Depuis 30 ans, le FLNC est un acteur principal de la scène politique en Corse. La rédaction
du Ribombu a choisi de revenir en détail sur l’histoire de ces trente années de lutte.
Dans notre précédente édition, nous traitions des conditions de la création de l’organisation
clandestine. et des années 80. Ce mois-ci, nous évoquons le début des années 90. A
suivre...
En 1990, le FLNC soumet
un projet de société au
peuple Corse, et sa présentation
dépasse tout naturellement
les frontières insulaires
pour se répandre au
sein de l’opinion internationale.
Présenté comme
révolutionnaire, embrassant
tous les aspects du
problème corse et explorant
les voies et les
moyens de sa solution, ce
projet officialisé lors d’une
conférence de presse le
vendredi 29 décembre
1989 avec plus de 100 militants
armés dans la région
d’Aiacciu traduit à ce
moment donné, une participation
du Front à l’évolution
de la société.
Toutefois, cette participation
comme la réflexion
qui l’anime laisseront progressivement
la place aux
dissonances et dissensions
internes – politiques et
personnelles – engendrant
à terme un affrontement
meurtrier inter militants
dont l’Etat français en
récoltera les fruits…
Nouvelles mises
en gardes…
Alors que a Cuncolta
Naziunalista organise à
l’échelle de la Corse des
réunions publiques sur le
thème repris du projet de
société du FLNC et qui
suscite un intéressement
populaire, le Front de son
côté intervient ponctuellement
contre certains projets
immobiliers spéculatifs.
Des actions sont ainsi
organisées sur l’île de
Cavaddu, et à Linguizetta.
Mais dans une communication
en date du 13/02/1990
le Front dénonce une «
attaque massive contre le
mouvement de libération
nationale, en créant des
conditions propices à la
liquidation de militants
nationalistes ». Une sévère
menace est prononcée à
l’égard de ceux qui
seraient à l’origine de cette
attaque : « Nous n’hésiteront
pas une seule seconde,
comme nous l’avons
montré par le passé, à leur
faire chèrement payer leur
sinistre calcul ».
Le 5 mars, un nouveau
communiqué étaye avec
des éléments « un plan de
liquidation » affirmé
comme « enclenché ». Sont
mis en cause un « illustre
chef de clan de la Haute-
Corse », des « personnalités
du milieu » ainsi que «
certains inspecteurs RG ».
La stratégie
anti-FLNC
Le jeudi 10 mai 1990, U
Ribombu publie un document
qui est un rapport
émanant de la cellule «
antiterroriste » de l’Elysée
et qui serait discrètement
diffusé à certains médias
pour amplifier une campagne
anti-FLNC au
moment où ce dernier, il
est vrai, gagne en popularité
politique.
Ce document accréditerait
ainsi les mises en garde
antérieures de l’organisation.
Il y est fait bizarrement
allusion aux « récents
dissidents » et à « l’expansionnisme
crapuleux de
certains membres de A
CUNCOLTA NAZIUNALISTA
» qui menacerait à
terme des gangs solidement
implantés dans
l’île »…
« La volonté
d’être un lieu de
synthèse »
I ghjurnati di Corti sont
l’occasion pour le FLNC, à
travers une vidéocassette
regroupant plus de 150
militants présents sur u
pianu di a battaglia di u
Borgu, de réaffirmer ses
objectifs politiques. Outre
le fait qu’il rappelle son
attachement à « l’autoorganisation
et l’union des
forces de progrès », le
Front précise également sa
conception de sa place
dans la lutte : «
Aujourd’hui des milliers de
femmes et d’hommes participent
à ce même combat.
Tous doivent être en
mesure d’influer sur des
positionnements d’ensemble.
Refusant d’être
une élite, nous n’avons pas
à confisquer, au nom du
mythe de la clandestinité,
le pouvoir politique de
construire une nouvelle
société corse. C’est bien
parce que nous avons toujours
eu le souci de consolider
une telle démarche
que nous avons su nous
préserver des dérives de
type militariste ou légaliste.
