L'Etat français ne faiblit pas dans sa volonté répressive et une fois de plus, un procès "parisien"s'est terminé par des condamnations indécentes et un véritable appel à la mobilisation populaire. Comment les nationalistes corses du mouvement public pourraient-ils
accepter de voir les leurs aussi lourdement et injustement condamnés sans réagir ? Un
appel à manifester pour le 14 juillet vient d'être lancé par le CAR.
Dans notre précédent numéro,
nous expliquions en détail le
déroulement du procès du
Niolu de juin 1774 qui conduit à l'échafaud
onze Niulinchi, parmi les
plus connus et les plus en vu du
Niolu. Ce simulacre de procès permit
à l'occupant français de se débarrasser
de Niulinchi dont les noms circulaient
depuis plusieurs années. Pour
faire croire à un vrai procès, les
Français n'hésitèrent pas à ne
condamner à mort que onze personnes
sur les douze qui furent jugées.
Force est de constater que l'Histoire
est un éternel recommencement.
En juillet 2003, le ministre de l'intérieur
de l'époque, qui vient de revenir
au pouvoir il y a quelques jours,
échouait lamentablement en Corse,
comme ses prédécesseurs, aux pieds
d'un référendum sur un texte de loi
qui pour vouloir plaire à tout le
monde n'a en fait plu à personne. Et
si quelques avancées minimes incluses
dans ce projet de loi avaient pu
convenir aux nationalistes, la fraude
électorale organisée a permis une
victoire du non. Depuis, les tenants
de l'immobilisme en Corse tentent
de faire croire au peuple corse que
la question de ce référendum était
de savoir si les insulaires voulaient
oui ou non un nouveau statut pour la
Corse !
Après cet échec, le ministre de l'intérieur
a changé de ton pour la Corse et
de fausses promesses et autres tentatives
pour séduire les nationalistes, on
est passé à un vocabulaire agressif et
une mise en cause globale des indépendantistes
corses. Au lendemain de
ce référendum (qui en fait n'était
qu'une consultation populaire), il n'y
avait plus de nationalistes en Corse,
mais de gentils autonomistes et de
méchants terroristes-mafieux indépendantistes.
Le mouvement national
ne s'y est pas trompé en répondant à
ses tentatives de déstabilisation par la
création d'une union, l'Unione
Naziunale, qui aujourd'hui encore se
renforce par la création de la
Cuurdinazione alors que les observateurs
français aimeraient voir cette
union éclater.
Une fois la cible désignée à grand
renfort de publicité et avec la complicité
des médias, il a suffit de détourner
quelques lois pour permettre au
pôle financier parisien de se saisir de
l'affaire, à la place du pôle bastiais
(qui risquait sans doute d'être un peu
trop indépendant). Après, la meute
était lâchée, la moindre information à
charge amplement diffusée le jour
même dans les médias, et les éléments
à décharge passés sous silence
pour conditionner l'opinion publique
et éviter ainsi toute réaction populaire.
Rapidement, les cibles désignées se
sont retrouvées dans le prétoire. Puis,
on a voulu nous faire croire à une
vraie justice en donnant une relaxe à
Jean-Guy Talamoni, pour pouvoir
mieux condamner les autres. La réalité
est tout autre. Dans ce procès qui a
été en fait celui du délit d'opinion
nationaliste, au cours duquel on a
plus reproché aux hommes leurs
idées et leurs écrits que leurs actes, la
défense a parfaitement démontré que
Jean-Guy Talamoni n'avait rien à y
faire et qu'il était scandaleux qu'il ait
pu être mis en examen et renvoyé en
correctionnelle sur la base d'un dossier
vide. Mais ce renvoi en correctionnelle
a permis de calmer l'opinion
publique corse au moment du verdict
en focalisant sur l'acquittement d'une
personne qui n'aurait jamais dû être
jugée, et en faisant ainsi mieux passer
" la pilule " pour les peines indécentes
qui ont été prononcées à l'encontre
des autres.
Acquitté pour les rackets, principal
cheval de bataille de l'accusation,
Carlu Pieri est quand même condamné
à 10 ans de prison, ce que demandait
le procureur en incluant les rackets,
alors que la seule chose qui restait
dans le dossier était un abus de
bien social. Sept ans de prison pour
Filippu Paoli, c'est le prix de l'amitié
pour Carlu Pieri, tout comme
Ghjacumu Mosconi condamné à 4
ans de prison. Et l'ancien responsable
de CGS et du Ribombu di a
Corsica Nazione, Andria Negroni,
lui a été condamné à 5 ans de prison
pour pouvoir justifier les
attaques à l'encontre de ces sociétés.
Alors que sur cette même terre de
France, les anciens ministres jugés
pour des actes similaires sont
condamnés à des peines de prison
avec sursis, les nationalistes corses
sont très durement frappés. C'est ce
que nous appelons " una ghjustizia
culuniale " ! Et que dire des propos
du procureur de la République qui
accuse Carlu Pieri d'être corse, nationaliste
et en plus borgne ? Quelle
preuve éclatante de culpabilité ! Mais
surtout quelle preuve de racisme…
Les nationalistes corses sauront
répondre sur le terrain public et ont
déjà prévu une manifestation pour le
14 juillet à Bastia, en faveur des prisonniers
politiques. Il faudra bien
qu'un jour ou l'autre, le gouvernement
français entende la voix du peuple !
Marzulinu