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Articulu di u numaru 14, ghjugnu di u 2006


FLNC : le début des années 90




Depuis 30 ans, le FLNC est un acteur principal de la scène politique en Corse. La rédaction du Ribombu a choisi de revenir en détail sur l’histoire de ces trente années de lutte. Dans notre précédente édition, nous traitions des conditions de la création de l’organisation clandestine. et des années 80. Ce mois-ci, nous évoquons le début des années 90. A suivre...

En 1990, le FLNC soumet un projet de société au peuple Corse, et sa présentation dépasse tout naturellement les frontières insulaires pour se répandre au sein de l’opinion internationale.

Présenté comme révolutionnaire, embrassant tous les aspects du problème corse et explorant les voies et les moyens de sa solution, ce projet officialisé lors d’une conférence de presse le vendredi 29 décembre 1989 avec plus de 100 militants armés dans la région d’Aiacciu traduit à ce moment donné, une participation du Front à l’évolution de la société.

Toutefois, cette participation comme la réflexion qui l’anime laisseront progressivement la place aux dissonances et dissensions internes – politiques et personnelles – engendrant à terme un affrontement meurtrier inter militants dont l’Etat français en récoltera les fruits…

Nouvelles mises en gardes…

Alors que a Cuncolta Naziunalista organise à l’échelle de la Corse des réunions publiques sur le thème repris du projet de société du FLNC et qui suscite un intéressement populaire, le Front de son côté intervient ponctuellement contre certains projets immobiliers spéculatifs. Des actions sont ainsi organisées sur l’île de Cavaddu, et à Linguizetta.

Mais dans une communication en date du 13/02/1990 le Front dénonce une « attaque massive contre le mouvement de libération nationale, en créant des conditions propices à la liquidation de militants nationalistes ». Une sévère menace est prononcée à l’égard de ceux qui seraient à l’origine de cette attaque : « Nous n’hésiteront pas une seule seconde, comme nous l’avons montré par le passé, à leur faire chèrement payer leur sinistre calcul ».

Le 5 mars, un nouveau communiqué étaye avec des éléments « un plan de liquidation » affirmé comme « enclenché ». Sont mis en cause un « illustre chef de clan de la Haute- Corse », des « personnalités du milieu » ainsi que « certains inspecteurs RG ».

La stratégie anti-FLNC

Le jeudi 10 mai 1990, U Ribombu publie un document qui est un rapport émanant de la cellule « antiterroriste » de l’Elysée et qui serait discrètement diffusé à certains médias pour amplifier une campagne anti-FLNC au moment où ce dernier, il est vrai, gagne en popularité politique.

Ce document accréditerait ainsi les mises en garde antérieures de l’organisation. Il y est fait bizarrement allusion aux « récents dissidents » et à « l’expansionnisme crapuleux de certains membres de A CUNCOLTA NAZIUNALISTA » qui menacerait à terme des gangs solidement implantés dans l’île »…

« La volonté d’être un lieu de synthèse »

I ghjurnati di Corti sont l’occasion pour le FLNC, à travers une vidéocassette regroupant plus de 150 militants présents sur u pianu di a battaglia di u Borgu, de réaffirmer ses objectifs politiques. Outre le fait qu’il rappelle son attachement à « l’autoorganisation et l’union des forces de progrès », le Front précise également sa conception de sa place dans la lutte : « Aujourd’hui des milliers de femmes et d’hommes participent à ce même combat. Tous doivent être en mesure d’influer sur des positionnements d’ensemble.

Refusant d’être une élite, nous n’avons pas à confisquer, au nom du mythe de la clandestinité, le pouvoir politique de construire une nouvelle société corse. C’est bien parce que nous avons toujours eu le souci de consolider une telle démarche que nous avons su nous préserver des dérives de type militariste ou légaliste.

Nous devons, tout au contraire donner l’exemple par le comportement et l’engagement exemplaires de nos militants. Nous devons, grâce à cette exemplarité, démontrer que nous sommes des ardents constructeurs d’une Corse souveraine débarrassée de toute forme de sujétion et de toute trace de colonialisme y compris jusque dans notre propre fonctionnement. Sur le plan structurel :
cette volonté d’être un lieu de synthèse se traduira par des évolutions. Celles-ci feront l’objet d’un important débat interne. »

« Le peuple corse en lutte ne peut se priver d’aucun moyen ».

