Depuis trois mois, notre journal vous propose de revivre toute l’Histoire du FLNC. Dans
cette troisième et dernière partie, nous évoquons le milieu et la fin des années 1990.
« Etat de légitime
défense »
Les traditionnelles
Ghjurnati di Corti (1993)
sont l’occasion pour le
FLNC historique d’apparaître
de nouveau mais
cette fois-ci dans un
contexte particulièrement
tendu. Outre une communication
adressée à l’exécutif
de a Cuncolta
Naziunalista et portant en
l’occurrence sur la situation
internationale, le
FLNC tient physiquement à
revendiquer l’exécution de
trois personnes en ces
termes :
« Placés en état de
légitime défense, nous
avons procédé à trois
reprises à l’élimination
d’individus dont l’intention
ferme et arrêtée était
de porter atteinte à l’intégrité
physique de plusieurs
de nos militants. Deux de
ces opérations visaient des
bandes de truands, nous
en avons éliminé les
meneurs. Le troisième a
touché un ancien militant
de notre structure qui s’en
était exclu de lui-même, en
février 1992. Cet individu
s’est trouvé chargé par un
quarteron de manipulateurs
sournois et sans scrupules
de devenir l’exécutant
devant abattre
certains de nos militants.
Par cet acte, ces gens là
comptaient lever l’obstacle
à la récupération du Front
par des idéologies d’un
autre âge, complètement
étrangères à notre lutte, à
notre culture, à notre
peuple. La mort n’est pas
notre métier. Nous n’éprouvons
aucun plaisir à
remuer le fer dans les
plaies. Si nous intervenons
aujourd’hui, c’est parce
que le choeur des crocodiles
a dépassé les bornes de la
délation et les limites de la
décence. »
Pour « Resistenza », lors
d’une conférence de presse,
« ce drame marque un
tournant dans l’histoire du
mouvement nationaliste
depuis le début des années
70. Le souci de refuser,
même au plus fort de certaines
tensions ou des
moments les plus durs, l’affrontement
fratricide tel
que le connaissent la plupart
des mouvements de
libération marquait la spécificité
de la lutte nationaliste
corse. Un tel refus prenait
sa source dans une
vision idéologique et morale
opposée à une logique
totalitaire et militariste.
Elle se fondait sur une prise
en compte de la réalité culturelle
corse, marquée par
l’omniprésence des rapports
humains et du jeu des solidarités,
qui ne pouvait que
générer une escalade
incontrôlée en cas d’agression
physique sur un militant,
de la part de sa famille
et de ses amis. C’est hélas
cet équilibre qui est
aujourd’hui rompu et on
ne peut pas parler de situation
exceptionnelle ou de
réponse “ponctuelle” car
c’est bien un mécanisme
suicidaire qui s’est mis en
branle avec ce drame. »
Un comité Rober Sozzi se
mettra en place pour
dénoncer la mort de ce
dernier et pour réhabiliter
sa mémoire.
Communication
de nouvelle
année…
En janvier 1994, une nouvelle
communication du
FLNC historique rappelle le
sens de son engagement :
« Conscient qu’il serait
vain et dangereux d’attendre
de l’Etat, de ses
commis voyageurs, de ses
administrateurs, de ses
hauts fonctionnaires, la
démolition d’un édifice
dont ils ont tenté d’assurer
la pérennité pendant deux
siècles, nous nous déclarons
une fois encore, favorables
à l’union la plus
large de toutes les forces
vives de la nation corse.
Non pas une union de circonstance,
variable et
interchangeable au gré des
fluctuations électorales ou
des ambitions personnelles et donc factices : mais une
union fondée sur des principes
politiques et un programme,
solidement
implantée sur les terrains
des réalités et, partant, susceptible
de redonner
confiance à la jeunesse en
particulier et d’associer le
plus grand nombre de
Corses à la renaissance
d’une nation démocratique.
»
Trois attentats sont commis
dans la région de Capu
di Muru en mémoire à
Stefanu Cardi mort il y a
dix ans dans cette même
région.
Nouvelle conférence
de presse !
