Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 35/36, Agostu/Settembre di u 2008


A SPIRANZA DI A RIFUNDAZZIONI



Sauf à la déconsidérer, la relativiser et la détourner de sa projection politique naturelle, la refondation – si celles et ceux qui s’y réfèrent transcendent toutes les embûches internes et externes existantes – peut être sans aucun conteste, une nouvelle et importante étape pour le mouvement patriotique après celle de la réconciliation nationale du Fium’Orbu. Dans ce contexte, cela suppose la mise en pratique progressive d’une nouvelle culture politique, le courage d’une lucide auto critique, le dépassement du monolithisme et la prise en considération des différents courants d’idées, l’adoption d’une structure beaucoup plus souple. De l’interaction de tous ces éléments précédemment cités dépend face à l’Etat Français le succès de l’affirmation du mouvement de libération nationale.

UN DISCOURS CONTEXTUEL


L’intérêt de ces Ghjurnati 2008 di Corti était bien évidemment la refondation. La présentation préconisée d’une lecture ordonnée des discours de clôture selon le principe de l’appartenance structurelle aura montrée ses limites :

Si toutes les interventions, à des variantes près matérialisent dans leur diversité les thèmes récurrents et toujours d’actualité du mouvement patriotique, l’allocution non lue et très pédagogique de Paulu Felici Benedetti aura été d’un point de vue qualitatif sur le sujet de la refondation, le plus explicite, le plus pertinent et sans doute le plus clairvoyant et ce, même si on n’en partage pas tous les référents. On peut certes rendre au «Rinnovu» la maîtrise d’une revendication essentielle à son origine, il n’en reste pas moins que l’ensemble des organisations co-organisatrices et présentes à ces Ghjurnati a normalement compris l’intérêt stratégique d’une telle initiative.

Paulu Felici Benedetti donne le ton de la refondation : «les nationalistes, le nationalisme a commis tellement de fautes à vos yeux, aux yeux de l’opinion, qu’on peut être sceptique. Mais le nationalisme a permis tellement d’avancées, qui sont tellement fortes par rapport à ces dérives qu’il faut redonner une chance. Une chance pour qu’il y ait l’organisation d’un espace politique qui soit à la hauteur de l’enjeu. Il faut obliger ceux qui prendront le mauvais chemin à revenir, il faudra leur laisser toute la latitude pour qu’ils prennent conscience qu’il n’y a qu’une voie». Et souligne surtout l’efficacité pragmatique pour recouvrir cette souveraineté nationale : «La première étape qu'on doit annoncer dans une feuille de route de reconquête de l'indépendance, ça va être dans l'immédiat des mesures protectionnistes pour que cesse la spéculation en Corse. (...) Pour cela il faudra très rapidement, une avancée institutionnelle qui définisse une citoyenneté territoriale qui débouchera rapidement sur une nationalité. La France l'a déjà fait pour la Nouvelle Calédonie, il n'y a pas de raisons qu'elle ne le fasse pas pour la Corse, ça sera la seule solution, il faut règlementer les échanges en Corse, nous n'avons pas les moyens de lutter contre le grand capital.» La refondation n’est certainement pas l’abandon des principes fondamentaux du nationalisme. C’est au contraire bel et bien leur affirmation, et leur adaptation aux mutations actuelles de la société corse et de son environnement international.

Ainsi l’indépendance sortie du cadre réducteur et rébarbatif type «slogan» redevient selon le principe d’une feuille de route – l’aboutissement naturel et surtout moderne d’une idée d’émancipation admise et comprise par les différentes couches du peuple corse. L’actualité de l’Europe nous rappelle bel et bien que c’est l’indépendance et non l’autonomie institutionnelle qui répond entièrement aux aspirations de souveraineté et d’émancipation nationale. Là encore le porte parole du Rinnovu en donne les contours : «La Corse a toute sa place : car elle a le droit historique, elle a des frontières, elle a un peuple, elle a une histoire, et elle a un destin à accomplir. La Corse a autant de droit que Malte, autant de droit que Chypre, autant de droit que le Kosovo, ou que la Macédoine.»


ET TOUJOURS L’INDEPENDANCE

Celles et ceux qui dissimulent leurs craintes et frilosités politiques derrière on ne sait quelle dilution des fondamentaux en seront pour leur frais.

L’indépendance reste l’un des aboutissements stratégiques de la refondation. L’important étant ici de mettre en place, à partir d’un tout nouveau mouvement un effectif processus de ré-acquisition, d’affirmation et de prolongement souverainistes. Une indépendance qui se construit progressivement selon une projection établie par étapes, avec une réelle évaluation de ces dernières.

Ghjuvan Guidu Talamoni le précise fort bien lors de ces Ghjurnati 2008 : «Etre indépendantiste corse, ce n’est pas une posture idéologique. L’indépendance, ce n’est pas un slogan. L’indépendance, nous en sommes convaincus, est la réponse appropriée aux problèmes de la Corse d’aujourd’hui.»


REUSSIR LA REFONDATION

Cette refondation doit réussir.