Pratiquement au même moment, en juillet, l’Accolta Naziunale Corsa, formation publique qui s’est créée le 24 octobre 1989, lors de ses « ghjurnati di l’isuli di u meditarraniu » précise lors de son discours de politique générale : « L’ANC est une organisation publique mais elle estime que le peuple corse en lutte ne peut se priver d’aucun moyen lui permettant de faire aboutir ses revendications et recouvrer sa souveraineté.

L’action politique armée est un de ces moyens. Toutefois comme il ne peut y avoir de hiérarchisation des organisations, il ne peut y avoir hiérarchisation des moyens. Cette action devra veiller à ne jamais se couper du peuple en lutte sous peine d’être assimilée au terrorisme ou d’être entraînée vers des dérives militaristes ou putschistes ; notre peuple se détournerait alors de ce type d’action et le colonialisme pourra en toute liberté exercer sa répression. Quant à la direction politique, l’ANC affirme : « La direction politique doit être partagée entre les organisations parties prenantes de cette lutte et être l’émanation et la synthèse de toutes les forces combattantes, publiques ou non, se situant sans ambiguïté dans u Partitu Corsu. Cela implique le droit de critique fraternelle, mais aussi une solidarité réelle et non à sens unique ».

Bientôt, différents sigles, éphémères pour les uns, de longue durée pour d’autres apparaissent sur le terrain de l’action politicomilitaire… Une série d’opérations commandos survient dans l’Extrême Sud comme à Cala Longa et à Balistra. Des banques sont également plastiquées à Bastia…

Un appel au débat

En septembre 1990, le front organise une nouvelle conférence de presse. Le porte-parole précise que « nous sommes aujourd’hui à l’heure des choix décisifs ». Et de poursuivre :

« Continuer à taire, au nom d’une unité de façade, les divergences internes à la LLN serait suicidaire et de nature à confiner au Parti unique. Les assumer dans la clarté, en assurant à chacun le droit à la parole et le droit de contribuer à une décision collective, voilà qui permet d’envisager une nouvelle dimension à notre combat ».

Lors de cette conférence il est également fait état « d’une intoxication de grande envergure qui a été dirigée contre des responsables nationalistes. Cette campagne ne peut être le fruit du hasard, il suffit de relire l’histoire des différentes luttes de libération nationale dans le monde pour en tirer les leçons qui s’imposent ».

Une opération désavouée

Une action organisée structurellement et au niveau national par de nombreux commandos et concernant la diffusion du journal du front « u Ribellu » sera remise en cause dans un communiqué rendu public le 9 octobre 1990.

Dans ce communiqué il est clairement énoncé que « L’opération menée par des militants auprès des médias dans la soirée du 8 octobre ne peut être assumée par notre structure. En effet les textes signés en notre nom sont contradictoires avec ceux qui, recueillant l’assentiment majoritaire, ont été revendiqués après la communication de notre dernière conférence de presse et lors de la diffusion de notre message vidéo de Corti qui avait été décidé après un vote unanime de notre cunsigliu. » Et de préciser : « Il appartient donc à ceux qui ne se reconnaissent plus dans cette stratégie, ni dans cette philosophie de lutte de se doter des moyens structurels de leur choix », tout en n’omettant pas d’afficher clairement que « nous refusons la logique de l’affrontement interne entre militants ».

En novembre 1990, un communiqué de même ton situe les enjeux : « Dans une communication, nous avons pris acte du fait que des militants s’étaient placés d’eux-mêmes en dehors de notre structure, car à aucun moment la forme et le fond de ce document n’avaient été débattu au sein de notre mouvement. Autre fait très significatif, à aucun moment, ces mêmes militants n’avaient exprimé la volonté d’exposer leur point de vue au sein de leur organisation. Au nombre de 112, ces militants n’ont cependant pas tous agi dans le même but.

Un petit nombre d’entre eux ont sciemment organisé ce coup de force interne par la diffusion d’un document remettant en cause, sur le fond, notre conception du rôle de direction et de synthèse politique pour revenir à de vieilles conceptions dirigistes et autoritaristes. (…) d’autres militants ont mésestimé la portée de leur acte. Voulant lui donner un caractère purement de protestation interne, ils n’ont pas souhaité pour autant, remettre en cause les choix politiques de fond que nous partageons tous. Des contacts seront progressivement établis pour envisager la forme d’éventuelles réintégrations. Une bonne partie, abusée par quelques responsables, a enfin agi en pensant être dans un cadre structurel. Ils n’ont donc pas commis de faute. Certains d’entre eux ont déjà été réintégrés. D’autres le seront à moyen terme s’ils le souhaitent ».