Nous devons, tout au
contraire donner l’exemple
par le comportement et
l’engagement exemplaires
de nos militants. Nous
devons, grâce à cette
exemplarité, démontrer
que nous sommes des
ardents constructeurs
d’une Corse souveraine
débarrassée de toute forme
de sujétion et de toute
trace de colonialisme y
compris jusque dans notre
propre fonctionnement.
Sur le plan structurel :
cette volonté d’être un lieu
de synthèse se traduira par
des évolutions. Celles-ci
feront l’objet d’un important
débat interne. »
« Le peuple
corse en lutte ne
peut se priver
d’aucun moyen ».
Pratiquement au même
moment, en juillet,
l’Accolta Naziunale Corsa,
formation publique qui
s’est créée le 24 octobre
1989, lors de ses « ghjurnati
di l’isuli di u meditarraniu
» précise lors de son
discours de politique générale
: « L’ANC est une
organisation publique mais
elle estime que le peuple
corse en lutte ne peut se
priver d’aucun moyen lui permettant de faire aboutir
ses revendications et recouvrer
sa souveraineté.
L’action politique armée est
un de ces moyens.
Toutefois comme il ne peut
y avoir de hiérarchisation
des organisations, il ne
peut y avoir hiérarchisation
des moyens. Cette action
devra veiller à ne jamais se
couper du peuple en lutte
sous peine d’être assimilée
au terrorisme ou d’être
entraînée vers des dérives
militaristes ou putschistes ;
notre peuple se détournerait
alors de ce type d’action
et le colonialisme
pourra en toute liberté
exercer sa répression.
Quant à la direction politique,
l’ANC affirme : « La
direction politique doit être
partagée entre les organisations
parties prenantes de
cette lutte et être l’émanation
et la synthèse de
toutes les forces combattantes,
publiques ou non,
se situant sans ambiguïté
dans u Partitu Corsu. Cela
implique le droit de critique
fraternelle, mais aussi
une solidarité réelle et non
à sens unique ».
Bientôt, différents sigles,
éphémères pour les uns,
de longue durée pour
d’autres apparaissent sur le
terrain de l’action politicomilitaire…
Une série d’opérations
commandos survient
dans l’Extrême Sud
comme à Cala Longa et à
Balistra. Des banques sont
également plastiquées à
Bastia…
Un appel au
débat
En septembre 1990, le
front organise une nouvelle
conférence de presse. Le
porte-parole précise que «
nous sommes aujourd’hui à
l’heure des choix décisifs ».
Et de poursuivre :
« Continuer à taire, au nom
d’une unité de façade, les
divergences internes à la
LLN serait suicidaire et de
nature à confiner au Parti
unique. Les assumer dans
la clarté, en assurant à chacun
le droit à la parole et
le droit de contribuer à une
décision collective, voilà
qui permet d’envisager une
nouvelle dimension à notre
combat ».
Lors de cette conférence il
est également fait état «
d’une intoxication de grande
envergure qui a été dirigée
contre des responsables
nationalistes. Cette
campagne ne peut être le
fruit du hasard, il suffit de
relire l’histoire des différentes
luttes de libération
nationale dans le monde
pour en tirer les leçons qui
s’imposent ».
Une opération
désavouée
Une action organisée
structurellement et au
niveau national par de
nombreux commandos et
concernant la diffusion du
journal du front « u Ribellu »
sera remise en cause dans
un communiqué rendu
public le 9 octobre 1990.
Dans ce communiqué il est
clairement énoncé que
« L’opération menée par
des militants auprès des
médias dans la soirée du 8
octobre ne peut être assumée
par notre structure. En
effet les textes signés en
notre nom sont contradictoires
avec ceux qui,
recueillant l’assentiment
majoritaire, ont été revendiqués
après la communication
de notre dernière
conférence de presse et
lors de la diffusion de
notre message vidéo de
Corti qui avait été décidé
après un vote unanime de
notre cunsigliu. »
Et de préciser : « Il appartient
donc à ceux qui ne se
reconnaissent plus dans
cette stratégie, ni dans cette
philosophie de lutte de se
doter des moyens structurels
de leur choix », tout en
n’omettant pas d’afficher
clairement que « nous refusons
la logique de l’affrontement
interne entre militants
».
