Cinquième roman de Michèle
Acquaviva-Pache s’inscrivant
dans le cycle « Chroniques
d’innocence », l’auteur nous
dit que : « ce roman est un
peu une excursion mythologique,
un peu une navigation
dans un fantastique qui permet
de mieux appréhender la
réalité. En même temps
« Dans l’oeil de Gorgone » est
un voyage dans le quotidien
insulaire. Celui des bons et
mauvais jours. Celui des doutes
et des questions. Celui des
tempêtes et des embellies.
L’histoire s’évade par monts et
par champs à la recherche
d’une réponse. Celle qui s’esquisse,
in fine, est-elle la
meilleure ? »
U Ribombu : Quel est le fil rouge du
roman ?
Michèle Acquaviva-Pache : Comme
dans mes précédentes fictions se
mêlent l’actualité, les questions sur la
justice, les traces très présentes de la
légende corse et de la mythologie
gréco-latine qui dessinent notre environnement
naturel et humain. Bref ce
qui fait l’ordinaire de nos jours et
notre contexte très… particulier.
U Ribombu : Pourquoi faire référence
à la Gorgone ?
Michèle Acquaviva-Pache : Par les
pétrifications sculptées dans le paysage
insulaire elle est inscrite dans
notre imaginaire. C’est la Gorgone
sanction, punition. Mais si l’on en
croit la tradition latine rapportée par
Ovide, la Gorgone est aussi une figure
ambivalente puisqu’elle est génitrice
de ce corail qui est réputé protéger
du mauvais oeil, et qu’elle permet
à des victimes de graves injustices
d’obtenir réparation.
Géographiquement c’est également
une île de l’archipel toscan – à deux
pas d’ici – ça c’est encore tout un
symbole : nous sommes sous l’oeil
de Gorgone !
U Ribombu : Un roman au féminin
pluriel ?
Michèle Acquaviva-Pache : Il y a
trois histoires dans ce roman : celle
d’une adolescente, celle d’une quinquagénaire,
celle d’une trentenaire.
Points communs de ces trois personnages
: avoir croisé un regard terrifiant,
chercher à savoir à qui il appartient,
l’affronter, le combattre.
L’adolescente fugue et va trouver ses
réponses dans un voyage empreint
de merveilleux. La quinquagénaire se
livre à une véritable enquête aux
alentours d’un aéroport qui est un
peu la porte de tous les possibles.
Lors de son itinéraire la jeune femme
explore le temps présent et mobilise
l’histoire avant l’histoire.
U Ribombu : N’avez-vous pas
« Dans l’oeil de Gorgone » une
conclusion contredisant celle de votre
précédent roman « Le pré de l’asphodèle
» ?
Michèle Acquaviva-Pache : Certes
mon roman précédent attirait l’attention
sur les dangers d’une justice personnelle
et expéditive, ce qui ne
signifie pas que celui-ci plaide pour
la thèse inverse. La vie n’est pas un
tissu de contradictions ! Certaines
positives, d’autres négatives.
Certaines dynamiques, d’autres stérilisantes.
Ici, l’accent est placé sur la
responsabilité de l’individu face aux
défaillances des institutions.
U Ribombu : Avez-vous inventé le
village où vos personnages touchent
au but ?
Michèle Acquaviva-Pache : Ce lieu
magique existe vraiment. C’est un
village assez haut perché qui recèle
des trésors : une statue-menhir évoquant
une jeune fille pétrifiée ; des
pierres scarifiées de signes curieux
écho d’un balbutiement d’écriture ;
un admirable édifice pisan illustrant
avec une fraîcheur puissante la lutte
du bien contre le mal. Ce lieu est à
lui seul un grand livre de mémoire
vivante. Il rappelle qu’on vient de
très loin, et qu’on s’inscrit dans une
longue chaîne de générations comme
passeur de témoin à ceux qui nous
suivent.
U Ribombu : Pourquoi avoir dédicacé
votre roman à Lady Rose ?
Michèle Acquaviva-Pache :
Normal. Car Dorothy Carrington
occupe une place à part et déterminante
dans le mouvement culturel
corse de la seconde moitié du
XXème siècle. Sur l’île, elle a fait un
travail remarquable en rendant à la
lumière des richesses patrimoniales
englobant aussi bien la préhistoire
que le mythe. Elle a aidé à ce que
des pans entiers de la tradition restent
accessibles et transmissibles. A
l’extérieur elle a joué un rôle exceptionnel
pour restituer à la Corse une
image attirante et fertile, sans folklorisme
de pacotille.
U Ribombu : Des artistes corses ont
illustré les couvertures de vos romans.
Pourquoi ce choix ?
Michèle Acquaviva-Pache : Merci
infiniment aux artistes corses qui
m’ont autorisé à reproduire une de
leurs créations sur la couverture de
mes livres : Michel Raffaelli pour la «
Sarrasine », Maddalena Rodriguez-
Antoniotti pour « Bleu turquine »,
Jean-Marie Bartoli pour « Le Pré de
l’Asphodèle », Dominique Degli-
Espositi pour « Dans l’oeil de
Gorgone ». Loin de moi la prétention
d’illustrer mon propos par une de
leurs oeuvres. Il s’agit plutôt d’apporter
un supplément d’âme. Les créations
de ces plasticiens font partie de
on musée imaginaire… celui que je
porte en moi, où j’aime flâner, quand
ce n’est pas pour m’y réfugier.
U Ribombu : Etes-vous un écrivain
engagé ?
Michèle Acquaviva-Pache : Tout
écrivain est engagé, même celui ou
celle qui se vante du contraire.
L’écriture est engagement.
Propos recueillis par Idoia Corsa