Entre temps, après l’ALNC, un nouveau sigle, « Resistenza » officialise sa présence armée face à l’Etat français.

400 militants en armes à u Borgu !


Dans la nuit du 26 novembre 1990, près de 400 militants officialisent sur les hauteurs de Borgu une philosophie politique qui se veut « le prolongement de ces 15 années de lutte, de la philosophie politique de l’avant-projet de société proposé au débat fin 89, de notre communication de Borgu d’août 90 et du numéro d’octobre 1990 de notre journal « U Ribellu » Le FLNC canal historique s’affirme comme une continuité structurelle de la Lutte de Libération Nationale. Il s’affirmera au fil du temps comme une organisation politique et militaire efficace et incontournable.

Durant cette conférence de presse nocturne différentes précisions sont apportées. Concernant la situation interne le Front est très explicite : « Malheureusement certaines pratiques qui avaient commencé à poindre dans le fonctionnement de notre organisation ont éclaté au grand jour lorsque est venu le moment d’avoir ce débat interne. Incompatibles avec l’idée que se fait notre peuple d’un militant de la lutte, ont fait éclater des contradictions à l’intérieur de notre structure. Il est apparu alors que le code d’authentification de notre canal de revendication, instrument technique essentiel de légitimité extérieure, a été détourné de sa destination.

Ce coup d’état interne a été officialisé par la conférence de presse du 19 septembre, de laquelle a été écartée de facto, la grande majorité des militants de notre organisation. Plus grave, dans cette conférence de presse il a été fait état de soi-disant divergences alors qu’il n’y avait pas eu le moindre commencement de débat ».

Le FLNC donne également son appréciation de la société : « Notre organisation a précisé notamment dans son avant-projet de société, la philosophie générale de son combat, les fondements idéologiques d’une stratégie qui, par l’auto organisation du peuple, doit amener à une rupture avec le capitalisme et la construction d’une société corse socialiste et souveraine. » concernant l’emploi de l‘action armée, il en définit les contours : « La lutte armée constitue pour notre organisation un niveau fondamentalement politique et s’inscrit dans une perspective de lutte globale. »

Enfin sur l’Etat français il rappelle une donnée essentielle du mouvement de libération nationale : « Nous appelons le peuple corse à se mobiliser pour contraindre l’Etat français, le gouvernement actuel, à s’engager enfin dans une authentique politique de décolonisation ».

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 1991, plusieurs actions commandos sont organisées sur l’île, à Porti Vechju, Saone, Anghjone, Sant’Ambrogiu, et Campumoru notamment.

Le FLNC commence à démontrer l’efficacité de ses frappes militaires qui n’arrêteront pas dans la décennie à venir…

U sicondu quaternu

Le 28 mars, le FLNC Historique présente au débat le second volet d’un projet de société confirmant en l’occurrence son choix d’un socialisme à visage humain.

Ce choix idéologique s’appuie sur une très longue analyse : « Cette philosophie politique, c’est en premier lieu l’ensemble des forces qui luttent pour la souveraineté nationale, sur tous les aspects et les sigles qu’elle recouvre, de la lutte politico-militaire aux associations de quartier. Les nationalistes corses impulsent les structures d’auto-organisation qui accéléreront le dépérissement des rapports sociaux de colonisation.

Ce combat multiforme garantit le pluralisme des expressions du peuple corse, assure son unité dans la diversité et il est la condition sine qua non de la société socialiste et démocratique de demain. Il s’agit pour nous de permettre à notre peuple de disposer du maximum d’instruments pour se libérer, et d’impulser à son tour la dynamique révolutionnaire de la lutte de libération. Une lutte révolutionnaire ne peut être que populaire. »

Le FLNC rappelle également que la culture est le pilier de résistance et vecteur d’émancipation ». Quant à l’État français, il affirme que ce dernier « n’a pas modifié fondamentalement son attitude par rapport à la Corse, et nous ne pouvons que constater sa volonté constante de réduire la revendication nationale, par le recours à des interlocuteurs privilégiés qui au travers de diverses institutions, lui servent à masquer la réalité coloniale. Même si ces derniers se donnent une image plus moderne et plus attrayante, le clan « new look » sert, comme l’ancien de pilier à la présence française ».