En novembre 1990, un
communiqué de même ton
situe les enjeux : « Dans
une communication, nous
avons pris acte du fait que
des militants s’étaient placés
d’eux-mêmes en dehors
de notre structure, car à
aucun moment la forme et
le fond de ce document
n’avaient été débattu au
sein de notre mouvement.
Autre fait très significatif, à
aucun moment, ces mêmes
militants n’avaient exprimé
la volonté d’exposer leur
point de vue au sein de
leur organisation. Au
nombre de 112, ces militants
n’ont cependant pas
tous agi dans le même but.
Un petit nombre d’entre
eux ont sciemment organisé
ce coup de force interne
par la diffusion d’un document
remettant en cause,
sur le fond, notre conception
du rôle de direction et
de synthèse politique pour
revenir à de vieilles
conceptions dirigistes et
autoritaristes. (…) d’autres
militants ont mésestimé la
portée de leur acte. Voulant
lui donner un caractère
purement de protestation
interne, ils n’ont pas souhaité
pour autant, remettre
en cause les choix politiques
de fond que nous
partageons tous. Des
contacts seront progressivement
établis pour envisager
la forme d’éventuelles réintégrations.
Une bonne partie,
abusée par quelques
responsables, a enfin agi
en pensant être dans un
cadre structurel. Ils n’ont
donc pas commis de faute.
Certains d’entre eux ont
déjà été réintégrés. D’autres
le seront à moyen terme
s’ils le souhaitent ».
Entre temps, après
l’ALNC, un nouveau sigle,
« Resistenza » officialise sa
présence armée face à
l’Etat français.
400 militants en
armes à u Borgu !
Dans la nuit du 26
novembre 1990, près de
400 militants officialisent
sur les hauteurs de Borgu
une philosophie politique
qui se veut « le prolongement
de ces 15 années de
lutte, de la philosophie
politique de l’avant-projet
de société proposé au
débat fin 89, de notre communication
de Borgu
d’août 90 et du numéro
d’octobre 1990 de notre
journal « U Ribellu » Le
FLNC canal historique s’affirme
comme une continuité
structurelle de la Lutte
de Libération Nationale. Il
s’affirmera au fil du temps
comme une organisation
politique et militaire efficace
et incontournable.
Durant cette conférence
de presse nocturne différentes
précisions sont
apportées. Concernant la
situation interne le Front
est très explicite : «
Malheureusement certaines
pratiques qui avaient commencé
à poindre dans le
fonctionnement de notre
organisation ont éclaté au
grand jour lorsque est venu
le moment d’avoir ce débat
interne. Incompatibles avec
l’idée que se fait notre
peuple d’un militant de la
lutte, ont fait éclater des
contradictions à l’intérieur
de notre structure. Il est
apparu alors que le code
d’authentification de notre
canal de revendication, instrument
technique essentiel
de légitimité extérieure, a
été détourné de sa destination.
Ce coup d’état interne
a été officialisé par la
conférence de presse du 19
septembre, de laquelle a
été écartée de facto, la
grande majorité des militants
de notre organisation.
Plus grave, dans cette
conférence de presse il a
été fait état de soi-disant
divergences alors qu’il n’y
avait pas eu le moindre
commencement de débat ».
Le FLNC donne également
son appréciation de la
société : « Notre organisation
a précisé notamment
dans son avant-projet de
société, la philosophie
générale de son combat,
les fondements idéologiques
d’une stratégie qui,
par l’auto organisation du
peuple, doit amener à une
rupture avec le capitalisme
et la construction d’une
société corse socialiste et
souveraine. » concernant
l’emploi de l‘action armée,
il en définit les contours : «
La lutte armée constitue
pour notre organisation un
niveau fondamentalement
politique et s’inscrit dans
une perspective de lutte
globale. »
Enfin sur l’Etat français il
rappelle une donnée essentielle
du mouvement de
libération nationale : «
Nous appelons le peuple
corse à se mobiliser pour
contraindre l’Etat français,
le gouvernement actuel, à
s’engager enfin dans une
authentique politique de
décolonisation ».
Dans la nuit du 2 au 3
janvier 1991, plusieurs
actions commandos sont
organisées sur l’île, à Porti
Vechju, Saone, Anghjone,
Sant’Ambrogiu, et
Campumoru notamment.
