C.A., la C.G.N.C., le
S.T.C, le S.C.I. et A Riscossa, le
FLNC frappe de nouveau. Un
C.R.S. est abattu à Bastia.
Dans son communiqué
revendicatif, le Front rappelle
son sens des responsabilités :
« Aucun chantage, aucune
intimidation, aucune répression,
n’infléchira notre combat.
Mais nous ne sommes pas
des jusqu’aux boutistes, nous
sommes des gens responsables.
Nous réaffirmons avec
force que nous sommes pour
un progressif règlement du
problème corse. »
Les amalgames
En 1985, dans U ribombu
du vendredi 15 fevrier,
un communiqué du FLNC
clarifie une accusation de
portée internationale. Une
réunion avec le groupe «
Action Directe » est mise
en avant par les médias
français. Le Front récuse :
« Nous démentons toute
participation à une réunion
au pays basque avec
Action Directe. Nous refusons
l’amalgame entre le
terrorisme international et
la résistance de notre
peuple face au colonialisme
français.
Contrairement au terrorisme,
notre lutte a ses racines
et repose sur la
volonté de notre peuple à
retrouver tous ses droits
sur sa terre ».
« Imposer une
solution politique »
En juin 1985, le FLNC
rappelle au pouvoir en
place sa volonté de participer
à un règlement politique.
Dans son communiqué
cette importance est
soulignée :
« Il n’y a qu’une issue au
problème corse : elle est
politique ! Les solutions
purement institutionnelles
ne sont que des apparences
de règlement. Elles ont
toutes échoué et échoueront
toutes (y compris l’autonomie
interne ou l’indépendance)
dès l’instant où
la défense de l’intérêt collectif
corse ne constitue pas
l’objectif d’une nouvelle
politique économique,
sociale et culturelle). C’est
pourquoi nous réaffirmons
l’urgence de l’instauration
d’un processus de décolonisation
passant par le préalable
de la reconnaissance
de notre peuple historique
comme seule communauté
de droit sur sa terre. »
106 attentats !!!
Dans le rapport de force
constant et quotidien, le
FLNC démontre certes son
enracinement mais surtout
ses capacités démultipliées
à frapper qui il veut, quand
il veut, où il veut… Un
exemple parmi tant d’autres
: la nuit « bleue » du
20 au 21 mars 1987 où plus
de 106 attentats sont commis
! Dans son communiqué
le Front précise :
« Ces actions sont une
réponse aux chefs de clans
qui ont basé leur campagne
électorale sur l’appel à
la répression anti-nationaliste.
Elles signifient aussi
que le problème corse ne
sera pas réglé par l’assemblée
de Corse à l’occasion
d’une élection de plus,
mais par la prise en compte
par l’Etat français d’une
véritable solution politique
dont les bases seraient la
reconnaissance des droits
nationaux du peuple corse
et un véritable processus
de décolonisation dans les
domaines politique, économique,
social et culturel. »
À nouveau un
gendarme abattu…
La dissolution du M.C.A.,
suivie de celle de A
Riscossa, la multiplication
des arrestations et des
déportations, la venue provocatrice
de Charles
Pasqua suivie de graves
affrontements, l’assassinat
du docteur Lafay, l’affichage
public de militants
recherchés alourdissent le climat répressif le poussant
à son paroxysme….Le 4
août à Lucciana, un fourgon
de la gendarmerie est
mitraillé. Bilan : un mort,
trois blessés… le FLNC
revendique :
« Aujourd’hui notre organisation
a riposté à la surenchère
répressive
irresponsable imposée par
l’état français depuis plusieurs
mois. La répression
ne résoudra jamais rien.
Une nouvelle fois nous
réaffirmons que le problème
national corse est fondamentalement
politique ».
Nouvel appel à une
solution politique
Malgré la dureté de la
répression, le Front réaffirme
son attachement à une
solution politique. Dans la
nuit du 16 au 17 octobre
1987, le Front situe les
enjeux :
« Nous sommes présents
partout, à tous les échelons,
sur tous les terrains,
au grand désespoir de l’appareil
répressif qui ne
comprend pas comment
nous sommes si bien informés.
Nous sommes enracinés
dans ce peuple dont
nous sommes une réalité
incontournable et le moteur
essentiel de sa lutte ». Et de
rappeler son attachement à
une solution politique.
Ghjuvan Battista
Acquaviva
Le 16 novembre, lors
d’une opération militaire
contre le colon Roussel,
Ghjuvan Battista
Acquaviva, jeune militant
nationaliste recherché par
voie d’affiches est assassiné
dans de troubles conditions.