Un mouvement public recomposé

Entre-temps, a Cuncolta Naziunalista connaît des départs qui matérialiseront par la suite la mise en place du Mouvement Pour l’Autodétermination. A Cuncolta Naziunalista renoue de nombreux contacts avec différentes formations nationalistes pour essayer à terme de mettre en place un dessein unitaire.

Le samedi 15 juin 1991, ils sont plusieurs milliers à manifester à Aiacciu sous un mot d’ordre très clair dans son affichage : « Corsica Nazione ». Ce mot d’ordre sera bientôt une démarche unitaire qui pèsera beaucoup dans la vie politique insulaire…

Un canal habituel en congrès

Pour sa part le FLNC canal habituel tient un congrès au mois de mars 1991, où 172 délégués selon sa déclaration finale ont adopté un grand nombre de résolutions tant politiques que structurelles. Ainsi trois obstacles sont identifiés :

Le colonialisme d’abord qui suscite une totale intégration de la Corse aux intérêts d’une Europe de la spécialisation par zones, c’est-à-dire de la négation d’un développement harmonieux de notre pays voué au tout-tourisme. Un choix qui se traduit par le ravalement de la façade claniste par l’intermédiaire d’un nouveau clan d’apparence plus moderne.

Les forces conservatrices de l’île qui défendent avec acharnement leurs privilèges ancestraux et redoutent la montée en puissance d’un combat qui remet en question leurs mécanismes de sujétion.

Des éléments archaïques se définissant comme « révolutionnaires » qui n’ont tiré aucun enseignement de l’histoire et rejettent le fond et les formes du combat d’autodétermination pour s’agripper à de vieilles traditions de lutte alliant l’intégrisme au marxisme-léninisme le plus orthodoxe. »

Sont également mis en relief différents points considérés comme évolutifs et qui selon cette déclaration finale « autorisent d’envisager une dynamique de lutte populaire regroupant toutes les forces progressistes de l’île. L’heure n’est donc plus au regroupement frileux des chapelles. De grandes perspectives de lutte commune, à la base et sur le terrain, existent. Il faut les saisir car il en va de l’avenir de notre peuple ».

« Amplifier la lutte… »

Dans la nuit du 4 au 5 juillet 1991, le FLNC historique mène une action commando contre les locaux de la DDE à Bastia.

Quelques heures plus tard un communiqué en authentifie l’organisation. L’heure est au combat et à son renforcement. Le FLNC donne son approche de la situation européenne : « L’Europe des peuples est en mouvement contre les Etats colonialistes, d’Euzkadi en Irlande, des peuples baltes à la Slovénie. En Corse, en niant l’existence d’une communauté multi-séculaire, comme par ailleurs dans la crise yougoslave, en défendant à tout prix, et contre la volonté des peuples concernés, le maintien de la structure étatique, l’Etat français s’oppose au processus d’autodétermination et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Et de terminer ainsi : « Notre peuple, en amplifiant la lutte sur tous les terrains, accélérera le processus irréversible de sa marche vers la souveraineté nationale ».

De nouveau aux « Ghjurnati di Corti » !

Les « ghjurnati di Corti » du 9, 10 et 11 août 1991 sont l’occasion pour le FLNC historique de se manifester. Le thème majeur est à l’union des forces patriotiques. Il en précise la projection : « Notre intervention ici et aujourd’hui, n’est dictée par aucune considération subalterne de médiatisation et encore moins par on ne sait quelle prétention à un dirigisme hors de saison. Elle est motivée par le sentiment que, au seuil de 1992, à l’orée de l’an 2000, la Corse, le peuple corse sont à un carrefour de l’histoire. Les toutes prochaines années peuvent être celles de tous les dangers, mais aussi celles de tous les espoirs. La tournure des évènements dépendra non pas de l’action si percutante soit-elle, d’une seule organisation publique ou clandestine, mais de nos efforts conjugués, de notre lutte concertée, commune. » Et d’ajouter : « c’est parce que notre volonté demeure d’être naturellement à l’écoute de toutes les aspirations profondes de notre peuple, que notre solidarité politique s’exprime aujourd’hui nécessairement vers l’espace de convergence que constitue le mouvement national corse. »

Enfin à l’adresse de l’Etat il énonce que « c’est de vos actes, de vos décisions, que dépend désormais l’évolution des évènements ».

