La question nationale corse est posée; c'est notre principale réussite, acquise face à l'un
des états les plus cadenassés du monde. Mais ces avancées sont cependant insuffisantes
pour garantir la survie même du peuple corse, qui est aujourd'hui en jeu.
Les Corses vivent actuellement
dans une société sans perspective
et sans espoir. Notre ambition fondamentale
est :
Sortir du système de dépendance
archaïque où nous nous
trouvons depuis trop longtemps,
pour faire entrer la Corse dans la
modernité.
Renouer nos connexions naturelles
avec la Méditerranée dont nous
isolent les réseaux actuels.
Sauver notre peuple du désastre
économique, social, culturel et écologique
où le mènent les projets du
tout-tourisme et de « l'économie
résidentielle » qui sont d'ores et déjà
dans les cartons de décideurs incapables
d'imaginer pour notre terre autre
chose qu'un grand marché de
consommation.
Stopper rapidement une spéculation
foncière qui ruine et marginalise
les Corses en faisant croître dramatiquement
le coût de la vie ;
Donner l'égalité des chances pour
l'emploi aux gens de ce pays ;
De donner enfin à la Corse
des infrastructures dignes d'un
pays civilisé.
le Mouvement National
A l'évidence les Corses attendent
aujourd'hui du Mouvement National
qu'il apporte une réponse aux
besoins réels et immédiats du pays et
qu'il pèse pour obtenir une indispensable
avancée institutionnelle. C'est
pourquoi, après un large débat au
sein des organisations patriotiques,
un grand nombre de femmes et
d'hommes ont manifesté leur
volonté de refonder le Mouvement
National. Ils n'entendent pas pour
autant caporaliser le débat, qui doit
nécessairement s'instaurer dans
l'ensemble du mouvement national
et dans le peuple corse. Ce processus
doit permettre de définir de
manière très concrète, au-delà des
approches dogmatiques et des slogans
de circonstance, le contenu
des étapes qui nous conduiront à
l'indépendance nationale. Car il
s'agit bien pour nous tous de
reconstruire les fondations du mouvement
de libération nationale,
afin de donner à notre pays l'outil
qui lui est plus que jamais indispensable
et que l'état français s'est
évertué à vouloir détruire. Les
patriotes doivent, et c'est plus
qu'une une évidence stratégique,
unir leurs forces dans un espace
convergent vers le seul progrès que
puisse connaître notre peuple,
celui de la maîtrise des rouages de
son devenir économique, social et
culturel, afin de se réaliser pleinement
dans son émancipation, et
trouver sa place dans une Europe
qui, désormais, admet, voire facilite
de plus en plus, l'accession à
la souveraineté des peuples et des
nations dites minoritaires. Seule
capable de garantir un sursaut salvateur
pour notre peuple, la refondation
du mouvement de libération
nationale ne doit pas et ne peut pas
être une simple reproduction du
fonctionnement actuel. Elle doit
être le socle, reconstruit sur des
fondements épurés de nos erreurs
communes, sur lequel toutes les
énergies, toute l'intelligence, toutes
les compétences doivent travailler
ensemble, dans une confiance établie
pour tracer, étape par étape, la
route qui rendra à notre peuple
l'honneur qui lui fut retiré par la
force, celui d'être libre. Cette ambition,
n'en doutons pas, ne peut se
réaliser sans peine. Elle exige l'effort
de tous et l'adhésion la plus
large à la Lutte Nationale. Dans
cette optique, l'accession aux responsabilités
politiques se fera sur
des bases claires : conçue comme
un précieux moyen et non une fin
en soi, elle permettra d'ancrer
notre démarche, ouvrant ainsi la
voie à l'exercice d'une souveraineté
pleine et entière pour le peuple
corse sur la terre de corse.
Terre, langue, justice… Le statu quo
Si d'aucuns pouvaient croire à la
volonté de dialogue des autorités
politiques françaises, ils en seront
pour leurs frais. Face aux problèmes
récurrents que pose la revendication
nationale corse, l'Etat français
à fait le choix de la surdité, du
mépris et du mensonge. Ceci n'est
pas nouveau. Un Etat d'essence
jacobine ne peut exercer la gouvernance
que par l'autoritarisme.
