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Articulu di u numaru 15, lugliu di u 2006


« Dans l’oeil de GORGONE »
par Michèle Acquaviva-Pache


Il faut aimer la littérature pour apprécier à sa juste mesure l’oeuvre romancée de Michèle Acquaviva-Pache. Si nous revenons sur ce cinquième cycle de ses « chroniques d’innocence » dont notre journal a déjà parlé(1) c’est parce que nous participons d’un rêve qui tarde à devenir réalité : inscrire la Corse authentique dans sa dimension méditerranéenne.

Nous refusons dès lors, comme l’auteur, l’esprit « Club Méditerranée » qui ne conçoit le Sud que comme un déversoir destressant pour les plèbes, plus ou moins riches, de la civilisation industrielle. Après quatre romans autant pessimistes que majestueux, dont la fulgurante « la Sarrazine »(2), la trouée surgit sur le bleu de l’optimisme dont témoigne la belle peinture de couverture due au peintre Dominique DEGLI-ESPOSTI avec « Dans l’oeil de Gorgone».

Trois femmes Bianca, Ersillia et Novia, trois regards sur les choses de la vie en Corse : l’amour, la terre, la douleur, l’espoir malgré la mort, nous renvoit à l’héroïsme humble de ces femmes de Corse qui refusent de baisser les bras. Voir l’autre en face, de face, tel est le pari réussi par notre auteur.

Naviguant entre mythe et histoire, nous faisant visiter comme jamais l’Eglise de la Canonica « concrétisation de la reconquête de terres désertées devant des envahisseurs qui n’avaient réussi qu’à instaurer la loi de friches pullulantes d’anophèles », Michèle Acquaviva-Pache nous bouleverse par la tension qu’elle propage entre terre et mer.

Cet auteur pense « à pied » selon la belle expression de Franco CASSANO(3) et écrit lentement Aller lentement c’est croiser les chiens sans les bousculer, c’est donner leur nom aux arbres, aux coins, c’est trouver un banc.

C’est aussi connaître les mille nuances de sa propre forme de vie, le nom de ses amis, les couleurs et les pluies, les jeux et les veilles, les confidences et les médisances. C’est savoir remplir sa journée avec un coucher de soleil, du pain et de l’huile.

C’est être à la fois OEdipe et Ulysse. C’est encore ne pas accepter que l’on dénigre promptement notre pays.

L’auteur se révolte avec Bianca : « A croire qu’il était le dernier endroit du monde dont on pouvait s’autoriser à dire tout et n’importe quoi et surtout le pire sous le coup d’une humeur, sous une poussée de bile, sous l’irruption d’un prurit... ».

Tout est donc dans le regard, le sien mais aussi celui de l’opposant. L’oeil, « l’ochju », cette âme intérieure de la Corse qui éc1aîre notre longue nuit peuplée de souffrances et de désirs et qui se subjugue entre aube et crépuscule. Mais l’écriture de cette romancière n’est pas que mythique elle est tout autant moderne avec ce véritable « thriller » de la deuxième partie dont l’action se situe à l’aéroport de Poretta « zone floue entre un ici et un ailleurs - territoire du transitoire et du temporaire - donnée spatiale du seuil et du passage – confins de l’agglomération et des champs mourant au rivage marin ».

Et Michèle Acquaviva de nous faire entendre son message : Méduse, l’immortelle Gorgone, ne pétrifiera pas toujours au Pays ceux qui oseront croiser son regard. Au delà des trois femmes il y a le personnage de Salluste qui nous fait percer le secret de notre future destinée : celle d’un peuple sinon heureux du moins lucide. Autrement dit innocent.

Vincent Stagnara

(1) U RIBOMBU INTERNAZIUNALE - mai 2006
(2) Dans le même cycle « Chroniques d’innocence » l’auteur a livré « Paladines » (2001), « la Sarrazine » (2002), « Bleu Turquine » (2003), « le Pré de l’Asphodèle » (2004), toutes publiées aux Editions l’Harmattan.
(3) Franco CASSANO : la pensée Méridienne - le Sud vu par lui-même (Editions de l’Aube 1998).

 

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