Le 16 février 1994, une
nouvelle conférence de
presse du FLNC historique
fait état d’une impasse politique
: « Si nous voulons
secouer le joug, ce n’est pas
pour substituer un système
autoritaire corse au système
actuel d’aliénation et de
décomposition, de dissolution
de la nation corse.
Nous n’entendons pas
mettre à la retraite les sgiò
d’aujourd’hui pour faire
place nette aux éventuels
sgiò de demain. Notre lutte
de libération nationale va
de pair, indissolublement,
avec la lutte de libération
sociale. Les défavorisés, les
déshérités, les sans-travail,
tous ceux qui luttent pour
préserver leur dignité
humaine sont nos alliés
naturels. Quant à nous,
face à l’intransigeance de
l’Etat français, nous ré
interviendrons sur tous les
terrains de lutte, pour que
le peuple corse, et lui seul,
dessine bien avant 2015 la
Corse souveraine. »
Le 17
février 1994, trois actions
sont commises à Mende,
ville où s’était déroulé le
conseil interministériel
français sur l’aménagement
du territoire. Le FLNC historique
revendique.
Un commando
surpris…
En avril 1994, un commando
du FLNC historique
est bizarrement intercepté
au sein du domaine de
Speroni. C’est une première
dans l’histoire militaire du
Front. Dans son communiqué
ce dernier dénonce la
situation du moment :
« On assiste depuis quelque
temps à une véritable offensive
psychologique contre
notre lutte, notre organisation.
Cette campagne vise à
salir notre action en tentant
de l’assimiler à un
combat anarchique mené
par des bandes armées aux
motivations désormais obscures.
Certains issus de nos
rangs, pour la plupart
ayant abandonné ou trahi
la lutte historique de ce
peuple se complaisent à
affirmer que nous sommes
entrés dans une phase politique
nouvelle. Pour eux,
les combats sont vains. A les
entendre les bases d’une
construction politique
seraient aujourd’hui
réunies avec ceux-là mêmes
qui ont maintenu notre
peuple en état de dépendance.
Ils vont jusqu’à
regretter, voire même à
condamner tout ce qui
constitue le sens et l’essence
de la lutte. » Et d’énoncer
plus loin : « A ceux - souvent
les mêmes - qui nous
font le grief d’être devenus
“l’interlocuteur privilégié”
de l’Etat, nous rappelons
simplement qu’il n’y a pas
d’exemple dans l’histoire de l’humanité d’un règlement
de gré ou de force d’un
conflit sans contacts préliminaires
entre parties
antagonistes. Les exemples
les plus récents, concernent
l’OLP et Israël, l’IRA et le
gouvernement irlandais. »
De nombreux attentats sont
organisés dans les
semaines suivantes, le
FLNC historique affichant
ses capacités militaires toujours
autant opérationnelles.
Un nouveau projet
politique
En juillet 1994, le FLNC
historique préconise un
projet politique à définir
en commun avec des
forces populaires. A cet
effet il organise une nouvelle
conférence de presse.
Et il précise : « Le
moment est venu de sortir
de cette situation malsaine
à tous les égards. Et
pour cela de procéder non
pas à une neutralisation
mais à une définition de
ces enjeux stratégiques,
définition résultant non
pas d’un compromis entre
appareils dirigeants mais
d’une vaste concertation à
laquelle seraient invitées à
prendre part toutes les
forces vives dynamiques
de la nation. Un projet
politique élaboré en commun
tiendrait d’autant
plus la route que son élaboration
et sa mise en
application se feraient
avec la participation et
sous le contrôle vigilant
du peuple seul habilité à
choisir et à trancher en
dernier ressort. »
Pratiquement au même
moment une tentative
d’assassinat touche la personne
de Pierre Poggioli,
un des dirigeants de
l’ANC. Le climat devient
de plus en plus pesant…
Cavaddu et
Speroni
En octobre 1994, le FLNC
historique frappe sur l’île
de Cavaddu et sur Speroni
- Piantaredda. Dans un
communiqué il décrète le
gel des projets suivants :
« Cavallu, Sperone -
Piantarella, Cala Longa
tant qu’un véritable code
des investissements prenant
en compte les intérêts collectifs
du Peuple Corse ne
sera pas mis en place. »
L’initiative
politique
Le 15 novembre 1994, le
FLNC historique prend une
nouvelle initiative. Après
avoir pris acte du « très
important travail réalisé par
a Cuncolta Naziunalista
pour l’élaboration de son
projet basé sur la prise en
compte de l’article 74 de la
constitution française et qui
a reçu l’adhésion de toutes
les composantes de Corsica
Nazione », il affirme que «
l’important est qu’aujourd’hui
le mouvement national,
après s’être posé en
force de propositions au
plan national corse, franchisse
le pas en posant aux
yeux de l’opinion internationale
les prémices d’une
ouverture institutionnelle
majeure pour la Corse. Il
met ainsi l’Etat français en
obligation de répondre, soit
par le silence, soit par une
proposition démontrant
ainsi sa volonté de participer
à cette ouverture nouvelle.