Sarkozy n'a rien inventé. Les pouvoirs
en place ont une apparence,
ce qui peut donner au peuple l'illusion
de participer au jeu démocratique.
Mais au-delà de cette apparence,
il y a une réalité intangible
que seul le rapport de force peut
modifier. L'actualité récente qui
concerne les problèmes de la terre,
de la langue ou des prisonniers
politiques vient cruellement de
nous le rappeler. Encore faut-il,
pour que le rapport de force s'inverse
en faveur de la nation corse, que, que la revendication soit clairement
exprimée et le concept
rigoureusement définit. Or ce n'est
pas toujours le cas.
Le rassemblement de Balistra
Le mouvement national s'est toujours
prononcé en faveur de la loi
littoral, a défaut de pouvoir s'appuyer
sur une législation plus
conforme aux intéréts du peuple
corse. C'est donc tout naturellement
qu'il a rejoint le collectif d'associations
de défense de l'environnement.
Ses militants ont payé suffisamment
cher le prix de leur engagement
pour la défense de la terre
corse, pour prétendre y avoir toute
sa place. Mais après ce rassemblement
nombre de militants présents
à Balistra se sont interrogés sur
l'opportunité de participer a de telles
manifestations.Pour une raison
évidente. Le problème de la terre
corse n'est pas un problème environnemental.
Il est de savoir si
cette terre appartient au peuple
corse, oui ou non.Ici la recherche
consensuelle ne peut se faire qu'au
détriment de nos revendications
fondamentales, à l'heure précisément
où ces dernières doivent étre
fortement réaffirmées. Car, ne nous
cachons pas les choses. Dans l'extrème
sud particulièrement, dans
cette région livrée aux spéculateurs,
aux lobbies financiers, au
tout tourisme, le peuple corse est
en voie de disparition.
La charte des langues minoritaires
Il en va de même de la langue de
ce peuple, interdite d'espace
social. Si le pragmatisme commande
d'arracher toute mesure
susceptible de permettre sa sauvegarde,
cela ne doit pas nous autoriser
à faire l'économie d'une analyse
en rupture avec les clichés
véhiculés par la pensée officielle
de l'Etat dominant. Car la langue
corse n'est pas une langue régionale
de la république française, pas
plus qu'elle n'a vocation a enrichir
son patrimoine culturel. Si d'un
point de vue strictement linguistique,
elle est considérée comme un
dialecte de la Romania, la langue
corse est aujourd'hui revendiquée
comme langue nationale, ce qui
d'ailleurs n'a pas toujours été le cas
dans l'histoire, et c'est à ce titre
que nous devons faire valoir ses
droits imprescriptibles et à ce titre
seulement. Car après avoir suivis
les débats a l'assemblée nationale
française sur la charte des langues
minoritaires, où les députés de la
Corse par leur dialectique laborieuse
ne se sont guère distingués de
leurs collègues, il n'est pas grandchose
à attendre d'une société française
arc-boutée sur son jacobinisme
et qui doit encore caresser
des rèves de conquétes. A ce propos,
il faut souligner ici, la prestation
d'Angelo Rinaldi, qui dans une
interview accordée a Corse-matin,
a su en quelques mots exprimer
tout ce que la pensée pouvait parfois
avoir de nauséabond. Une
pensée qui affirme la hiérarchie
des cultures et dont on sait ce
qu'elle a coùté de drames a l'humanité.
Mais n'en soyons pas surpris,
l'individu est coutumier du
fait et d'ailleurs la seule évocation
de la Corse permet de dire
tout et n'importe quoi en toute
impunité. On le voit bien, a travers
la problématique de la terre
et de la langue, l'Etat français
n'entend apporter aucune
réponse aux revendications si
timides soient-elles formulées par
les corses. Il n'a que mépris pour
ce peuple et que ce soit pour la
loi littoral ou le rapprochement
des prisonniers, son administration
ne craint pas de bafouer ses
propres lois. La situation de blocage
politique n'a jamais été
telle. Elle ne pourra se dénouer
que si le mouvement national est
capable de se rassembler autour
du concept d'indépendance et
imposer ainsi un autre rapport de
force . Car l'illusion réformiste,
elle, a vécu.
Dumenicu Tognotti