Le FLNC commence à
démontrer l’efficacité de
ses frappes militaires qui
n’arrêteront pas dans la
décennie à venir…
U sicondu
quaternu
Le 28 mars, le FLNC
Historique présente au
débat le second volet d’un
projet de société confirmant
en l’occurrence son
choix d’un socialisme à
visage humain.
Ce choix idéologique
s’appuie sur une très
longue analyse : « Cette
philosophie politique, c’est
en premier lieu l’ensemble
des forces qui luttent pour
la souveraineté nationale,
sur tous les aspects et les
sigles qu’elle recouvre, de
la lutte politico-militaire
aux associations de quartier.
Les nationalistes
corses impulsent les structures
d’auto-organisation
qui accéléreront le dépérissement
des rapports
sociaux de colonisation.
Ce combat multiforme
garantit le pluralisme des
expressions du peuple
corse, assure son unité
dans la diversité et il est la
condition sine qua non de
la société socialiste et
démocratique de demain.
Il s’agit pour nous de permettre
à notre peuple de
disposer du maximum
d’instruments pour se libérer,
et d’impulser à son
tour la dynamique révolutionnaire
de la lutte de
libération. Une lutte révolutionnaire
ne peut être
que populaire. »
Le FLNC rappelle également
que la culture est le
pilier de résistance et vecteur
d’émancipation ».
Quant à l’État français, il
affirme que ce dernier «
n’a pas modifié fondamentalement
son attitude par
rapport à la Corse, et nous
ne pouvons que constater
sa volonté constante de
réduire la revendication
nationale, par le recours à
des interlocuteurs privilégiés
qui au travers de
diverses institutions, lui
servent à masquer la réalité
coloniale. Même si ces
derniers se donnent une
image plus moderne et
plus attrayante, le clan «
new look » sert, comme
l’ancien de pilier à la présence
française ».
Un mouvement
public recomposé
Entre-temps, a Cuncolta
Naziunalista connaît des
départs qui matérialiseront
par la suite la mise en
place du Mouvement Pour
l’Autodétermination. A
Cuncolta Naziunalista
renoue de nombreux
contacts avec différentes
formations nationalistes
pour essayer à terme de
mettre en place un dessein
unitaire.
Le samedi 15 juin 1991,
ils sont plusieurs milliers à
manifester à Aiacciu sous
un mot d’ordre très clair
dans son affichage : «
Corsica Nazione ». Ce mot
d’ordre sera bientôt une
démarche unitaire qui
pèsera beaucoup dans la
vie politique insulaire…
Un canal habituel
en congrès
Pour sa part le FLNC
canal habituel tient un
congrès au mois de mars
1991, où 172 délégués
selon sa déclaration finale
ont adopté un grand
nombre de résolutions tant
politiques que structurelles.
Ainsi trois obstacles sont
identifiés :
Le colonialisme d’abord
qui suscite une totale intégration
de la Corse aux
intérêts d’une Europe de la
spécialisation par zones,
c’est-à-dire de la négation
d’un développement harmonieux
de notre pays
voué au tout-tourisme. Un
choix qui se traduit par le
ravalement de la façade
claniste par l’intermédiaire
d’un nouveau clan d’apparence
plus moderne.
Les forces conservatrices
de l’île qui défendent avec
acharnement leurs privilèges
ancestraux et redoutent
la montée en puissance
d’un combat qui remet
en question leurs mécanismes
de sujétion.
Des éléments archaïques
se définissant comme «
révolutionnaires » qui
n’ont tiré aucun enseignement
de l’histoire et rejettent
le fond et les formes
du combat d’autodétermination
pour s’agripper à de
vieilles traditions de lutte
alliant l’intégrisme au
marxisme-léninisme le plus
orthodoxe. »
Sont également mis en
relief différents points
considérés comme évolutifs
et qui selon cette
déclaration finale « autorisent
d’envisager une dynamique
de lutte populaire
regroupant toutes les
forces progressistes de l’île.