»
A une question
concernant le FLNC Canal
Habituel, les porte-parole
de l’organisation précisent
que leur déclaration « s’inscrit
dans le cadre de la
défense des intérêts de notre
peuple face au seul adversaire
que nous ayons jamais
eu : l’Etat Français ».
Pour sa part le Canal officiel
avait quelques mois
auparavant, lui aussi dans
le cadre d’une conférence
de presse le 13 avril 1993,
affirmé que « la Corse est à
un tournant de son histoire,
si ses intérêts collectifs
sont pris en compte, nous
saurons en tirer les conclusions
qui s’imposent. Dans
le cas contraire, si la tentation
répressive et barbouzarde,
quelqu’en soit la
forme prenait le pas sur
l’intelligence politique,
nous saurions comme nous
l’avons toujours fait, nous
montrer à la hauteur du
rapport de force, y compris
sur le terrain militaire ».
Le 24 novembre, un communiqué
du FLNC historique
rend publique outre
le décret de « suspension
totale de ses actions sur le
sol national français et en
Corse sur les fonctionnaires
et les ressortissants français
», un courrier envoyé au
ministre en charge de la
question corse pour «
transmission au gouvernement
et au chef de l’Etat
français ».
Par cet acte le
peuple corse « pourra ainsi
mesurer notre totale détermination
à rechercher
toutes les voies d’un
authentique processus politique
».
L’escalade…
Mais l’année 1995 commence
dans le sang : Jean
François Filippi et Franck
Muzy sont assassinés. Des
accusations publiques sont
portées, le FLNC historique
est, entre autres, ciblé. Ce
dernier réagit pour affirmer
: « Nous sommes totalement
étrangers aux assassinats
de J.F. Filippi et Franck
Muzy. Nous refusons et
refuserons toujours la
logique de l’affrontement ».
Mais les mécanismes vont
en s’emballant…
Dans les mois qui suivent
des militants et sympathisants
vont tomber sous les
balles… Jean Pierre Leca,
Luc Belloni, Stéphane
Gallo, Jean Nicolas
Bacchelli, Vincent
Dolcerocca, Noël
Sargentini, Pierre Albertini,
Jean-Pierre Duriani, Jules
Massa, Paul Carlotti pour
ne citer que ceux-là, décèdent
ainsi.
Des militants, dont l’énergie
aurait pu se concentrer
sur l’unique ennemi qui
vaille, s’affrontent… au
bénéfice d’une logique
implacable et en attente :
la logique coloniale…
Le FLNC historique rappelle
alors que « la spirale
de mort enclenchée aujourd’hui
en Corse, ne pourra
prendre fin par des incantations.
Elle est née de jeux
troubles de l’Etat. Elle ne
disparaîtra qu’avec l’abandon
de ces manipulations.
»
Des plasticages touchent
également des biens appartenant
à des nationalistes
de diverses tendances, des
structures professionnelles
sont également visées…
Le FLNC historique assume
officiellement sa part
de responsabilité comme le
démontre son communiqué
d’octobre 1995 où il décrète
un cessez-le-feu sans
préalable.
Auparavant, « Résistenza »
dans une conférence de
presse tenue dans le sud
de la Corse avec près de
150 militants, précisait
« son hostilité à toute
action pouvant entraîner
l’affrontement entre Corses,
car quelles que soient nos
divergences, les Corses doivent
toujours se donner les
moyens de dialoguer et de
trouver des solutions
ensemble ».
