Le processus de résolution du conflit entre l’Etat espagnol et le Pays Basque n’aura
donc pas abouti. Malgré les engagements initiaux – et non tenus – du gouvernement
socialiste, malgré un environnement et une médiation internationale conséquents, la
répression politique policière et judiciaire a continué contre le mouvement de la gauche
patriotique basque. De rafles continues en tortures jusqu’aux interdictions d’expressions
politiques publiques, tout est entrepris pour neutraliser l’idée d’une toute
autre vision de l’avenir cette nation historique et atypique d’Europe. La propagande
journalistique exercée autour de la remise en liberté – après une longue incarcération
consécutive à sa condamnation - d’un militant basque en est une énième démonstration.
Pendant que des représentants des mouvements politiques et de soutien aux
prisonniers politiques expliquaient la situation politique actuelle de leur pays aux
Journées Internationales de Corti 2008 (2 et 3 août à Corti), un détenu politique, De
Inaki de Juana Carlos, finissait de purger sa peine.
De Inaki de Juana Carlos est
plutôt connu pour sa grève
de la faim qu’il entama lors
du processus de résolution du
conflit. Ses photos où on le vit perfusé,
gravement amaigri ont fait le
tour du monde. On se souvient
aussi qu’à ce moment là, un procureur
requiert contre lui 96 années de
prison pour …deux articles de
presse ! De Inaki de Juana Carlos a
été condamné à 3 000 années de
prison (peines cumulées) pour sa
participation présumée à des actes
que la propagande étatique espagnole
désigne comme terroristes. Il
a passé plus de vingt ans en prison.
De Inaki de Juana Carlos était membre
de «l’Ertzaintza», la police basque.
On lui impute sa participation
à une commando de E.T.A. dit
«Madrid».
LE REFUS DU CIRQUE MEDIATIQUE
Remis en liberté le 2 août, il refusa
de participer à un rassemblement de
bienvenue organisée par le mouvement
patriotique basque, dénonçant
dans une lettre qu’il envoya pour la
circonstance « le cirque médiatique
» construit autour de sa personne.
Et pour cause : les qualificatifs
n’ont pas manqué pour dénoncer
dans la presse espagnole cette
libération. De «rejet» en «dégout»
chaque journal y alla de son attribut
nominatif pour accompagner une
propagande de circonstance.
MONTEE AU CRENAU POLITIQUE
José Luis Zapatero, premier ministre
espagnol, tout en affirmant «vouloir
respecter la loi» n’en rajouta pas
moins que «cet individu suscite chez
tous les citoyens et, bien sûr, chez le
chef du gouvernement, une sensation
parfaitement compréhensible de
mépris»… A Madrid c’est
l’Association des Victimes du
Terrorisme très proche du Parti
Populaire qui manifeste. Une manifestation
similaire est aussi organisée à
Saint Sébastien par le Comité de
Victimes du Terrorisme du Pays
Basque (Covite). Le fils de Fernando
Mugica, avocat et membre du Parti
Socialiste Ouvrier Espagnol, victime
de l’E.T.A. en 1996 affirme que «en
libérant de Juana Chaos, le gouvernement
fait de nous des orphelins». Une
instruction judiciaire est même
ouverte pour tentative d’apologie de
terrorisme suite à la lecture de sa lettre
lors du rassemblement de soutien…
UN ARCHARNEMENT MEDIATIQUE
REVELATEUR
Cet acharnement médiatique et
politique s’inscrit dans le dispositif
psychologique de propagande qui
accompagne le plan de neutralisation
politique, policier et judiciaire
espagnole développé à l’encontre
du mouvement de la gauche patriotique
basque. Un plan qui dépasse
le cadre de cette gauche patriotique
lorsque le gouvernement espagnol
saisit au mois de juillet le conseil
constitutionnel pour bloquer la consultation populaire souhaitée
par le président actuel de la
Communauté Autonome Basque
Juan José Ibarretxe sur l’évolution
politique du pays. Ce dernier a
d’ailleurs précisé qu’il se gardait
«toutes les initiatives légales, sociales
et politiques pour défendre le
droit du peuple basque à être
consulté et à décider de l’avenir de
ce pays».
«La nécessité urgente de se lever, de
se rebeller et de lutter contre toute
injustice. La question est de ne pas
rester indifférent ou résigné (je ne
sais pas lequel des deux est pire). Au
cours de ces vingt dernières années,
j’ai été une marionnette médiatique
et, en tant que tel, ils m’ont frappé,
insulté et détruit. Ils ont intoxiqué
les gens, au grand jour ou furtivement,
sur ma situation personnelle,
académique et politique. J’ai souffert
et je souffre de tous types de disqualifications.
» écrivait Inaki de
Juana Carlos le 11/09/2006 lors de
sa grève de la faim. Des propos toujours
d’actualité…
Ulivieru SAULI