Après Guidu Orsoni
et Stefanu Cardi, la lutte du
peuple corse a un nouveau
martyr. Ils sont plusieurs
milliers à l’accompagner
au cimetière d’Isula
Rossa. Le Front lui rend un
hommage :
« Notre militant est mort
parce qu’il a tout sacrifié,
jusqu’à sa propre existence,
pour défendre les intérêts
collectifs du peuple
corse. La pureté de sa
démarche, son désintéressement,
son engagement
total honorent notre combat
et tranchent singulièrement
avec la société corrompue
que nous
imposent le pouvoir colonial
et les clans. Rien ne
saurait remplacer la vie de
notre frère. Mais nous
sommes convaincus que
son martyr ne sera pas
vain. »
Le congrès du
FLNC
En février 1988, le FLNC
officialise par voie de communiqué
son premier
congrès. C’est une réponse
cinglante au quadrillage
policier et militaire de l’île.
Ce communiqué précise
entre autre :
« Les différents débats et
analyses ont permis de
préciser les axes stratégiques
et tactiques inhérents
à l’évolution de notre
lutte dans le contexte
méditerranéen, européen
et mondial. »
Il affirme également que :
« D’ores et déjà tous
ceux, Corses ou non mais
désirant sincèrement oeuvrer
à la construction de la
Corse de demain, doivent
relever la tête face au colonialisme
et à ses valets en
refusant leur politique
irresponsable. Ils se doivent
de rejoindre le mouvement
de libération nationale
en soutenant notre
action et celle de toutes les
structures de lutte dont
s’est doté notre peuple ».
Intensification
et propositions
En mars 1988, le FLNC
renforce son action militaire,
en réponse aux menées
policières. L’efficacité de
ces dernières malgré les
nombreuses arrestations
marquent le pas. Le Front
continue de frapper les
gendarmes…. Toutefois il
réitère ses propositions
lors d’une nouvelle conférence
de presse pour sortir
de l’impasse. Ces propositions
se veulent concrètes.
Une étape est dite franchie :
« D’autre part le nationalisme
corse a franchi désormais
une étape historique
celle de la
construction d’une nouvelle
société que nous qualifions,
dans toute la dimension
du terme, de socialiste
dans la mesure où nous sommes déterminés à
remettre en cause toute
forme d’exploitation. Après
un stade de dénonciation
des années 1970, les
années 80 ont été marquées
par l’organisation du
peuple corse au sein de
structures originales de
lutte. Nous saluons l’ensemble
de ces organisations
qui représentent par
leur combat quotidien et
leur exemplarité, l’alternative
au système colonial.
Nous savons que l’action
militaire est l’arme politique
la plus sophistiquée
et nous prouvons par notre
activité d’ensemble, que
nous la maîtrisons, que
nous savons la doser et
que nos objectifs sont le
fruit d’une analyse politique
».
Une suspension
Le 31 mai 1988, une
nouvelle conférence de
presse a lieu dans la
région d’Aiacciu. Elle
prend son analyse sur la
réélection au pouvoir de
François Mitterrand.
L’analyse est sans appel,
et une suspension des
actions est annoncée :
« Cette reprise du pouvoir
par le parti socialiste
français et ses alliés intervient
après une période
très dure pour le mouvement
nationaliste et le
peuple corse, la droite
ayant porté à un haut
niveau le degré d’affrontement
et de répression
contre la partie la plus
consciente et la plus organisée
de notre peuple : le
mouvement de libération
nationale. Les exploits
répressifs de cette droite
sont dignes de la barbarie
la plus inhumaine (référence
: le massacre
d’Ouvéa que les nationalistes
corses ont ressenti
au plus profond d’euxmêmes).
Une poursuite
de cette politique
irresponsable et provocatrice
en Corse aurait
i m m a n q u a b l e m e n t
conduit à de graves
impasses et de nombreux
drames ».
Un appel est de nouveau
lancé, eu égard au changement
politique en
France, à une solution
politique par l’Etat français
:
« A lui de faire preuve
de volonté et de courage
politique pour débloquer
la situation. Nous jugerons
sur pièces. »
« Nous serons
toujours présents
pour
défendre la
Corse et son
peuple »
Aux ghjurnati di Corti de
1988, alors que la suspension
est maintenue, le
Front apparaît sous le chapiteau
plein à craquer de
près de 3000 personnes
pour y faire un discours.
Cette apparition publique
montre comment le FLNC
sait utiliser l’arme médiatique.
Un appel est de nouveau
lancé :
« En Corse certaines
déclarations, certaines propositions
sont dignes d’intérêt.
Nous n’avons pas le
droit de les repousser.
Nous n’avons pas non plus
à prendre tout pour argent
comptant. Nous savons que
certaines évolutions sont
loin d’être désintéressées et
que certains rêvent de marginaliser
le FLNC dans la
perspective de 1992. Quel
que soit le cas de figure,
personne ne nie notre
force politique. Nous sommes
une réalité incontournable,
rien dans ce pays ne
se fera sans nous ».