Malgré cette situation le
FLNC historique va continuer
ses actions parfois spectaculaires contre les
symboles de la présence
étatique française, notamment
sur sa police.
Le 1er juillet 1996, une
voiture piégée explose à
Bastia, elle tue Pierre
Lorenzi et blesse grièvement
Charles Pieri. Un pas
nouveau est encore franchi…
Tralonca
Le 11 janvier 1996, plusieurs
centaines d’hommes
lourdement armés tiennent
une conférence de presse
nocturne à Tralonca, en
Haute-Corse. Un certain
nombre de points sont
avancés pour l’instauration
progressive des conditions
de paix :
Reconnaissance du
peuple corse.
Mise en place d’un système
éducatif corse.
Officialisation de la
langue corse.
Disparition des conseils
généraux.
Renforcement des prérogatives
de la nouvelle Assemblée de Corse.
Modification de la loi
électorale.
Recréation de l’économie
corse.
Une fiscalité corse fondée
sur un statut dérogatoire
ayant pour corollaire un
P.O.S.E.I.C.O.R.
Réglementation des investissements.
Refonte du système des
transports.
Cette conférence qui intervient
la veille de la venue
du ministre français de l’intérieur,
Michel Debré, verra
ses limites atteintes dans le
temps, lorsque l’autoritaire
et impopulaire Juppé réaffirmera
l’arme de la répression
policière et judiciaire… Une
fois encore les manoeuvres
continuent pour simuler un
pseudo dialogue condamné
d’avance…
En septembre 1996, le
FLNC historique affirme
dans un communiqué que «
l’Etat a choisi la voie de la
provocation » Le 5 octobre
1996, le FLNC historique
frappe la mairie de
Bordeaux, les dégâts sont
importants et le message
très clair pour Juppé…
L’heure est encore – et toujours
– au rapport de
force…
« L’avenir est à
la lutte »
En février 1997, le FLNC
historique revendique une
nuit bleue de plus de
soixante attentats. L’heure
est encore au constat :
« Le revirement effectué
par le gouvernement français
au cours de l’été dernier
atteste de sa volonté de
refuser de s’engager réellement
dans un processus de
paix en Corse et de pourrir
la situation en revenant à
l’ancienne politique de
pacification par les armes
qui a échoué tant de fois
par le passé. Le choix était
alors fait de retourner au
tristement célèbre cycle
répression-résistance avec
toutes les conséquences que
ce choix comporte. Notre
responsabilité politique
nous amène à refuser le
défi sanglant à notre
peuple lancé par Juppé. »
Et de poursuivre :
« L’avenir sera de lutter,
sachons-le, contrairement
à ce que susurrent déjà
ceux qui ont tronqué leur
cagoule contre un strapontin
électoral ».
Entre temps, les dragonnades
policières s’intensifient,
le canal officiel s’auto-
dissout et un autre
FLNC voit le jour…
L’esprit des fundamenti
di
l’unioni
Dans une interview
accordée à un quotidien
régional en juin 1997, le
FLNC historique précise
que sa « démarche politique
s’articule autour de
l’esprit qui a présidé la
constitution d’I fundamenti
di l’Unioni en 1992.
Nous sommes convaincus
que Corsica Nazione peut
constituer un rassemblement
suffisant pour tous
ceux qui s’y reconnaissent ».
« La fin de la
violence… »
Le 25 janvier 1998, dans
une nouvelle conférence
de presse, le FLNC historique
rappelle ses points
fondamentaux et précise
encore que « prenant acte
que l’Etat français considère
comme une preuve de
faiblesse toute initiative
tendant à amorcer une
solution politique, nous ne
renoncerons pas à occuper
militairement l’espace du
politique ».
Le 6 février de la même
année, le préfet Erignac est
tué à Aiacciu. Le FLNC historique
dément toute
implication. Le 22 mars la
liste Corsica Nazione, malgré
la dureté du climat
obtient 12 224 voix et 5
élus.
Actions contre
les gendarmeries
En juillet 1998, un communiqué
du FLNC historique
critique la position
du gouvernement français
en place, M. Jospin étant
premier ministre. Il est dit :
« Il semblerait que le gouvernement
Jospin ait fait le choix de la radicalisation
extrême afin de plonger la
Corse dans le chaos politique
et de la précipiter
dans l’impasse économique.