Une nouvelle conférence de presse

En janvier 1992, le FLNC historique tient une nouvelle conférence de presse. Le but affiché est sa participation à l’union nationale. Entre-temps, le dimanche 22 décembre 1991, à Bastia, Corsica Nazione donne son premier meeting public en présence d’Edmond Simeoni et des formations Cuncolta Naziunalista, ANC, UPC, I Verdi Corsi et Per u Paese.

Pour le FLNC, la Corse connaît « une crise politique, économique et morale sans précédent. Là est la véritable source de violence. » Et de réaffirmer son approche de l’union : « l’union du mouvement national, dans le respect des principes du pluralisme et de la démocratie, ouvre plus largement la voie à la reconquête de notre souveraineté ».

Un vote massif

L’union du mouvement national que le FLNC historique soutient, fait une entrée fracassante à l’occasion des élections territoriales de mars 1992. « Resistenza » également appelle à soutenir à cette occasion la démarche « Corsica Nazione ». Avec 22 000 voix exprimées à son égard, Corsica Nazione s’affirme comme une donnée incontournable de la collectivité.

Mais les « anti-statuts » ou le ticket Rocca Serra - Giacobbi et Alfonsi s’emparent des leviers de l’institution…. Le MPA également fait un honorable score et entre à la collectivité. Mais la situation n’évolue guère…

Nouveaux et dangereux accrocs

Pas plus que n’évolueront guère les rapports inter-organisations nationalistes... A l’occasion du procès de Jean-Michel Rossi et Jean-Dominique Allegrini à Paris, et suite à des propos tenus devant une juridiction française par l’un des co-accusés à l’égard du FLNC canal habituel, ce dernier réagit officiellement en interdisant à Jean-Michel Rossi de revenir en Corse… Les propos échangés ici et là traduisent l’état d’esprit qui prévaut à ce moment et qui ira en s’intensifiant…

« On ne peut accorder à l’Assemblée de Corse un rôle moteur »

Le FLNC historique continue pour sa part d’occuper le terrain médiatique et d’expliquer ses thèses quant à l’union et à la collectivité territoriale. Dans une interview accordée à Jean-René Laplayne directeur du journal « La Corse », il répond à un certain nombre de questions. Sur l’union le FLNC précise : « Dès à présent, Corsica Nazione est une expérience vivante de pluralisme réel, de pluralisme en action et pas uniquement en théorie.

Elle est une garantie de sauvegarde et de défense démocratique contre toute éventuelle prétention de caractère hégémonique ».

Sur la collectivité territoriale le Front tout en rappelant la portée du projet « Joxe » qui n’a jamais eu pour finalité d’apporter une profonde et réelle solution politique, affiche les limites sur la collectivité du moment : « Dans ces conditions, on ne peut accorder à cette Assemblée – et encore moins à son exécutif – un quelconque rôle moteur ; même si elle peut être ponctuellement une caisse de résonance des revendications populaires.

Il appartient au peuple corse de dénoncer les pseudo solutions ». Quant aux rapports entre les composantes du mouvement national, le Front rappelle que les « clarifications intervenues dans la mouvance nationalistes sont d’ordre politique et éthique ».

La déclaration d’indépendance

En juillet 1992, le FLNC historique dans une conférence de presse tenue à la Testa Vintilegna à Figari, renouvelle sans ambages son choix indépendantiste.

Il affirme : « Le moment est venu pour notre peuple, dans sa marche vers la libération, de poser la question de sa souveraineté dans toutes ses dimensions.

Trop d’exemples – et pas seulement en Afrique – montrent certes, qu’entre la paille du mot et le grain de la réalité, il peut y avoir un abîme. Qu’il ne suffit pas de revendiquer voire de proclamer une indépendance formelle pour bénéficier d’une indépendance réelle. L’indépendance suppose à l’intérieur la responsabilisation de tous et de chacun et constitue le prolongement du droit à l’autodétermination. »

L’impôt révolutionnaire

La dynamique d’union n’échappe pas aux dissensions politiques malgré la pluralité affichée. Des thèmes sont publiquement évoqués et figés comme l’impôt révolutionnaire.

L’ANC, partie prenante de la démarche Corsica Nazione monte au créneau. Le canal habituel officialise l’abandon de cet usage : « La remise en cause de cet impôt par le FLNC ne doit pas être interprétée comme la modification d’une approche morale, ni à fortiori de la philosophie politique qui sous-tend notre existence. Il s’agit d’une décision inscrite dans une évolution cohérente où les éléments de conjoncture ont leur part.