L’heure n’est donc plus au
regroupement frileux des
chapelles. De grandes
perspectives de lutte commune,
à la base et sur le
terrain, existent. Il faut les
saisir car il en va de l’avenir
de notre peuple ».
« Amplifier la
lutte… »
Dans la nuit du 4 au 5
juillet 1991, le FLNC historique
mène une action
commando contre les
locaux de la DDE à Bastia.
Quelques heures plus tard
un communiqué en
authentifie l’organisation.
L’heure est au combat et à
son renforcement. Le FLNC
donne son approche de la
situation européenne : «
L’Europe des peuples est
en mouvement contre les
Etats colonialistes,
d’Euzkadi en Irlande, des
peuples baltes à la
Slovénie. En Corse, en
niant l’existence d’une
communauté multi-séculaire,
comme par ailleurs
dans la crise yougoslave,
en défendant à tout prix,
et contre la volonté des
peuples concernés, le
maintien de la structure
étatique, l’Etat français
s’oppose au processus
d’autodétermination et au
droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes ». Et de
terminer ainsi : « Notre
peuple, en amplifiant la
lutte sur tous les terrains,
accélérera le processus
irréversible de sa marche
vers la souveraineté nationale
».
De nouveau aux
« Ghjurnati di
Corti » !
Les « ghjurnati di Corti »
du 9, 10 et 11 août 1991
sont l’occasion pour le
FLNC historique de se
manifester. Le thème
majeur est à l’union des
forces patriotiques. Il en
précise la projection : «
Notre intervention ici et
aujourd’hui, n’est dictée
par aucune considération
subalterne de médiatisation
et encore moins par
on ne sait quelle prétention
à un dirigisme hors de
saison. Elle est motivée par
le sentiment que, au seuil
de 1992, à l’orée de l’an
2000, la Corse, le peuple
corse sont à un carrefour
de l’histoire. Les toutes
prochaines années peuvent
être celles de tous les dangers,
mais aussi celles de
tous les espoirs. La tournure
des évènements dépendra
non pas de l’action si
percutante soit-elle, d’une
seule organisation
publique ou clandestine,
mais de nos efforts conjugués,
de notre lutte
concertée, commune. » Et
d’ajouter : « c’est parce
que notre volonté demeure
d’être naturellement à
l’écoute de toutes les aspirations
profondes de notre peuple, que notre solidarité
politique s’exprime aujourd’hui
nécessairement vers
l’espace de convergence
que constitue le mouvement
national corse. »
Enfin à l’adresse de l’Etat il
énonce que « c’est de vos
actes, de vos décisions, que
dépend désormais l’évolution
des évènements ».
Une nouvelle
conférence de
presse
En janvier 1992, le FLNC
historique tient une nouvelle
conférence de presse. Le
but affiché est sa participation
à l’union nationale.
Entre-temps, le dimanche
22 décembre 1991, à
Bastia, Corsica Nazione
donne son premier meeting
public en présence
d’Edmond Simeoni et des
formations Cuncolta
Naziunalista, ANC, UPC, I
Verdi Corsi et Per u Paese.
Pour le FLNC, la Corse
connaît « une crise politique,
économique et morale
sans précédent. Là est la
véritable source de violence.
» Et de réaffirmer son
approche de l’union : «
l’union du mouvement
national, dans le respect
des principes du pluralisme
et de la démocratie, ouvre
plus largement la voie à la
reconquête de notre souveraineté
».
Un vote massif
L’union du mouvement
national que le FLNC historique
soutient, fait une
entrée fracassante à l’occasion
des élections territoriales
de mars 1992. «
Resistenza » également
appelle à soutenir à cette
occasion la démarche «
Corsica Nazione ». Avec
22 000 voix exprimées à
son égard, Corsica
Nazione s’affirme comme
une donnée incontournable
de la collectivité.
Mais les « anti-statuts »
ou le ticket Rocca Serra -
Giacobbi et Alfonsi s’emparent
des leviers de
l’institution…. Le MPA
également fait un honorable
score et entre à la
collectivité. Mais la situation
n’évolue guère…
Nouveaux et
dangereux
accrocs
Pas plus que n’évolueront
guère les rapports
inter-organisations nationalistes...