Cette démarche est d’autant
plus lourde de conséquences
qu’elle a instauré,
sous couvert de rétablissement
de l’état de droit, un
ordre fasciste d’essence
coloniale, et cela quel que
soit le prix ».
Le FLNC revendique au
même moment des actions
contre des gendarmeries,
celles de Borgu et de San
Fiurenzu pour les nommer.
Les descentes policières
se poursuivent. Des communiqués
anonymes mais
précis revendiquent entre
autres l’action contre la
gendarmerie de Petrusella
et la mort du préfet
Erignac…
Nouvelle
suspension
En janvier 1999, un nouveau
communiqué fait état
d’une nouvelle suspension :
« A l’approche de nouvelles
élections territoriales, la tentation
est à nouveau grande
pour tous les provocateurs
de “l’Etat de droit”
français, d’essayer de briser
l’élan populaire incarné
par la démarche de Corsica
Nazione, et de barrer plus
largement la route au nationalisme
et à tous ceux qui
refusent la politique de l’Etat
français en Corse. Dans ce
contexte, conscients de nos
responsabilités mais aussi
des attentes de notre peuple,
nous avons décidé,
pendant cette période, de
suspendre nos actions militaires
sur le territoire national
corse ».
A ce moment le préfet
Bonnet commence à faire
beaucoup parler de lui et
Corsica Nazione renforce
son assise électorale en
entrant à la collectivité territoriale
avec 8 élus le 14
mars 1999.
Les différentes
offensives
Le 7 septembre 1999, le
FLNC historique dénonce
dans une nouvelle conférence
de presse les différentes
offensives dont la
Corse est l’objet :
Offensive répressive.
Offensive terroriste.
Offensive idéologique.
Offensive ethnique.
Un constat de l’union est
également posé : « Ce
souci de l’union, son organisation
pratique, c’est
aussi l’analyse des mécanismes
qui hier ont engendré
des affrontements que
tout un chacun connaît et
qui ont gravement hypothéqué
la dimension émancipatrice
de notre peuple. Il
n’est qu’un ennemi à
abattre : le colonialisme
français ».
Un appel est également
lancé à l’union des combattants
sous-tendus par cette
analyse : « En ce qui nous
concerne, il n’est nullement
question, pour autant, de
verser dans un quelconque
jusqu’au-boutisme. Notre
détermination politique
demeure sereine, notre
action militaire parfaitement
ciblée. Nous répondons
aux exigences d’une
lutte organisée. Nous
n’avons pas le monopole de
l’action l’armée. D’autres
que nous ont conjoncturellement
recours à ce moyen.
»
Entre temps, le préfet
Bonnet et son acolyte
Pardini sont identifiés pour
des tentatives d’incendies
et autres manoeuvres provocatrices
visant à déstabiliser
la situation. Les formations
nationalistes,
solennellement, paraphent
l’accord du Fiumorbu qui
scelle une réconciliation
censée tourner la page des
précédentes années de
plomb…
L’URSAFF
et la DDE…
Le jeudi 25 novembre,
deux fortes explosions
retentissent à Aiacciu en
plein jour. La DDE et
l’URSSAF sont ciblées. Des
dégâts très importants sont
constatés ainsi que des
blessés légers. Un nouveau
sigle « Clandestinu » apparaît.
Quelque temps après
le premier ministre français
Lionel Jospin ouvre les
voies d’un dialogue sans
tabou avec la Collectivité
Territoriale de Corse. Un
fait nouveau pour une nouvelle
espérance.
« Clandestinu » apparaît
pour la première fois, lors
d’une conférence de presse,
le jeudi 24 décembre,
auprès d’autres formations,
l’union des combattants est
née.
Un FLNC Union
des Combattants
Ainsi le 24 décembre, en
plein jour, un cessez-le-feu
sans aucune condition de
temps ni de lieu est décrété.
S’y associent donc «
Clandestinu », mais également
« Fronte Ribellu », le «
FLNC du 5 mai 1996 », et le
« FLNC canal historique ».
Ils décident tous ensemble
de se fondre sous le sigle
originel FLNC du 5 mai
1976 officialisant ainsi
l’union des combattants.