Il ne nous a jamais échappé que la pratique de l’impôt révolutionnaire pouvait comporter des aspects pervers ». Quant à la menace proférée à l’encontre de Jean-Michel Rossi, il précise que « le FLNC réagit à une double menace proférée à titre officiel, devant une juridiction coloniale. (…) Le FLNC reste intransigeant sur le chapitre de la sécurité. En l’état, la menace à l’encontre des militants de notre organisation reste d’actualité… ».

Pour le canal historique, l’analyse diverge sur le sujet. Dans une communication en octobre 1992, il en précise la situation et la portée : « Dans ce climat troublé où toutes les dérives sont possibles, de nombreuses questions interpellent notre peuple. Elles sont naturellement débattues au sein du mouvement national.

Depuis toujours l’Etat français vise à assimiler le mouvement national au banditisme. Ses campagnes de déstabilisation ont toutes échoué. Le débat actuel porté sur la place publique sur le rôle et l’importance de l’impôt révolutionnaire au sein de notre lutte relève de ces manoeuvres. Le préfet de police et le Ministre de l’Intérieur français n’ont pas dérogé à la règle en s’efforçant de récupérer au profit de l’Etat colonial les errances de certains.

Dès sa création, notre organisation, le Front de Libération National de la Corse, a utilisé l’impôt révolutionnaire comme instrument nécessaire au développement de la lutte historique du peuple corse. Cet impôt n’a jamais constitué un blancseing ou une quelconque garantie pour ceux qui s’en acquittent (…). De par notre éthique, nous avons su en temps utile mettre un terme à tout ce qui tendait à détourner la nature et la destination de cet impôt. Aujourd’hui la crédibilité croissante de notre lutte fait que l’impôt révolutionnaire ne constitue d’ailleurs qu’une part très réduite de nos ressources.

Les autres concours financiers dont la lutte de Libération Nationale bénéficie représentent l’apport essentiel. Cette participation volontaire, émanant de toutes les couches de notre peuple démontre l’enracinement de notre lutte. En revanche cette nouvelle campagne d’intoxication encourage l’usurpation de notre sigle pour pratiquer le racket. » Le climat inter-nationaliste s’alourdit un peu plus, d’autant plus que des arrestations médiatiques sur ce sujet affectent des militants nationalistes et même un élu territorial de Corsica Nazione…

Une nuit bleue

Dans la nuit du 17 janvier 1993, plus de cinquante opérations sont menées sur l’ensemble de l’île. Le FLNC historique revendique dédiant l’ensemble de ces actions à Stefanu Cardi. Il en précise également la nature : « Par ces actions nous entendons dénoncer l’entreprise de spéculation qui se développe sur l’ensemble de la terre corse : elle se traduit par un accaparement du littoral ». Et de développer : « nous dénonçons l’irresponsabilité qui prévaut à l’établissement de POS totalement surréalistes ».

Actions contre la fraude

En mai 1993, le FLNC historique s’attaque à la fraude qui pervertit en Corse la représentation électorale et donc démocratique.

Il est ainsi clairement énoncé : « Nos actions ont pour motivation essentielle non pas de neutraliser ou de mettre hors circuit électoraliste tel ou tel technicien de la fraude : elles sont dirigées contre la fraude elle-même qui porte atteinte à la liberté d’expression des citoyens, à leur dignité. » Entre temps, Charles Pasqua est de nouveau ministre de l’intérieur, avec un « nouveau » discours…

Nouvelle conférence de presse

Le 22 juin 1993, une nouvelle conférence de presse est donnée dans le sud de l’île. Le temps est à la réflexion : « il y a un an, le 14 juillet 1992, notre mouvement dans une déclaration reprenait le thème de l’indépendance, faisait le point de la situation, situait les enjeux, esquissait les perspectives d’évolution en Corse et hors de Corse. Ces réflexions soumises à débat public et donc à critiques et amendements éventuels étaient destinées à mieux comprendre notre action dont le seul objectif est de donner et de redonner à l’ensemble du peuple, moteur et promoteur de sa propre histoire, tous les moyens de vivre chez lui de son travail ». Et de critiquer la politique de l’Etat français : « Pour notre part nous n’en sommes pas dupes : de Giscard à Mitterand, en passant par Joxe, Pasqua et consorts, la politique de l’Etat en Corse n’a jamais varié. Sa logique est demeurée fondamentalement la même : parler d’aménagement du territoire pour conserver les leviers essentiels de sa domination politique, économique, sociale, culturelle. »

Ulivieru Sauli

 

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