A l’occasion du
procès de Jean-Michel
Rossi et Jean-Dominique
Allegrini à Paris, et suite à
des propos tenus devant
une juridiction française
par l’un des co-accusés à
l’égard du FLNC canal habituel,
ce dernier réagit officiellement
en interdisant à
Jean-Michel Rossi de revenir
en Corse… Les propos
échangés ici et là traduisent
l’état d’esprit qui prévaut à
ce moment et qui ira en
s’intensifiant…
« On ne peut accorder
à l’Assemblée de Corse
un rôle moteur »
Le FLNC historique continue
pour sa part d’occuper
le terrain médiatique et
d’expliquer ses thèses
quant à l’union et à la collectivité
territoriale. Dans
une interview accordée à
Jean-René Laplayne directeur
du journal « La Corse
», il répond à un certain
nombre de questions. Sur
l’union le FLNC précise : «
Dès à présent, Corsica
Nazione est une expérience
vivante de pluralisme réel,
de pluralisme en action et
pas uniquement en théorie.
Elle est une garantie de
sauvegarde et de défense
démocratique contre toute
éventuelle prétention de
caractère hégémonique ».
Sur la collectivité territoriale
le Front tout en rappelant
la portée du projet «
Joxe » qui n’a jamais eu
pour finalité d’apporter une
profonde et réelle solution
politique, affiche les limites
sur la collectivité du
moment : « Dans ces
conditions, on ne peut
accorder à cette Assemblée
– et encore moins à son
exécutif – un quelconque
rôle moteur ; même si elle
peut être ponctuellement
une caisse de résonance
des revendications populaires.
Il appartient au
peuple corse de dénoncer
les pseudo solutions ».
Quant aux rapports entre
les composantes du mouvement
national, le Front
rappelle que les « clarifications
intervenues dans la
mouvance nationalistes
sont d’ordre politique et
éthique ».
La déclaration
d’indépendance
En juillet 1992, le FLNC historique
dans une conférence
de presse tenue à la Testa
Vintilegna à Figari, renouvelle
sans ambages son choix indépendantiste.
Il affirme : « Le
moment est venu pour notre
peuple, dans sa marche vers
la libération, de poser la
question de sa souveraineté
dans toutes ses dimensions.
Trop d’exemples – et pas
seulement en Afrique –
montrent certes, qu’entre la
paille du mot et le grain de
la réalité, il peut y avoir un
abîme. Qu’il ne suffit pas
de revendiquer voire de
proclamer une indépendance
formelle pour bénéficier
d’une indépendance
réelle. L’indépendance suppose
à l’intérieur la responsabilisation
de tous et de
chacun et constitue le prolongement
du droit à l’autodétermination.
»
L’impôt
révolutionnaire
La dynamique d’union
n’échappe pas aux dissensions
politiques malgré la
pluralité affichée. Des
thèmes sont publiquement
évoqués et figés
comme l’impôt révolutionnaire.
L’ANC, partie
prenante de la démarche
Corsica Nazione monte au
créneau. Le canal habituel
officialise l’abandon de
cet usage : « La remise en
cause de cet impôt par le
FLNC ne doit pas être
interprétée comme la
modification d’une
approche morale, ni à fortiori
de la philosophie
politique qui sous-tend
notre existence. Il s’agit
d’une décision inscrite
dans une évolution cohérente
où les éléments de
conjoncture ont leur part.
Il ne nous a jamais échappé
que la pratique de
l’impôt révolutionnaire
pouvait comporter des
aspects pervers ». Quant à
la menace proférée à l’encontre
de Jean-Michel
Rossi, il précise que « le
FLNC réagit à une double
menace proférée à titre
officiel, devant une juridiction
coloniale. (…) Le
FLNC reste intransigeant
sur le chapitre de la sécurité.
En l’état, la menace à
l’encontre des militants de
notre organisation reste
d’actualité… ».
Pour le canal historique,
l’analyse diverge sur le
sujet. Dans une communication
en octobre 1992, il
en précise la situation et
la portée : « Dans ce climat
troublé où toutes les
dérives sont possibles, de
nombreuses questions
interpellent notre peuple.
Elles sont naturellement
débattues au sein du
mouvement national.
