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Articulu di u numaru 20, dicembre di u 2006


F.L.N.C. - ANNEES 1970


par Pierre Poggioli

La chronique d’une décennie où tout a basculé



En publiant ce nouvel ouvrage, au coeur de l’été 2006, Pierre Poggioli poursuit, avec constance, sa saga politique(1). Témoin et acteur d’envergure de cette période charnière entre le régionalisme culturo-économique et la revendication de souveraineté nationale, Pierre Poggioli privilégie le genre de la chronique historique à l’analyse détaillée des faits.

Il nous parle de la Corse, de sa Corse, en s’inscrivant dans son histoire contemporaine à la façon d’un Thucydide plutôt que d’un Tacite.Néanmoins sa dernière livraison est, de loin, la plus émouvante sinon la plus maîtrisée.

En un peu plus de 200 pages, appuyées par une vingtaine d’annexes utiles, notre chroniqueur-militant découpe dix ans de lumière et d’ombres en 23 chapitres qui, comme les heures d’une journée, ont plus ou moins d’importance.

Les annexes, quant à elles, constituent le rappel de minuit d’une époque fertile où tout ne fut pas calme, douceur et volupté.

Entamant sa narration dans la « baie des anges » et revenant sur le rôle déterminant des étudiants corses de Nice dans la prise de conscience de l’idée nationale celui qui, très vite, se révéla être un cadre du mouvement rappelle des moments essentiels, même si 1 ‘histoire complète de la « période niçoise » du mouvement national corse reste à écrire.

Poggioli, tout au long des premiers chapitres, relate plus qu’il ne commente et sa mémoire est souvent à bon escient ; des évènements de Porto aux Etats Généraux de la Corse qui scandent la décennie précédente, l’auteur en arrive aux textes fondateurs du mouvement national : « Main basse sur une île ».

« A chjama di U Castellare », « Autonomia » avant que d’aborder, dès le 4ème chapitre, la question centrale de son ouvrage : celle de la clandestinité de la génération di « u settanta » qui, à l’instar des culturels de cette même époque, devait faire franchir un seuil qualitatif à la revendication nationale.

Acteur de premier plan, Poggioli rappelle l’importance de l’année 1973, dans cette cascade décennale d’évènements, la qualifiant très justement « d’année charnière » qui va justifier la création du FLNC en 1976 lequel s’explique également par les évènements de la cave Depeille à Aléria et par la création de la Cunsulta di i Studienti Corsi (CSC).

A la différence d’autres ouvrages qui ne manquent pas d’intérêt mais qui ont constitué trop souvent des plaidoyers « pro domo » Pierre Poggioli a l’immense mérite de livrer les faits avec le maximum d’objectivité qu’il est possible à chacun de formuler.

Le livre gagne en intensité dès que l’auteur nous parle de sa décision de « franchir le Rubicon » en rejoignant le FLNC malgré ses réticences qui sont demeurées récurrentes sur le sigle adopté.

Dès ce moment, à l’évocation de ces années de lutte intense où l’on est confronté au danger, à la menace, à la peur et à la solitude mais où l’on va découvrir l’honneur et la solidarité, paradoxalement l’homme Poggioli prend le pas sur le militant.

Le recueil de souvenirs, anecdotes ou incidents divers constitue une somme d’éléments où bien des personnes se retrouveront pour en avoir connu de similaires même si Poggioli peut revendiquer, ce qu’il ne fait d’ailleurs pas, une place privilégiée dans cette lutte de « propagande année » qui su mettre en échec le colonialisme et le clanisme.

Des renseignements encore inédits sont fournis par l’auteur renforçant plus encore l’originalité de l’ ouvrage. A la fin de celui-ci c’est d’ailleurs sans le moindre soupçon de forfanterie que Poggioli peut écrire : « J’ai aussi la fierté d’avoir, avec mes amis et les militants d’alors, réussi à empêcher contre vent et marées le démantèlement des structures du FLNC... ».

Auparavant il nous aura livré tout ce qui fut essentiellement en débat à l’époque: les rapports entre autonomistes et nationalistes, la question de la propagande année, le refus de l’affrontement entre corses, la barbouzerie, les procès devant la Cour de Sûreté de l’Etat, les premières négociations politiques... FLNC après 70 constitue un témoignage de valeur sur les aspirations, les réticences et les entreprises d’une génération qui a saisi à pleines mains le drapeau de la Corse.

Chaque militant trouvera avantage à le consulter et, au-delà de ceux qui militent, il sera précieux à toute personne souhaitant déchiffrer ce que l’on appelle, à tort ou à raison, « L’énigme corse ».

Vincent Stagnara

(1) Editions DCL - 3ème trimestre 2006. Ce livre s’inscrit dans une perspective commencée avec « Journal de bord d’un nationaliste corse » (Editions de l’Aube, juin 1996) puis avec « Chroniques d’une île déchirée » (L’Harmattan, 1999), « De l’affaire Bonnet à Matignon » (DCL, 2001), « Le nationalisme en question(s) (DCL, 2003) pour aboutir aux problèmes plus centrés sur la clandestinité corse avec « Derrière les cagoules » (DCL, 2004).

 

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