Ainsi le FLNC précise la
conception de sa place :
« Aujourd’hui la réalité du
terrain des luttes, l’importance
de l’espace occupé
par les organisations
publiques nous amènent
tout naturellement à une
adaptation de notre place
au sein de la LLN.
Il n’est
plus question pour nous de
nous prévaloir d’une quelconque
direction politicomilitaire.
Ce faisant, cette
redistribution des responsabilités
au sein du mouvement
national permettra de susciter un investissement
militant beaucoup plus
large. De même, bannissons-
nous fermement toute
idée d’hégémonisme, cette
tentation a amené aux
manipulations et aux
drames dont nous avons
souffert dans un passé
récent. » Mais tout aussi
important une volonté de
donner une chance à la paix
est affichée : « En dépit du
racisme anti-corse, en dépit
de la manipulation sans
relâche d’officines barbouzardes,
en dépit des mensonges
et des dissimulations
sur les causes et les objectifs
de notre lutte : nous avons
décidé de donner une nouvelle
chance à la paix. » Et
de se projeter vers l’avenir
en affirmant :
« nous avons
la ferme conviction que
notre peuple saura
construire son avenir dans
un cadre qu’il aura démocratiquement
défini. Nul ne
pourra se substituer à lui
en ce domaine. Notre responsabilité
commande d’en
appeler à tous les Corses,
d’origine et d’adoption, à
tous ceux qui refusent l’affairisme
et le clanisme,
pour mettre en commun,
en parlant d’une seule voix,
celle de la Corse, un projet
de développement et de civilisation
durable donnant à
chaque membre de notre
communauté les mêmes
chances d’accès à l’emploi
et à la décision. Ce projet
ne pourra que se nourrir de
notre culture nationale
enrichie des nécessaires
apports extérieurs humains
et progressistes. Au-delà de
l’Etat français dont la
capacité à se réformer reste
largement sujette à caution,
nous nous adressons au
peuple français et à la communauté
des peuples et des
individus toute entière,
pour multiplier les initiatives
en vue d’un règlement
politique du problème
corse.
Nous appelons de nos
voeux une solution négociée
qui soit le fruit d’une participation
collective sans
exclusion aucune. Il s’agit
de sortir une fois pour toute
du cadre conflictuel qui
oppose les intérêts collectifs
du peuple corse au système
colonial français. En ce qui
nous concerne, nous
sommes prêts à participer,
dès lors que les conditions
seront réunies à des négociations
politiques.
Notre
volonté d’indépendance
nationale ne constitue en
rien un préalable à toute
discussion. L’emploi de l’action
armée sera rendu
caduc dès lors que l’Etat
français, après avoir initié
un processus de négociation
crédible, se sera donné
les moyens constitutionnels
de garantir définitivement
l’existence de notre peuple.
C’est la raison pour laquelle
nous décrétons un “cessezle-
feu” sans aucune condition
ni de temps ni de lieu,
tel est le gage que nous
donnons à la paix ».
Le processus de Matignon,
malgré certaines vicissitudes
était enclenché. Il
prendra fin avec l’éviction
aux présidentielles françaises
du candidat socialiste.
La droite, de nouveau
au pouvoir, s’enfermera de
nouveau dans une implacable
logique répressive
qui perdure encore actuellement…
Pour sa part le FLNC
union des combattants
continue sa lutte. Il n’est
pas seul sur le terrain des
combats, une autre organisation,
le FLNC du 22
octobre, y affirme également
sa présence.
Et l’heure n’est toujours
pas à la résolution d’un
problème politique au
moment où en Europe,
l’IRA d’une part, l’ETA
d’autre part, par des gestes
significatifs et stratégiques
démontrent comment les
résistances armées constituent
des forces de dialogue
et de construction
dès lors que les conditions
sont réunies…
La France elle, à l’instar
de cette Turquie qui frappe
à la porte du schéma européen,
s’enferme toujours
un peu plus dans son anachronique
centralisme totalitaire,
incapable de concevoir
et de reconnaître les
différences humaines et
leurs droits, continuant à
nier un petit peuple
conquis par les armes et
mis au pas dans le sang…
L’histoire continue.
Ulivieru Sauli