Depuis toujours l’Etat
français vise à assimiler le
mouvement national au
banditisme. Ses campagnes
de déstabilisation
ont toutes échoué. Le
débat actuel porté sur la
place publique sur le rôle
et l’importance de l’impôt
révolutionnaire au sein de
notre lutte relève de ces
manoeuvres. Le préfet de
police et le Ministre de
l’Intérieur français n’ont
pas dérogé à la règle en
s’efforçant de récupérer
au profit de l’Etat colonial
les errances de certains.
Dès sa création, notre
organisation, le Front de
Libération National de la
Corse, a utilisé l’impôt
révolutionnaire comme
instrument nécessaire au
développement de la lutte
historique du peuple
corse. Cet impôt n’a
jamais constitué un blancseing
ou une quelconque
garantie pour ceux qui
s’en acquittent (…). De
par notre éthique, nous
avons su en temps utile
mettre un terme à tout ce
qui tendait à détourner la
nature et la destination de
cet impôt. Aujourd’hui la
crédibilité croissante de
notre lutte fait que l’impôt
révolutionnaire ne constitue
d’ailleurs qu’une part
très réduite de nos ressources.
Les autres
concours financiers dont
la lutte de Libération
Nationale bénéficie représentent
l’apport essentiel.
Cette participation volontaire,
émanant de toutes
les couches de notre
peuple démontre l’enracinement
de notre lutte. En
revanche cette nouvelle
campagne d’intoxication
encourage l’usurpation de
notre sigle pour pratiquer
le racket. » Le climat
inter-nationaliste s’alourdit
un peu plus, d’autant plus
que des arrestations
médiatiques sur ce sujet
affectent des militants
nationalistes et même un
élu territorial de Corsica
Nazione…
Une nuit bleue
Dans la nuit du 17 janvier
1993, plus de cinquante
opérations sont
menées sur l’ensemble de
l’île. Le FLNC historique
revendique dédiant l’ensemble
de ces actions à
Stefanu Cardi. Il en précise
également la nature : «
Par ces actions nous
entendons dénoncer l’entreprise
de spéculation
qui se développe sur l’ensemble
de la terre corse :
elle se traduit par un
accaparement du littoral ».
Et de développer : « nous
dénonçons l’irresponsabilité
qui prévaut à l’établissement
de POS totalement
surréalistes ».
Actions contre
la fraude
En mai 1993, le FLNC
historique s’attaque à la
fraude qui pervertit en
Corse la représentation
électorale et donc démocratique.
Il est ainsi clairement
énoncé : « Nos
actions ont pour motivation
essentielle non pas
de neutraliser ou de
mettre hors circuit électoraliste
tel ou tel technicien
de la fraude : elles sont
dirigées contre la fraude
elle-même qui porte
atteinte à la liberté d’expression
des citoyens, à
leur dignité. » Entre
temps, Charles Pasqua est
de nouveau ministre de
l’intérieur, avec un « nouveau
» discours…
Nouvelle conférence
de presse
Le 22 juin 1993, une nouvelle
conférence de presse
est donnée dans le sud de
l’île. Le temps est à la
réflexion : « il y a un an, le
14 juillet 1992, notre mouvement
dans une déclaration
reprenait le thème de
l’indépendance, faisait le
point de la situation, situait
les enjeux, esquissait les
perspectives d’évolution en
Corse et hors de Corse. Ces
réflexions soumises à débat
public et donc à critiques et
amendements éventuels
étaient destinées à mieux
comprendre notre action
dont le seul objectif est de
donner et de redonner à
l’ensemble du peuple,
moteur et promoteur de sa
propre histoire, tous les
moyens de vivre chez lui de
son travail ». Et de critiquer
la politique de l’Etat français
: « Pour notre part nous
n’en sommes pas dupes :
de Giscard à Mitterand, en
passant par Joxe, Pasqua et
consorts, la politique de
l’Etat en Corse n’a jamais
varié. Sa logique est demeurée
fondamentalement la
même : parler d’aménagement
du territoire pour
conserver les leviers essentiels
de sa domination politique,
économique, sociale,
culturelle. »
Ulivieru Sauli