Elle suppose une persévérance de tous les instants, sans relâchement, ni renonciation. Elle doit transcender les actuels archaïsmes structurels, les comportements de postures théoriques dépassées, pour engranger un tout nouvel avancement dans la culture politique du militantisme et la mise en place du nouveau mouvement. Et surtout il ne faut pas avoir peur de la pluralité des tendances et idées émises au sein de ce dernier. La situation politique actuelle impose cette refondation.

Le constat de la société corse le commande. Paulu Felici Benedetti le rappelle dans son discours : «La société corse aujourd'hui c'est une société qui est en pleine déliquescence et il y a l'Etat, un Etat omniprésent qui favorise les divisions, qui organise la Corse avec une sur administration volontaire et qui répartit des mini-parcelles de pouvoirs à une multitude de relais et de vassaux locaux.(...) ça c'est la volonté étatique, mais surtout il y a les Corses compromis, il y a ces Corses compromis qui font en permanence allégeance; là aussi ils le font avec vice, avec recherche de profit, ou avec naïveté ; mais ils le font envers et contre tout, ils le font contre leurs intérêts, ils le font contre les intérêts des Corses, ils le font contre les intérêts de la nation Corse.(...)»


FACE A L’ETAT FRANÇAIS

Un double objectif s’impose.

Celui de mettre en place face à l’Etat français une résistance du quotidien; celui de l’accompagner d’une véritable alternative politique répondant aux aspirations et besoins économiques sociaux et culturels de notre peuple.

L’histoire moderne du nationalisme a montré son incapacité, malgré certains de ses indéniables et manifestes succès politiques, à capitaliser et surtout pérenniser ses avancées. Le mouvement de la Lutte de Libération Nationale n’échappe pas à cet amer constat, car il ne peut être porté par le seul courant autonomiste.

Les affrontements qui l’ont affecté dans un paroxysme surréaliste, ont démontré son incapacité à dépasser et contourner les pièges tendus à son égard et à quelques uns de ses responsables d’alors, faisant de fait, le jeu de l’Etat Français. Il ne fallait pas chercher à cette époque une hypothétique troisième voie. En son propre sein le mouvement de libération nationale engendrait de quoi s’enliser pour plusieurs décennies… Aujourd’hui la tendance est à inverser, à ne plus reproduire de tels échecs. Paulu Felici Benedetti le rappelle : «Notre objectif c'est de créer une force politique qui soit non seulement une force alternative au système en place, mais ça doit être une force qui sera une force de gouvernement, le prochain mouvement doit avoir une ossature politique qui permette à la fois aux Corses et à nos interlocuteurs internationaux de comprendre que nous avons les capacités humaines, politiques, physiques d'imposer un rapport de force et de faire comprendre à notre propre peuple qu'il fera mieux vivre à nos cotés avec nos propositions qu'avec la France.»


LA SITUATION ACTUELLE

De l’aveu même d’un ancien responsable du Mouvement Pour l'autodétermination (M.P.A.) dont on connaît la conception d’ouverture de l’époque la situation politique actuelle incite au pessimisme. Elle est même pire qu’hier. (Cf Interview Alain Orsoni Corsica n°107 du mois d’août). L’analyse objective de la société aujourd’hui démontre un grave infléchissement vers une désagrégation et une corruption des comportements dans un certain nombre de domaines et secteurs sociaux et économiques.

La paupérisation et la précarisation, au même titre que la dépossession foncière et la spéculation immobilière alimente et accentue ces errements. Certains politiques s’en font même les relais, y compris au sein de la Collectivité territoriale.

Il n’échappe à personne aujourd’hui qu’un projet de port de plaisance ou d’un somptueux village de vacances tient plus d’un nauséabond affairisme que d’une vision de développement régionale durable… Tout cela en totale connectivité avec un Etat Français qui a tout intérêt à laisser perdurer une telle situation de pourrissement correspondant à sa volonté d’annihiler une communauté, son identité, ses droits et sa démocratie. Et à l’ opposer de manière interne.


REUSSIR AUJOURD’HUI POUR DEMAIN !

«Cette victoire sur nous-mêmes, sur nos suspicions d’hier, sur nos rancoeur d’avant-hier, sur les hésitations que nous pouvions avoir encore il y a peu, cette victoire, nous voulons la dédier à tous ceux je dis bien à tous ceux - qui ont donné leur vie pour la nation, quelle que soit la formation à laquelle ils ont appartenu. Nous voulons, ici et aujourd’hui, les honorer tous. Par ces mots qui n’ont rien d’anodin et que nous avons longuement médités avant de les prononcer, nous scellons notre réconciliation et notre unité retrouvée » affirme fortement Ghjuvan Guidu Talamoni lors du discours «Corsica Nazioni Indipendenti». Cette unité politique, humaine, plurielle détient les clés aujourd’hui de la réussite et du pari de l’avenir. Elle suppose que chacun d’entre nous participe à cette nouvelle et formidable aventure qu’est la refondation pour que, à l’orée du XXIème siècle vive la Corse.

Ulivieru Sauli

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2008