« La dérobade
de l’Etat »
La trêve des attentats est
officiellement maintenue.
Des remises en liberté provisoires
de patriotes incarcérés
sont faites, de plus en
plus nombreuses. Mais
sous un angle beaucoup
plus général, la situation
est découpée selon une
vision critique. Dans une
déclaration à une agence
de presse en février 1989,
le Front constate :
« Huit mois après le changement
de pouvoir en
France, François Mitterrand
par son silence méprisant
sur le problème corse joue
toujours la politique de
l’autruche. Huit mois après
notre initiative de suspendre
les opérations militaires,
nous constatons que le seul
changement du pouvoir est
purement tactique. Le dossier
corse pèse toujours de
tout son poids, un poids
que l’on voudrait mort.
L’Etat a malheureusement
choisi de préparer la Corse
à l’absorption européenne
en nous faisant taire d’ici
là. Qu’il sache que nous
continuerons à parler ».
« Nous ne laisserons
pas se
poursuivre la
spéculation
immobilière »
La naissance du conflit
social, l’occupation
publique et organisée par
les contre-pouvoir de ce
terrain social, la mise ne
place d’une union politique
renforcée, les remises en
liberté prémisses d’une
future amnistie n’empêchent
pas le Front de frapper
ponctuellement malgré
sa trêve.
En novembre 1989, un
commando dynamite le complexe immobilier de
Lecci di Porti Vechju. Le
FLNC revendique :
« Aujourd’hui notre organisation
constitue un rempart
contre l’accaparement
de notre territoire national
au profit de cette spéculation
internationale. Une
spéculation de plus en plus
souvent liée aux intérêts
maffieux. » Et le FLNC
annonce également que,
prenant la mesure du nouveau
défi lancé à la Corse à
la veille de 1992, il présentera
« les bases d’un projet
de société ».
Le projet de
société du FLNC
Le vendredi 29 décembre,
aux environs de 20 heures,
dans la région d’Aiacciu, le
FLNC présentera son projet
de société à travers une
conférence de presse
regroupant plus de 100
hommes en armes. Ce
document se veut une
contribution au débat. Le
Front en donne la trajectoire
:
« Fruit d’une réflexion collective,
irrigué par les
acquis de la stratégie de
libération nationale, il doit
être enrichi pour permettre
la rédaction d’un ouvrage
dans le courant de l’année
90. Ouvrage que nous diffuserons
à une très large
échelle tant en Corse qu’au
niveau international.
Néanmoins notre approche
globale est tracée. Elle s’inscrit
dans le prolongement du
choix stratégique de l’autodétermination
et donc dans
notre volonté de créer les
conditions politiques nécessaires
à la construction d’une
nouvelle société. »
« Eveiller les
consciences, briser
les chaînes, bâtir la
démocratie »
Aux ghjurnati di Corti
de l’année 1990, le
FLNC crée de nouveau
l’évènement par la diffusion
d’une vidéo-cassette
où 150 militants
en armes évoluent pour
accompagner un discours
qui est résolument
tourné vers l’avenir.
Le Front lance déjà
les bases du fameux «
lieu de synthèse ». Il
donne également son
appréciation de l’union
sur le plan politique :
« Les rapprochements
futurs ne pourront être
construits que sur des
convergences de fonds.
Nous sommes donc
favorables à ce que cela
se traduise, sur le terrain
public, par une
politique d’union
dépassant le cadre traditionnel
nationaliste
mais ouverte à toutes
les forces de progrès.
Cette union doit se
construire sur le terrain,
à la base et non être le
fruit du calcul d’étatsmajors
plus soucieux
de leurs propres destinées
que celle de notre
peuple. Nous sommes
favorables à ce qu’elle
se construise autour
d’un projet collectif. »
Une page qui se
tourne….
Dés 1989, les premières
scissions d’abord internes
puis publiques apportent
une toute autre donne du
mouvement national. La
mise en place de l’A.N.C.
sera bientôt suivie par celle
du M.P.A… A Cuncolta
Naziunalista connaît des
départs et se restructure. Le
F.L.N.C. lui-même n’échappe
pas à ces déchirures.
Deux Fronts aux itinéraires
différents naîtront de cette
situation. Cette dernière
prendra dans les années qui
suivent des aspects bien
funestes avec le paroxysme
des affrontements internationalistes.
Il faudra attendre
les accords du Fium’orbu
et la mise ne place de
l’Union des Combattants
pour assister à un redéploiement
stratégique censé tourner
le dos à ces noires
années de plombs… Mais
ceci est une autre histoire, et
cette histoire continue avec
un F.L.N.C toujours omni
présent…
Ulivieru Sauli